Elisabeth Badinter – Le sentiment Anti-arabe à peine voilé

La veille de la commémoration des attentats du 7 janvier, ne pouvait-on pas mieux illustrer l’esprit Charlie du Val Fourest ? De l’expression d’un sentiment anti-arabe à peine voilé à l’affirmation qu’il ne faut pas craindre l’errance islamophobe. De son soutien à Georges Bensoussan à la Déchéance de la nationalité.

Elisabeth Badinter – Le sentiment Anti-arabe à peine voilée © Danyel Gill Elisabeth Badinter – Le sentiment Anti-arabe à peine voilée © Danyel Gill
 « Il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu comme un secret. C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, l’antisémitisme on le tète avec le lait de sa mère ».

Ces propos abjects d’un racisme explicite exprimés par Georges Bensoussan ont été soutenu par un collectif. Laisser dire est déjà une faute mais les supporter ? Elisabeth Badinter a signé la pétition de soutien qui valide cette thèse et qui mérite d’être défendue selon son analyse. Après un processus de réflexion personnelle raisonné, elle a estimé la valeur de cette affirmation et n’a donc pas condamné cette ignominie. Non, elle l’a considéré et assume une déclaration d’intérêt, sa part d’identification possible à cette vision des familles arabes en France. Au final, elle en devient récipiendaire en la cautionnant par l’échange de sa signature en soutien à l’imposture de cet auteur. Puis s’abriter toujours derrière une police de la pensée ou autres faux drapeaux, comme la liberté d’expression

Il en est de même de sa considération pour ce concept facile et pratique de territoires perdus plutôt qu’abandonnés par la République. Bien plus complexe à admettre, n’est ce pas ? Une compréhension de l’espace, de notre imaginaire politique collectif, qui ne conçoit le territoire qu’en termes de ghettos avec la finesse d’une sociologie autoritaire d’Apartheid. Dans laquelle s’inscrit la permanence de refuser nos identités complexes et mêlées, de ne jamais concevoir la nation comme un tout – un continuum - mais comme autant de parties organisées frontalement entre communautés. Puis accuser ce communautarisme mais ne pas s’affranchir du sien jusqu’à l’effervescence partisane, et qu’importe s’il s’agit de défendre l’indéfendable.  Par omission pour DSK, agresseur sexuel d’une femme noire musulmane (nourrit sans doute d’antisémitisme au sein maternel ?) et par pétition avec l’outrageant Bensoussan.

Il n’est plus étonnant dès lors de se souvenir qu’en 1989, Elisabeth Badinter était déjà à l’initiative - par missive - du début de la fin d’un âge d’or d’une laïcité heureuse et apaisée, où on se foutait tellement des signes ostensibles religieux qu’ils étaient tous autorisés. Aux avants postes, elle a largement participé de la conception sclérosée, étriquée et crispée de la laïcité. De ce qu’une commission du congrès américain nomme agressive secularism,  la considérant objectivement comme l’instrument de discrimination favori d’une catégorie de la population du pays des droits de l’homme.

Ce n’est pas le racisme verbalisé frontiste. Mais celui plus feutré de l’angle mort du racisme : l’indicible sentiment raciste. Une construction subtile d’un racisme latent inavouable, refoulé parce que l’intelligence l’interdit autant que la morale. Une bande d’amis a trouvé dans l’instrumentalisation de la laïcité,  au nom de l’égalité par exemple, l’élaboration de l’outil d’expression sophistiqué qui autorise enfin sous cette forme : le sentiment anti-arabe à peine voilé.  Toute une ingénierie de l’inouï raciste, au mieux de l’impensé, accompagné d’un florilège d’avantages politiciens, médiatiques, commerciaux et de facilités intellectuelles. Vingt ans de contre-passions françaises à polluer le débat. Ses atours ne sont pas ceux d’une doctrine brutale et populiste mais on n’en finit pas moins d’en subir les conséquences incalculables. La 4ème génération issue de l’immigration s’agrippe aux tétons de la 3ème, pendant qu’Elisabeth Badinter qui n’a pas fini d’embrasser Bensoussan déclare qu’on ne lui fermera pas la bouche : « Il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe ! ».

Mercredi 6 janvier 2016 à 8h19. La 4ème génération biberonne et cela devient franchement interminable.

Avons-nous simplement le droit d’avoir peur d’être qualifié à tout va d’antisémite ? Une conquête dont nous pouvons nous féliciter ! Mais l’islamophobie, n’est-elle pas tout aussi condamnable ? N’est ce pas un droit qu’il nous faudrait conquérir en quelque sorte, celui de craindre l’indignité, l’insoutenable jugement de l’opinion porté à un niveau d’indistinction entre antisémitisme et islamophobie. Mais il n’est pas encore temps dans l’esprit clairvoyant de Madame Badinter qui n’a de cesse de différencier les racismes puis de les hiérarchiser avec suffisance sur le ton de la leçon. Voilà avec autorité sa dernière formulation scandalisée pour revendiquer un droit au racisme ethnique et social dont elle se sent si permise et légitime. Ainsi délestée de cette seule encombrante islamophobie, décomplexée de toute mesure inutile de discernement dans le discours, elle rejoint sans déambulateur, la cohorte de ces esprits fainéants qui l’avaient dépassé, par la gauche, par la droite, et ne craignaient plus d’assumer leur part d’islamophobie comme un voile de pudeur autorisé sur leur racisme ordinaire. Le public sera donc abreuvé jusqu’à la dernière goutte de lait des arrières grands mères respectables, de ce flux intarissable sur les ondes, nourrissant toujours le sillon foisonnant du sentiment anti-arabes à peine voilé. Après la défense des injures racistes et de la provocation à la haine de Bensoussan, franchement, que foutre de l’islamophobie !

Quelle impression quand ce qui fut un nom honorable, de l’un des plus beaux regards azur de l’hexagone, autorise d’avancer toujours plus loin vers l’horizon inconnu de la haine ? La perspective d’un ciel sans profondeur sur le pays. D’un orage débridé, livré à l’indignité, à l’ignorance, à l’incompréhension de la société, au décrochage intellectuel quand s’impose le devoir maniaque de pédagogie dans l’épreuve. L’abandon a ses passions secrètes, la fin de l’exigence, la fin de l’exemplarité. Badinter, la fin !

La veille de la commémoration des attentats du 7 janvier, ne pouvait-on pas mieux illustrer l’esprit Charlie du Val Fourest qui était devenu pour certains le nom de papier de ces ambigüités et compromissions nauséabondes. Rien ne peut justifier ces crimes. Mais pouvez-vous envisager un peu votre délit?

Encore besoin d’un moment de réflexion concernant la déchéance de la nationalité ? Ne doutons plus un instant depuis ce matin qu’il ne lui reste qu’à imaginer la galipette magique qui permettra de jongler avec les principes intangibles de notre belle République « une et indivisible », afin de formuler l’impérieuse nécessité de déchoir de leur nationalité n’importe quel téteur de sa mère ! Sans islamophobie, aucune !

Dans l’attente, nous sommes des millions à accuser réception avec dégout de l’expression mondaine et insistante de ces derniers sentiments des plus anti-arabes à peine voilés et dont Madame Badinter restera dans nos mémoires le nom à jamais. Nous refuserons de suçoter cet héritage définitivement immoral et archaïque sur les 40 et 12 générations à venir de français, dont l’écho invite déjà à la Fraternité et crève cette sale décade en cours de petites haines affranchies entre bons amis autorisés.

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