« Féminines » de Pauline Bureau, quand le foot donne un sens à la vie

Partant d’une mauvaise blague de kermesse, Pauline Bureau nous écrit un nouveau joyau théâtral : l’aventure de l’équipe de football féminin de Reims qui dix ans après sa création en 1968 signera un exploit sportif de renommée mondial.

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Pauline Bureau aime les contes. Elle a écrit celui-ci comme une comédie à travers le football féminin, racontée par des joueuses.  Elle s’inspire du réel, d’une expérience documentée et non documentaire. Dans ce conte, Pauline Bureau s’éloigne des vraies personnes pour donner vie à des personnages haut en couleur. Les grands moments de leur épopée sont assez fidèles ; et dans son écriture la dramaturge invente totalement les parcours individuels des joueuses. Le personnage de Françoise dit : « On a gagné. On est championnes du monde. Je souhaite à chacun de vivre une aventure, quelque chose qui, quand on y repense, donne un sens à la vie ». Et Pauline Bureau d'ajouter : « finalement, quand elles se mettent à courir sur un terrain, ça fait bouger des lignes, dans les familles, dans le monde du travail, dans toutes les sphères de la vie ».

Un conte qui donne un sens à la vie

Il était une fois à Reims dans l’été chaud de 1968… 

À l’usine Gravix, Rose et Paulette travaillent à la chaîne, derrière une presse. Elles doivent faire 300 pièces à l’heure ; attachées par des liens en cuir au poignet. Les machines sont immenses et le bruit assourdissant. Leurs bras se relèvent à chaque bruit de presse. Nous sommes en 1968, mais nous pensons au film « Les temps modernes » comédie dramatique de Charlie Chaplin sortie en 1936, la même année que les congés payés, après la victoire électorale du Front populaire

Dans un vestiaire Paul est au téléphone : « (…) Pour le tournoi oui, on a les douze équipes, on a le stade, le terrain de foot est tout neuf ». Il a 24 heures pour trouver une attraction qui lance la coupe de l’union. Un peu pareil que les lilliputiens de l’année dernière, mais cette fois avec des filles sur un terrain de foot. Une « attraction » tout à fait différente. Il faut juste rédiger une annonce pour trouver des joueuses. Le club s’appelera Les féminines de Reims

Paul commence le recrutement. Joana veut mettre la balle dans le but. Pour Marie-Maud, il faut voir. Rose vient pour apprendre : « Si vous lancez un truc nouveau, c’est bien que personne sait trop le faire encore ». Marinette pour s’entraîner fait : « (des) courses, passes, têtes, conduite de bal, dribbles tirs au but, dribbles, jongleries...Pas nécessairement dans cet ordre ». Françoise dit : « Oui. Absolument, je veux. Je ne vais pas rester les fesses sur une chaise toute la soirée pendant que les autres s’amusent »

La ligne de but c’est l’espoir où l’on trouve sa place. Le stade c’est le lieu du défi, le ballon c’est l’union qui libère les chaînes ; où sont entravées les ouvrières de l’usine Gravix. L’équipe formée par des femmes différentes va réaliser ce qui semblait impensable et imprenable. Marinette laisse le tutu de danse pour enfiller le short de foot. Joana ose l’amour de joueuse à joueuse. Rose dit non à la demande en mariage d’un homme violent. 

Une signature de théâtre

Pauline Bureau est une signature de théâtre que nous reconnaissons par sa talentueuse originalité. Avant d’écrire le texte du spectacle, elle a rencontré plusieurs joueuses de l’équipe historique de Reims. C’est donc une pièce de fiction inspirée d’une aventure collective réelle. Ce travail de terrain, elle l’avait déjà pratiqué avec deux pièces Mon coeur et Hors la loi. Pour l’auteure de Dormir cent ans, le collectif est central dans sa vie : «  cela fait 15 ans que je travaille en compagnie, avec les mêmes acteurs. Interroger ce que c’est que le groupe et représenter un groupe sur le plateau, avec qui j’avance depuis le Conservatoire, pour moi, c’était important et émouvant ». D’ailleurs s’il fallait une preuve de cette importance, nous l’avons eu durant dix minutes sans lumière. C’était un moment théâtral d’une rare force. La troupe est restée stoïque et solidaire, malgré ce mauvais coup d’EDF pour cette première à Paris.  

Fiat lux ! Le présent (s’il fallait s’en convaincre) est bien le temps du théâtre. C’est pourquoi nous aimons tant cet art de la vie. « On reprend au début de la scène ! » lance de la salle la metteuse en scène Pauline Bureau. Alors la musique de Beyoncé nous met sur le dance-floor du rêve, d’un match historique qui se joue dans la réalité, où la victoire s’arrose au champagne, ce qui va de soi à Reims. Le public devient un ardent supporteur de cette équipe triomphante qui a bravé tous les obstacles et les inégalités envers les femmes de la fin des années 60. Les vivats et les sifflets résonnent dans le théâtre comme au stade. C’est l’aboutissement d’une grande troupe pétrie de talent. Celui d’Emmanuelle Roy qui, de bas en haut, de point de fuite en point de fuite, nous donne la forêt en marche d’un certain grand Will. Avec aussi le cinéma, hors champ, de Nathalie Cabrol qui finit sa course de l’espace vert à l’espace vide. Les comédien.e.s, sorcier.è.s magnifiques du plateau, jouent et jonglent avec des combinaisons de cases et de panneaux coulissants pour des scènes courtes d'une densité féérique. Et pour couronner le tout Pauline Bureau, merveilleuse conteuse d’histoires, armé d’un brigadier sublime, sort Dieu de la machine afin que résonne ce succès jusqu’aux cintres du théâtre des Abbesses, dans la lumière nouvelle que cette grande dame du théâtre a fait briller sur nous. 

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Texte et mise en scène Pauline Bureau

Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Léa Fouillet, Camille Garcia, Marie Nicolle, Louise Orry-Diquéro, Anthony Roullier, Catherine Vinatier, et à l’image Claire Allard, Shéhérazade Berrezel, Séverine Berthelot, Benoîte Bureau, Constance Cardot, Hélène Chrysochoos, Maud Desbordes, Claire Dugot, Gwen Fiquet, David Fischer, Sonia Floire, Gaëtan Goron, Sophie Lê Kiêu-Vân, Mathilde Legallais, Lydia Mallet, Camille Martignac, Nathalie Mayer, Sandra Moreno, Virginie Mouradian, Cécile Mourier, Albine Munoz, Marie Plainfossé, Mathilde Ressaire, Emmanuelle Roy, Chani Sabaty, Cécile Zanibelli, Catherine Zavlav
Scénographie Emmanuelle Roy
Costumes et accessoires Alice Touvet
Composition musicale & sonore Vincent Hulot
Vidéo Nathalie Cabrol
Dramaturgie Benoîte Bureau
Lumières Sébastien Böhm
Perruques Catherine Saint-Sever
Collaboration artistique Cécile Zanibelli & Gaëlle Hausermann
Assistanat à la mise en scène & régie plateau Léa Fouillet
Maquettiste scénographie Justine Creugny

Production La Part des anges
Coproduction Comédie de Caen – CDN de Normandie, Théâtre de la Ville-Paris, Le Volcan – Scène Nationale du Havre, Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque, Le Granit – Scène nationale de Belfort
Avec l’aide à la création du Département de la Seine Maritime, la participation artistique du Jeune théâtre national et le soutien du Fonds SACD Théâtre. Avec le concours de la Mairie de Montreuil et de la Mairie du 14e arrondissement de Paris.

Durée : 2 heures, du 27 novembre au 7 décembre 2019

Théâtre de la Ville – Les Abbesses, Paris

31 Rue des Abbesses, 75018 Paris

Téléphone : 01 42 74 22 77

https://www.theatredelaville-paris.com/fr

Tournée :

Théâtre Roger Barat, Herblay
le 10 décembre

Théâtre Dijon Bourgogne, CDN de Dijon
du 16 au 20 décembre

Le Pont des Arts, Cesson-Sévigné
le 9 janvier 2020

Le Granit, scène nationale de Belfort
les 14 et 15 janvier

Théâtre de Fos sur Mer
le 21 janvier

Le Liberté, scène nationale de Toulon
le 24 janvier

Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque
les 4 et 5 février

La Nouvelle Scène de la Somme, Nesle

le 8 février

Théâtre d’Angoulême – Scène nationale
les 10 et 11 mars

La Filature – Scène nationale de Mulhouse
les 18 et 19 mars

Théâtre Firmin Gémier – La Piscine, Châtenay-Malabry
les 24 et 25 mars

Nest – CDN de Thionville
le 31 mars

 

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