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Billet de blog 12 avr. 2022

Dégueulasse (4) : de l’abandon à la contention

De façon significative, la situation des enfants sur notre territoire se dégrade sur les plans social, éducatif et sanitaire. Cette évolution préoccupante est manifestement le fruit de politiques convergentes ayant contribué à aggraver les facteurs de mal-être tout en démantelant les lieux d'accueil. Désormais, plutôt que de prendre soin, on exercera donc une contention chimique ou physique

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La situation des enfants semble être la dernière préoccupation tant de « l’opinion public » que des représentants politiques. Pourtant, sur le terrain, la situation est plus qu’inquiétante, et devrait à l’évidence susciter un front d’indignation et devenir une priorité collective absolue…Or, non seulement on ne peut que constater un désintéressement chronique, mais en plus cette indifférence contribue à entretenir la dégradation continue des institutions en charge de l’enfance en souffrance, avec des conséquences concrètes tout à fait odieuses : délaissement, abandon, invisibilisation, mais aussi répression, enfermement, prescriptions abusives à visée sédative, voire contention…

Au-delà des enjeux nationaux spécifiques, rappelons déjà que, dans le monde « sur 2,2 milliards d’enfants, 600 millions vivent sous le seuil de pauvreté ». Par ailleurs, l’UNICEF signale que 160 millions d’entre eux travaillent et ne sont pas du tout scolarisés - plus du double travaillent et fréquentent un peu à l’école.

Mais revenons-en à ce qui se passe en France, grande puissance économique, « pays des droits de l’homme » et signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant …

En France donc, 1 enfant sur 5 vit sous le seuil de pauvreté. Ils sont ainsi 3 millions à vivre dans des familles pauvres ou très pauvres, faisant l’expérience quotidienne de la précarité, de l’insécurité, de l’insalubrité, etc.

En 2019, juste avant la crise pandémique, plusieurs associations dénonçaient une véritable « crise humanitaire » concernant la situation de trop nombreux enfants sur le territoire français, et appelait à engager un plan d’urgence…

Pourtant, au décours de la situation sanitaire liée au Covid-19, la pauvreté s’est encore accrue pour les plus précaires, les inégalités sociales se sont amplifiées, frappant toujours plus durement les populations les plus vulnérabilisées : jeunes, femmes, familles monoparentales, précaires…

Depuis, d’autres actualités ont contribué à occulter cette sordide réalité qui tend cependant à s’aggraver davantage…

En tout cas, en 2019, ce manifeste pointait déjà des réalités absolument iniques : « chaque soir, 700 enfants dorment dans la rue avec leurs parents à Paris et 20 000 mineurs vivent à l’hôtel en Ile-de-France avec leur famille ». « En Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine, 160 enfants se retrouvent chaque soir sans solution d’hébergement, et plus de 5000 enfants sont hébergés à l’hôtel, dont la moitié ont moins de 3 ans. En Ile-de-France, les 20 000 mineurs actuellement hébergés à l’hôtel sont « dans une situation de précarité extrême », faute d’hébergement pérenne et d’accès au logement ».

Il était ainsi fait le constat d’une « dégradation de la situation des femmes et des familles avec enfants à la rue ou vivant dans des habitats précaires ». « Trop souvent, des femmes venant d'accoucher sont remises à la rue avec leur nouveau-né » - on a déjà pu appréhender les conséquences à plus long terme de cette précarité périnatale….

En ce qui concerne le développement infantile, ces « adversités environnementales précoces » ont des répercussions manifestes sur l’état de santé, à court comme à plus long terme : insécurité affective avec manifestations anxieuses, stress chronique altérant la maturation cérébrale, altération de la socialisation, carences multiples, troubles somatiques récurrents et non détectés, difficultés d’apprentissage, etc. Cette précarisation infantile exerce une influence souvent irréversible sur les trajectoires développementales, induisant notamment « l’installation d’un gradient des effets de ces adversités, jusqu’à l’âge adulte, avec des difficultés de plus en plus grandes pour y faire face ». « Discrimination et adversités précoces feront perdre à certains enfants/jeunes toute estime d’eux-mêmes et de leurs parents, et les conduiront à intégrer des sentiments de honte, de peur dans leur relation à l’autre, et d’absence d’avenir désirable », comme le dénonce ATD Quart Monde.

Par ailleurs, outre les conditions sociales dégradées auxquelles se trouvent confrontés de nombreux enfants, on constate aussi une détérioration des indicateurs de la santé infantile. Ainsi, entre 2012 et 2019, la mortalité infantile a augmenté de 7% en France, en passant de 3,32 à 3,56 décès pour 1000 enfants, selon une étude INSERM parue récemment dans The Lancet Regional Health Europe. Cette évolution est d’ailleurs jugée comme très inquiétante par les auteurs épidémiologistes. Mais cette mortalité infantile scandaleuse vient se heurter à nos tâches aveugles collectives…Comme le soulignait déjà Robert Hertz en 1905 dans ses Contributions à une étude sur la représentation collective de la mort, « la mort d'un nouveau-né, à la limite, est un phénomène infrasocial ; la société, n'ayant encore rien mis d'elle-même dans l'enfant, ne se sent pas atteinte par sa disparition » …

Dans un rapport récent sur la santé des enfants, la Cour des Comptes elle-même souligne les conséquences délétères d’inégalités sociales marquées, et ce, dès le plus jeune âge. Par ailleurs, le rapport s’inquiète de l’accès aux soins pour les enfants issus des familles les plus précarisées. Ainsi, « le nombre d’enfants de moins de 12 ans bénéficiaires de l’AME a légèrement augmenté depuis 2016 pour atteindre 62 361 enfants en 2020, soit près de 20 % des bénéficiaires de l’AME. La grande majorité des enfants, comme les bénéficiaires des autres classes d’âge, est principalement située en Île-de-France et en Guyane ». Or, « selon une étude d’octobre 2019, le refus de soins dentaires a été évalué à 25 % pour les bénéficiaires de ces deux dispositifs (dont 9 % de refus spécifiquement discriminatoires). De même le refus de soin, sans être systématique, a été mis en évidence pour 22 % des bénéficiaires sans domicile de l’AME et de la CMU pour l’accès aux soins de ville. Il conviendrait de documenter cette question pour les enfants » - oui, effectivement, cela serait intéressant…

La France est classée vingtième ou plus sur trente pays de l’OCDE étudiés pour plusieurs dimensions du « bien-être » de l’enfant : « bien être éducationnel », « santé et sécurité », « qualité de la vie scolaire ».

les inégalités entre catégories socioprofessionnelles sont patentes : « taux de prématurité près de deux fois plus élevés chez les salariés de services aux particuliers que chez les cadres (6,4 contre 3,9%), plus d’un enfant d’ouvrier sur 7 (13,9%) en surcharge pondérale en GSM contre 8,6% quand le père est cadre ».

Je ne reviendrai pas sur la situation spécifiquement dramatique de la pédopsychiatrie, déjà largement abordé dans plusieurs billets, par exemple ici ou encore .

Rappelons cependant qu’on évalue à 45 000 les places manquantes en institution, et que les slogans inclusifs, l’injonction à des parcours plateformisés et autres dispositifs innovants, ne sont qu’une vaste fumisterie destinée à faire des économies sur le dos de la politique solidaire du handicap. A Paris intra-muros, 200 enfants au moins seraient en attente d'orientation vers un Institut-Médico-Educatif. Ils seraient au minimum 600 dans cette situation en Seine-Saint-Denis...

Dès lors, en l’absence de places dans des structures thérapeutiques ou médico-sociales spécialisées, de très nombreux enfants en situation de handicap restent à la charge de leur famille, en creusant toujours davantage les inégalités sociales.

Par ailleurs, alors que le naufrage était déjà bien amorcé, les conséquences sur le long terme de la crise pandémique restent encore largement sous-documentées, tant sur les enjeux de développement précoce, que de mal-être infantile et adolescent, et ce à la mesure du délabrement chronique des institutions spécialisées.

Ainsi, l’État semble désormais se préoccuper des répercussions du Covid-19 sur les enfants, tout en négligeant sa responsabilité bien antérieure à cette crise sanitaire. Alors que les pouvoirs publics paraissent subitement prendre conscience des effets d’aggravation du mal-être infantile, soulignant des « effets divers » du Covid, nulle mention n’est faite des politiques délibérées de sacrifice et de délitement menées à tambour battant depuis des années. Voici donc ce qui inquiète désormais les responsables politiques, quand cela commence à trop se voir :

  • « une perte de confiance dans l'adulte référent ;
  • les mesures de distanciation sociale ont créé un phénomène de désocialisation et augmenté les troubles psychiques ;
  • les troubles dépressifs ont augmenté jusqu'à doubler durant le premier confinement chez les 15-24 ans ;
  • les phobies sociales et scolaires ont augmenté ;
  • les confinements ont accru les risques d'addictions chez les jeunes (écrans, substances psychoactives) ».

Certes, ça prend l’eau…Mais il ne s’agit là que de l’exacerbation de tendances de fond par rapport auxquelles les professionnels, mais aussi l’IGAS ou le Sénat alertent depuis déjà plusieurs années…

Il est alors vain de rappeler que « le nombre de patients en pédopsychiatrie a augmenté de 60% en 20 ans quand la démographie des professionnels de santé décline dans cette discipline peu attractive (-7% entre 2012 et 2015 pour un âge moyen de 62 ans) ». En effet, il est un peu tard pour se lamenter, alors même que les orientations imposées par les tutelles, les diktats idéologiques, les restrictions budgétaires, le dénigrement et le mépris, l’invisibilisation, etc., ont largement contribué à ce manque d’attractivité…Ce n’est que lorsque le navire coule et qu’on commence à patauger qu’on réalise l’utilité du travail de tous les soignants de l’ombre qui essayaient encore de maintenir l’embarcation à flot….

A un autre niveau, les réformes à l’œuvre depuis plusieurs décennies ont contribué à aggraver les inégalités territoriales et scolaire, avec une atteinte manifeste des possibilités de mixité sociale et un renforcement des « séparatismes » parfois proche d’une forme de ségrégation. Alors même que les responsabilités politiques sont occultées, on en vient à stigmatiser les replis communautaires, malgré le fait que les parcours des enfants soient de plus en plus cloisonnés et ségrégués en fonction de leurs appartenances socio-territoriales…

Ainsi, l’école française est de plus en plus inégalitaire : depuis les deux dernières décennies, le niveau scolaire des 20% les plus socialement défavorisés a fortement baissé et celui des 20% les plus favorisés a augmenté.  Concrètement, les investissements éducatifs sont moindres pour les élèves issus des quartiers défavorisés. Ainsi, le parcours scolaire est toujours plus déterminé par l’origine sociale, même si le conseil scientifique de l’éducation nationale prétend qu’il s’agit là d’un déterminisme neurogénétique. On compte 24% d’élèves pauvres dans les collèges publics en moyenne et 3% dans le privé, ce qui atteste du rôle que tient le privé dans l’évitement scolaire…A quand un gouvernement qui aurait enfin le courage politique de ne plus financer les établissements privés, dans le souci de donner véritablement des moyens au public, en favorisant la mixité sociale, en luttant contre les discriminations et les ségrégations, en rétablissant un peu de justice et d’égalité….Au passage, notons également que 10% des enfants de familles sans logement ne sont pas scolarisés….

Incapable de mener d’authentiques politiques de prévention – lesquelles ne pourraient d’ailleurs se baser que sur une réelle lutte contre les inégalités sociales - , les politiques actuelles en arrivent à catégoriser, à stigmatiser, à réprimer, à condamner, de plus en plus, et de plus en plus tôt, les comportements infantiles « déviants ». Ainsi, comme le soulignent Alexia Peyre et Vito Fortunato, co-secrétaires nationaux du SNPES-PJJ-FSU, « depuis le début des années 2000, la justice des mineurs s’est profondément transformée sous l’effet de discours politiques médiatiques et sociaux démagogiques, stigmatisants et autoritaires ». Ainsi, le recentrage sur le pénal se traduit notamment par une « offre en places d’enfermement et d’incarcération toujours plus importante ». « La PJJ s’est de plus en plus éloignée de sa dimension protectrice au profit de mesure probatoires, c’est à dire de mise à l’épreuve et de contrôle ». A travers une forme de déni de l’enfance, on constate ainsi un « rapprochement toujours plus dangereux de la justice des mineures avec celle des majeurs, avec toujours plus d’enfermement et de répression ». Ainsi, la promulgation du Code de justice pénale des mineurs entré en vigueur le 30 septembre 2021, suite à l’abrogation de l’ordonnance de 1945 qui fondait jusque-là la justice des enfants, vient confirmer ce recentrement sur le répressif, avec des politiques pénales toujours plus sévères, sans corrélation avec la gravité des actes. Là, comme ailleurs, les logiques sont à la fois idéologiques, mais aussi gestionnaires et comptables, conduisant à une « accélération des procédures judiciaires au détriment du temps éducatif pourtant indispensable dans l’aide à la construction des enfants et des adolescents », comme le dénonce une tribune récente.

Par ailleurs, d’après le syndicat de la magistrature, il est de plus en plus constaté que les droits des mineurs ne sont pas respectés, que « la parole de l’enfant en justice est quotidiennement mise à mal par le manque de moyens des tribunaux ou des services en charge des mesures », que « les décisions ordonnées par le juge des enfants ne sont pas exécutées plusieurs mois après la notification ». Au Tribunal Pour Enfants de Bobigny, 900 mesures étaient en attente en novembre 2018, ce qui contribue manifestement à désavouer la parole judiciaire. Sur ce même tribunal, il peut s’écouler jusqu’à 18 mois entre l’audience au cours de laquelle la décision est prononcée par le juge des enfants et l’affectation du suivi à un éducateur…

Au fond, c’est tout le système de protection de l’enfance qui se voit ainsi mis à mal, avec une consécration du retrait de l’Etat dans ses missions de prévention. Comme le rappelle le SNPES-PJJ/FSU, « les conseils départementaux opèrent alors des choix en fonctions des budgets alloués souvent en faisant jouer la concurrence entre les associations habilitées et des entreprises du secteur de l’économie dite « sociale et solidaire ».

Comme le souligne de son côté Laurent Solini, maître de conférences et membre du laboratoire Santesih (Santé, éducation et situations de handicap), on se trouve de plus en plus confronté à un « système qui, poussé à cet extrême, produit le contraire de ce qu’il devrait pour les jeunes et les professionnels : une instabilité constante et une impossible réinsertion ». L’enfermement des mineurs est désormais au cœur de la stratégie éducative, avec une « montée en incarcération » et un étiquetage institutionnel négatif. « A force de vivre ces ruptures, les adolescents les intériorisent comme le seul mode de fonctionnement possible ». Or, « sans travail éducatif de longue durée, le jeune est privé de la possibilité de se lier à des « autruis significatifs », ce qui laisse les professionnels profondément désemparés ».

Cette tragique dégradation du service public de la justice des enfants et de la protection de l’enfance conduit ainsi à une situation dans laquelle près de 40% des jeunes SDF sont d’anciens « bénéficiaires » de l’Aide Sociale à l’Enfance…

Les dimensions de carence, de traumatisme, d’abus, induites par le délitement social ont en plus tendance à être cruellement occultées et négligées. Pourtant, d’après une enquête de la HAS datant de 2021, chaque année, 130 000 filles et 35 000 garçons subiraient des viols ou des tentatives de viols, en majorité incestueux. 140 000 enfants seraient exposés à des violences conjugales. L’incidence du syndrome du bébé secoué se situerait entre 22,1 et 52,4 cas pour 100 000 enfants de 1 à 11 mois. En 2016, 67 enfants sont décédés dans un cadre intrafamilial, soit un enfant tous les 5 jours (4 enfants sur 5 ont moins de 5 ans).

Dans de trop nombreuses situations, malgré les signalements des professionnels, aucune solution extérieure à la famille n’est proposée à l’enfant « victime » repéré, à qui on peut éventuellement proposer un « placement à domicile » …De surcroit, le repérage précoce des « situations à risque » est de plus en plus empêché, du fait du sacrifice délibéré des structures préventives ( ainsi, la Protection Maternelle et Infantile s’est vue amputée en dix ans de 100 millions d’euros, soit 25% de son budget…)

Abandonnant ses missions de prévention, L’Etat se « recentre » sur des postures répressives, en imposant de plus en plus des parcours de ségrégation et d’enfermement. Ainsi, plutôt que de considérer les événements de vie, les trajectoires existentielles, les situations singulières, mais aussi les conditions d’environnement, les « adversités » cumulées, on préfère désormais appréhender des troubles du neurodéveloppement ou des conduites, à déterminisme génétique, supposant un tri précoce et des mises en filières. Dès lors, les manifestations comportementales, les oppositions, les protestations, les « tendances antisociales », ne doivent plus être appréhendés comme des expressions réactionnelles, signifiantes, comme la conséquence d'un « cumul des traumas » et des injustices, comme la résultante d’une surexposition chronique à des facteurs de risque sociaux, mais comme une caractéristique tempéramentale devant être normalisée, réprimée, rééduquée…

Or, dans un rapport récent sur la Santé Mentale des enfants, la Défenseure des droits s’inquiète du fait que « l'absence de professionnels conduit ainsi parfois à des situations de surmédicalisation (surconsommation d'anxiolytiques chez certains enfants) ». Par ailleurs, la Défenseure des droits est régulièrement saisie de situations d'enfants maintenus en secteur hospitalier, parfois en services pour adultes, faute de places dans des établissements plus adaptés (instituts médico-éducatifs). "L'hôpital ne doit pas pallier les défaillances des institutions"….

Et la contention physique ou chimique des enfants ne devrait pas non plus devenir une façon de faire face à la pénurie de soignants…comme le souligne le communiqué de l’Atelier Enfance suite aux Assises Citoyennes du Soin Psychique : « loin d’une désinstitutionnalisation, (…), ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes ».

De fait, les textes n’interdisent nullement la pratique de la contention et de l’isolement sur des mineurs pris en charge psychiatriquement, avec une absence complète d’encadrement juridique de ces pratiques en extension permanente. Or, cette dérive inique « n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante »…

En 2017, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquait que, dans le cas des mineurs : « l’hospitalisation peut être totalement imposée par un tiers – les parents, voire le directeur de l’établissement qui l’accueille – sans qu’il bénéficie des garanties reconnues aux majeurs en situation comparable : il n’est pas nécessaire de justifier qu’il présente des troubles mentaux rendant impossible son consentement ; il n’est pas exigé que son état mental impose des soins immédiats assortis d’une surveillance médicale constante ; il n’est pas exigé que la demande soit accompagnée de deux certificats médicaux circonstanciés datant de moins de quinze jours dont l’un émanant d’un médecin n’exerçant pas dans l’établissement d’accueil. Et pourtant, ce type d’hospitalisation, qui n’a de libre que le nom, n’est pas soumis au contrôle du juge. Tout se passe comme si ces « tiers » étaient présumés agir dans l’intérêt de l’enfant, le médecin de l’établissement d’accueil en étant le meilleur garant »…

D’après Bruno Falissard, l’extension actuelle de la contention, sous toutes formes, « vient du fait que notre société a beaucoup de mal à accepter que l’on ne se contrôle pas complètement. Nous le voyons avec les enfants atteints d’hyperactivité avec un déficit de l’attention, qui sont donc impulsifs ».

De fait, comme le souligne une étude épidémiologique récemment publiée, la prescription de méthylphénidate ne cesse de progresser en France, de manière assez problématique. Les auteurs de cet article (S. Ponnou, H. Haliday, B. Thomé et F. Gonon) mettent ainsi en évidence « une augmentation continue de la consommation de méthylphénidate, ainsi qu'une mise à mal systématique des règles de prescriptions - hors AMM et hors recommandations ». « Entre 2010 et 2019, la prescription de méthylphénidate a augmenté de +56 % en incidence et de +116 % en prévalence »…Par ailleurs, l'étude montre « l'influence des conditions sociales sur la prescription : les enfants issues des familles les plus défavorisées sont les plus médiqués »… La pression scolaire contribue à cette augmentation de prévalence de la prescription. « En effet, les enfants nés en décembre reçoivent cette prescription plus fréquemment que ceux nés en janvier ». Par ailleurs, des facteurs d’environnement tels que les inégalités sociales, l’exposition excessive aux écrans pendant l’enfance apparaissent également un facteur de risque pour les troubles attentionnels. Faut-il pour autant prôner une solution médicamenteuse de plus en plus systématique, en lien avec des biais scientifiques, médiatiques et des conflits d’intérêts manifestes, alors même que « de larges études nord-américaine sont montré que la prescription de psychostimulant n’améliore pas la performance scolaire des enfants souffrant du TDAH » ?

Au-delà du caractère inique de ces dérives, que penser d’un modèle de société qui en arrive ainsi à mettre ses enfants sous contention extensive ? A contraindre, à sédater, à enfermer, à sanctionner, etc., sans chercher à donner du sens, à entendre, à comprendre, à partager…

Et au-delà de l’alternative « Socialisme ou Barbarie », voici donc une autre déclinaison possible : « Soins ou Camisole »….

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