Mediapart, Nicolas Sarkozy et le sport

Les finances de Mediapart, les affaires qui entourent l'ancien président de la République, le secret de l'instruction... Retranscription des principaux moments du tchat avec la rédaction qui s'est déroulé vendredi 21 mars.

Les finances de Mediapart, les affaires qui entourent l'ancien président de la République, le secret de l'instruction... Retranscription des principaux moments du tchat avec la rédaction qui s'est déroulé vendredi 21 mars. L'intégralité de la discussion est à retrouver ici et les commentaires sur la place du sport sur Mediapart .

Bonjour, qu'en est-il de votre redressement fiscal ?

Edwy Plenel. Mediapart ne bénéficie d'aucun privilège ou passe-droit fiscal. Nous avons gagné, avec toute la presse, la bataille pour l'égalité entre presse numérique et presse papier. Mêmes droits, mêmes devoirs, et donc une TVA identique. Mais, pour avoir mené ce combat en réformateur pionnier, Mediapart fait l'objet d'un redressement fiscal pour les années 2008, 2009 et 2010 qui est en contentieux puisque nous le contestons. Pour les années suivantes, 2011, 2012 et 2013, les contrôles sont toujours en cours. Et nous verrons si l'administration fiscale tient compte du vote unanime des parlementaires qui a donné raison à notre position de principe sur la neutralité technologique (même traitement pour le papier et pour le numérique). Si ce n'est pas le cas, nous nous battrons avec toutes les voies de recours légales.

Del. Bonjour, doit-on s'attendre à de nouvelles révélations sur Nicolas Sarkozy ?

Edwy Plenel. Une enquête au long cours, c'est comme assembler un puzzle. Nous continuons à travailler, évidemment.

Fabrice Arfi. Depuis que Mediapart existe – nous venons de souffler nos six ans –, je crois que la rédaction a montré qu'il faut toujours s'attendre à de nouvelles révélations. Et pas seulement sur Nicolas Sarkozy.

Del. Merci Fabrice Arfi. Monsieur Plenel, pouvez-vous nous éclairer sur vos “ rapports ” avec François Hollande ?

Edwy Plenel. Il n'y a rien de mystérieux. Depuis que François Hollande est président, Mediapart n'a aucun “ rapport ” particulier avec François Hollande. Au point, et nous le regrettons, que Lenaïg Bredoux, qui couvre l'Elysée, n'a toujours pas obtenu le rendez-vous en vue d'un éventuel entretien que nous demandons depuis plus d'un an. Notre règle est la distance (mettre à distance, tenir à distance), et ceci d'autant plus si nous connaissons la personne qui a obtenu par les suffrages citoyens cette fonction présidentielle. Pour ma part, mon seul contact remonte à l'affaire Cahuzac où j'avais fait savoir au président de la République que nos informations étaient solides et qu'il devrait prendre ses responsabilités en conséquence. Ce qu'il n'a pas fait puisque Mediapart a dû batailler près de quatre mois pour que la vérité éclate.

Soso. Il paraît que Sarkozy s'est décidé à publier sa tribune suite à l'article de Mediapart révélant le contenu de certaines écoutes, parce qu'il anticiperait de nouvelles révélations, publications... Est-ce que vous confirmez que vous serez prochainement en mesure d'en publier plus sur le contenu de ces écoutes judiciaires?

Edwy Plenel. La tribune de Sarkozy cherche (vainement) à enrayer l'effet de souffle de nos révélations dans son propre camp. Il va sans dire qu'aucune intimidation ne nous empêchera de continuer à faire notre travail au service du droit de savoir des citoyens.

Fabrice Arfi. Non, je ne peux rien vous confirmer par avance. Mediapart ne répond que de ce qui a été publié. Pas de ce qui va, peut-être, l'être.

Tout le monde s'agite et brasse de l'air pour ces révélations faites par les écoutes, mais quand les sanctions sérieuses vont-elles commencer à tomber, et tomberont-elles?

Edwy Plenel. Comme l'explique fort bien Michel Deléan (lire l'article), l'enquête sur le trafic d'influence (la tentative de manipuler la justice dans l'affaire Bettencourt pour lui enlever des mains les agendas de Nicolas Sarkozy) est menée par deux juges d'instruction indépendantes. Nous verrons bientôt ce qu'elles font vis-à-vis des trois principaux protagonistes: le magistrat Azibert, l'avocat Herzog, le politique Sarkozy.

Jfelkowski. Bonjour, pensez-vous que les lois actuelles offrent une protection suffisante aux sources journalistiques ? Cordialement

Edwy Plenel. Nous attendons toujours le vote de la loi promise par la nouvelle majorité sur le secret des sources, destinée à le renforcer, à l'image de la très bonne loi belge de 2005.

Michel Deléan. Bonjour. Il existe actuellement des définitions trop floues aux exceptions légales qui permettent de contourner le secret des sources. Un texte prévoyant de renforcer utilement le secret des sources devait être examiné à l'Assemblée en janvier, mais a été retiré subitement de l'ordre du jour. Il doit être à nouveau examiné le 14 mai...

Boddisatva. Un avocat aurait-il pu avoir accès aux écoutes Bismuth, et dans la négative une information judiciaire pour violation du secret de l'instruction n'est-elle pas inévitable ?

Visiteur. Je me pose exactement la même question que Boddisatva, mais je crois que tu voulais dire "juge" et pas "avocat".

Fabrice Arfi. Franchement, Boddi, ça fait plaisir de vous lire. Comme vous le savez, non seulement les journalistes ne sont pas tenus au secret de l'instruction mais nous devons protéger celui de nos sources. Sinon, nous ne pourrions plus vous informer. Cette enquête, si elle est ouverte, n'a aucune chance d'aboutir et vise simplement à dissuader d'autres journalites de faire leur travail. C'est une manière commode pour Me Herzog et son client, Nicolas Sarkozy, de faire de la communication sur le dos de la justice en ne répondant pas sur le fond des questions posées. Un grand classique.

Picatchou. Herzog est-il passible de sanctions de la part du métier qu'il déshonore?

Fabrice Arfi. Jusque-là, une partie de la profession d'avocat s'est massivement mobilisée pour Thierry Herzog en défendant un vrai principe – le secret de la relation avocat/client – à la faveur d'un dossier dont personne, à l'époque, ne savait rien. J'ai cru comprendre que beaucoup d'avocats pétitionnaires se mordent les doigts depuis qu'ils ont découvert, grâce à Mediapart, le contenu des écoutes de «Paul Bismuth». Une instruction pour trafic d'influence est en cours. Et il est tout à fait possible, oui, qu'à terme, Me Herzog subisse des sanctions du Conseil de l'Ordre. Mais je pense, si tel devait être le cas, que le chemin sera long...

Bonjour, pensez-vous que Sarkozy, Herzog et Azibert soient déjà mis en examen sans que ce soit public?

Michel Deléan. Cela semble peu probable.

Fabrice Arfi. Tout est toujours possible. Mais je pense qu'une telle information serait déjà connue si elle était avérée. L'enquête pour trafic d'influence a été ouverte il y a peu de temps. Patience ! 

Il y a deux informations judiciaires, en réalité. La première, ouverte en avril 2013, par le procureur de Paris, François Molins, pour corruption. Cette instruction, confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman, vise explicitement les soupçons de financements libyens de Nicolas Sarkozy et son entourage par le régime Kadhafi. C'est dans le cadre de cette enquête que Nicolas Sarkozy a été placé sur écoutes, sur la foi d'éléments que les magistrats ont considérés comme suffisamment sérieux.

Il y a une seconde information judiciaire, ouverte l'été dernier après le dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy contre Mediapart pour faux. C'est dans le cadre de cette enquête que nous avons découvert, grâce aux écoutes, que l'ancien directeur de la police judiciaire parisienne, Christian Flaesch, a littéralement préparé Brice Hortefeux à une audition devant les juges, en lui donnant les questions qui allaient lui être posées et en lui suggérant quels documents apporter pour assurer ses arrières.

Dans ce dossier, comme les juges n'ont recueilli aucun élément sérieux susceptible de remettre en cause l'authenticité du document libyen révélé en avril 2012, Mediapart n'a pas été mis en examen mais placé sous le statut du témoin assisté. Un statut que Nicolas Sarkozy nous reproche aujourd'hui... Je ne résiste donc pas à rappeler ce que son avocat, Me Herzog, disait de ce staut dont avait aussi écopé Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt. C'était le 24 novembre 2012 sur Europe 1 : « Un témoin assisté, par définition, ne peut faire l'objet d'un quelconque procès. L'affaire n'existe plus. Mon client doit avoir le bénéfice de l'innocence pure et simple. Il n'y a aucune charge, aucun indice grave et concordant ».

Boddisatva. Croyez-vous au respect du secret de l'instruction ou pensez-vous, comme l'a dit Nicolas Sarkozy jadis, qu'il n'avait plus lieu d'être ?

Fabrice Arfi. Le respect du secret de l'instruction est une notion qui doit concerner ceux qui y sont soumis. Pas les journalistes. Comme vous le savez, Mediapart essaie de ne pas se contenter de relayer le contenu d'enquêtes judiciaires en cours. Nous défendons l'idée d'un journalisme d'initiative, qui ne serait pas que la chronique du travail des autres, qu'ils soient policiers ou magistrats. De ce point de vue, je peux rappeler que les affaires Karachi, Bettencourt, Cahuzac, Takieddine, Kadhafi, Tapie ont toutes été des récits journalistiques de Mediapart avant d'être des dossiers judiciaires.

Est-ce que le recel de violation du secret de l'instruction est toujours applicable aux journalistes ou est ce que la loi a changé ?

Edwy Plenel. Dans les projets de loi en souffrance (et nous regrettons que l'actuelle majorité tarde tant à les voter), il y a la suppression du délit de recel pour les journalistes qui font leur travail dans le cadre de la loi sur la presse, au service d'informations d'intérêt public qu'il est légitime de révéler.

Thierry Peltier. Sarkozy fait-il encore partie du Conseil constitutionnel ?

Michel Deléan. Oui mais il n'y siège plus, comme Jacques Chirac. Il faut savoir qu'un membre du Conseil constitutionnel n'a pas le droit de démissionner.

Thierry Peltier. Lui est-il permis de faire publiquement un tel tableau de la justice en France ?

Michel Deléan. Bonne question. La liberté d'expression de cet ancien chef d'Etat et actuel membre du Conseil constitutionnel semble en effet sans limite. Je ne suis pas certain que Jean-Louis Debré ait le pouvoir de le sanctionner.

Alado. Jusqu'à quand les gens vont continuer à croire que l'ex président Sarkosy est une victime ?

Fabrice Arfi. Personnellement, j'ai tendance à penser que la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro n'a convaincu que ceux qui étaient d'accord avec lui avant de la lire.

F Archimbaud. Bonjour, pourquoi Nicolas Sarkozy n'est encore mis en examen dans aucun dossier alors que les juges travaillent depuis au moins deux ans sur chaque affaire et que les charges semblent importantes? Faudra-t-il 20 ans pour accoucher d'une sanction symbolique ?

Michel Deléan. La justice est lente, et peu outillée pour traiter les affaires sensibles, notamment à l'international où la coopération judiciaire est souvent complexe. En règle générale, plus les intérêts en jeu sont importants, et plus l'instruction est longue. De l'avis des spécialistes, il faudrait beaucoup plus de moyens pour que les affaires de corruption soient mieux traitées, notre budget justice étant très faible par rapport à celui d'autres pays européens. Les affaires hexagonales, elles, vont un peu plus vite, encore qu'il a fallu 15 ans pour juger Jacques Chirac.

Bonjour M. Plenel, je suis quand même choqué par le fait que vous trouviez normal de publier des conversations privées qui proviennent d'écoutes légales judiciaires, mais théoriquement protégées par le secret de l'instruction : ce secret, c'est la protection des justiciables dans une démocratie. Je sais que ce secret est régulièrement bafoué, mais s'agissant de conversations entre un avocat et son client... malaise. Vous le faites au nom de "L'information", mais c'est quand même une atteinte à un principe de base de toute démocratie bien que vous semblez toujours affirmer être irréprochable sur ce terrain.

Edwy Plenel. Nous avons surtout éclairé l'opinion qui était dans le brouillard sur cette affaire d'écoutes sans savoir de quoi il retournait. Nous avons répondu à la seule question qui vaille: pourquoi y a-t-il eu des écoutes judiciaires? Et qu'ont-elles révélé de si grave au point de justifier la première information judiciaire ouverte par le nouveau parquet financier ainsi que des perquisitions très sensibles ? C'est ce qui s'appelle le droit de savoir du public, un droit fondamental en démocratie: savoir ce qui est d'intérêt public, ne pas se laisser piéger par un débat non informé où les rumeurs, les calomnies, les mensonges, etc., l'emportent au point de nous faire perdre le nord.

arlette.bailet. Je lis très régulièrement les enquêtes des journalistes de Mediapart, bravo pour le professionnalisme des journalistes. Ma question porte sur le thème de l'Europe: pourquoi peu d'alerte sur les questions du Marché Transatlantique, et les questions traitées qui ont un impact direct dans notre quotidien et notre avenir.

Ludovic Lamant. Bonjour - Nous avons consacré, depuis début 2013, une dizaine d'articles au sujet des négociations de libre-échange avec les Etats-Unis. Vous retrouverez notre dossier ici. Par ailleurs, à l'occasion de la venue de Barack Obama mardi à Bruxelles, nous avons prévu de publier au moins deux nouveaux articles sur le sujet. A suivre/bien à vous, Ludovic

Bonjour, Est-ce que vous pourriez inviter un élu UMP pour qu'il réponde aux différentes questions sur les enquêtes qui touchent le parti? Ou l'UMP vous boycotte ?

Edwy Plenel. Notre souhait le plus vif (et nous avons lancé des appels et des sollicitations en ce sens) est que des personnalités de droite soient nos invités lors du prochain "Live" de Mediapart, au lendemain des municipales. Nous avons des contacts avec divers élus ou cadres UMP qui sont même parfois nos sources mais, pour l'heure, ils refusent de prendre publiquement leur distance avec le désastre sarkozyste. Ils ont tort car nous avons besoin d'une opposition dynamique, force de proposition, constructive, etc., et non pas d'une UMP devenue prisonnière d'un seul homme et de son clan, de leur bataille privée pour s'en sortir face aux nombreuses affaires judiciaires qui les concernent.

Ellen Salvi. Non, l'UMP ne nous « boycotte » pas, quoique certains de ses responsables refusent effectivement de parler à Mediapart. Les invitations sont lancées et plusieurs ont même déjà été acceptées.

A l'heure où le gouvernement parle d'économiser 50 milliards d'euros d'ici à 2017, pourquoi ne pas relancer le débat sur comment récupérer les 60 milliards/an de la fraude et évasion fiscale et les 40 milliards de fraudes et évasion sociale/an ?

Dan Israël. Bonjour, en fait, une loi a été votée en France, qui comporte quelques belles avancées. Problème : le conseil constitutionnel a censuré une bonne partie des mesures votées... Depuis, les ardeurs des socialistes se sont malheureusement un peu calmées. Dan

Merci pour vos enquêtes mais pourquoi a-t-on l'impression d'un sentiment anti-russe ou du moins une analyse trop partiale de la situation ?

Mediapart. Bonjour, nous avons organisé une soirée autour de la situation en Crimée pour comprendre les enjeux de la crise ukrainienne.

Otis. Bonjour à vous et merci pour toutes vos actions, au plaisir de vous lire du Sénégal

Edwy Plenel. Bienvenue ! J'espère que vous n'avez pas loupé le concert de solidarité avec la Centrafrique dont nous avons été partenaires au nom de l'ubuntu africain !

Otis. Non, j'ai pas loupé le concert ubuntu africain et le final de Youssou N'Dour m'a donné des frissons ! #Africa

Gilles Marceau. Bonjour, pourquoi cachez-vous l'existence de l'Union Populaire Républicaine à vos lecteurs ? Ce parti politique est le deuxième parti politique français en terme de notoriéré internet.

Lénaïg Bredoux. Bonjour, merci de votre question et, comme je la vois souvent dans les commentaires, vous me donnez l'occasion d'y répondre! Nous ne cachons rien du tout mais, en politique comme sur le reste, nous ne sommes pas exhaustifs. Il existe de très nombreuses petites formations, dont on ne relate pas les faits et gestes... L'UPR n'a aucun élu, et la "notoriété internet" n'est absolument pas une mesure pertinente de l'ancrage social d'une formation. Cela dit, les blogs et les commentaires évoquent très souvent de cette formation – voilà l'avantage du participatif!

Bonjour, pensez-vous que Nicolas Sarkozy puisse finir en prison ou que comme dit le proverbe “ selon que l'on soit... ” ?

Edwy Plenel. Le journalisme ne doit jamais essayer de prédire l'avenir. Sinon, on risque de ne pas laisser de place à l'inattendu et à l'imprévu, de louper des surprises, de manquer des pistes, etc. Bref, l'histoire n'est jamais écrite et le présent, lequel est encombré de passé, suffit déjà à nous occuper. Ce qui est certain en revanche, et nous le disons depuis le début de notre enquête en 2011-2012, c'est que l'affaire libyenne est le dossier le plus dangereux pour l'avenir politique de Nicolas Sarkozy. Bref, nous verrons…

Après la mer. Bonjour, je suis fasciné (quoique pas surpris) par les réactions hystériques de certains médias dominants face à vos révélations (comme l'année dernière). N'y a-t-il pas là un dévoilement aux yeux des citoyens d'une forme d'oligarchie (comment l'appeler), et qui constitue finalement aussi une grande révélation en tant que telle?

Edwy Plenel. Nous aussi ! La haine de la liberté infiltre hélas un journalisme de commentaire et d'opinion, que nous appelons aussi “ journalisme de gouvernement ” tant il se place toujours du côté des puissants et des pouvoirs. Le sommet du ridicule (qui ne tue pas, comme nous savons) a été atteint hier (jeudi 20 mars) sur le site lepoint.fr avec une tribune d'un magistrat retraité et d'un éditeur mondain qualifiant Mediapart de « soviet à la Lénine » au prétexte que nous défendons une démocratie participative et directe, qu'illustrent maintenant nos échanges. En 2010 (affaire Bettencourt), nous étions un média « aux méthodes fascistes ». Maintenant (affaire Sarkozy), nous sommes un « soviet bolchévique »… Il manque encore vipère lubrique, sorcière démoniaque, traître à la nation, etc.

Del. Comment ont évolué vos “ relations ” avec les autres médias français (dont il y aurait beaucoup à dire) ? On se souvient de l'affaire Cahuzac où vous n'étiez pas pris au sérieux, voire stigmatisés par vos confrères (ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui). Le courage, espèce en voie de disparition, aurait-il été réintroduit dans les rédactions françaises ?

Edwy Plenel. Nous faisons notre chemin sans prêter attention aux quolibets, mesquineries et moqueries, méchancetés et jalousies. Et ceci d'autant plus que nous sommes convaincus de la vertu de l'exemple. Le travail de Mediapart a redonné du courage à tous les journalistes qui se battent dans des conditions plus difficiles que les nôtres puisque nous nous sommes donnés les moyens de notre obsession: une indépendance radicale. Et, à la base des rédactions, la solidarité est au rendez-vous sur l'essentiel. C'est dans leurs hautes sphères qu'il y a, parfois, des petites vilénies.

CC. Je salue la qualité de Mediapart et vous souhaite les 100 000 abonnés bientôt.

Edwy Plenel. Merci pour vos encouragements. Nous approchons de cet objectif, chaque jour et grâce à vous tous, à votre bouche à oreille car c'est l'abonné qui fait l'abonné. Ce matin, Mediapart a dépassé les 88.000 abonnés individuels payants.

Seb. Qu'a changé l'affaire Cahuzac en France ?

Fabrice Arfi. @CC Edwy, on t'a reconnu !

Edwy Plenel. ;-)) Mais la question de Seb n'en reste pas moins très bonne, illustrant les vertus de l'événement qui bouscule, réveille et invente. De fait, sous le choc de l'affaire Cahuzac, d'une part la lutte contre l'évasion fiscale s'est grandement renforcée et accélérée et, d'autre part, justice et police ont obtenu plus de moyens et plus d'autonomie (même si c'est encore bien fragile et très insuffisant) pour lutter contre la corruption.

mentaliste78150. Serait-il possible que les journalistes interviennent dans les débats concernant leurs articles ?

Lénaïg Bredoux. Bonjour et merci de votre question! Les journalistes participent régulièrement aux fils de commentaires sur les papiers dont ils sont les auteurs... Cela dit, avec des limites bien entendu, à commencer par celle du temps! C'est parfois difficile de tout suivre, vous le comprendrez aisément. Ensuite, pour ce qui me concerne, je réponds quand je suis interpellée mais je ne considère pas qu'il soit toujours pertinent que les journalistes s'immiscent trop dans les débats entre les lecteurs. Les commentaires sont aussi un espace de liberté pour les abonnés – dans les limites de notre charte bien entendu!

Médioni Henri. Les rapports d'un lectorat à son journal sont compliqués, un peu comme un roman d'amour. Je vous ai soutenu, puis abandonné. Je vais de nouveau adhérer. Peut-être aurons-nous des relations plus importantes. Il me semble qu'aujourd'hui je doive me réabonner.

Edwy Plenel. Merci de votre compréhension. La question essentielle, c'est celle de la confiance. Un journal n'est jamais parfait et nous avons tous des opinions particulières qui ne s'y retrouvent pas forcément intégralement. Mais ce que nous devons préserver c'est ce lien de confiance sur nos informations, leur sérieux, leur rigueur, leur indépendance. Enfin, le propre de Mediapart, c'est que ces lecteurs peuvent le critiquer, l'interpeller ou le compléter dans notre Club participatif.

Je suis pour la transparence à tous les niveaux. Pour la transparence sur les salaires, les revenus, des élus, des élites, des patrons, des cadres, des stars, des “ experts ”, des journalistes, des conseillers dans les collectivités locales ou les ministères... Mais aussi pour la transparence des auteurs de commentaires sur Internet ou de blogs. L'anonymat, s'il n'est pas la seule cause, contribue au fait qu'il y a un ton agressif, des insultes, des approximations, à la propagation d'idées d'extrême droite, qui ne se sont jamais autant diffusées dans les medias, via Internet (et certains blogs).

Edwy Plenel. Je partage votre point de vue. Et nous ne cessons d'inviter ceux qui commentent sur Mediapart à ne pas s'abriter derrière des pseudonymes pour faire à d'autres ce qu'ils ne supporteraient pas qu'on leur fasse à eux. Nous réfléchissons d'ailleurs à un approfondissement de nos règles participatives pour éviter cet effet parfois déplorable d'un fil de commentaires pollué par la virulence polémique des propos alors même que l'article concerné appellerait un débat argumenté et raisonné où nous apprenons de nos différences et de nos divergences.

Alexandre. Bonjour, maintenant que vous êtes bénéficiaires, je suppose que vous avez des projets de développement de Mediapart. Quels sont-ils, notamment en terme de contenus ? Avez-vous des projets en terme d'actualité culturelle ?

Edwy Plenel. Notre premier projet, c'est de consolider l'indépendance de Mediapart de façon à nous mettre définitivement à l'abri. Ensuite nous réfléchirons évidemment à de nouveaux projets tant la révolution numérique est une opportunité formidable pour réinventer le journalisme dans le respect de sa meilleure tradition.

Dominique. L'actualité culturelle est déjà présente. Séries télé, cinéma avec Emmanuel Burdeau, littérature avec Dominique Conil et Christine Marcandier, art avec Hugo Vitrani. A lire aujourd'hui d'ailleurs, l'Argentine au salon du livre par Dominique Conil.

Boddisatva. François Bonnet a dit récemment (interview à Ragemag) qu'il ne croyait plus au journalisme-papier. Est-ce une opinion personnelle ou êtes vous plusieurs à la partager à la rédaction ?

Géraldine Delacroix. Ça dépend quel journalisme papier. Pour ma part, je pense que les quotidiens sont dans une situation désespérée.

lr407. Pensez vous que Madame Taubira participe à une justice indépendante sans entrave politique ?

Michel Deléan. Christiane Taubira ne donne pas d'instructions aux parquets dans les affaires individuelles. On a pu constater récemment qu'elle ne se jette pas non plus sur les rapports consacrés aux “ affaires ”... Donc globalement, la réponse à votre question est oui. Le stade suivant serait évidemment de rendre le parquet indépendant, ce qui suppose une réforme constitutionnelle.

Knowj. Bonjour... J'ai plusieurs questions, peut-être aurais-je une réponse !!! Pourquoi ne suivez-vous pas ce qui se passe au TPI pour l'ancien chef d'état ivoirien ?! Il semblerait qu'on n'ait pas tant de choses pour l'accuser !!! Pourquoi , depuis l'affaire des quotas que vous avez brillamment traitée, ne jamais faire d'enquête sur le milieu du foot ?! Où se concentrent corruption, racisme.

reneegate. Je me pose la même question que Knowj. Peu d'infos sur la Côte d'Ivoire. De plus votre ligne éditoriale sur l'étranger (Syrie, Ukraine) semble très éloignée de vos enquêtes actuelles (Sarkozy, Bettencourt, Lybie...) et pour ces dernières je vous félicite. Y a-t-il des directions de rédaction différentes en politique intérieure et extérieure?

Edwy Plenel. « Une seule ligne, la ligne de chemin de fer », disait Albert Londres. Nous travaillons avec les mêmes règles et les mêmes principes sur les dossiers intérieurs et sur les affaires étrangères. Il se trouve simplement que certains de nos lecteurs apprécient nos informations sur la France parce qu'elles recoupent leurs convictions tandis qu'ils désapprouvent notre travail sur la Syrie ou l'Ukraine parce qu'il bouscule leurs opinions. Vous devriez plutôt vous interroger vous-même: si Mediapart est si pertinent sur la France, pourquoi ne le serait-il pas aussi sur l'international? Ne serait-ce pas plutôt que vous refusez d'être bousculé par des informations qui dérangent vos convictions? Or vous avez tort car c'est comme cela qu'on avance: en se mettant en question, en s'interrogeant, en doutant, en confrontant.

Otis. Ah oui au fait: développez une vraie appli pour Android SVP et pas seulement une optimisation du site

Edwy Plenel. Nous avons en projet (mais ça ne sera pas pour tout de suite) de revisiter, améliorer et réinventer nos applications pour tous mobiles, indépendamment du format “ responsive ” que nous avons adopté depuis l'été dernier.

Cinsault. Est-ce que Mediapart est un journal de gauche comme on l'entend régulièrement ? Pourtant vous enquêtez des deux côtés... Ou alors est-ce votre lectorat (souvent de gauche) qui marque le journal à gauche? Ou tout simplement la liberté de la presse est-elle un concept de “ gauche ” ?

Edwy Plenel. Nous sommes indépendants et radicalement démocrates. Attachés à une république « démocratique et sociale » où l'égalité est le pivot de la devise fondatrice: égalité des droits, égalité des possibles, sans distinction d'origine, de naissance, d'apparence, de croyance, etc. La liberté de la presse est un levier essentiel d'une République entendue comme une construction permanente, jamais immobile, toujours à inventer et à construire. Elle n'a pas d'étiquette partisane même si elle affrontera toujours ceux qui pensent la République comme un immobilisme et un conservatisme au service des oligarchies du pouvoir et de l'avoir. Bref, Mediapart n'a pas d'autre boussole que cette exigence d'une démocratie relevée et élevée, partagée et rassemblée.

laurent. Bonjour, où en est l'affaire Karachi ?

Fabrice Arfi. L'instruction des juges Van Ruymbeke et Le Loire sur le volet financier de l'affaire Karachi touche à sa fin. Les doublures du premier ministre Balladur, des ministres Léotard et Sarkozy, sont mis en examen. Il s'agit respectivement de Nicolas Bazire (Balladur), Renaud Donnedieu de Vabres (Léotard) et Thierry Gaubert (Sarkozy). Ils sont suspectés d'avoir été les chevilles ouvrières, au sein du gouvernement, d'une vaste entreprise de détournements sur les ventes d'armes avec le Pakistan et l'Arabie saoudite, avec la complicité des intermédiaires Ziad Takieddine et Abdul Rahman el-Assir. Pour ce qui concerne l'éventuelle responsabilité pénale des ministres eux-mêmes, l'enquête sera menée par une autre juridiction, la Cour de justice de la République. Et cela risque de prendre encore beaucoup de temps...

Faucoup Yves. Souhaitez-vous maintenir l'absence de compteur sur les blogs (les commentaires étant une indication parfois trompeuse du nombre de lecteurs) ?

Géraldine Delacroix. Oui, nous pensons que le nombre de lecteurs n'est pas un indicateur de l'intérêt ou de la qualité d'un billet. En revanche nous afficherons bientôt, dans la “ nouvelle formule ” du Club, le nombre d'abonnés qui suivent chaque blog.

Fred. Bonjour, où en êtes-vous au niveau des finances de Mediapart? Dépendez-vous encore de financiers?

Edwy Plenel. L'actualité qui nous bouscule ces temps-ci fait que j'ai un peu de retard sur l'article annuel où nous présentons nos résultats, nos chiffres et nos comptes, notre bilan et nos perspectives. Nous sommes maîtres chez nous depuis le début et nous travaillons, avec les actionnaires minoritaires dont ceux que nous allons racheter, à construire une société de presse à but non lucratif. En 2013, nous avons fait notre troisième année bénéficiaire avec 7 millions de chiffre d'affaires et un peu plus de 900 000 euros de résultat net.

Il y a tellement d'affaires sur l'UMP que ça en serait presque suspect, ce qui a l'inconvénient de décrédibiliser un peu pour les non lecteurs de Mediapart. Y a pas de dossiers un peu chauds côté gauche, pour équilibrer un peu ? Quid du fils Fabius par exemple ?

Fabrice Arfi. Mediapart n'a pas été en arrière de la main – c'est peu dire – sur les affaires qui concernent la gauche. Que ce soit Cahuzac, Guérini, Kucheida, Navarro... En ce qui concerne le financement de l'appartement du fils Fabius, si vous avez des infos, nous sommes preneurs.

B.Pottier. Bonjour, je n'aime pas la façon avec laquelle vous violez la vie privée et le secret de l'instruction. Je n'aime pas ce que vous faites. Je pense que ce “ journalisme ” là est indigne. C'est minable.

Edwy Plenel. Libre à vous. La liberté de la presse suppose son pluralisme, et donc rien ne vous oblige, heureusement, à supporter ce Mediapart qui vous insupporte. Reste que nos informations sont utiles à tous, quelles que soient vos sensibilités. Tout simplement parce que ce sont des vérités de fait et qu'elles sont d'intérêt public.

Timothé. Y a-t-il un lien entre l'affaire des écoutes et l'affaire Bettencourt?

Edwy Plenel. Oui, puisque les écoutes, décidées par deux juges d'instruction dans le dossier sur le financement libyen de Sarkozy et son entourage avant 2007, ont révélé des faits de trafic d'influence au sein de la Cour de cassation dans le dossier Bettencourt.

Fabrice Arfi. Non, aucun. De mon point de vue, il n'y a pas d'“ affaire des écoutes ”. Il y a l'affaire Kadhafi, qui a valu à Nicolas Sarkozy et son double « Paul Bismuth » son placement sur écoutes, dont nous ne connaissons aujourd'hui qu'une petite partie. Et il y a une affaire Azibert, pour trafic d'influence, qui vise l'ancien président et son avocat.

Jo. Gérard Davet a recu des menaces... récemment ! subissez-vous également d'odieuses intimidations ?

Edwy Plenel. Nous recevons nous aussi des menaces, régulièrement. Ainsi que des insultes et injures. Mais nous continuons notre chemin sans nous alarmer outre mesure. Ce qui mériterait qu'on vous alerte et qu'on vous mobilise, ce sont des faits objectifs de pression ou d'intimidation (vols, effractions, espionnages, interceptions, agressions, etc.).

AurliePAGES. J'ai vraiment l'impression que la France est devenue totalement une république bananière! et mon sentiment est que nous sommes condamnés à le rester!

Edwy Plenel. Ne soyez pas défaitiste. Et, comme nous, dites non à la résignation et à l'indifférence. L'avenir dépend d'abord de nous, de notre capacité à réagir et à inventer. A ne pas subir. A ne pas rester spectateurs.

lâne que je suis. Allez lire Les 6 ans de Mediapart. « Pour faire de la bonne enquête, il vaut mieux être sur le Web » 18 mars 2014 | Par François Bonnet.

Edwy Plenel. Oui, un excellent entretien de notre directeur éditorial François Bonnet sur RAGEMAG. A lire aussi en accès gratuit dans le Club.

Jean-Francois. Accessoirement, merci pour le boulot que vous faites, oui. Je me suis désabonné du Monde récemment (petite augmentation) et je me suis dit... Après tout, j'étais très fan de Cahuzac, l'affaire m'a retourné, je vous dois bien ça, je me suis abonné chez vous ;)

Edwy Plenel. Merci beaucoup, très fair play vraiment. Et merci d'avoir remarqué que, malgré la victoire obtenue pour toute la presse sur la TVA à 2,1%, Le Monde a augmenté dans la foulée ses abonnements numériques de 19% à 50% selon les diverses formules. C'est un choix totalement contraire à l'esprit de la TVA super-réduite pour la presse qui est faite pour rendre service aux lecteurs afin qu'elle soit moins chère et abordable par le plus large public.

Paul. Bonjour M. Plenel, je suis surpris que vous considériez comme tout à fait normal de publier des conversations privées effectuées dans le cadre d'une enquête légale, mais théoriquement protégée par le secret de l'instruction : le secret de l'instruction c'est la protection de tout justiciable dans une démocratie. Je sais bien que ce secret est régulièrement bafoué mais s'agissant de conversations privées entre un avocat et son client balancées sur la place publique… malaise. Vous faites cela au nom de “l'Information” mais au mépris d'un principe démocratique de base dont vous vous réclamez pourtant abondamment. Merci pour votre réponse.

Edwy Plenel. Bis repetitata non placent ;-) Je répète donc: les journalistes ne sont pas tenus au secret de l'instruction. Ils n'ont qu'un devoir: rendre publiques des informations, vérifiées et recoupées, d'intérêt public, au service du droit de savoir des citoyens. En l'espèce, nous n'avons pas révélé «des conversations privées», mais les faits contenus dans les synthèses policières sur la base desquelles la justice a décidé d'ouvrir une information pour trafic d'influence qui, potentiellement, concerne un politique (Sarkozy), un magistrat (Azibert), un avocat (Herzog). C'est une information que nos concitoyens devaient avoir pour comprendre ce qui se passait et qui faisait polémique depuis deux semaines.

Nicole. Avez-vous une réponse à l'argument de Sarkozy concernant l'affaire lybienne: «Pourquoi Kadhafi n'a-t-il pas utilisé les preuves de son financement de la campagne de 2007 lorsqu'il a été attaqué»?

Edwy Plenel. C'est une question purement spéculative qui nous intrigue nous aussi mais qui ne fait pas avancer le Schmilblick comme disait Pierre Dac. Car ce n'est pas comme cela qu'on procède pour approcher la vérité dans une enquête difficile et complexe. Il faut s'en tenir aux faits, les assembler et les vérifier, construire le puzzle, chercher les pièces qui manquent, etc. Ce sont ces faits qui ont légitimé l'ouverture par la justice d'une enquête sur le dossier libyen (à ne pas confondre avec l'information ouverte automatiquement sur la plainte de Nicolas Sarkozy qui nous visait). S'en tenir aux faits permet d'affronter ce vrai souvent invraisemblable qui est au centre des investigations les plus surprenantes. La logique n'est pas toujours au rendez-vous des dossiers tordus, opaques, criminels, etc. Je me souviens par exemple de ces journalistes qui, durant l'été 1985, ne voulaient pas croire que l'attentat contre le « Rainbow Warrior » était un acte des services français sur ordre du pouvoir politique. C'était en effet proprement invraisemblable ! Donc continuons à enquêter et nous trouverons peut-être la réponse à votre question…

Fabrice Arfi. Les éléments de réponse que nous avons pu recueillir sur cette vraie question dans les plus hautes sphères libyennes de l'époque Kadhafi nous indiquent qu'il y a eu une importante lutte interne au clan Kadhafi. La plupart de ses proches collaborateurs étaient favorables à la révélations des preuves, mais c'est Kadhafi lui-même qui s'y est opposé, persuadé que 1) Nicolas Sarkozy ne mènerait pas la guerre jusqu'àu bout eu égard à leur extrême proximité de 2005-2011 et 2) Ne pas sortir les éléments était encore la meilleure manière d'agiter la menace. En vain. Les juges prennent aujourd'hui très au sérieux cette affaire, qui est judiciairement compliquée puisqu'elle nécessite d'importants moyens d'investigation à l'étranger.

Nicole. Merci pour votre réponse. Autre point important: la publication des écoutes ne risque-t-elle pas d'affaiblir la procédure judiciaire pour violation du secret de l'instruction?

Fabrice Arfi. Non, pas d'inquiétude. C'est totalement déconnecté.

hélène. Pourquoi l'affaire de la Lybie est-elle judiciairement compliquée, dès lors que Mohamed el-Megarief a indiqué que les 50 millions ont été versés pendant la campagne ?

Dan Israel. Parce que les juges doivent recueillir non seulement des témoignages, mais aussi des éléments de preuve.

Jo. Un rassemblement festif avec débats etc des abonnés de Mediapart est-il envisagé quelque part cette année ?

Géraldine Delacroix. L'association Camédia fait un excellent travail en ce sens et organise au début de l'été une rencontre au Frioul.  

Bsbellamy. On lit beaucoup sur le net que le mécanisme de remboursement de la dette publique est une véritable escroquerie ; il est souvent dit que c'est la loi de 1973 qui est responsable de l'interdiction scandaleuse qui est faite à l'Etat de financer lui-même sa dette à faible taux, et plus généralement d'émettre lui-même la monnaie. Le problème est que certains chercheurs soutiennent des thèses assez déflationnistes sur le sujet (la contestation de cette loi reposerait sur des préjugés et des idées fausses). Monsieur Mauduit pourrait-il rédiger un article de fond sur le sujet ? Ne peut-on pas déceler dans le “ service de la dette ” une grave trahison de l'intérêt général ?

Dan Israel. Trahison, je ne sais pas. Disons que c'est la solution (de facilité) qui a été utilisée dès 1973 pour financer des budgets perpétuellement en déficit. Notons que le Japon, dont le déficit public avoisine les 200% du PIB, est beaucoup moins angoissé sur ces questions que les pays européens pour une raison simple : il n'autorise pas des acteurs non-Japonais à détenir la dette nationale.

Jacques Tatine. Où en sont les attaques de Sarkozy sur “ l'usage de faux ” et sur quels point souhaitez-vous annihiler son attaque? Merci

Edwy Plenel. Nous contre-attaquons en montrant à la justice qu'il s'agit d'une dénonciation calomnieuse, au point que Nicolas Sarkozy a eu recours à un faux témoin comme nous l'avons expliqué ici.

AG. Bonjour, même si j'ai des points de désaccord avec vous, je me retrouve dans la liberté d'information et la pugnacité du journalisme d'investigation qui fait tant défaut à d'autres médias. Continuez sur cette voie !

Edwy Plenel. J'espère bien que, dans leur diversité, nos lecteurs ont des désaccords avec nous et entre eux. Le pire serait l'uniformité, le conformisme et le suivisme.

MG Verspecht. Comment expliquer que Mediapart soit, après avoir tout de même révélé des affaires importantes, “obligé” de se justifier dans les différents médias ? Est-ce parce que Edwy Plenel était à la LCR (et donc certaines personnes penseraient qu'il y a un parti pris) ??? Et sinon merci pour votre travail !

Edwy Plenel. Cela n'a rien à voir avec ma biographie personnelle. C'est l'illustration de la faible culture démocratique française et de l'impact de cette faiblesse sur nos médias dominants. Je vis cela depuis que j'ai traité des affaires sensibles (c'était sous Mitterrand) et la jeune équipe de Mediapart le vit à son tour depuis 2008: un journaliste qui fait simplement son travail, avec exigence et détermination, est dans ce pays obligé de se justifier comme s'il devenait soudainement le suspect.

Brice Hortefeux vient de vous attaquer nommément sur BFM, juste à l'instant, en disant que c'est vous qui êtes poursuivis, que répondez-vous ?

Ellen Salvi. Qu'il y a deux informations judiciaires. La première, ouverte en avril 2013, par le procureur de Paris, François Molins, pour corruption. Cette instruction vise explicitement les soupçons de financements libyens de Nicolas Sarkozy et son entourage par le régime Kadhafi. L'autre, ouverte l'été dernier après le dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy contre Mediapart pour faux. Etrangement, Brice Hortefeux oublie régulièrement de parler de la première de ces deux instructions.

Fabrice Arfi. Nous répondons qu'il ment. Je vous ai déjà répondu sur cette question plus haut... ;)

jpfroy. Vous répondez que Hotrefeux ment. Que comptez-vous faire ?

Mediapart. Le démontrer, avec des faits.

Une rubrique sportive ?

Stéphane Alliès. Une rubrique Sport (du moins d'investigation dans le domaine sportif) est une requête de plusieurs d'entre nous depuis un petit moment, mais se heurte pour l'heure à un refus de notre grand timonier Edwy Plenel. Pour autant, au vu du succès de certaines de nos enquêtes (de Michaël Hajdenberg sur le Paris Football Club ou Louise Fessard sur les libertés publiques menacées des supporters, sans parler de l'affaire des quotas), nous avons arraché la possibilité d'étudier la question, « une fois atteints les 100 000 abonnés ». Nous ne désespérons pas, donc…

Sébastien Périer. Pourquoi, lorsqu'il y a des erreurs factuelles dans certains articles (je parle de faits établis, pas de divergence d'analyse partisane bien entendu), et que vos abonnés / lecteurs vous le font remarquer, vous ne reconnaissez pas vos erreurs (cela arrive à tout le monde de se tromper) et ne rectifiez pas vos articles ?

Dan Israel. Nous corrigeons régulièrement nos articles, et indiquons le rectificatif dans la Boite noire de l'article.

Stéphane Alliès. Perso, je ne suis pas toujours aussi assidu que par le passé aux fils de commentaires… Mais répond et/ou corrige toute erreur factuelle quand signalée par message privé, via la messagerie interne de Mediapart…

Carlet. Merci pour votre travail et votre ligne politique. J'aimerai aussi voir plus (car vous en faites un peu) ce type de journalisme appliqué aux questions d'environnement.

Stéphane Alliès. Nous vous renvoyons aux articles et enquêtes de Jade Lindgaard, extrêmement documentés sur les sujets environnementaux…

mxf. Commentaire de radiophile : j'ai été ravi de retrouver Mr Huertas au sein de votre rédaction, mais lire sur écran est définitivement fatiguant, ne pourriez-vous pas diffuser sa chronique également sous format audio (comme à l'époque sur son blog ici avec le player France culture)? et étendre plus largement ce que vous aviez entrepris, la version audio de vos articles?

Mediapart. On y pense, me dit Hubert dans l'oreillette

Boddisatva. Pensez-vous que Wikileaks peut trouver un modèle économique ?

Jérôme Hourdeaux. Bonjour, Wikileaks est une association à but non lucratif. A ma connaissance, ils ne sont donc à la recherche d'aucun modèle économique.

Sycophante. Bonjour, que pensez-vous de l'affirmation de M. Sarkozy selon laquelle les extraits des écoutes le concernant comporteraient des mentions mensongères ? D'après votre expérience est-il crédible que la synthèse de ces écoutes puisse comporter des mots qu'il n'aurait pas employés ?

Fabrice Arfi. Je pense que Nicolas Sarkozy, derrière le côté péremptoire et outrancier de son texte, est un homme affolé, acculé par les affaires. Pour lui, désormais, tous les coups sont permis. C'est une stratégie.

David G. Dans l'affaire du financement de la campagne de Sarkozy par la Lybie, pourquoi Messieurs Guéant, Hortefeux ou Squarcini ne sont jamais directement questionnés par les médias sur l'exfiltration de Bashir Saleh (le financier de Kadhafi) par les autorités françaises alors que ce dernier était pourtant recherché par Interpol?

Fabrice Arfi. Bachir Saleh, en plus d'avoir été le directeur de cabinet du dictateur, était le trésorier du régime. Il est au cœur de tous les soupçons de financements occultes du clan Sarkozy. Pourtant visé par un mandat d'arrêt d'Interpol, M. Saleh a pu fuir la France avec l'aide des autorités françaises en mai 2012, cinq jours après les révélations de Mediapart qui le mettaient en cause. Il s'agit d'un épisode tout à fait édifiant de l'histoire franco-libyenne et qui montre l'extrême panique de l'ancien clan présidentiel face aux possibles développements de l'affaire libyenne.

spyko. Certains journalistes de Mediapart se sentent-ils parfois espionnés voire sur écoute ?

Dan Israel. Etant donné que nos locaux ont été “ visités ” au moment de l'affaire Bettencourt, la question nous traverse parfois l'esprit.

AG. On sent que vous avez fait des affaires autour de Sarkozy le cœur de vos investigations et articles. Ne délaissez-vous pas d'autres affaires ? Autrement dit faites-vous une fixation sur Sarkozy ou pensez-vous qu'il a plus que tout autre abîmé la démocratie française et mérite de reléguer d'autres actualités au second plan.

Dan Israel. Nous écrivons régulièrement sur les affaires concernant la gauche, et nous avons tout de même révélé les comptes cachés d'un ministre du budget socialiste (mais nous traitons aussi régulièrement des affaires Guérini, Kucheida, etc.)

LudivineBenard. Ultimate question : à quand Jean-Claude Michéa face à Badiou et Lancelin ? :D (oui, oui, c'est la 3e fois que je la pose, je suis une fan absolue)

Stéphane Alliès. Il y a de bonnes chances que cela lui soit proposé (d'autant qu'il sort bientôt un nouvel ouvrage). En attendant, on peut relire la tribune qu'il nous avait envoyée, en réponse à Philippe Corcuff

Pascal. A quand un Médiapart pour les enfants? Ça ferait je suis sûr un carton, un vrai journal engagé pour les minots, car ils veulent/aiment lire/s'informer, or la presse quotidienne jeunesse est franchement pas au niveau (voire pire)...

Stéphane Alliès. La priorité en interne est surtout de convaincre nos chefs de créer un service Sport ;-)

Fabrice Arfi. Genre : révélations sur «le compte suisse de la maîtresse» ? ;)

habitus. Pourquoi "pas une rubrique sportive" (voir Otis, ci-dessus), alors même que le sport est un phénomène de société international d'une importance inouie avec des enjeux qui dépassent de loin la seule pratique sportive ? Il y a mille manières d'aborder le sport, des angles d'attaque que les autres quotidiens n'adoptent pas : sport et politique, sport et propagande, comparaison des pratiques sportives entre différents pays, investigation dans le milieu sportif, sport et éducation populaire, etc. Je trouve au contraire que le sport est un reflet de notre société et il faut s'y pencher.

Stéphane Alliès. Absolument d'accord. Que ceux parmi les abonnés qui le pensent aussi harcèlent Edwy Plenel sur son mail…

Gui-purple. Tout à fait d'accord, les articles de fond sur le fonctionnement du sport sont un manque terrible pour le public et les métiers du sport. Pourtant, il y beaucoup de choses à dire...

Florian. D'accord avec Otis. Les résultats sportifs n'ont rien à faire sur MDP.

Stéphane Alliès. Oui bien sûr, enquêter sur le sport, sûrement pas donner les résultats…

Il n'y a que la politique qui vous intéresse, je trouve dommage car cela fait plusieurs mois que je vous parle des soucis des animateurs de lotos...

Dan Israel. Comme vous semblez l'avoir compris, nou avons en effet beaucoup de reproches à faire aux animateurs de loto. Plus sérieusement, nous ne sommes pas sûrs qu'il s'agisse d'une question relevant réellement de l'intérêt général.

Mediapart. C'est l'avantage du participatif, vous pouvez ajouter vos propres billets aux articles de la rédaction :-)

Vous avez des reproches à faire aux animateurs de lotos??? Cela veut dire quoi?

Dan Israel. C'était une blague. Comme je le disais, plus sérieusement, la question ne nous semble pas correspondre à un sujet d'intérêt public, à première vue, du moins.

Busino. Comment le citoyen, simple lecteur et participant à Mediapart pourrait participer à son journal? Que pourrait faire le simple lecteur qui obtient certains renseignements ou qui les cherche?

Mediapart. Vous pouvez écrire directement à chaque journaliste, par la messagerie privée. Ou bien poster vos informations, documents, de manière sécurisée sur notre site frenchleaks.fr

marigrubbe. J'aimerais bien savoir pourquoi Balladur n'a jamais été entendu par les juges (sauf erreur de ma part).

Fabrice Arfi. Parce qu'ils ne le peuvent pas, aussi extravagant que cela puisse paraître. La France a encore un tribunal d'exception pour ce qui concerne les délits commis par des minitres en fonction. Il s'agit de la Cour de Justice de la République, qui dira dans quelques semaines si elle ouvrira effectivement une enquête sur Balladur. Si tel ne devait pas être le cas, ce serait un vrai scandale au regard de la cathédrale de preuves dont dispose aujourd'hui la justice.

spyko. Pensez-vous qu'à l'avenir Mediapart puisse étendre sa diffusion d'information sur des sujets régionaux voir départementaux ? Vos sujet sont essentiellement nationaux ou internationaaux. Une info régionale ou départementale non détournée au profit de la communication est à mon sens très demandée. Mediapart veut-il s’étendre pour le plus grand bonheur de ses abonnés ?

Stéphane Alliès. Ce n'est pas à l'étude, même si ce serait bien, en effet. Mais il faut beaucoup de moyens pour cela, et nous ne les avons pas encore… En revanche, nous accompagnons et aidons autant que possible les sites indépendants qui se créent un peu partout en régions (comme le défunt Dijonscope, ou le hélas mal en point Télescope d'Amiens). Nous publions aussi souvent des enquêtes en partenariat avec le mensuel marseillais Le Ravi, ou avons collaboré avec l'excellent Montpellier-Journal. Mais cette économie de presse indépendante locale est encore très fragile…

Boris Carrier. Au sujet du participatif: qui des directs-plateaux et du retour du tchat ? Y a-t-il des critères de sélection des billets mis en valeur par la rédaction ? Rares sont les journalistes qui participent aux fils de discussion, et lorsque c'est le cas, c'est source de débats, etc.

Mediapart. Bonsoir Il est très compliqué de faire passer les questions du Club à nos invités, à la fois pour des raisons de cohérence éditoriale (souvent les questions que vous souhaitez poser sont les mêmes que les nôtres), et des raisons plus matérielles, comment filmer, montrer, etc. Concernant la deuxième partie de votre question, oui, bien sûr, il y a des critères de choix des billets qui passent en Une, ce que nous expliquons souvent: actualité, originalité, pertinence...

Edwy Plenel. Chers toutes et tous, je suis obligé de vous quitter pour aller au palais de justice de Paris où je dois témoigner en faveur du douanier Olivier Thérondel. Son histoire est iciMerci encore de votre soutien sans lequel rien de ce que fait Mediapart ne serait possible. Oui, seuls nos lecteurs peuvent nous acheter !

jtombeur. J'estime que Mediapart pourrait de temps à autre traiter de sujets conso et vie pratique. Évidemment avec discernement.

Dan Israel. Je le prends un peu pour moi, car j'essaye :-...) Lire La Poste se livre à la sous-traitanceLes curieuses recettes du réseau Domino's Pizza, ou encore Quand le distributeur Casino étouffe ses franchises

Pensez-vous effectuer un rapprochement plus actif avec Arrêt sur image ? Je trouve vos deux approches très complémentaires, et ils traitent de sujet que vous laissez quelque peu de côté, notament les jeux vidéos et internet (à travers leur partenariat avec canard pc).

Dan Israel. Pour avoir été des deux côtés de la barrière, je crois qu'il n'y a pas de choses prévues en ce sens, mis à part l'abonnement commun, ce qui est déjà beaucoup...

Séléné. Que voulez-vous dire par abonnement commun ? quand on est abonné à MDP, on a également accès à ASI ?

Carole Maitre. Bonjour, vous pouvez prendre un abonnement commun, je vous invite à consulter ce billet.

lobala. Juste une question: où en est le projet Mediapart /Libération ? Je trouve l'idée très belle, ce serait une brèche ouverte dans la presse et Libé redécouvrirait ce qu'est la presse libre. Il faut travailler à cette proposition.

p. Un rapprochement Libé-Mediapart? mais pourquoi faire? N'y a-t-il pas bien longtemps que Libé s'est perdu?

Mediapart. Nous nous intéressons au sort de Libération qui pose de nombreuses questions sur le fonctionnement, le financement, le contenu, de la presse française. Libé compte plusieurs “ anciens ” à Mediapart. Bref, nous ne sommes pas indifférents. Le reste est extrapolation.

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