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Les dirigeants européens ont décidé, vendredi 25 mars, lors du sommet qui les réunissait à Bruxelles, de soumettre les 143 réacteurs nucléaires civils à des tests de résistance dont les résultats sont prévus pour la fin de l'année. «Si une centrale, et je parle pour la France, ne passait pas ces tests, elle serait fermée», a annoncé Nicolas Sarkozy. En attendant, c'est surtout la sortie du nucléaire qui traverse le Club de Mediapart. Morceaux choisis.

Les dirigeants européens ont décidé, vendredi 25 mars, lors du sommet qui les réunissait à Bruxelles, de soumettre les 143 réacteurs nucléaires civils à des tests de résistance dont les résultats sont prévus pour la fin de l'année. «Si une centrale, et je parle pour la France, ne passait pas ces tests, elle serait fermée», a annoncé Nicolas Sarkozy. En attendant, c'est surtout la sortie du nucléaire qui traverse le Club de Mediapart. Morceaux choisis.

«L'Agence de sécurité du nucléaire est pilotée par une commission dont le Président dit travailler à la vérification du nucléaire français afin d'en assurer la pérennité et la crédibilité. Or, une telle agence doit vérifier la fiabilité des centrales sans objectif autre», relevait Yann Werlhing, porte-parole du Modem, dès le 16 mars, appelant précisément à ce que de «nouveaux tests de résistance sur toutes les centrales nucléaires européennes» soient «réalisés par un ou des organismes totalement indépendants de la sphère du nucléaire».

Car «il n'y a plus de pilote dans l'avion de la sûreté», expliquent Benjamin Dessus et Bernard Laponche: «Dans huit des réacteurs français, des pièces essentielles des diesels de secours, "les coussinets", (sont) défectueux et (peuvent) fort bien entraîner la panne sèche» sur ces désormais célèbres diesels destinés à assurer le refroidissement. Pire encore, «dans 34 réacteurs du parc nucléaire français, le système d'injection de secours (peut) ne pas fonctionner avec la précision requise». Tandis qu'à la centrale du Blayais, en 1999, «l'accident a été évité de justesse».

Au vu de la carte proposée par le réseau Sortir du nucléaire et publiée par Marc Tertre (dont on lira aussi avec intérêt le billet du 3 mars, intitulé Les sciences, de A comme autonomie à Z comme Zététique : D comme Démocratie), «on ne peut qu'être frappé par le fait que le territoire est quadrillé par les différentes exploitations, et il n'existe pas une région qui en réchappe».

Parmi ces centrales, explique jaguilar qui cite l'ASN, «20 réacteurs nucléaires d'EDF utilisent» le MOX, un combustible particulièrement dangereux et d'ailleurs utilisé à Fukushima. «Le choix d'utiliser du combustible MOX dans ses réacteurs nucléaires relève de la stratégie industrielle d'EDF. L'ASN ne se prononce pas sur cette stratégie», concède benoîtement l'Autorité de sûreté nucléaire.

«Nucléaire, un avenir radieux»: c'est le thème de la soirée débat organisée le jeudi 31 mars à Paris, au cours de laquelle sera projeté un film de Thomas Johnson, «Nucléaire en alerte», sur l'éventualité d'un accident en France.

Victorayoli témoigne de son expérience d'un exercice d'alerte nucléaire dans la vallée du Tricastin. «Donc un nuage toxique qui s'élève et se met en mouvement vers le sud, poussé par un léger mistral qui se lève. Ben mes aïeux~! Fallait-il évacuer les populations des villes du sud du site ? Que faire des enfants des écoles ? Pompiers, maires, préfecture, secouriste, population... Fallait voir le bordel !» Il poursuit en évoquant les récents incidents dans la vallée du Rhône. Faille de Nîmes, faille des Cévennes, et la centrale «en plein dessus»: Ivan Villa propose une rencontre avec une géologue. L'occasion de se souvenir aussi du du tremblement de terre de 1909 (magnitude 6,2), qui fit 45 morts en Provence.

Politique énergétique: nucléaire ou pas?

«L'Autriche, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, etc. se passent du nucléaire. Pourquoi pas nous ?», s'interroge S.H. dans un billet. «Les écologistes sont les seuls à demander, depuis des dizaines d'années, une sortie rapide du nucléaire», rappellent à chaud trois élus EELV. «Non monsieur Sarkozy, le nucléaire n'est pas une énergie de l'avenir. Non monsieur Fillon, la France et le Japon ne doivent pas être "les porte-parole au niveau mondial d'une utilisation raisonnée de l'énergie nucléaire".»

Velveth publie l'appel de près d'une quarantaine d'organisations, allant d'EELV à Utopia en passant par la Fédération Nature et progrès ou encore le NPA, qui demandent «l'arrêt de tous les projets électronucléaires en cours (...) tant que les citoyens n'auront pas été en mesure de se prononcer démocratiquement sur notre politique énergétique et sur le recours à l'énergie nucléaire, y compris si nécessaire par un référendum, le renoncement à la prolongation de l'exploitation des réacteurs ayant atteint ou dépassé les 30 ans de fonctionnement» et «l'arrêt complet de tous les projets portés à l'étranger par l'industrie nucléaire française». Ivan Villa propose en vidéo l'intervention de Corinne Lepage lors du rassemblement du 20 mars dernier à Paris, organisé par les mêmes associations. «Il faudra que nous ayons le choix, comme le font les Italiens dans deux mois, comme l'ont fait les Suédois...», demande la députée européenne.

Pour Amar Bellal, professeur agrégé de génie civil, (dans un article pour la Revue du projet vraisemblablement rédigé avant le tremblement de terre), «une vraie politique énergétique écologique, c'est investir dans des énergies propres et décarbonnées (comme le nucléaire mais aussi les énergies renouvelables) mais c'est aussi faire des économies quand cela est possible : pour 1 euro investi dans l'isolation, c'est au moins 2 euros, dans l'hypothèse la plus défavorable, qui sont évités en investissement dans la production d'énergie !»

Ainsi, si aujourd'hui l'énergie nucléaire est défendue par ses promoteurs comme une énergie non carbonée, il y a une dizaine d'années c'était l'emploi qui était mis en avant, comme on peut le voir dans cette vidéo de la mémorable visite de Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère à la Hague, en 1999.

Comment en sortir?

Pour Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à l'enseignement supérieur et à la recherche, «la première des choses à faire, comme le réclame le Parti socialiste, est de revenir à une maîtrise totalement publique du nucléaire, et de mettre en œuvre une transparence exemplaire, assortie d'un audit des installations françaises. Le gouvernement préfère s'enferrer dans sa stratégie de l'autruche et de dénégation des risques majeurs dans lesquels la perte progressive du contrôle public nous entraîne.» C'est aussi l'avis de Jean-Paul Baquiast: «Il nous paraît indispensable de rappeler que l'industrie nucléaire est trop dangereuse pour pouvoir être exploitée sous la contrainte de normes de profitabilité imposées aujourd'hui à nos sociétés par le capitalisme financier et la recherche des gains à court terme.»

En juin 2010, Bernard Laponche cosignait déjà avec deux élus écologistes une tribune appelant au démantèlement des centrales. Un avenir possible pour l'industrie nucléaire française, selon eux: «réorienter et remobiliser les compétences et les ressources du secteur nucléaire vers la création d'une véritable filière du démantèlement (installations et réacteurs), secteur nettement plus porteur à moyen terme que la construction de nouvelles centrales, et permettant de préserver les emplois du secteur tout en développant un savoir-faire d'avenir».

Comment manifester une «solidarité planétaire»? Olivier GOUNON-ASCAIN a une idée d'«action citoyenne»: «tous un masque sur le visage», non pas pour se protéger, «d'ailleurs~personne ne croit qu'il y ait une~façon efficace de se protéger», mais «rendre visible et palpable un danger invisible et impalpable...»

Un danger, celui du nuage radioactif qui parcourt le monde, à propos duquel l'information manque cruellement, relèvePol qui publie un un appel de la Crii-rad «invitant citoyens, associations, scientifiques, élus ... de tous pays à se mobiliser à ses côtés afin d’exiger que les résultats relatifs à la contamination radioactive de l’air, obtenus grâce à l’argent public, soient mis à disposition du public ET SERVENT A SA PROTECTION». En effet, constate l'association, «plus de 10 jours après le début des rejets radioactifs, les masses d’air contaminé ont traversé des pays aussi étendus que les Etats-Unis et le Canada, des pays qui disposent d’équipements performants, leur permettant d’évaluer précisément l’activité volumique (2) de chacun des radionucléides présents, en tout cas des plus problématiques d’un point de vue sanitaire. Or, en dépit des recherches conduites depuis plusieurs jours, la CRIIRAD n’a trouvé aucun chiffre sur la contamination de l’air.»

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