CREDIT AGRICOLE : DES SOCIETAIRES COUPABLES, FORCEMENT.

Devenir sociétaire pour créer une banque coopérative c’était, à l’origine, un choix exaltant. Désormais les sociétaires du Crédit Agricole (qui ne se sait plus Mutuel) sont des coupables désignés. Piégés et menacés, ils sont sans défense. Comme ceux du Crédit Mutuel ou de BPCE.

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Devenir sociétaire ? Un grand projet sur les traces de Frédéric-Guillaume Raiffeisen, dans la filiation des équitables pionniers de Rochdale, des membres des fruitières du Jura et de tant d’autres militants. Une ambition formidable : inventer une alternative à l’usure, au mécanisme infernal qui conduisait les paysans (et les autres) à manger leur blé en herbe. Il était possible d’échapper au piège de l’argent roi.

          Choix éthique

Une loi dit tout – la formidable loi fondamentale du 10 septembre 1947, léguée par le Conseil National de la Résistance (CNR) et qui porte statut de la coopération - mais elle est méprisée au quotidien par les dirigeants qui ont fait main basse sur les structures.

Devenir sociétaire dans une coopérative financière, c’était un pari sur la solidarité, sur la démocratie, sur la mutualisation des efforts et des biens. Chaque sociétaire étant garant de la société coopérative, étant à la fois prêteur et emprunteur (alternativement ou simultanément).

Un choix éthique rendu possible par la pratique d’une démocratie horizontale, par des choix partagés. Dans la logique égalitaire « un homme, une voix », dans la pratique d’une parfaite égalité de traitement via le respect du barème voté, sans recherche de profit, les bénéfices étant des excédents restitués et le capital n’ayant pas vocation à rapporter de l’argent… et les plus-values (en cas de succès) devenant un bien collectif ; la part incessible des résultats devenant réserve impartageable.

Un fonctionnement militant qui ignore le marketing, le placement de produits et autres fariboles capitalistes. Face aux trahisons de l'idéal, les idéalistes, sans cesse, veulent réinventer le modèle ; c'est ainsi que de multiples initiatives surgissent au quotidien. Formidable à condition de penser, dés l’origine, à se protéger des dérives dont la tentation est inéluctable dès lors que les structures grossissent.

Le pire est que les coopératives pillées peuvent mourir sans disparaître ! Elles changent discrètement d'identité (c'est interdit, mais) et les prédateurs entretiennent, si possible, la confusion en conservant l'acronyme (qui perd son sens, mais). Ainsi la Fnac, la Camif et autres. Et la "coopérative Normandie-Picardie" désagrégée, diluée, vendue, offerte... Et tant d'autres. Le beurre et l'argent du beurre.

Dés l’instant où la loi est piétinée, tout s’écroule. Pour endiguer la naturelle cupidité de quelques profiteurs, les coopératives ont besoin de la protection des magistrats. Actuellement, le laxisme est la règle.

          Captations de coopératives

Il y a des captations de coopératives comme il y a des captations d'héritages : un bien qui appartient à tous n’appartient à personne et peut devenir un pactole pour qui n’a aucun scrupule et sait y faire. On pense à Arkéa mais pas seulement, loin de là. On pense aussi aux Mutuelles de Bretagne enrichissant Richard Ferrand. Et à mille exemples.

Les coopératives peuvent devenir des illusions d’optique, des sociétés potemkine, une façade. Il suffit de les soustraire aux contrôle effectif des sociétaires. Ces derniers sont, alors, très vite considérés comme des figurants, des fusibles, des sacrifiés potentiels coupables de leur impuissance. Forcément coupables

Le scénario est bien rôdé et, après la chute du mur, on a vu son aboutissement dans les ex-pays de l’Est... les dirigeants salariés des coopératives se déclarant patrons et devenant milliardaires. Du culot simplement. Et du cynisme. Une mécanique broyant le collectif.

            Pyramide inversée

Les mots creux sont le viatique de ces prédateurs : pour dépouiller la base et, au final, aller éventuellement jusqu'à mettre un groupe coopératif en Bourse (!) il faut un certain génie. Celui des manipulateurs qui maîtrisent l’architecture des systèmes totalitaires, l’hypocrisie des démocratures.

C'est ainsi que le Crédit Agricole (Mutuel ?) est devenu une immense structure coopérative à demi-privatisée et côtée ! Chèvre et chou, carpe et lapin, offrant toutes les opportunités aux prédateurs. Qui commande pour de vrai ? Qui rend des comptes ? Qui contrôle ?

Le système marche sur la tête, la pyramide s’est inversée et la confusion est totale. Les grandes banques coopératives ont échappé à leurs créateurs. Les assemblées générales sont devenu une totale mascarade. La piétaille des sociétaires fait de la figuration même pas intelligente.

Dans les caisses locales - où sont parqués (et surveillés) les millions de sociétaires - cohabitent deux dirigeants pénalement responsables. Le président "élu" et le gérant salarié appelé directeur. Le président n’a plus de pouvoir effectif et le gérant est salarié par la filiale qu’il doit contrôler, la Caisse Régionale… qui organise toute l’activité. Il ne se passe plus rien au niveau local sauf une pantomime.

C’est pire qu’un conflit d’intérêt. Un non sens. Là où, jadis, le bon sens était près de chez soi.

A Poitiers, en 2019, des sociétaires qui défendaient leur coopérative, sa vocation locale, sa gestion démocratique, ont été condamnés par la Cour d’Appel. Et virés. Motif ? En exigeant le respect de la loi de 1947, ils nuisaient aux dirigeants. Le règlement intérieur – rédigé et aménagé par ces dirigeants – prévalant sur la loi. Etonnant, non ?

Devant le TGI de Saintes, en décembre 2017, l'avocate du Crédit Agricole a affirmé que la loi de 47 était dépassée ! Devant la Cour d'Appel, en mars 2019, elle a invoqué le stress des dirigeants découvrant au quotidien leurs agissements sur Mediapart ! Pour elle, les sociétaires doivent rester discrets et les dirigeants ont toutes les libertés.C'est l'intime conviction de ces gens et ils s'accordent la liberté du renard dans le poulailler.

           Les "mauvais sociétaires" de Saintes

Le crime de Richard et Lucien ? Avoir défilé derrière une banderole : «Saintes veut vivre avec le Crédit Agricole ». Avoir mobilisé la ville toute entière, au côté des élus et des syndicalistes, pour contester la délocalisation de la banque... Avoir exigé des explications, un débat en AG… Terrible !

Ils sont devenus, caprice de dirigeants auto-proclammés, les « mauvais sociétaires ». Tout le charme de l’arbitraire. Il leur en a coûté beaucoup de désagréments et le prix d’une voiture. La prochaine fois, ils y réfléchiront à deux fois avant d’être acteurs dans leur coopérative. C'était le but : intimider, réduire au silence, préserver l'omerta.

Les deux sociétaires ont été déclarés coupables ! Coupables d’être intervenus. S’ils avaient laissé faire, ils auraient été coupables d’inaction, de s’être lavé les mains du sort de leur coopérative. Coupables de complicité passive ! Et auraient été appelé à casquer, pour ce motif, en cas de faillite.

           La confiscation, une mécanique diabolique

Dépossédés, les sociétaires sont, au final, coupables dans tous les cas. Et même lorqu’on leur a vendu les parts sociales comme placement financier (le commerce des parts sociales, véritable sacrilège et réelle escroquerie, se pratique désormais) ! Quand les bornes sont franchies… Mais qui est vraiment coupable ?

Le retour au respect de la loi fondamentale du 10 septembre 1947 est une urgence absolue. Une priorité pour tous les décideurs de bonne foi. Il faut résister aux dérives et en finir avec le poker menteur.

Alerter et participer est un devoir pour chaque sociétaire. Faire respecter la loi est celui des magistrats. Protéger et promouvoir le plus formidable des projets - une économie raisonnable au service de l'homme - est celui des politiques. Aux médias, il appartient... d'informer et d'imposer la transparence.

 

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Le dessous des cartes (photo J.D.)

 

CONCERNANT CE DOSSIER, LIRE EN PRIORITE, SUR CETTE EDITION :

 

CREDIT AGRICOLE : LE MASSACRE DES SOCIETAIRES

 

CREDIT AGRICOLE : DES CAISSES VEROUILLEES DE L'INTERIEUR

(Le coeur du dossier et de nombreux liens)

 

 

 

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