Lexique nomade 2010

Chaque mois de mai voit désormais revenir son Lexique nomade, aux éditions Christian Bourgois. Chaque année depuis bientôt quatre ans, à Lyon, lors des Assises internationales du roman, se rencontrent des écrivains du monde entier dont la langue commune est le récit, l’outil de référence le mot. Dix jours avant leur réunion, à la Villa Gillet, paraît ce Lexique, recueil de termes choisis et définis par les auteurs invités aux Assises. Comme une ouverture à ces rencontres.

Chaque mois de mai voit désormais revenir son Lexique nomade, aux éditions Christian Bourgois. Chaque année depuis bientôt quatre ans, à Lyon, lors des Assises internationales du roman, se rencontrent des écrivains du monde entier dont la langue commune est le récit, l’outil de référence le mot. Dix jours avant leur réunion, à la Villa Gillet, paraît ce Lexique, recueil de termes choisis et définis par les auteurs invités aux Assises. Comme une ouverture à ces rencontres.

Le lexique nomade n’est pas un dictionnaire ordinaire. Nulle volonté d’exhaustivité bien sûr (41 entrées), mais le choix de la subjectivité, de la sensibilité, une composition annuelle, liée à la présence de ces auteurs des quatre coins du globe. Comme une géographie intime, un espace du sens aléatoire et, de fait, signifiant.

Il suffirait pour s’en convaincre de se pencher sur la table des matières : Emmanuel Carrère, auteur d’un Roman russe, choisit malicieusement le mot « Ruse », le Lexique commence à A comme « Absence » (Vincent Delecroix) et nous mène vers le « Transport » de James Frey. Au fil des mots, le lecteur croise des noms communs, des plus simples en apparence (« honte », « incertitude ») aux plus littéraires (« parallaxe »), des noms propres (« Leningrad » mais aussi « Salinger » qui se cache derrière le « haricot très spécial » de Geneviève Brisac), des mots récemment attestés (« bibliosphère ») ou inventés de toutes pièces : « écrivivre », « libérature ».

Ces termes sont des paradoxes, ils font signe vers une langue commune mais aussi intime, chacun prend un sens neuf, proprement stupéfiant. Ils sont « Palimpseste », mot choisi par Boualem Sansal :

« [Certains] mots fonctionnent comme des clés, ils ouvrent sur des univers. Parfois, on y entre pour des années.

Palimpseste a été ce mot pour moi. Il m’a si bien imprégné que je crois que tout, sur terre et dans l’univers, est un palimpseste. Tout s’écrit, puis s’efface, puis se réécrit de nouveau, et ainsi de suite, ad vitam aeternam. L’histoire, l’identité, les croyances sont de ces palimpsestes qui nous causent parfois des soucis, il nous faut constamment les soumettre à la pierre de touche. C’est ce que les écrivains font : ils effacent et écrivent de nouveau, et encore et encore ».

Se construit ainsi une nouvelle tour de Babel, au sens borgésien, une bibliothèque de mots et de récits, un lieu labyrinthique et rassurant. Une « Bibliosphère », telle que définie par José Manuel Prieto :

« On peut l’imaginer comme une grandiose construction sphéroïdale dont le centre, ptolémaïquement, est en chaque homme-lecteur. Entre ses fines parois (épaisses comme du papier Bible) tiennent tous les textes déjà écrits et en train de s’écrire à cet instant même (y compris celui-ci), qui s’y emboîtent à la perfection et ne cessent d’agrandir sa surface. La vastitude de la Bibliosphère, son diamètre cosmique, ne diminue pas la vitesse d’accès à ses textes car le voyage à travers elle est mental et instantané. »

La « curiosité » – telle que la tisse Sophie Chérer – n’est pas un « vilain défaut », elle est « un supplément », « une qualité d’ouverture ». Qui nous mène vers ce drôle d’espace – « Espace. L’insondable, l’inconcevable », Olivier Rolin ­– des mots et des livres. Soyons curieux, plongeons dans le Lexique nomade. Qui peut, comme l’énonce James Frey, nous « transporter vers un lieu qui dépasse les mots ».

CMLexique nomade 2010, Assises du roman 2010, Le Monde Villa Gillet, éditions Christian Bourgois, « Titres », n° 114, 95 p., 7 €Parution le 14 mai 2010.Prolonger :

Les Assises du roman. Le Roman hors frontières 2009, Christian Bourgois, "Titres", 2009

Lexique nomade 2009, Christian Bourgois, "Titres", 2009

Les Assises du roman, Le Roman, quelle invention ! 2008, Christian Bourgois, "Titres", 2008

L’édition 2011 (4° assises) aura lieu à Lyon du 24 au 30 mai 2010 sur le thème : « Le roman tout dire ? ».

Invités :

Roberto Alajmo (Italie) - Rabih Alameddine (Liban / États-Unis) - Jean-Claude Ameisen (France) - Aharon Appelfeld (Israël) - Sefi Atta (Nigeria) - Florence Aubenas (France) - Gwenaëlle Aubry (France) - François Beaune (France) - David Boratav (France) - Geneviève Brisac (France) - A. S. Byatt (Angleterre) - Emmanuel Carrère (France) - Antonio Caballero (Colombie) - Le Chapelier Fou (France) - Sophie Chérer (France) - Marie Darrieussecq (France) - Vincent Delecroix (France) - Marie Desplechin (France) - Erri de Luca (Italie) - Anne Enright (Irlande) - Julia Franck (Allemagne) - James Frey (États-Unis) - Nicole Garcia (France) - Wendy Guerra (Cuba) - Leonid Guirchovitch (Russie) - Judith Henry (France) - A. M. Homes (États-Unis) - Dany Laferrière (Haïti / Québec) - Michèle Lesbre (France) - Laurent Mauvignier (France) - Martin Page (France) - Bernard Pivot (France) - Alice de Poncheville (France) - Richard Powers (États-Unis) - José Manuel Prieto (Cuba) - Julían Ríos (Espagne) - Marilynne Robinson (États-Unis) - Luiz Ruffato (Brésil) - Noman Rush (États-Unis) - Boualem Sansal (Algérie) - Elif Shafak (Turquie) - Peter Sloterdijk (Allemagne) - Vladimir Sorokine (Russie) - Sara Stridsberg (Suède) - Gonçalo M. Tavares (Portugal) - Agata Tuszyńska (Pologne) - Stéphane Velut (France) - Ivan Vladislavic (Afrique du Sud) - Yan Lianke (Chine) - Valérie Zenatti (France).

Le programme (horaires, lieux) est téléchargeable ici

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