Comment Val et Malka ont amené au ‘casse-pipe’ l’équipe de Charlie Hebdo

L’histoire tragique de Cavanna mais aussi celle de Charlie Hebdo, jusqu’aux évènements de janvier, pourraient se résumer par : comment Val et Malka ont amené au casse-pipe toute une équipe, tout un journal. Ce qui me fait hurler, c’est que tout cela s’est construit au fil du temps au nom de la liberté d’expression

Comment Val et Malka ont amené au ‘casse-pipe’ l’équipe de Charlie Hebdo


Interrogé sur la dérive de Charlie Hebdo, Maître Dartevelle, avocat du journal satirique pendant longtemps, déclara : « Selon moi, l’histoire tragique de Cavanna mais aussi celle de Charlie Hebdo, jusqu’aux évènements de janvier, pourraient se résumer par : comment Val et Malka ont amené au casse-pipe toute une équipe, tout un journal. Ce qui me fait hurler, c’est que tout cela s’est construit au fil du temps au nom de la liberté d’expression ». (Source : « Mohicans », Denis Robert, page 123).

Après la publication des Caricatures de Mahomet, Guy Bedos (c’était avant le massacre de janvier 2015 ! L’homme n’est pas devenu nécrophage, qu’on se rassure) s’insurgea contre l’irresponsabilité dont avait fait preuve l’équipe de Charlie Hebdo, lien https://www.youtube.com/watch?v=cxwwP62smgo : « Charlie Hebdo, ce n’est pas mes copains : qu’ils crèvent ! Ils prennent des risques sur la peau des autres ; si on avait tué un gosse dans un lycée français de Lybie, d’Egypte ou de Tunisie, il n’y avait pas de quoi pavoiser. Je me fous de Charlie Hebdo ; je n’ai pas de leçon d’insolence à recevoir de gens qui se sont, comme Philippe Val, couchés devant Sarkozy pour devenir Directeur de France-Inter. (…) La seule censure que je me connaisse est la censure éthique, une certaine morale : je n’attaque pas les gens qui sont déjà à terre ou les gens qui ne peuvent pas me répondre. (…)Dans l’existence (Philippe Val et moi) nous n’avons pas le même réseau».

Le jugement de Daniel Cohn-Bendit, fut identique, lien https://www.youtube.com/watch?v=AO3mGjlNaeQ : « moi, je les trouve cons ». Considérant que Charlie Hebdo et les intégristes virulents se faisaient, somme toute, la courte échelle dans une escalade vers l’horreur, le député européen ajouta : «(…) Je dis qu’on tape sur une minorité ; moi, j’ai toujours compris que la provocation, c’est taper contre ceux qui ont le pouvoir ». Et, d’ajouter : « Il ne faut pas venir me dire qu’il n’y a pas de limite dans la provocation, ce n’est pas vrai : il y a par exemple des limites dans la provocation quand on parle de l’holocauste…»faisant référence à la Shoa.

Malek Chebel - homme de conciliation qui plaidait pour l’apaisement des esprits et le dialogue- avait prédit, quant à l’excès de provocations de Charlie Hebdo, que " La sanction viendra du réel ». La suite des évènements lui donna raison.

I - Charlie-Hebdo : Comment Philippe Val prend le pouvoir ?

Cette question nous amène à suivre, depuis le début, les tribulations de Philippe Val et de son compère Richard Malka : deux coucous sans scrupules, qui entreprirent de faire prospérer leur ambition dans le nid patiemment édifié par François Cavanna, le professeur Choron, Reiser et les autres : Charlie Hebdo.

Personnages sulfureux, Philippe Val et Richard Malka se révélèrent particulièrement nocifs dans les « affaires Charlie Hebdo et Siné ». Dans « Mohicans », Denis Robert écrit, p.145 :« L’avocat Richard Malka et le chansonnier Philippe Val sont les produits de leur époque. Habiles, malins, s’appuyant sur un bon réseau, maniant aisément le verbe et l’image, rarement désintéressés, assoiffés de reconnaissance médiatique, dociles avec les pouvoirs en place, ils sont à leur juste place sur l’échiquier politico-médiatique».

Très rapidement, la piste des deux compères rejoignit celle du « réseau » (objet du courroux de Denis Robert et Guy Bedos), déjà évoqué dans un précédent billet de l’escarbille du Club Médiapart : il est constitué par 4 groupes d’intérêts particularistes coalisés pour la circonstance S.H.A.F. (Sionistes, Homosexuels, Athées et Féministes) https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment . Dans le cadre de ce Réseau, Caroline Fourest  https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/231116/melle-caroline-fourest-egerie-du-mouvement-gay-et-lesbienet sa compagne Fiammetta Vener jouèrent un rôle important au sein de l’équipe de Charlie-Hebdo de la période Philippe Val.

Ce fut un soir de janvier 1980 que Cabu se rendit à la réunion de bouclage hebdomadaire de Charlie Hebdo (le premier du nom) avec un invité qu’il présenta à ses collègues : Philippe Val. Ce dernier venait ainsi de faire son entrée dans le journalisme satirique. Son ascendant sur Cabu demeure, aujourd’hui encore, une énigme.

Ce premier Charlie Hebdo tira sa révérence le 23 décembre 1981 avec, en couverture, un dessin de Wolinski à l’intention des lecteurs : « Allez-vous faire enculer ».Il s’ensuivit un véritable lynchage médiatique qui débuta après l’émission de Michel Polac, Droit de Réponse, dédiée au trépas du journal satirique.

En janvier 1991, des nostalgiques de « l’humour bête et méchant », pacifistes, antimilitaristes, outrés par la couverture de la première guerre d’Irak par les médias de la France mitterrandienne, lancèrent un nouveau journal satirique, autour de François Forcadell : « La Grosse Bertha ». En septembre 1991, Philippe Val y opéra une espèce de putsch qui l’amena à la tête de la rédaction, avec l’aide de Cabu et malgré l’opposition d’une partie de l’équipe. Il recruta de nouvelles têtes qui donnèrent au journal un côté « généraliste », avec beaucoup moins d’humour « bête et méchant » : Bernard Maris, Olivier Cyran, et d’autres. Berth, Luz, Riss et Plantu donnèrent le coup de main .Cavanna fit son apparition vers la fin, le temps de quelques chroniques.

Malgré de nombreux talents « La Grosse Bertha » peina à atteindre une renommée confortable. En plus, la nouvelle formule éditoriale finit par décevoir lecteurs et cadres : l’éditeur Jean-Cyrille Godefroy décida de reprendre le journal en main : il retira la direction de la rédaction à Philippe Val.

Philippe Val quitta le journal mais pas seul : Cabu et la plupart des dessinateurs partirent avec lui - dont Cavanna et les anciens de Charlie Hebdo. Wolinski rejoignit la nouvelle équipe ; il aurait même, selon la légende, soufflé le nom de Charlie Hebdo pour le nouveau journal dont la création venait d’être annoncée par Philippe Val.

Dès le lendemain de cette annonce, le nouveau journal satirique avait, comme par enchantement, trouvé un imprimeur et des locaux .Quatre jours après, il put mettre sur le marché son premier numéro. Dans son éditorial ,Philippe Val raconta sa version des faits .Il y qualifia ses ex- collègues de « la Grosse Bertha » de « quarteron de généraux félons », signifiant ainsi que les traîtres, c’étaient eux qui avaient sectionné les jarrets de la rédaction et débarqué « le gros de l’équipe qui s’est retrouvé dans la rue les mains dans les poches(…) » (source : « Mohicans », Denis Robert page 102) .Cyniquement, il ajouta que « dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas ».

Ce grand principe du libéralisme selon Val fut aussitôt mis en application. C’est ainsi que ses amis et lui s’approprièrent la marque Charlie Hebdo, après avoir vidé « la grosse Bertha » de ses journalistes et de ses dessinateurs.

C’est là que l’expérience de Maître Richard Malka se révéla précieuse.

Contrairement à ce qu’il laisse entendre ici ou là dans les medias, ainsi que dans sa fiche Wikipédia, maître Malka n’a jamais travaillé dans le cabinet du célèbre avocat maître Kiejman. En septembre 1992, à 24 ans, il fut embauché dans le cabinet de maître Dartevelle, avocat, entre autres, de Charlie Hebdo

Maître Dartevelle lui déléguait les dossiers du Professeur Choron, de Cavanna et de leurs différents journaux. La maîtrise des dossiers en question se révéla- le confessa plus tard Cavanna- lourde de conséquences : elle permit aux acolytes Val, Cabu, Bernard Maris et Portheault, la spoliation de fait de la marque Charlie Hebdo et la mystification des historiques de l’hebdomadaire.

Cavanna qui se reprochait de n’avoir rien vu venir écrivit : «des types plus malins et intelligents que moi ont mis la main sur Charlie (…) sans que je m’en doute, une société de gestion s’organisait, des actions se distribuaient (…) j’étais donc, paradoxe, propriétaire exclusif du journal de par le droit d’auteur, et je ne possédais rien.»(Source : Denis Robert, « mohicans » page 287.) Cavanna précisa : « la débâcle a commencé avec le travail de sape de Val, pour qui Charlie Hebdo n’était qu’un marchepied vers une carrière de lèche-cul politique (…) Charlie est aujourd’hui un pâle torchon (…) si ma signature y figure encore, (…) c’est pour la pige qui me permet de ne pas tout-à-fait crever de faim. J’y parle d’ailleurs de tout autre chose que de politique ou d’actualité sociale .Willem en fait autant… » (Source : idem, page 290). Amer, Cavanna poursuivit : «je ne m’étendrai pas sur la prise de pouvoir par Val, sur sa démagogie, sur sa mainmise intellectuelle sur le journal qui, pas à pas, devenait un banal canard d’échos politiques égayés par des petits dessins (…) il y a ensuite l’affaire Siné et la découverte que, tandis qu’on me pigeait 1800 euros par mois, certains s’engraissaient (…) ». (Source : idem, page 288)


La suite dans le prochain épisode lien :https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011017/comment-val-et-malka-ont-amene-au-casse-pipe-l-equipe-de-charlie-hebdo-episode-ii

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