Le Shiisme

Aux abois, la révolution iranienne, cernée d’ennemis mortels, chercha désespérément les soutiens musulmans nécessaires à sa survie . Le Shiisme qui s’obligeait jusque-là au profil bas, crut devoir alors parler haut et fort, renverser la table et même étaler les griefs contre l’Amérique .

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B- La malédiction de l’Islam essentialisé par ses ennemis (suite2)

« Il serait puéril d'opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d'occupation et je ne sais quel autre droit de farouche isolement qui pérenniseraient en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi ». M. Albert Sarraut, devant les élèves de l'Ecole coloniale.

B-3- Le Shiisme

Le Shiisme est un schisme survenu à la faveur de troubles socio-politiques nés de divergences de vues concernant la succession à la tête du califat qui aboutirent à l’assassinat d’Ali, gendre et neveu de Mahomet(la fitna, guerre civile, débuta sous le règne du calife Othman ). Le Shiisme naquit dans des contrées arabes avant de se propager en Iran ; tradition ou mythe, cette transition est expliquée par l’origine perse de la femme d’Hussein (fils d’Ali et de Fatima, petit-fils de Mahomet, dont la mort à la bataille de Karbala est commémorée, avec passion, le 10 du mois de muharram, selon le calendrier musulman).

Le Shiisme iranien est dit duodécimain parce qu’il compte 12 imams de la lignée d’Ali .Il existe d’autres sectes shiites dont le Shiisme septimain qui se caractérise, lui, par seulement 7 imams de la même lignée. Les fameux Agha Khan de la région indienne de Bombay appartiennent à cette dernière, leur secte est appelé « Khojas ». Les Zaydites du Yémen n’appartiennent à aucune des 2 catégories citées ci-dessus, ils estiment être à mi-chemin entre Shiisme et Sunnisme.

Le Shiisme a sécrété à sa périphérie des sectes centrifuges : les Qarmates ,organisés en sociétés secrètes qui ,à leur apogée, saccagèrent la Mecque en 930 ; les Druzes dont faisait partie la confrérie des « Haschischins » , ( de ceux qui coupent l’herbe ou ceux qui coupent les têtes comme on couperait l’herbe - certains avaient traduit ce mot par fumeur de Hachich ,herbe , improprement bien sûr car on aurait dit , dans ce cas-là , « Hashaïshiïns » plutôt que «Haschischins » - ) .les « Haschischins » ont été une force de frappe redoutable que le vieil homme de la montagne, Al-Sabah, endoctrina dans sa citadelle de Malamouth avant de la mettre au service de roitelets moyen-orientaux - musulmans et croisés ,tour à tour .

Si on excepte les périodes d’intolérance marquée résultant des troubles politiques et militaires originels - dont le point culminant est la bataille de Karbala- ou du choc frontal , au 16ième siècle, entre Persans shiites et Ottomans sunnites (d’obédience hanafite) , ces deux représentants de l’Islam cohabitèrent sans grande animosité apparente et ce, d’autant mieux que les Shiites pratiquent le « Katman » ( secret) et la « taqiya » ( prudence) qui, bien souvent, les amènent à dissimuler leur religion . Et, c’est bien connu, l’apaisement est fille de la discrétion sinon de la dissimulation : il serait bon que d’autres ne l’oublient pas.

Comment le Shiisme iranien devint l’ennemi à abattre ? Le Shiisme duodécimain, vu comme un ennemi haïssable aujourd’hui, est bien - que je sache- le même que celui que les Américains, nous-mêmes et les Saoudiens regardions avec les yeux de Chimène hier encore, du temps du Shah. En toute logique, la pomme de discorde n’est donc pas le shiisme duodécimain mais la révolution khomeyniste. Les raisons réelles sont expliquées ici https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/281216/moyen-orient-genese-du-chaos-et-si-y-regardait-de-plus-pres

Aux abois, la révolution iranienne, cernée d’ennemis mortels, chercha désespérément les soutiens musulmans nécessaires à sa survie (tout comme Saddam Hussein, farouchement areligieux, après son écrasante défaite, en 1991, rechercha la sympathie des musulmans et ajouta, pour ce faire, les signes de l’Islam combattant au drapeau irakien). Le Shiisme qui s’obligeait jusque-là au profil bas, crut devoir alors parler haut et fort, renverser la table et même étaler les griefs contre l’Amérique (parmi ceux-ci l’humiliation, toujours cuisante, du coup d’état orchestré à Langley, contre Mossadegh, en 1953). L’imam Khomeiny, en quête de soutien, se fit, lui aussi, le champion de l’Islam. C’est ainsi qu’à la suite de la publication « des versets sataniques » par Salman Rushdie (écrivain qui donna dans la provocation - c’est son droit –, elle fit sa fortune) l’Imam Khomeiny aurait émis une Fatwa ordonnant l’assassinat du trublion.

Une telle fatwa comminatoire (tellement comminatoire que j’en viens à doute de sa réalité : ceux qui peuvent me faire parvenir une copie de l’original, m’obligeraient) est impossible dans l’Islam malékite, donc dans l’Islam de France. Rappelons que ,dans le malékisme , les dignitaires sont à titre honorifique et n’ont pas rang de Curés, d’Evêques ou de Cardinaux, ni de Rabbins ou de grands-Rabbins, ni de Mollahs ou d’Ayatollahs .Aussi, comment pourraient-ils prétendre à un droit, aussi exorbitant, de vie ou de mort.

Une Fatwa s’inscrit, obligatoirement, dans les limites du Fiqh d’une obédience ou d’une secte donnée. La fatwa est donc doublement limitée : dans sa conception d’abord, par le domaine strict du Fiqh considéré (chaque Fiqh s’ancre dans son particularisme), dans sa destination ensuite, par les fidèles de l’obédience ou de la secte visée. Un malékite ignore une fatwa shiite et réciproquement. (Rappelons que l’Eglise réformée est sourde aux injonctions de l’Eglise catholique qui elle-même est sourde à celles de l’Eglise orthodoxe) .Ainsi va la vie des hommes.

La discorde entre l’Islam orthodoxe et son Schisme duodécimain est telle que des chapitres entiers de la Sunna et des Hadiths (qui pourtant, avec le Coran forment le corpus de référence de l’Islam) sont dédaigneusement écartés parce que coupables, aux yeux des Shiites, de ne pas présenter les marques et références de la transition, obligatoire, par la lignée d’Ali.

Le Fiqh Shiite prévoit- il la peine de mort extrajudiciaire ? J’en doute. Ne sommes-nous pas plutôt en face d’un dérapage - incontrôlé - d’une révolution aux abois ?

Selon l’Ayatollah Khomeiny, Rushdie insulterait Mahomet. Ah bon ? Mahomet lui-même ne se disait-il pas homme parmi les hommes ? Et homme, il l’était : sain d’esprit, indemne de corps, il avait tous ses membres, ses femmes l’attestent.

Tout ce «pataquès », toute cette fange, toute cette haine, tous ces fleuves d’encre ininterrompus pendant des décennies pour ça? Quelle dérision!  
C’est une dérision certes, mais tellement utile à nos lobbies particularistes : le sionisme pour ancrer la confusion « Islamiste=Musulman=Arabe= Palestinien » ; les autres, parce qu’une victoire contre l’Islam est aussitôt proclamée victoire contre « La Religion ».Ainsi essentialisée par amalgame, cette dernière devient une arme redoutable contre le véritable ennemi : l’Eglise catholique. C’est, si l’on veut, une partie de billard à coups blousés : percutée, la bille du souffreteux « Islam de France », va impacter la bille « Religion essentialisée » qui, à son tour, vient ébranler les positions de l’Eglise catholique.

La religion catholique ne corsète plus le pouvoir temporel, depuis 1905, certes, mais elle sous-tend - qu’on le veuille ou non - la culture française et donc participe à la trame du tissu social. A ce titre, elle entrave la marche des uns et des autres vers leurs objectifs respectifs qui sont : le mariage pour tous, l’adoption pour les couples homosexuels, l’égalité homme femme et d’autres avancées sociales qu’on escompte.
Bref, pour combattre - légitimement – des injustices parfois millénaires, ils doivent marquer des points contre leur adversaire de toujours : la Religion catholique. Cette dernière, forte de ses « armées », de sa cohésion assurée par le Vatican et l’Eglise de France, demeure imprenable : quand elle sort dans la rue, ses adversaires opèrent une retraite des plus désordonnées. Mais il y a, juste à côté, une religion sans clergé – donc sans défense - qui, outre ses légions de « béni-oui-oui », peut compter sur les « exploits » de certains écervelés de sa jeunesse pour jeter, au jour le jour, son honneur dans le caniveau.

Quoi qu’il en soit, en l’état, l’Islam de France est la proie idéale pour toutes les forces centrifuges.

                                                                                                                                                        Belab
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Bibliographie : « The Shiite religion » par Donaldson. « Le droit Musulman », par Snouk Hurgronje. « Les grandes pratiques rituelles de l’Islam » par G.H. Bousquet, « la vivification des sciences de la religion », par El-Ghazali.

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