L’Hebdo du Club #33: dire plutôt que médire

Comme chaque semaine, le Club respire au rythme de l’actualité. Des centaines de billets analysent, témoignent, critiquent. Pour ce numéro 33, nous allons revenir sur un épisode médiatique et polémique qui a charrié son lot de propos malveillants. Peut-on tout dire et surtout dire n'importe quoi ?

Commençons cet hebdo par une bonne nouvelle qui ne marque peut-être pas la fin de cette affaire suivie par Sabrina Kassa entre le pot de terre et le pot de fer : JJMU, notre blogueur poursuivi par Areva a été relaxé en première instance, ainsi que l’auteur de l’article copié. Areva est débouté mais Areva a 10 jours pour faire appel. Nous croisons les doigts avec lui.

Cette semaine, nous aurions pu revenir sur le billet de Jean-Philippe Béja, politologue et sinologue qui nous livre un testament. Pas le sien, celui de Liu Xiaobo qu’il a traduit. «Alors qu’aujourd’hui à Oslo, on attribue le Prix Nobel de la Paix, comment ne pas penser au lauréat 2010, Liu Xiaobo ? Emprisonné en décembre 2008 pour avoir critiqué le pouvoir, l’un des plus remarquables intellectuels chinois est mort le 13 juillet dernier d’un cancer du foie qui n’a été découvert qu’en mai». Ou faire la place belle à cet excellent billet, un peu long mais ô combien lumineux de Olivier Tonneau et à la qualité des échanges dans le fil des commentaires. Celui qui enseigne la littérature française à l'Université de Cambridge s'explique : «Ce texte étant strictement personnel et ne défendant aucune position programmatique, la seule vertu qu’il pourrait avoir est d’introduire ce qui me semble souvent manquer dans les débats entre "laïcards" et "islamo-gauchistes" : l’ombre d’un doute». Un doute et des réflexions partagés par tous ses commentateurs.

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Venons-en maintenant à cette accusation gratuite et non documentée. Il y aurait une islamosphère en France selon certains medias qui pointent du doigt les noms de ceux qui tireraient les ficelles de cette nébuleuse cachée derrière ce néologisme. On catégorise, on qualifie… Et nous on rêve ! Quelle mouche a piqué certains confrères de la presse magazine ? A commencer par Le Figaro Magazine et sa Une mortifère qui fait polémique. Suivent Marianne et Valeurs Actuelles qui emboîtent le pas avec des couvertures drapant la controverse. Faire vendre au travers de titres racoleurs, de titres incitatifs à défaut d’être informatifs, on connaît la ficelle. Mais pourquoi salir des personnes qu’elle ostracise. Voire qu’elle diffame. Edwy Plenel et au-delà de sa personne Mediapart sont visés.  

Nous sommes un journal qui défend la liberté d’expression la plus large, le Club en étant la parfaite illustration. Voué aux gémonies, décrit même comme un parrain en référence aux organisations mafieuses, Edwy Plenel a donc décidé de réagir à ces articles à charge et dénués de sens en Une du Club, là où les opinions diverses s’expriment.

Ils ont leur point de vue, Médiapart a le sien. C'est la liberté de la presse. Après chacun se forge une opinion. Néanmoins, la liberté d'expression et celle de la presse n'autorise pas à dire tout et n'importe quoi.

Dans ce billet en accès libre, le cofondateur à moustaches de Mediapart invite aux commentaires, suite aux tombereaux d’infamies dont il est victime. Passons sur l’énorme audience de texte pour nous focaliser sur le fil où plus 450 réactions ont alimenté la discussion. Si nos confrères mal attentionnés diront que les abonnés de Mediapart sont tous Plenelomaniaques, nous révélons par le menu que nos commentateurs exercent leur libre arbitre. Nous ne sommes pas là pour polémiquer ni pour considérer ces hebdos comme des versions contemporaines de Gringoire. Pourtant, nos libertés sont mises en cause. Et l’usage de mots ou formules, rappelle des postures d’une histoire pas si lointaine. Méfions-nous des liens sémantiques qui en disent long sur une manière de penser.

Lui aussi cité dans ces hebdomadaires, Pascal Boniface continue de décortiquer ces amalgames nauséabonds dans le Club. Comment nommer les agissements de Messieurs Encel et Haziza à son égard ? Des attaques ad hominen. Dans son dernier billet, le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques vilipendé lui-aussi s'offre «Manuel Valls qui a jugé nécessaire de participer au numéro du Figaro Magazine consacré à "l'islamopshère"». Et «Il a également cru judicieux de relayer la campagne, lancée par Frédéric Haziza et Frédéric Encel, sur mes "liens" avec Alain Soral, suite au débat organisé par la revue Médias, auquel nous participions tous les deux, le 7 avril 2009». Pascal Boniface doit encore et toujours se justifier pour faire taire la rumeur. Avant de conclure : «L’ignominie de l’attaque rend fier d’en être l’une des cibles».

Dans le fil de commentaires, deux commentaires retiennent l'attention. Celui de Sycophante recommandé 30 fois :

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Et celui de Lancêtre :

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Dans son dernier billet Paul Alliès quitte la France et ses obsessions pour nous conter qu’au Maroc il est compliqué voire impossible de s'émanciper de l’oppression. Difficile de s’exprimer, faire connaitre ses opinions sans restriction : «C'est la liberté d'expression mais aussi tout un travail de formation au journalisme citoyen qui est en cause, celui des sept accusés, autour de Maâti Monjib. Dans le contexte ouvert par le mouvement social dans le Rif, on veut les réduire au silence.»

A toute liberté d’expression sa censure, comme le rappelle le billet de Jérôme Valluy. Y compris à l’université. L'enseignant-chercheur (sociologie, science politique, sciences de l'information et de la communication) dénonce : «Plus de discussions libres entre universitaires et journalistes : l'Université de Strasbourg vient d'édicter une note de service fixant une procédure générale de subordination de toute expression publique auprès des médias, notamment des enseignants-chercheurs ainsi soumis au bon vouloir des services centraux de communication et du président de l'université de Strasbourg». Son collègue Pascal Maillard enfonce le clou et donne des éléments de compréhension.

Sans transition, d’une université à une autre, de Strasbourg à Lyon, revenons sur cette tribune qui touche encore la libre expression d’enseignants chercheurs. «Une conférence mêlant universitaires et acteurs associatifs dédiée à l'islamophobie devait se tenir à l'Université de Lyon-2, avant de subir une offensive menée par le Printemps républicain et l'extrême droite. Les organisateurs dénoncent une atteinte à la liberté d'expression.» Comme l’analyse Faïza Zerouala dans nos colonnes. Puis dans le Club, des universitaires engagé-e-s dans la recherche académique sur les discriminations et les inégalités exigent le «maintien sans condition» du colloque : «C'est une atteinte aux fondements même de nos universités, de la production de nos savoirs et de la démocratie».

Du contrôle au faciès au délit de solidarité

Le projet de loi «renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme», adopté à l’Assemblée nationale, inquiète politiques et associations de défense des Droits de l’Homme. L’élargissement des contrôles aux frontières laisse craindre un détournement à des fins de contrôle de l’immigration. Plusieurs exemples dans le Club, nous invitent à la réflexion. Comme cette tribune de Stéphane Troussel, président du Conseil départemental en Seine-Saint-Denis.

Ou ce billet dénonçant cette politique de la France qui accélère les expulsions directement vers l’Afghanistan ou vers d’autres pays européens qui pratiquent massivement les renvois forcés. Tout cela au péril de la vie de ces personnes demandeuses d’asile. Amnesty International et La Cimade demandent au gouvernement français de stopper ces renvois forcés pour ne plus mettre en péril des vies humaines. Avec cet exemple daté du 11 octobre.

Ou encore ce compte-rendu d'audience de Macko Dragan qui dans son billet titré «"Délit de solidarité" dans la Roya. Raphaël, 19 ans: un procès exemplaire» accuse : «l’Etat français, et sa justice, que l’on imagine parfois, dans des moments de délire, destinée à la défense des plus faibles, criminalise des citoyens dont le seul tort est de ne pas rester les bras croisés devant la barbarie qu’on leur présente comme seul horizon désirable».

Le mot de la fin revient à la philosophe Benjamine Weill2 qui «Face aux récentes prises de paroles de nos "représentants", le risque de manipulation de l'information, le dénigrement des masses populaires, comment ne pas y voir la dramatique mise à mort des principes humanistes qui fondent la République? Comment résister à l'individualisme ambiant qui fait oublier jusqu'à nos potentiels empathiques? La réponse d'une partie du rap français est présentée ici.» Et d'ajouter dans le fil de commentaires :

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