Hebdo du Club #49: aux générations futures

Alors que démarre vendredi «la grève mondiale des jeunes pour le climat» – avant une «Marche du siècle» prévue samedi, l'Hebdo du Club met en lumière les contributions qui traitent de nos rapports «aux générations futures», entre l'urgence à «changer de système», engagements à les soutenir, et pas seulement pour l'environnement... Et questionnement sur le sens à donner à la procréation «en ayant conscience de la notion d'effondrement».

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« C’était presque devenu une expression vide. Tous l’utilisaient : les vrais écologistes mais aussi les faux, les entreprises, les politiciens, les professeurs ; on l’entendait partout : à la radio, à la TV, en conférence ; tout le monde était d’accord : il fallait penser aux générations futures. C’était pratique. Personne ne savait à quoi elles allaient ressembler. »

Dans ce billet fort bien documenté sur le mouvement international des jeunes pour le climat de Guillaume Lohest, un abonné basé en Belgique, la notion de « génération future » est passée au crible et par là-même les hypocrisies et arrangements faciles de la « génération développement durablement ». Lohest se demande : « nous avions l’air de quoi avec nos écopacks, nos tomates-cerises du potager et nos moteurs hybrides ? » Et répond aussi sec : « Oui, nous avions l’air con. » Car pendant que nous étions occupés à discuter et surtout à améliorer notre confort, la terre se réchauffait, la biodiversité foutait la camp, etc. Fort heureusement, les jeunes ont fini par le comprendre. « Longtemps, on a pu se demander pourquoi un enjeu aussi grave que le réchauffement climatique ne donnait pas naissance à un mouvement social digne de ce nom, avec des mobilisations massives et des grèves comme cela commence à être le cas aujourd’hui. L’une des réponses possibles : parce qu’aucun groupe social ne se sentait directement menacé ». De la lutte des classes à la lutte des générations ? Lohest finit son billet en se posant cette question. Après la manifestation pour le climat menée par les jeunes vendredi, une autre plus globale est prévue samedi, nous verrons alors si "les vieux" répondent à l'appel...

L'agacement suscité par les aînés est aussi perceptible dans la vidéo du collectif Partager c'est sympa intitulé  « Le sérieux a changé de camp », même si elle se veut humoristique

A juste titre, ils se disent : « A la suite de l’adolescente Greta Thunberg, ces dizaines de milliers de jeunes ont décidé de faire grève, de prendre tous leurs vendredis pour passer à l’action pour le climat. Car à quoi bon aller en cours si c’est pour avoir un job inutile sur une planète morte ? »

Le Sérieux a changé de Camp © Partager C'est Sympa

Preuve que les adultes ne sont pas tous dans le déni, Véronique Duval a entamé une série « Journal d'une catastrophe annoncée » dans l'édition Vert-tige. Dans le premier billet du 21 février, elle expliquait sa démarche :  « J’ouvre ce journal avec l’espoir, ténu mais tenace, que les forces de vie l’emporteront. Peut-être faudra-t-il en passer par la destruction pour renaître. Peut-être allons-nous vraiment tuer la beauté du monde, qui ne nous appartient pas mais qui nous est donnée jour après jour. » Dans le dernier en date, elle nous fait part des discussions avec son enfant, pour qui la jeune écologiste suédoise Greta Thunberg est un modèle. « Si le système ne peut répondre à ce défi, alors changeons le système, déclare-t-elle en face à ces adultes soi-disant "responsables". Vous prétendez que vous aimez vos enfants, mais vous leur volez leur futur, dit-elle aussi. »...

Un espace public pour tous

Changer le système, se mobiliser, investir la rue, prendre la parole, les jeunes en Suède, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, etc. n'attendent plus l'autorisation pour le faire. En France aussi bien entendu. Mais quand on parle des jeunes, c'est un peu général. Après la mort dans un accident de scooter des deux adolescents grenoblois, Adam Soli et Fatih Karakuss, alors qu'ils tentaient d'échapper à la police, un collectif d'acteurs de la société civile engagée dans les quartiers populaires s'est manifesté dans le Club pour réclamer le droit de leurs enfants à « être dans l'espace public en sûreté. L’État et la Direction Départementale de la Sécurité Publique doivent garantir ce droit sur l’ensemble des territoires. Personne ne devrait être jugé indésirable dans l’espace public ». Dans cette tribune, il rappelle l'impact psychologique délétère dû aux contrôles abusifs et incessants de la police sur ces jeunes qui deviennent alors des « générations anti-flics », comme le résume le collectif Pas sans nous, un des signataires, dans un autre billet. Rappelons-le, même si c'est une évidence, la citoyenneté commence par la conviction (fruit de multiples expériences positives) de se sentir légitime en tant que citoyen... Sans ce droit de base, il ne reste plus que la violence et le désordre pour s'exprimer. 

Autre injustice qui empêche et empêchera les jeunes à devenir citoyen et à réclamer leur dû, la montée de la grande pauvreté. C'est l'économiste Jean-Luc Ginder qui nous le rappelle dans ce billet écrit avec le coeur. « 17,4% de l’ensemble de la population dite pauvre est âgée de 10 ans. 1 enfant sur 5. Cela représente le chiffre ahurissant de 3 millions d’enfants. 30 000 sont sans domicile fixe. Je dénonce avec force qu’on admette de laisser à l’abandon nos millions d’enfants fragiles dans notre pays, la France, nous sommes un des pays les plus riches du monde. Mon cri d’alarme s’adresse à ceux qui détiennent le pouvoir d’enrayer cette catastrophe. J’avais, il y a un an, lancé un appel aux décideurs pour qu’ils prennent conscience de l’urgence de la situation. Rien n’a changé, aucune action n’a été engagée et je m’adresse à nouveau au Président, aux députés, aux sénateurs, aux ministres. Nous ne devons pas lâcher ce combat pour plus de justice. »

Mettre au monde des enfants dans un monde en crise ?

Comment s'étonner des lors que de plus en plus d'adultes revendiquent ne pas vouloir mettre au monde des enfants. Ce débat, c'est Savannah Anselme qui l'a ouvert cette semaine dans une contribution « Faire des enfants quand le monde s'effondre ? », qui a suscité de nombreux commentaires. Elle y explique qu'elle n’a « pas toujours voulu faire des enfants, et en même temps (qu'elle a) toujours rêvé d’en avoir ». Alors quand elle est « tombée enceinte, ça a tout remis en question. Comme quoi, les bases sur lesquelles reposaient nos vies n’étaient finalement pas aussi solides qu’on le pensait. Elles ont fondu comme neige au soleil. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Dans quel but ? Les réponses à ces questions ne seraient plus jamais les mêmes. » 

Florilège de commentaires recommandés :

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Et pour finir, je vous signale d'autres billets qui parlent des enfants, les siens et ceux des autres, que l'on accompagne comme on peut...

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