Pas de guerre lasse

Cette semaine dans le Club, l’actualité a généré ses billets, tantôt descriptifs, tantôt analytiques. Et nous avons eu droit à une déclinaison de la guerre sous toutes ses formes. Celle par les armes lourdes et meurtrières à Alep, celle par les armes législatives à l’Assemblée, celle par les armes politiques à droite comme à gauche avec comme perspective l’élection présidentielle 2017.

Au rythme des bombes sur Alep et des vrais faux cessez le feu, la Syrie a concentré les débats. Avec plus ou moins d’acuité, les informations restant dissonantes, les observateurs ont dénoncé, sans prendre forcément position. A ce jeu de massacre, le vocabulaire pour décrire la situation n'est non pas un florilège car la poésie n’a pas cité, mais des mots chargés d’histoire que génocide, tragédie, martyrs, crimes contre l’humanité… A ce sujet, le billet de Florence Massena a retenu notre attention. Elle écrit : «Rien sur la guerre en Syrie n'est clair et vérifiable, ni les chiffres ni de nombreux témoignages. En tant que personnes suivant la situation, nous avons le devoir de recouper les sources, d'éviter d'écrire et de diffuser des informations qui pourraient être fausses. Du coup, de nombreux journalistes préfèrent la position d'équilibriste entre les sources rebelles et gouvernementales, typiquement : "Selon cette personne et selon cette personne".» Celle qui connaît le terrain sort de ses gonds et cogne sur les donneurs de leçons, les théoriciens du genre qui se permettent des assertions et aiguisent leur sens critique sur les journalistes : «Les bien-pensants, qui ont littéralement insulté des journalistes sur les réseaux sociaux et remis en question leur professionnalisme, ont beau jeu de vouloir donner des leçons d'éthique sur cette question. Confortablement installés dans leur salon, loin de tout ça, débattant de qui croire quand « dans une guerre, il y a des exactions des deux côtés », alors que des êtres humains sont massacrés, que ce soit par des bombes, des roquettes, des tirs, de n'importe quel groupe d'ailleurs, dans un lieu bien réel. Alep, en Syrie.» Sur les 108 commentaires affichés au compteur, ce billet aura réveillé la guerre froide entre les pro et les anti Poutine, les pro et anti US…

L'avocat blogueur Arié Alimi apporte son témoignage, lui qui s’est vu refuser l’accès au territoire syrien à la frontière turque: «Comme chacun, nous n’avions qu’une idée abstraite de ce qu’était un crime contre l’humanité en partant vers Alep. Et comme chacun, nous avons dû reconnaître notre impuissance face à l’indicible, lorsque le garde-frontière Turc a empêché hier notre délégation composée d'élus et de militants de nous en approcher. Nous pouvons cependant aujourd’hui témoigner de certains faits.»

Quant à Pascal Boniface, il nous livre une critique du traitement médiatique de la Russie, acteur en Syrie en soutien de Bachar El-Assad, surtout celui du quotidien du soir : «Je constate et déplore la dérive autoritaire de Vladimir Poutine en interne, notamment par ses tentatives d’étouffement de la société civile et des organisations non gouvernementales, illustrées récemment par la fermeture du bureau d’Amnesty international. J’estime que les bombardements sur Alep sont constitutifs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais, pour autant, je trouve que la majeure partie de la presse française traite systématiquement et depuis longtemps la Russie avec hostilité.» Après sa démonstration documentée, le Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques conclut Il est légitime de critiquer la Russie. Verser dans le Russian bashing est excessif.»  S’en suit une cinquantaine de commentaires où encore une fois on retrouve ceux qui agréent et ceux qui font feu de tout bois. Dont celui recommandé d'Abdelilah Najmi: 

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Etat d'urgence, ça perdure. En France, après la déclaration de François Hollande de ne pas repartir au combat, la démission de Manuel Valls du gouvernement et la nomination de Bernard Cazeneuve au poste de Premier ministre, il a fallu reparler Etat d’urgence. Dans le club,  Paul Cassia, professeur de droit public à l’université Panthéon-Sorbonne et auteur de Contre l’Etat d’urgence chez Dalloz a commis deux billets de blog datés du 12  et du 14 décembre dans lesquels avec beaucoup de pédagogie, il nous offre une note de veille complète sur le texte déjà adopté par les députés que le Sénat doit voter en commission des Lois ce mercredi 14 décembre 2016 puis en séance publique ce jeudi.

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Etre primaire ou ne pas être. A droite de l’échiquier où plus rien n’est symétrique, François Fillon candidat à la Présidentielle, plébiscité au sortir des deux tours de la primaire de la droite et du centre, a eu le droit à son traitement particulier dans le club. Comme dans ce billet de Ludivine Bantigny, qui contribue à Les mots en campagne, cette édition dans laquelle autour de Olivier Lacour-Grandmaison, des universitaires vont dénicher les «pseudo-concepts, expressions toutes faites, béquilles rhétoriques, métaphores éculées (...) et «Travailler à leur déconstruction par l’ironie et l’analyse». Cette fois dans Au bout de mes rêves, l’historienne résume sa démonstration : «Voilà un air populaire mais cette fois il n’a rien pour plaire. «J’irai au bout de mes rêves…» C’était un refrain de Jean-Jacques Goldman; en son temps, il avait fait recette. Aujourd’hui, François Fillon croit pouvoir miser sur la formule à succès. Décryptage par l'historienne Ludivine Bantigny du détournement de «nos rêves» par le candidat de la droite et du centre, et quelques autres politiques (mal) inspirés.»

Technique du balancier, après la droite la gauche. Et en particulier plusieurs billets sur Manuel Valls, ancien ministre de l’Intérieur puis Premier ministre de Hollande qui concourt à la primaire PS. A commencer par le texte de Vingtras qui a déclenché plus de 300 commentaires. L’ historien et auteur-réalisateur de films de Saint-Pierre de Bailleul ne fait pas du Claude Sautet pour décrire cette primaire de gauche. «Ils estiment avoir le droit d'hériter des maigres dépouilles du quinquennat ratatiné de François Hollande, ces "mousquetaires" d'un social-libéralisme déconfit et obsolète, dont le plus jeune n'a pas quarante ans alors que ses compétiteurs sont des quinquagénaires».  Un billet court mais incisif où aucun candidat n’est épargné. Sauf Jean-Luc Mélenchon dont le nom n’est pas cité.

Samy Joshua, professeur en sciences de l’éducation et conseiller municipal Front de gauche à Marseille, veut, lui, jouer le coup d’après : «La gauche, telle que nous l’avons connue, comprenant une aile droite, social-libérale, et une aile écologiste, radicale et révolutionnaire dispersée de l’autre côté, est en train de disparaître. C’est à la reconstruction complète d’une perspective d’émancipation anticapitaliste, démocratique et écologiste qu’il faudra s’atteler, « le jour d’après ».»

Parallèlement à ces billets sur la gauche décomposée, d’autres sont beaucoup plus ciblés. Un sur Macron et un sur Peillon signés respectivement Yves Faucoup et Gabriel Teissier K.  Le premier fait le point sur le programme de l’ancien ministre Emmanuel Macron. Il nous donne ainsi un Petit tour "social" sur son meeting de Paris et dans son livre "Révolution". La seconde pousse un coup de gueule sur le retour sur scène de l'ancien ministre de l'éducation: «Vincent, je ne le connais pas. Je sais qu’il a été ministre puis il a été remercié. Puis il a dit que la politique pour lui c’est fini. Et maintenant il veut devenir président…»

Reste la littérature sur Manuel Valls et ce texte de Philippe Marlière. Dans son billet du 9 décembre, le politiste qui vit à Londres n’est pas tendre avec l’ancien locataire de Matignon : «A l’instar de ses collègues de la « gauche moderne », Manuel Valls a l’art de maquiller des échecs en succès, et de faire porter le chapeau de son incurie par d’autres que lui. A l’entendre égrener ses propositions pour redresser la France, on en venait à douter : qui est l’occupant de l’hôtel Matignon ?» Philippe Marlière donne du grain à moudre aux autres abonnés qui vont s’en donner à cœur joie sur le 49-3 dans le fil de commentaires. Un commentaire parmi d'autres qui résume la pensée du grand nombre, celui de Max Angel:

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