Les carottes ne sont pas cuites pour tout le monde

Ne dit-on pas que «les carottes sont cuites», pour signifier qu’il n’y a plus aucun espoir. Si certains pensent que la situation est irrémédiablement compromise, d'autres s'activent sur le terrain pour y croire, se mobilisent, et font corps dans un grand élan de générosité. De controverses historiques aux polémiques économiques, de la Grèce à la Syrie, voici au menu de l'hebdo un recueil de billets qui ouvrent aux débats, poussent à la réflexion et invitent à l'action.

Depuis mercredi, nous vous proposons de débattre sur des thématiques liées en général à la deuxième guerre mondiale et en particulier à la série télévisée française Un village français créée par Frédéric Krivine, diffusée sur France 3 à partir depuis le 4 juin 2009. La première controverse à laquelle vous pouvez tous réagir est consacrée à la mémoire de la France sous l’Occupation de 1945 à nos jours. Pour ouvrir le débat, «les deux historiens Henry Rousso et Pierre Laborie répondent aux questions de Sébastien Ledoux sur les controverses historiographiques en jeu et sur la place de la série « Un village français » dans la configuration mémorielle actuelle». La création de ces controverses s'inscrit dans le projet scientifique ANR "Epistémè" qui a débuté en 2014 sous la direction de l'IRI (Institut de Recherche et d'Innovation) avec l'Université Paris 1 (Centre d'histoire sociale du XXe siècle) et dont Mediapart est partenaire.

Pour l’heure, vous êtes peu nombreux à vous exprimer sur le fil de commentaires. Ce qui n’obère pas la qualité des réflexions des uns et des autres.  Gerard molines, par exemple, lance le débat sur l’enseignement de cette période dans les manuels scolaires. «Le thème scolaire des "40 millions de résistants" a été évoqué par un seul manuel à ma connaissance. Mais celui des "40 millions de pétainistes en 1940" a été plusieurs fois présenté et/ou développé dans la plupart des manuels de terminales, accompagné de la fameuse photographie de ce marseillais en larmes lors de la visite de Pétain en Provence. Que peut on penser de la thèse de Lamouroux du point de vue mémoriel, thèse qui a été au centre de beaucoup de sujets du baccalauréat jsqu'en 2006? » Celle d’Anacharsis qui fait un parallèle avec la situation aujourd’hui : «A voir l'attitude collaborationniste de beaucoup de nos contemporains dans la présente guerre de classe et l'acceptation par une majorité d'entre eux de l'occupation par l'économie marchande de l'espace et du temps, (alors même qu'on a la certitude du caractère suicidaire du productivisme qui lui est lié et de sa folie consumériste), les résistants, aujourd'hui comme hier, ont toujours sur le moment été minoritaires avant d'être évacués par une majorité d'usurpateurs... bien sûr. » Ou celle enfin de Rouge-gorge qui ouvre le débat, en lien direct avec la série télé et ses six saisons passées, sur cette zone grise dans laquelle une majorité de gens n’était ni résistant ni attentiste ni collabo. «La force de la série est d'incarner humainement l'histoire. Je crois que pendant longtemps, les choses ont été présentées de façon dichotomique : être dans un camp ou dans l'autre. En fait, c'était une époque où on pouvait être collabo et vivre avec une juive (Marchetti), être communiste et désobéir aux ordres du parti (Marcel), coucher avec un boche et faire évader quelqu'un (Mme Larcher). En fait, le personnage le plus méprisable pour moi est le sous-préfet car il n'a aucun paradoxe, aucun relief, aucune brèche.»

Des mythes et des tabous de la deuxième mondiale à une plongée dans les affres de la gestion des flux migratoires en Europe, une incise sur une autre controverse qui touche la corporation des économistes. Une polémique pseudo scientifique comme le souligne Thomas Coutrot dans un billet du 28 septembre. Notre économiste atterré analyse un débat récurrent dans la communauté éco et dissèque et contredit les prises de position de ceux qui remettent en question les 35 heures et ses incidences: «Près de 20 ans après la première loi Aubry, le débat sur la réduction du temps de travail continue de diviser profondément la société française et les économistes. Ce débat s'est même radicalisé avec le pamphlet de MM. Cahuc et Zylberberg sur "Le négationnisme économique, et comment s'en débarasser". De l'aveu même des auteurs, leur but principal est de discréditer les partisans de la RTT qui cherchent à reprendre l'offensiveCe billet, énormément lu, a trouvé écho dans le fil des commentaires. A commencer par celui de danivance recommandé par nombre d'entre vous: «Merci pour ce superbe billet. Il me conforte dans l'idée que de nombreux économistes ayant pignon sur rue, défendent une vision dépravée du travail, celle des siècles passés, celle d'un vieux capitalisme idéologique et néfaste.»

Mais revenons à ce sujet qui brûle les doigts et autorise les politiques de tous bords à toutes les sorties de route possibles et inimaginables. On se lâche dans l'odieux jusqu'à satiété. Face à ce détestable jeu électoraliste en période de primaire dans un premier temps et de la présidentielle dans un second temps, des hommes et des femmes poursuivent leur action. C'est ainsi le cas dans le sud de la France où "des lecteurs de Mediapart se mobilisent". Plus précisément à Narbonne où Amélie Poinssot a rencontré un collectif que l'on suit dans le club depuis son premier convoi, sa première « Caravane Solidaire », en Grèce pour venir en aide aux réfugiés. «Rencontre avec des gens de terrain qui, plutôt que de se morfondre devant la passivité de nos politiques, ont décidé de prendre les choses en mains. » et qui ont fait des émules à Nîmes. « "SoliGrecs" s'active depuis un an et demi pour soutenir les dispensaires grecs autogérés.» 

D'Athènes à Alep, il n'y a que 1 200 kilomètres. Alors que les deux plus grands hôpitaux situés dans les quartiers rebelles da la ville syrienne ont été touchés par des bombardements, le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni pour voter une énième résolution. Mikael, directeur d'études au Centre de réflexion de Médecins sans frontières, dans un billet au titre évocateur, monte au créneau pour pointer les insuffisances de mesures prises à New York. «L’épisode de violences actuel dans la région d’Alep, qui se traduit notamment par des bombardements d’une intensité exceptionnelle, ainsi que les manœuvres destinées à limiter la portée de l’aide humanitaire montrent bien les limites de l’exercice consistant à élaborer le droit de la guerre dans les enceintes diplomatiques.»

Au rayon générosité, plus près de chez nous, à Montreuil, la mobilisation existe pour dénoncer la situation des Roms. Avec Juliette Keating et ses billets actualisés, on suit l'errance tragique depuis soixante jours de treize familles Roms expulsées de leurs habitations du boulevard de la Boissière, sans relogement. La rue pour maison avec pour toit le ciel. On se pince pour y croire en lisant ces textes et en regardant ces photos.

RIP Chimulus. On ne peut refermer cet hebdo sans avoir une pensée pour le dessinateur Michel Faizant, abonné depuis le 2 avril 2014 qui nous a quittés. Merci à Corinne N pour son billet hommage.

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