Luxfer doit vendre le site de Gerzat, dernier obstacle avant le redémarrage

Licenciement des anciens salariés en conciliation aux Prud'hommes ; projet, financement, repreneur validé. Luxfer doit vendre le site de Gerzat : un engagement de l'Etat au pied du mur pour choisir entre indépendance industrielle, relocalisation et filière d'avenir ou accepter un monopole au pays du Brexit.

Ce 30 septembre devant le palais de Justice de Clermond-Ferrand, les anciens travailleurs de Luxfer-Gerzat ont défilé devant le conseil des Prud'hommes pour la commission de conciliation avant le jugement sur la validité de leurs licenciements.

Pour une part, nous avons chroniqué à plusieurs reprises le combat des LUXFER. Vous pouvez vous y reporter pour saisir l'évolution de la situation et cette lutte intersyndicale longue et tenace.

27 juin : Mobilisation nationale pour la reprise de LUXFER: signez M. le Ministre!

3 février : LUXFER : drame humain et mépris des hommes, gâchis industriel, autorités défaillantes

23 janvier : Contre toutes les casses, à LUXFER et à l'Education Nationale

Au-delà de sa dimension sociale, cette fermeture est un échec industriel et politique dans cette période où la relocalisation des productions stratégiques se révèle indispensable, alors que cette société britannique affiche des pertes malgré l'augmentation opportune et délibérée de ses prix consécutive à cette fermeture en 2018 et une baisse de qualité des bouteilles.

Devant le Palais de Justice, les anciens Luxfer attendent leur tour tandis que des délégations de quelques militants de l'UNEF, de SUD rail, de soignantes de Riom se succèdent. Le secrétaire départemental de l'UD CGT est aussi au rendez-vous. FR3 région, Radio-bleue et journaux sont présents, interviewent le représentant de l'intersyndicale, Axel Peronczyk et des anciens salariés.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

 Soutien aux Luxfer devant les Prud'hommes

« Le 30/09/2020 à partir de 9h00, les ex-salariés de Luxfer Gas Cylinders et leurs représentants syndicaux CGT et CFDT vous appellent à les soutenir au Palais de Justice de Clermont-Ferrand (16 Place de l'étoile 63000 Clermont-Ferrand). Une conférence de presse aura lieu entre 11h00 et 11h30.
124 anciens salariés feront valoir leurs droits aux prud'hommes. 97 salariés, 13 salariés protégés et 14 intérimaires. Ce jour, les dossiers des 97 salariés passeront en conciliation aux prud'hommes.Plusieurs motifs sont invoqués, tel que le licenciement sans cause réelle et sérieuse, ou la mise en danger volontaire des salariés en lien avec le projet de fermeture de l'usine. Ce sera aussi l'occasion de faire le point sur la relocalisation de l'usine de Gerzat.
A ce jour, un repreneur a été sélectionné pour poursuivre les négociations avec le groupe Luxfer. Son projet est validé par l'état, les collectivités (La Région AURA et la Métropole de Clermont-Ferrand) et les représentants du personnel. Les négociations se passent entre le Ministère de l'Industrie, le repreneur et Luxfer. Bien que les négociations continuent, l'usine de Gerzat n'est toujours mise à la vente par le groupe Luxfer. Pourtant, le COVID est toujours présent et les productions de bouteilles d'oxygène médical de Gerzat restent stratégiques, tant dans les hôpitaux que pour les traitements d'oxygénothérapie à domicile [...] Après des immenses incendies en Amazonie, en Afrique et en Australie, c'est au tour de la Californie de s'embraser. Faudra-t-il attendre que ce soit à l'Europe de brûler pour que l'état relocalise ces productions ?

De plus, le repreneur propose plusieurs projets de diversification qui pourrait générer de nombreux emplois dans les années à venir sur le bassin clermontois. Un bassin largement touché par de nombreuses délocalisations ces dernières années, cumulées à l'actuelle crise de l'aéronautique. Ces projets de diversifications sont étroitement liés à l'environnement.
Ce projet intégralement financé rentre dans tous les critères du plan de relocalisation du gouvernement. Tous les feux sont au vert, aucun échec ne sera toléré parce que l'état n'a pas permis la mise en vente de cette usine devenue une friche industrielle (Pour rappel, Luxfer a réinjecté 13 M€ dans le capital de l'entreprise pour la maintenir fermée pendant la crise du COVID).
Il est difficile de comprendre le positionnement de l'état. D'un côté, il participe aux négociations pour relocaliser notre usine, mais de l'autre, il se positionne du côté de Luxfer pour contrer les procédures pour licenciement sans cause réelle et sérieuse invoqués par les salariés (Rappelons que la personne ayant validé le motif économique des licenciements chez Luxfer contre l'avis de la DIRECCTE est Yves Struillou récemment écarté du Ministère du travail à cause de l'affaire Antony Smith). »
[C'est nous qui mettons les deux liens]

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Les licenciements des salariés LUXFER

L'inspection du travail avait refusé les licenciements pour motif économique, la Direccte (Direction régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) également, le Ministère du travail est passé outre. Ce faisant, il validait le licenciement économique.

Alors que les salariés protégés (élus) ont porté ce refus de licenciement économique pour invalidation devant le tribunal administratif, les autres salariés – les plus nombreux – doivent contester ce motif devant le conseil des prud'hommes pour « licenciement sans cause réelle et sérieuse » et "mise en danger volontaire des salariés en lien avec le projet de fermeture de l'usine". Chaque salarié est un dossier à instruire, gros travail pour l'avocat Jean-Louis Borie.

Ce 30 septembre se déroule donc la première étape avant un procès possible. C'est la commission de conciliation qui, en théorie, pourrait proposer une indemnisation à chaque salarié à défaut d'invalider le licenciement. Pas d'illusion. C'est la procédure. Ainsi, dix par dix, par une porte discrète, les anciens travailleurs de Luxfer-Gerzat sont entrés au palais de Justice pour se présenter individuellement au Conseil de Prud'hommes. Dix groupes l'un après l'autre. Sous un ciel clément, de quoi attendre et battre le pavé devant le tribunal et répondre aux différentes demandes d'interviews. Mais le temps passe et l'heure tourne plus que prévue au-delà de midi. Peu à peu les soutiens se retirent laissant les salariés poursuivre leurs discussions.

Par groupe de dix, les ex-salariés entrent au palais de Justice © Georges-André Photos Par groupe de dix, les ex-salariés entrent au palais de Justice © Georges-André Photos

Nous apprenons que l'audience de plaidoirie aura lieu le 8 juillet 2021 pour une décision largement postérieure.

 La relocalisation de l'activité diversifiée avec un repreneur

Il ne vous a probablement pas échappé que la banderole ci-dessus ne parle plus de reprise mais de relocalisation. C'est bien de cela qu'il s'agit. Les productions Luxfer ont disparu mais pas le savoir-faire ouvrier qui sait produire les bouteilles les plus légères et solides du monde (seulement un concurrent turc même pas la production britannique). Enfin, après moult propositions de repreneurs et même de coopérative ouvrière (jamais ça, ont-ils vite compris !) rejetées ou non soutenues, enfin un repreneur côté en bourse est sur les rangs avec un vrai projet industriel de diversification notamment sur des activités liées à l'environnement. Nous n'en saurons pas plus pour ne pas provoquer de mouvement boursier par indiscrétion précise notre interlocuteur. Ce projet et ce repreneur sont validés par les Ministères du travail et celui de l'économie après sélection et validation « par les salariés, par leurs représentants du personnel, validé aussi par la Métropole [Clermont Auvergne Métropole],validé par la région [Auvergne-Rhône-Alpes». Axel Peronczyk conclut : « Tous les financements sont là, aujourd'hui on a tout ce qui faut pour repartir... un projet qui devrait créer pas mal d'emplois ». Il poursuit : « On a un projet complet, des financements, de l'investissement, beaucoup d'investissement sur des produits de diversifications et pourtant l'usine n'est toujours pas mise à la vente. »

Luxfer ne veut toujours vendre pas cette usine qu'il délaisse pour s'assurer un quasi-monopole mondial sur les productions de bouteille. Ne se pourrait-il pas qu'il veuille aussi s'assurer un monopole pour des produits à venir prochainement, « liés à l'environnement » ?

Une interview d'Axel Peronczyk © Georges-André Photos Une interview d'Axel Peronczyk © Georges-André Photos

Que peut faire l'Etat ? Qu'est-il disposé à faire ?

« Il aurait été possible de réquisitionner en vue de nationaliser, partiellement, ou totalement. On pouvait nationaliser et après, remettre l'entreprise sur le marché. Ils pouvaient le faire avec les lois COVID, il n'ont pas voulu le faire. Aujourd'hui ce qu'il peuvent faire c'est utiliser les outils juridiques. Ils ont plusieurs outils juridiques à leur disposition, pour leur mettre une pression financière... aujourd'hui ils commencent à les mettre sur la table mais ils peinent à accélérer la procédure.». Il poursuit : « D'un côté, on a le Ministère de l'industrie qui nous dit, ben je vais vous aider, certes on va pas utiliser les outils juridiques pour les contraindre, mais par contre on peut les menacer d'amende et financièrement s'ils ne vous vendent pas le site. Par contre, de l'autre côté, il s'associe à LUXFER sur la procédure au tribunal administratif pour dire on va vous aider, vous LUXFER à ce que les salariés n'aient pas de préjudice » donc pas d'invalidation des licenciements et pas d'indemnité.

Nous sentons bien chez notre interlocuteur habité par la passion, poindre à la fois la tension de l'espoir plus fort que jamais d'arriver à un nouveau départ avec la lassitude des tergiversations ministérielles, du chaud et du froid soufflé, « en même temps », pourrait-on dire.

« Comment vous voulez croire quelqu'un qui vous dit d'un côté, je vous aide et de l'autre côté vous poignarde dans le dos. On a l'impression que l'état est complètement bipolaire. Aujourd'hui, ils ont dit qu'ils vont faire avancer les choses et aujourd'hui il faut être clair : si notre dossier n'aboutit pas, il n'y n'a aucun autre qui va aboutir, on a tout aujourd'hui, on a tout ce qu'il faut pour sauver l'entreprise, et s'ils ne vont pas au bout, ça voudra en dire long. Il faut qu'ils choisissent leur camp au bout d'un moment, il ne peuvent pas se positionner avec LUXFER pour empêcher qu'on ait des indemnités et ils peuvent pas de l'autre côté dire qu'ils nous aident. »

Avec ce repreneur, ce plan, ce financement, il ne reste plus qu'un seul obstacle : la vente du site par Luxfer Gas Cylinder. Bref, pour l'état, choisir de renforcer l'indépendance nationale, l'engagement de l'appareil industriel du pays dans une filière d'avenir ou choisir une entreprise monopolistique dans l'aventure du Brexit : Tout plaide pour cette vente : Il faut récupérer le site pour son redémarrage au plus vite.

D'autres rendez-vous avec la lutte des Luxfer nous attendent.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

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