Ratonnade, apartheid et persécutions - OQTF pour étudiant.es étranger.es à l'abandon

Bien des menaces, bien des drames : Omerta journalistique dénoncée sur les ratonnades anti-arabe à Jérusalem. Situation dramatique des étudiant.es étranger.es à Clermont-Ferrand sans carte de séjour, sans récépissé, sans droits. Saccage de l'UD FO, menaces à l'UL-CGT de Cournon. L'acharnement contre Eric et Véronique pourtant meurtris par la disparition de Madama, leur fils de coeur, se poursuit.

Ce billet chronique deux actions et des informations alarmantes

- 27 avril - Interpellation des journalistes sur les ratonnades d'extrême-droite à Jérusalem par une chaîne humaine de l'AFPS 63
- 29 avril - Situation des étudiant·es étranger·es à Clermont-Ferrand sans titre de séjour ou sous OQTF - UNEF Auvergne

- Eric et Véronique, parents d'accueil de Madama, en butte à l'injustice et l'acharnement
- Menaces et saccage dans des locaux syndicaux FO et CGT à Clermont et Cournon d'Auvergne

Ratonnades à Jérusalem passées sous silence

Lancée en urgence 24 heures avant à l'initiative de l'AFPS63, la chaîne humaine pour dénoncer l'omerta journalistique sur les ratonnades du « mouvement Lehava accompagnés par des policiers [...] à Jérusalem-Est au cri de « Mort aux Arabes ! », dans la plus totale impunité » a néanmoins réuni plus de trente personnes devant les locaux de France bleue, juste en face de la salle de spectacle « La Comédie »  occupée depuis le 15 mars, ce mardi 27 avril.

Le monde regarde ailleurs pour ne pas voir les pogroms de Jérusalem © Georges-André Photos
Dans son blog sur Médiapart le 25 avril, ce silence médiatique interroge avec inquiétude et effroi Dominique VIDAL qui interpelle ses « amis journalistes » en estimant que ce silence « alimente l'antisémitisme. Le « lobby » serait assez puissant pour faire taire les rédactions. Et s'il s'agissait avant tout d'auto-censure ? Inacceptable : que pèse le « confort » des professionnels face au pogrom de Jérusalem ? » Il conclut par ces mots : « Moi, j’ai honte. Comme Français. Comme journaliste. Et comme juif. »

Pour en comprendre l'origine, Le Monde 27 avril : "Après les violences, la police israélienne rouvre l’accès aux abords de Jérusalem-Est"
mais aussi : Le Monde 24 avril "Une démonstration de force de radicaux juifs ébranle Jérusalem"

L'organisation Lehava n'en est pas à son coup d'essai. En décembre 2016 déjà, EuroPalestine titrait : « Les ratonnades de l’extrême droite juive à Jérusalem » mais aussi en 2020 ici.

Le même jour, Human Rights Watch publiait son rapport de accablant (avec un résumé en français téléchargeable) sur « Des politiques israéliennes abusives constituent des crimes d’apartheid et de persécution. Ces crimes contre l’humanité devraient déclencher des actions pour mettre fin à la répression envers les Palestiniens ».

Lire aussi : Le Monde 27 avril "Human Rights Watch : « Israël commet le crime d’apartheid dans les territoires »"

Devant Radio Bleue Pays d'Auvergne en face "La Comédie" occupée © Georges-André
Le constat est clair et sans ambiguïté : « L’apartheid est un crime contre l’humanité, défini dans la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Trois éléments principaux le définissent :

1 - Une intention de maintenir la domination d’un groupe sur un autre.
2 - Un contexte d’oppression systématique d’un groupe par un autre.
3 - Un acte ou des actes inhumains.

Les crimes contre l’humanité sont des actes criminels spécifiques – le Statut de Rome en identifie 11, dont l’apartheid et la persécution – commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique, ou des actes commis dans le cadre d’une politique étatique ou organisationnelle et dirigée contre une population civile. Ils font partie des crimes les plus odieux définis par le droit international. »

Assia explique sa manifestation © Georges-André Photos

Le déni du droit des palestiniens (habitants originels de la Palestine) depuis la création de l'Etat d'Israël en mai 1948 proclamé par Ben Gourion, dirigeant du parti travailliste a fait parcourir à cet état tout l'échiquier politique de gauche à l'extrême-droite pour s'y ranger dans une extrême-droite belliqueuse et raciste, convaincu d'apartheid et de persécutions dirigé par un Premier Ministre qui veut tout faire pour échapper au jugement pour corruption. Quelle triste histoire, en particulier avec l'agonie des palestinien.nes lâché.es quand ce déni s'ajoute au premier dans ce silence international maintenant journalistique qui devient complice.

Etudiant·es étranger·es sans titre de séjour ou sous OQTF

Depuis plusieurs mois, l'UNEF Auvergne recense les étudiant·es étranger·es qui malgré leur inscription à l'Université Clermont Auvergne et leur demande dans la forme et dans les temps d'une carte de séjour ne l'ont pas, ni même souvent le récépissé qui prouve le dossier en cours. Normalement un récépissé est délivré mais la préfecture le fait très irrégulièrement et laisse donc ces étudiant·es dans une situation des plus précaires :

"... En arrivant en France, un·e étudiant·e doit dans un premier temps valider son visa puis demander un titre de séjour étudiant qui lui permettrait de suivre ses études en toute légalité mais également d’avoir accès à ses droits, certes limités, en tant qu’étudiant·e. Cette procédure paraît simple et anodine mais en réalité ce n’est qu’un long parcours du combattant, entre les lenteurs administratives, les conditions d’obtention des titres de séjours qui se compliquent, la dématérialisation des demandes, le manque d’informations et de réponses des préfectures, les pertes de dossiers ainsi que le refus de régularisation...
Etudier en France devient désormais source de stress et de misère. La préfecture dispose légalement de quatre mois pour répondre à une demande de titre de séjour. Là encore, ce délai est souvent dépassé. Le récépissé, document censé être remis directement après le dépôt de la demande, ne l’est souvent pas ou très tardivement . Les rares fois où il est remis, il n’est valide que pour quelques mois seulement, laissant arrivant à son terme, la personne dans une situation d’irrégularité. On se retrouve à Clermont-Ferrand avec plus de 300 étudiant·e·s sous OQTF ou sans documents prouvant la légalité de leur présence sur le territoire.
Comment étudier sereinement, valider ses années et s’intégrer dans la communauté universitaire quand on a à peine de quoi subvenir à ses besoins et que l’idée de sortir, ne serait-ce que pour faire ses courses ou aller étudier, est source d’angoisses liées à une absence de papiers ?..."

De plus une vingtaine d'étudiants se voit signifier un Ordre de Quitter le Territoire Français (OQTF) bien connu et redouté par tous les étrangers arrivant en France. Dans ce cas, ils et elles sont étudiant·es.

Un rassemblement d'une cinquantaine de personnes devant la préfecture de Clermont-Ferrand était organisé ce jeudi 29 avril. En voici les trois temps : le rassemblement soutenu par une myriade d'organisation associatives, syndicales et politiques, l'intervention de Paco pour l'UNEF Auvergne et les slogans criés sous les portes toujours fermées.

Rassemblement - Intervention UNEF - Slogans © Georges-André Photos

Dernières minutes avant fermeture

Saccage et menaces dans des locaux syndicaux FO et CGT

Dans la nuit du 26 au 27 avril, les locaux de L'Union départementale de F.O à Clermont-Ferrand ont été saccagé : bureaux vandalisés, meubles cassés, ordinateur détruits ... Voici le communiqué de cette organisation le 27 avril : "Dans la nuit du 26 au 27 avril 2021, les locaux de l’UD FO du Puy de Dôme ont été violemment saccagés. Tous les bureaux ont subi d’importantes dégradations et le matériel informatique a été vandalisé. Les premières constatations montrent une volonté d’attaque ciblée contre les bureaux de l’Union Départementale FORCE OUVRIERE du Puy de Dôme dont les locaux sont consacrés à l’action pour la défense des droits des travailleurs et aux réunions des structures syndicales.
Cette agression a lieu dans un contexte de mesures de restriction des libertés et d’attaques contre le mouvement syndical : C’est un vent mauvais et nauséabond qui vient gangréner les libertés démocratiques.
Alors que l’UD FO du Puy de Dôme est pleinement engagée dans le combat pour la défense des libertés démocratiques, contre la loi sur la sécurité globale et contre les décrets sur le fichage et qu’elle prépare activement la journée internationale de revendications et de manifestations du 1er mai, le saccage de ses locaux constitue une attaque contre le mouvement syndical et manifeste une volonté d’intimider les organisations syndicales.
Pour l’UD FO, qui a déposé plainte contre cet acte de vandalisme et qui appelle au soutien contre l’agression qu’elle vient de subir, cela renforce la conviction de la nécessaire mobilisation interprofessionnelle pour la défense des organisations syndicales, la défense des libertés publiques et le combat pour les revendications.".
En plus MENACES : un couteau bien en évidence.déposé sur le bureau de la secrétaire !

Ce jour, "les organisations associatives, Syndicales et politiques signataires apportent leur soutien aux militant.e.s syndicalistes de Force Ouvrière et condamnent avec la plus grande fermeté le saccage des locaux de l’organisation Syndicale l’UD Force Ouvrière du Puy de Dôme dans la nuit du 26 au 27 avril 2021. Nous rappelons que ces locaux de l’organisation syndicale constituent bien des lieux qui appartiennent à des travailleurs exerçant leur liberté démocratique à défendre leur condition sociale. Ainsi la dégradation des locaux et du matériel syndical constituent une entrave extrêmement grave au droit des travailleurs à exercer leurs libertés syndicales. Nous rappelons que la liberté syndicale est au cœur des droits fondamentaux des salariés et permet à la démocratie de s’exercer dans les relations de travail. Il s’agit d’une liberté constitutionnellement protégée." AFPS 63, ATTAC 63,  CGT-UD 63, France Insoumise 63, FSU63, Libre Pensée 63, Ligue des Droits de l’Homme 63, NPA Intercomité, PCF 63, Parti Ouvrier Indépendant, Solidaires Auvergne, Les Temps des Cerises, UNEF Auvergne.

Voilà deux ans, l'UD CGT avait été victime de la même pratique de saccage. L'union locale CGT de Cournon d'Auvergne a, quant à elle, "est  régulièrement harcelée par des courriers de menaces. Cette semaine, un cap vient d'être franchi puisque des camarades ont trouvé une balle de fusil de chasse dans leur boîte aux lettres.".

Eric et Véronique en butte à un acharnement bien ciblé

Alors que ce couple d'accueil, militants syndicaux et politiques, est mortifié par la disparition de Madama, un acharnement bien réel leur tombe dessus pour les casser davantage. Poursuites possibles et amendes tombées.

LireMadama a disparu, ses parents de cœur sont effondrés  et Madama : acharnement sous roche, famille d'accueil aussi ?

Un communiqué du Collectif des Intermittents et Précaires de Haute-Loire, FSU 43, Solidaires 43 et CGT 43 à propos des amendes infligées à Véronique et Eric de 135€ chacun.

Dans le cadre de la défense des droits des intermittents de l’emploi et des précaires ainsi que de la contestation de la réforme d’assurance chômage, en lien avec le mouvement national d'occupation des lieux culturels, le Collectif Intermittents et Précaires de la Haute-Loire - CIP43 - s’est installé au Ciné Dyke du Puy-en-Velay le lundi 29 mars.
Le lendemain, un agent du Renseignement Territorial, au cours d’une visite a rappelé quelques consignes sanitaires en vigueur : 8 m2 par personnes à l’intérieur, port du masque et respect des distances, groupes de 6 personnes maximum à l’extérieur, etc., qui n’ont eu de cesse d’être appliquées.
Les 31 mars, 1 et 2 avril, de 17 à 18 heures, le CIP43 a proposé des interventions artistiques derrière les vitres du cinéma, sonorisées et visibles depuis le trottoir. Des surfaces largement espacées ont été matérialisées au sol, dans l’intention de faire respecter la réglementation, notamment en constituant des groupes de 6 personnes indépendants. Aucune publicité n’a été faite pour délibérément limiter l’affluence de ces micros-événements qui se voulaient avant tout symboliques.
En prélude de chaque présentation, un membre du collectif rappelait les consignes sanitaires au public et la nécessité de constituer des groupes de 6 personnes suffisamment espacés les uns des autres.
Lors de la dernière séance, un équipage de police est intervenu pendant une lecture, notant l’identité de plusieurs spectateurs et leur demandant, individuellement, de se disperser. Beaucoup s’étaient d’eux même déjà éloignés.
À notre connaissance, aucune des personnes présentes, contrôlées ou non, n’a reçu de verbalisation. Aucune, sauf deux : la famille d’accueil d’un jeune malien, dont la situation a été largement médiatisée ces derniers mois, était effectivement présente, au titre de l’organisation syndicale à laquelle ils appartiennent.
Ces deux personnes sont les seules, à ce jour, à avoir reçu une amende de 135 euros, qui plus est, sans qu'un contrôle d'identité n'ait eu lieu !
Le CIP43 a été très surpris par cette visite, plus encore par cette verbalisation très ciblée - pour ne pas dire arbitraire - dont la motivation laisse pour le moins songeur et introduit une suspicion malsaine de discrimination et d'acharnement dans l'application du droit.
En outre, cette amende arbitraire advient dans un contexte qui ne peut que nous interpeller : celui de l'adoption de la loi dite de Sécurité globale et de décrets pour atteinte à la sûreté de l’État préoccupants pour l'avenir des libertés individuelles et collectives, notamment celle de l'exercice du droit syndical. Or, cette mobilisation du CIP 43, soutenue par différentes organisations syndicales, s'inscrivait, rappelons-le, dans un contexte de mobilisation nationale pour l’emploi et la culture. Il ne s’agit pas ici de polémiquer : les faits parlent d’eux-mêmes. Quoiqu’il en soit, le CIP43 soutient tous ses spectateurs."

=> Éric, pour sa part a été auditionné à plusieurs reprises par les forces de l'ordre ; il fait l'objet de poursuites pour outrages à agent et risque des sanctions. Une composition pénale est prévu le 27 mai, prélude à des sanctions.

La Comédie, toujours occupée depuis le 15 mars par Culture en danger

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