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Billet de blog 7 sept. 2022

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Le PSG en Jet Privé, comment dépasser la polémique

Une nouvelle polémique enfle autour d'une petite phrase sur l'écologie, l'entraîneur du PSG Christophe Galtier ironisant sur le déplacement de son équipe en jet privé et faisant s'esclaffer son attaquant star Mbappé. Comme toujours dans une telle séquence médiatique caricaturale, l'angle d'attaque est inapproprié et les questions de fond, comme les calendriers des matchs, sont éludées.

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En conférence de presse, l'entraîneur de football du PSG Christophe Galtier a répondu à la question d'un journaliste reprenant la proposition du patron de la SNCF d'abandonner les déplacement en jet privé pour leur préférer le train, sur le ton de la plaisanterie : "Ce matin, on a discuté avec la société avec laquelle on fait nos déplacements pour savoir si on ne pouvait pas se déplacer en char à voile", provoquant les rires de son attaquant star Kylian Mbappé.

Le bon mot s'est transformé en erreur de communication notoire, provoquant une polémique stérile et une bulle médiatique dans la caisse de résonnance des chaînes d'infos en continue et des réseaux sociaux. En temps d'appel général à la sobriété énergétique, il n'est plus politiquement correct de se moquer des petits gestes écologiques.

La tournure des débats n'est pas sans rappeler les diverses polémiques sur les maires écologiques en 2020 (Tour de France à Lyon, sapins de Noël à Bordeaux, repas végétariens dans les cantines,...), ou plus récemment la sortie de Sandrine Rousseau sur la virilité des entrecôtes au barbecue; l'attention médiatique se porte sur une petite phrase choc, clivante, propre à entretenir une querelle entre deux camps irréconciliables et qui interdit tout réflexion sérieuse sur le fond. Une différence, tout de même, contrairement aux cas des maires écolos, le "bon sens" de la narration penche du côté du petit geste écologique et non à son encontre. L'entraîneur du PSG en paye les frais, mais cela change-t-il réellement les choses ? Beaucoup d'opinions de citoyens auront-elles évoluées suite à cette séquence médiatique ? La succession de clash est-elle un bon moyen de renforcer la prise de conscience écologique et nous engager dans les transformations nécessaires ? J'en doute fortement.

Au risque d'alimenter cette bulle, j'écris pourtant sur le sujet avec le mince espoir de démontrer que l'on pourrait l'aborder différemment.

De la stupidité de la proposition de la SNCF

Pour commencer par me faire l'avocat du diable, la proposition du président de la SNCF de convoyer en train l'équipe de stars est assez scabreuse. Les entraîneurs d'équipes professionnelles comme le PSG sont avant tout jugés sur la performance de leur équipe sur le terrain. La pression sur leur personne est extrêmement forte pour obtenir des résultats à court terme, et ce sont les premiers fusibles en cas de contre-performances. Leur matière première - les joueurs - vaut de l'or, mais est surexploitée avec des calendriers surchargés ce qui la rend d'autant plus fragile. Il se doivent donc de choyer leurs poulains, de tout faire pour favoriser la récupération physique, afin d'enchaîner les matchs et éviter les blessures.

Le déplacement en jet privé est simple, rapide, préserve les joueurs et coûte peu au regard des autres dépenses (notamment des salaires). Alors organiser un voyage dans des transports en commun comme le train, avec tout une logistique compliquée pour assurer la sécurité, une nuit à passer à l'extérieur après un match en soirée, est le cadet de leurs soucis. Un TGV privatisé pour transporter le PSG serait bien pour l'image de la SNCF, mais s'il fallait généraliser la choses, le réseau ferré à grande vitesse français serait rapidement saturé par les équipes des différents sports collectifs tous les week-end...

Christophe Galtier a le mérite de la franchisé et de ne pas avoir cherché à faire du greenwashing. 

D'ailleurs, le plus pertinent écologiquement serait plutôt l'autobus (environ 4 heures jusqu'à Nantes), autobus qui de toute façon fait le trajet pour accueillir ses joueurs à leur arrivée sur place ! Mais évidemment 8 heures de car dans une journée et une arrivée en plein nuit ça fatigue...

De l'indispensable contribution des plus riches 

Mais cette logique sportive implacable s'est cette fois-ci heurtée à un contexte national inhabituel.

L'été 2022 marqué par des anomalies climatiques exceptionnelles avec 50°C en Inde, une grave sécheresse en Chine, des inondations cataclysmiques au Pakistan, et surtout jusque chez nous en France des épisodes de fortes chaleurs, des incendies de forêt incontrôlables et une sécheresse historique, nous ramène à la réalité du changement climatique, propulsant (enfin) l'écologie sur le devant de scène médiatique. 

Qui plus est, la guerre en Ukraine et les sanctions envers la Russie, menacent l'approvisionnement énergétique européen, au point que même les grands partons de l'énergie nous appellent à faire des économiques , et que le président de la République en personne venait de solliciter un effort de sobriété de tous les français pour chacun réduise sa consommation d'énergie de 10%.

Dans ce contexte, le fait que les plus riches se sentent exonérés de tout effort, entre autres avec les vols en jet privé, devient insupportable et entrave l'acceptation par la population générale de la seule option sur la table : les restrictions individuelles volontaires.

Des choix aux mains des instances du Football

Si le déplacement en train de l'équipe des stars parisiennes est certainement une proposition décalée, il existe de très nombreux leviers dans le football et dans le sport en général pour réduire la consommation énergétique (et au passage l'empreinte carbone), encore faut-il poser correctement le problème et l'adresser aux bonnes personnes.

Comme très souvent, on chercher à "verdir" un déplacement en particulier en lui trouvant une alternative analogue, mais on ne pose même pas la question de la pertinence de tous ces déplacements.

Les calendriers des joueurs professionnels sont surchargés avec deux matchs par semaine en alternance sur les scènes française et européenne. Rajouté à cela 5 à 6 "trêves" internationales ponctuent la saison, pour lesquelles les joueurs rejoignent leur équipe nationale souvent pour deux matchs seulement, engendrant une transhumance intercontinentale de nombreux joueurs (Messi ou Neymar se rendent en Amérique du Sud par exemple). Pourquoi ne pas ramener à deux, voire une seule période plus longues ?

En France, il fût un temps où les divisions inférieures étaient organisées en groupe par répartition géographique (Division 2 en deux groupes Nord et Sud, et Division 3 en six groupes) contre un seul pour les 3 premiers échelons à présent, entraînant des déplacement de joueurs, de staff et de supporters à travers toute la France. Pourquoi ne pas revenir à un tel éclatement géographique, y compris pour la ligue 1, avec des groupes plus petits, donc moins de matchs et une phase de play-offs en fin de saison ?

On peut poser la même question à l'échelon européen; cet automne l'équipe de Rennes se déplacera à Chypre, en Turquie et en Pologne, et ces adversaires respectifs viendront visiter la Bretagne ! Ne pourrait-on pas organiser les compétitions européennes en zones géographiques, et réserver les rencontres interzones à partir des quarts de finale seulement ?

Ces quelques exemples simples économiseraient un nombre de déplacements important où aucune alternative à l'avion n'est envisageable, rendant presque écologique la virée nantaise en jet...

Stopper la fuite en avant du foot business

Sauf que la tendance actuelle des instances dirigeantes du football est toute autre. 

Depuis 2019, l'UEFA a inventé la Ligue des Nations, augmentant le nombre de rendez-vous des équipes nationales. En 2024 une nouvelle formule de la Ligue des Champions doit entrer vigueur avec encore davantage d'équipes participantes et de matchs pour chaque équipe sur la scène européenne. La LFP (ligue professionnelle de football française) a organisé cette année le trophée des champions, entre Paris et Nantes justement, en Israël ! Il y a deux ans c'était en Chine, afin de promouvoir la visibilité du championnat français sur ce marché. Et je ne parle même pas de l'organisation en fin d'année d'une coupe du monde dans un pays désertique - le Qatar - dans des stades climatisés construits pour l'occasion...

La logique du "foot-business" est de multiplier les matches, les rencontres entres les équipes star, afin de maximiser les revenus des droits TV et publicitaires, c'est à dire d'exploiter le filon jusqu'à épuisement. On nous proposera sûrement bientôt des rencontres intercontinentales pour les clubs. Cette fuite en avant va même souvent à l'encontre de l'intérêts des fans, de la qualité du spectacle et de la santé de joueurs.

Alors au lieu de nous écharper dans des querelles sur des petits gestes de greenwashing et de bonnes paroles politiquement correctes et hypocrites, la question de la sobriété énergétique ne pourrait-elle pas être l'occasion d'imposer un coup d'arrêt à ce "toujours plus" ? Pourquoi ne pas calculer des indicateurs sur les déplacements engendrés par les calendriers LFP et UEFA ? Pourquoi les médias et les pouvoirs publics n'invectivent pas les instances dirigeantes du football, et des autre sports, sur les conséquences écologiques de leurs décisions ? 
    
Le déplacement en avion de quelques joueurs de football reste anecdotique, et les quelques propositions ci-dessus pèsent bien peu au regard de l'ampleur de la crise climatique. Pourtant, ce sport et ces stars ont un pouvoir symbolique fort et influencent de nombreux citoyens peu politisés. Et en fin de compte le "foot-business" est à l'image du fonctionnement de notre société tout entière.

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