Une moisson de Fraternité sur Mediapart

On la disait s’épuisant sur les façades de nos mairies, ou simple mot qui chante aux côtés de la Liberté et de l’Egalité, elle réapparait, revivifiée et hissée au rang de perspective. Telle une clé. La clé. Et on s’interroge…

 

Fraternité…

Elle interroge lorsqu’elle se lit et se dit, elle réjouit et réchauffe quand elle se vit, elle exaspère quand ses oppresseurs en font fi et que nul ne s’en émeut. Et plus encore quand ces oppresseurs opèrent tout en clamant leur adhésion aux « valeurs de la République » … Soit un de leurs éléments de langage, un parmi tant d’autres. Elle désespère ou mobilise enfin militants et militantes, poètes et poétesses, juristes, journalistes et autres citoyens et citoyennes lorsqu’elle plie sous le poids des outrages qui lui sont assénés. Parfois, on lui tourne le dos. Ne pas penser, ne pas savoir, pour ne pas souffrir. Si ce n’est pour jouir… Tant il est vrai aussi que la jouissance d’une poignée, souvent, teinte la planète de rouge sang, de colères et de larmes, du sang, de la colère et des larmes qui détournent du genre humain, aussi. On s’interroge…

On questionne sa présence dans la devise de la République ? Et d’ailleurs, y a-t-elle sa place ? Sinon, que pourrait générer le diptyque Liberté - Égalité ? Et que dit cette question, au fond ? Si oui, est-elle l’égale de la Liberté et de l’Égalité ? Serait-elle plutôt le sommet du fronton républicain ? Et si elle en était exclue, serait-elle subversive ? Et ainsi plus subversive car vierge de la main du pouvoir et évidente étoile des belles résistances ? Se pose donc aussi la question du lien qui se crée entre elle et les élus et élues qui, émanant des urnes (ou ces êtres de pouvoir bénéficiaires des nominations du prince), franchissent le seuil des édifices de la République : qu’en font ces dépositaires de la souveraineté nationale, en principe au service de la nation et de ses « minorités » ? D’ailleurs, la Fraternité supporte-t-elle les États ? Doit-elle s’en méfier ? Doit-elle s’imposer à eux ? Car n'a-t-elle pas dû lutter en faveur de ses Jours Heureux, notamment ? Enfin, on entend dire ici et là, dans les allées du pouvoir et face à quelques micros, qu’il conviendrait d’ajouter au triptyque républicain… la laïcité. Ne serait-ce pas la marque d’une ignorance, d’un déni ou d’une intention coupable ? Car la laïcité, si remarquablement définie en 1905 par un législateur des plus sages, n’est-elle pas précisément fille de la devise « Liberté Égalité Fraternité » ? On s’interroge…

On lui soumet la sororité et l’adelphité ? Car oui, la langue réglementée et asséchée sous Louis XIII vit désormais des heures difficiles et décisives, et fort heureusement ! Ainsi, la Fraternité dirait-elle le genre ? Ce serait fâcheux, sinon criminel : elle exclurait les transgenres. Et si elle sortait du champ des genres, universelle, magnifiquement universelle ? Quant à l’adelphité, elle dirait l’origine une et commune. Mais la Fraternité n’est-elle pas, peut-être, aussi, une invitation à envisager l’Autre, différent, si différent, si étranger, possiblement même si contraire ? On s’interroge…

Lui préfère-t-on la solidarité, potentiellement éblouissante, ou fait-on de la solidarité son simple synonyme ? La tentation est forte, le choix est parfois fait, assumé, militant et bienveillant. Mais on soupçonne la solidarité d’être entachée de verticalité, de cette bienveillance qui ruisselle sur les riens et qui rend les inégalités supportables, à quelques pas du « paternalisme » qui soumet voire culpabilise (l’écriture masculine, toujours et encore, mais pas seulement). L’historien et très Sage Jean-André Chérasse la dit « bourgeoise ». Et si la Fraternité était horizontalité, en sœur de l’Égalité ? On s’interroge…

On s’interroge, on se lit, on s'écoute, on ouvre une nouvelle page pour trouver ensemble…

 

Ce billet collectif n’a pas la prétention de trancher la question d’un mot,

un mot qui à un moment ou à un autre interpelle ceux et celles qu’il croise,

 mais de partager les regards et de débattre,

de savoir où nous en sommes et ce à quoi nous aspirons,

et d’envisager d’autres possibles surtout,

où exister ne signifie pas nuire,

où exister ne signifie pas être abandonné.

 

Ce bouquet invoquera ici et là les arts, éloquents pour qui veut sonder les méandres et élans de l’histoire et de la pensée. Et au-delà de l’allégorie de la République des frères Morice à Paris en 1883, rehaussée de la devise républicaine et dont les visages poupins de la Fraternité disent la confiance affichée en la IIIe République qui s’installe. Au-delà également de ce détail, deux belles mains réunies, du Monument aux morts de la ville de Strasbourg conçu par Léon-Ernest Drivier, en 1936, pour une ville alsacienne déchirée entre France et Allemagne. La sculpture rappelle que la Fraternité sait survivre aux drames et aux peines, se moquant des États et des assauts de haines. Les jeunes hommes se tournent le dos, mais les mains comme les destins sont liés. Quoi que fassent les États et leurs lois, leur raison et injonctions, leur folie et leur appétence pour l’ordre et la violence. On pensera, hélas aussi, au Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel en 2007, et à son personnage éponyme qui finit par se résigner à l’exil pour s’extraire, avec sa famille de cœur, d’un pays malsain…

 

C’est aujourd’hui, surtout, avec le départ de Johnny Clegg parti rejoindre son frère Dudu Zulu, que la Fraternité se rappelle à nos consciences : elle sait faire tomber les régimes iniques ; elle sait panser les plaies ; elle sait renouer les fils. Jamais elle ne supporte murs, barbelés et cimetières marins !

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Et c’est donc modestement, via le bonheur des rencontres sur Mediapart, qu’une réflexion commune s’est engagée. Les contributions sont nombreuses et diverses, particulièrement stimulées par le crépuscule de la  Ve République mais aussi par les coups portés aux vestiges d’une laborieuse et parfois étincelante construction d’un projet collectif plus que deux fois séculaire désormais. Un projet collectif détourné trop souvent, sapé enfin par le néolibéralisme et les réflexes versaillais d’une minorité. Des contributions stimulées également par l’accueil infâme réservé aux êtres échoués de notre monde globalisé, et donc d’ici et d’ailleurs. Une planète qui brûle, pouvoir et prédation obligent, inconscience tout autant. Or les consciences, précisément, s’éveillent, au rythme des ventes d’armes, des coups de matraques, des aspirations douloureuses et étouffées, des noyades et des degrés qui s’affichent sur nos thermomètres… mais aussi et surtout de la douceur des mains qui se rejoignent.  

 

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Laissons à Jean-André Chérasse, éminent historien et promoteur de la Fraternité sur son blog Vingtras, auteur d’une œuvre de référence incontournable, Les 72 Immortelles, l’honneur d’ouvrir le cortège des contributions :

 

Vingtras

Le mot fraternité, la clé qui pourrait ouvrir la serrure rouillée d'un avenir incertain et sombre qui a été pétrifié par les suppôts du capitalisme...

C'est pourquoi, dans un chapitre intitulé téléologie du deuxième volume des "72 Immortelles", j'ai examiné ce concept en m'efforçant de comprendre pourquoi les Clubs rouges avaient proposé au Conseil de la Commune de substituer à la lutte des classes, une politique idoine pour faire émerger progressivement une classe de la conscience humaine.

Le médiéviste-philosophe Raoul Vaneigem, dont j'ai cité le point de vue dans la page d'exergues de l'éphéméride des "Immortelles" avait bien saisi ce même message, ainsi que les situationnistes et Henri Lefebvre...

Aujourd'hui où nous croupissons dans un cul de basse-fosse politique et morale, il devient impérieusement urgent et salutaire de nous mobiliser pour être les passeurs de cette illumination rimbaldienne afin que le bateau ivre des Communeux puisse accoster au quai de la fraternité universelle !

 

Puis, par ordre alphabétique des signatures, chacune sincère, personnelle, enthousiaste ou circonspecte sinon meurtrie voire désabusée, exigeante, unique et généreuse aussi, et que d’autres peuvent rejoindre (tisser et retrouver des liens via des logiciels, dont c’est la belle mission, reste délicat, en période estivale qui plus est), les contributions distinctes et intactes (ne pas altérer la lettre pour ne pas heurter le souffle, l’émotion, l’esprit) :

 

Alicia Deys

La Fraternité donne des ailes.  Elle m'évoque la chaleur des cœurs, des sourires ou des bras accueillants, les regards profonds et aimantés des hommes et des femmes de bonne volonté.

La Fraternité est partage :  c'est la main qui se pose délicatement sur une épaule triste et fatiguée, signifiant à celui qui est exclu, abandonné : "je suis là, vous n'êtes pas seul, vous êtes pareil à moi-même. Reposez-vous un peu, délestez-vous de votre fardeau. "

La Fraternité, c'est le germe de l'espoir. Une ronde joyeuse, ou silencieuse, toujours bienveillante, où l’âme et le corps puisent leur énergie, se ressourcent.  Pour continuer à vivre, à rire, à aimer, à se battre contre les injustices, la solitude, la barbarie.

La Fraternité, c'est la fidélité à soi-même, la croyance en l'être humain, dans ce qu'il a de meilleur, le choix de l'universalité. C'est la confiance retrouvée en l'espèce humaine.

 

Amalfi Loup

La "fraternité". Il y a tant de textes, de poèmes, d'essais et de discours et tant de chansons ... qui la déploient souvent avec bonheur. Mais c'est plus grand que moi, je crois. C'est que pour moi - et d'autres bien sûr - "la fraternité" est compagnonne de l'égalité et de la solidarité. Il faudrait alors aussi les ex-pliquer, les déplier ...

La fraternité, ça s'éprouve, ça émotionne, ça se manifeste en actes quotidiens, banals souvent mais aussi extra-ordinaires ; ça s'éprouve dans les luttes, dans la résistance ; c'est une belle tension en amitié, en sympathie et en enveloppement de l’autre ; ça se passe au milieu, c'est à la fois rencontre sur un pont entre deux rives idiosyncrasiques et on la porte aussi en soi car l'autre, l'humanité est présence têtue et dépassement de soi. Que dire, je ne sais... pour le moment.

Mais qui sait ? Ça viendra peut-être un jour de grand vent du dehors, libre et joyeux comme est joyeuse la "fraternité".

 

Andy Gorman

Les mots « liberté, égalité, fraternité » sont inscrits sur toutes les mairies de France, nous sont inculqués dès notre plus jeune âge. Ce terme fraternité, le dernier mot dans notre devise nationale, est peut-être surprenant à trouver à côté de principes de droits inaliénables, des droits humains. La Fraternité, après tout, c’est un mot qui signifie pour moi de montrer de la tolérance, de l’empathie, du respect ainsi que de la compassion pour autrui. La fraternité, c’est aimer d’autres êtres humains, c’est de montrer aux autres notre humanité qu’ils soient hommes ou femmes, religieux ou non, blancs ou de couleur, que l’on soit d’accord avec leurs politiques ou non. 

Dans un monde qui est de plus en plus divisé, la fraternité c’est de voir d’autres personnes comme des êtres humains, non comme des statistiques. La fraternité, c’est de trouver des solutions humaines à des problèmes humains, c’est de tendre la main et aider son prochain. La fraternité, c’est de voir les choses qui nous unissent au lieu de voir ce qui nous sépare. La fraternité, c’est de ne pas laisser sa colère prendre le dessus et nous laisser diviser.

 

Anhhoanvang

Il me semble très difficile voire même impossible de parler de la fraternité dans ce monde en folie où plus que jamais "l'enfer c'est les autres". Nous sommes aujourd'hui le 14 Juillet et le bon peuple de France qui au lieu de méditer sur la devise de la République "Liberté Égalité Fraternité", qui subit des attaques de plus en plus violentes du pouvoir, applaudit l'étalage indécent des armes de guerre et des armées formées pour tout sauf à fraterniser. En réalité il me semble impossible d'atteindre le stade de la Fraternité universelle sans avoir d'abord réussi à garantir la Liberté et réduire au maximum l'inégalité.

 

Annick V

Fraternité. Il suffit d’avoir un frère ou une sœur pour le savoir : tout ce qui lui porte atteinte me blesse aussi. Dans une société non aliénée, ce sens d’un sort commun s’étend au-delà, aux proches et à toute la société.

Fraternité. Faire face ensemble, c’est réduire les difficultés, et décupler les joies. Placer au premier plan la poursuite du bien commun, c’est permettre à chacun de trouver sa place dans un monde pacifique, ouvert à tous et à tous les rêves.

Fraternité. Se préoccuper de l’autre, ne laisser personne sur le côté, c’est ce qui a permis à la société humaine d’avancer. Ce qui permet d’ailleurs à toutes les sociétés animales – et végétales, on commence à le savoir – de prospérer. Un pour tous, tous pour un. Tous gagnants.

La belle devise de la France, Liberté – Égalité – Fraternité, contient ce que disait Nelson Mandela : « Ta liberté et la mienne ne peuvent être séparées. »

Fraternité, un mot magnifique, donc. Qui autorise les plus beaux rêves. S’il cesse de n’être qu’un mot.

Cette fraternité si absente de notre monde, les gilets jaunes l’ont remise au goût du jour. Lors de l’occupation des ronds-points, les revendications de justice sociale sont portées par des citoyens qui réalisent qu’ils sont une communauté d’humains, qui aspirent au partage, et cela donne des journées, soirées et nuits joyeuses – le sens retrouvé. C’est sûrement l’une des clés de la longévité du combat, de la tolérance des participants entre eux, alors même que se côtoient des tenants de toutes opinions politiques et d’horizons divers. Les gilets jaunes illustrent l’aspiration à la fraternité.

Notre société hyper individualiste, tout sauf fraternelle, prouve par l’absurde à quel point la fraternité est vitale et son absence dévastatrice. Comment ignorer que le chacun-pour-soi, la loi du plus fort, avec les inégalités et injustices qui lui sont consubstantielles, entraîne misère et désespoir d’un côté, pouvoirs exorbitants de l’autre. Fertiles terreaux de toutes les bassesses, tous les trafics. Pouvoir des gourous, des chefs religieux, des fauteurs de guerre, des capitalistes, des trafiquants d’armes, de drogues et d’êtres humains… Misère et désespoir dont sont issus les adeptes de sectes, les terroristes kamikazes, les sans domicile, le repli sur soi, les murs et le cimetière en Méditerranée…

Je ne peux m’empêcher de faire référence au très bel ouvrage Osons la Fraternité, recueil de trente textes d’auteurs différents, publié sous la direction de Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris en 2018. (Que je me suis astreinte à ne pas relire ces jours-ci, cela aurait inhibé tout ce que je pouvais écrire.)

 

Annie 974

Le mot Fraternité n’évoque rien de plus pour moi qu’une simple main tendue.

 

Anouka

Liberté, égalité, fraternité. Devise républicaine. Libres, égaux et donc frères ? Tous ?

Tous frères ? D’une même famille ? La famille des humains ? Même s’ils sont différents ? Même s’ils ne sont pas de la même couleur ? Du même pays ? De la même culture ? De la même langue ? Et même si je ne les connais pas ? Dois-je les connaître pour les considérer en fraternité ? Oui ? Non ? Pas si important ? Est-ce que je peux éviter ces questions ?

Principe de réalité. Ils sont humains. D’où qu’ils viennent. Absolument pas nés en toute égalité, dans leur différence, précisément. Riche, aimé, désiré, pauvre, démuni, malade, handicapé, orphelin, né d’inceste, né de la guerre, du viol… La liste est longue, oui. Terriblement longue.

Ne pas confondre avec la loi (ici, là où je suis, là où des hommes et des femmes se sont battus pour que ce principe fasse loi) qui dit l’égalité, en droit. Et alors ? Et alors, à plus forte raison. Au nom de quel droit suis-je habilité(e) à les sélectionner en fonction de ce que je ne connais pas, de ce que je suppose, de ce qui pourrait m’altérer ? M’altérer ? Me contaminer ? Me salir ? Me nuire ?

Mais cet autre que je ne connais pas dont certains ne me seront jamais, jamais connus, jamais visibles, en quoi cet autre peut-il, a priori, me nuire, m’inquiéter, me mettre en danger ?

Je ne sais pas. Non, je n’en sais rien. Exceptés les mots des autres qui pensent pour moi. Mais je peux inventer, oui. Je peux inventer le meilleur comme le pire. Je peux m’inventer qu’à le regarder, cet autre, ce pourrait être moi. Et c’est effrayant de penser que je pourrais… Là où c’est le pire. Ôtez ce cauchemar que je ne saurais endurer. Mais c’est cet autre que vous qui l’endure. Pas vous. Ils meurent, les uns après les autres. Le déni, la cruauté. Pour que le cauchemar s’en aille. Le nôtre. Pas le leur. Mais je peux aussi réfléchir. Je peux me décentrer. Je peux ne pas me considérer comme unique, comme un moi je, je, je… Je suis, je suis et ça me suffit. Je peux. Je peux sortir de ma tanière du je et apprendre à voir, plus loin. Je peux prendre le risque d’être apprivoisé et d’apprivoiser. Lire ou relire le petit prince de St Exupéry. Je peux.

Et je deviens responsable de l’autre, du lien établi avec cet autre devenu part de moi-même. Le penser, le dire… Et oser. Voir, entendre, vivre.

Alors la fraternité ? Les justes sont là et ça me suffit ? Non, rien n’est acquis. Jamais. Apprendre. Encore et encore. Que si je protège l’autre, c’est une part de moi que je protège. Que si je fais mal, c’est à moi que je fais mal. Simple ? Non. Humainement vrai. Consciemment ou pas.

Alors, la fraternité ? Elle s’énonce, sur le fronton de nos mairies. Elle se targue d’être, une fois énoncée. Politiquement ou plus hypocritement, elle s’impose en certitude politicienne et perverse, en discours, en parade et glorification. Un mot, vidé de son sens. Vidé de son histoire. Vidé de son importance. Comment y croire ? Tellement galvaudé. Tellement déshonoré. Trop souvent. Et pourtant…

Ce mot phare de notre humanité peut tanguer, peut flétrir mais, au grand jamais il ne doit disparaître, au risque de nous anéantir. Cet autre et moi. Oui. Tant d’arrogance destructrice. Tant de force nuisible. Tant de puissance en délire.

L’habiter, la vivre, la respecter, la penser, cette fraternité. Aucun angélisme. Aucune religiosité. Un questionnement. Une responsabilité. Un réveil qui coûte ? Oui, sans doute. Et pourtant…

A notre fragile, parfois cruelle et pourtant irremplaçable condition humaine. Nous lui devons notre puissance d’échange, de respect, d’ouverture, de créativité. Le respect de soi comme de l’autre, le respect de la vie, en toute dignité.

Sans cesse sur le métier d’apprenti humain..."

 

Arthur Porto

Une amie me disait que petite, à la maternelle, sa maîtresse avait appris à lire à ses élèves la devise "Liberté, Égalité, Fraternité" sur le fronton de la Mairie en face de l’école. Je ne sais pas ce que ces mots voulaient dire exactement pour elle dans ses cinq/six ans, mais sans doute sa route des mots a ainsi commencé à être ‘cheminée’ !

Pour moi, "fraternité" a quelque chose à voir avec fraternel, le frère qu’on se dit sans même avoir un lien de parenté. Et ceci me paraît vrai dans toutes les contrées, au moins celles que j’ai pu traverser ou des rencontres que j’ai eu la chance de faire…

C’est en cela que sans discours, je dirais que fraternité c’est le lien volontaire, inconditionnel, empathique avec l’être humain. Même si je ne suis pas adepte du slogan ‘tout le monde il est beau il est gentil’, le premier geste spontané serait l’attitude fraternelle, disponible, confiante, quitte à ce que la réalité, la confrontation, la non-réciprocité exigeraient la défense, la distance voire l’opposition.

Du fait de mon statut de quelqu'un venu d’ailleurs, la ‘fraternité’ qui a pu m’accueillir je la partage avec ceux qui vivent aujourd’hui une réalité de leur vie qui ressemble à ce que j’ai pu vivre. D'où cette envie de la défendre et de la partager.

PS : La première phrase vient d’un billet que j’avais publié car cette amie me disait qu’aujourd’hui, cette divise, pour elle, est devenue "cupidité, corruption, cynisme" !

 

B. Girard

Si des relations entre les individus peuvent être fraternelles, à mes yeux elles relèvent principalement d’un sentiment personnel (je ne vois d’ailleurs pas trop ce que pourrait être un sentiment collectif), quelque chose qui n’appartient pas au registre politique. J’avoue ne pas comprendre comment le mot a pu atterrir dans la devise républicaine, sinon comme un vœu pieux pour dissimuler le fait que la France n’a jamais été très fraternelle ou encore comme référence à des périodes de l’histoire où la fraternité obligatoire s’abreuvait à des flots de sang impur…

Concrètement, si la liberté et l’égalité peuvent être le but d’un idéal social et politique, la fraternité me semble devoir en rester à l’écart, ce qui ne signifie pas qu’il faille s’en désintéresser mais la cultiver à un autre niveau, dans l’éducation par exemple (la coopération dans une salle de classe) à condition également de ne pas en faire une leçon de morale. Mais vous savez à quel point je peux être individualiste…

 

Bendidonc

Pour Victor Hugo la fraternité républicaine était "la 3ème marche du perron suprême" c'est -à-dire le plus haut degré de l'humain.

Je ne saurais donner une définition particulière je dirais que la fraternité nous ouvre à la question de l'autre au sens large (j'inclus nos amis frères animaux), je regrette que la fraternité soit si souvent remplacée par la solidarité.

La rencontre de l'autre est de l'ordre du vertige, elle dérange, elle impose un retournement de nos positions sociales, idéologiques, tous ces conforts que l'on s'octroie

 

Berthé Dominique Henri

Fraternité : le mot a jailli pour illustrer les plus beaux et grands mouvements de notre Histoire. Les soldats de l'an II, les citoyens des 27 au 29 juillet 1830 sur les barricades, ceux des 22 au 25 février 1848, les parisiens (nes) martyr(e) s de la Commune, les poilus des tranchées, les ouvriers (res) de 1936, les résistant(e)s de la première heure, celles et ceux qui les ont suivis, et bien d'autres, toute cette Communauté de femmes et d'hommes, cette humanité en mouvement constituent le sens profond de ce mot qui sonne clair. Son contenu, sa chair. La Fraternité c'est l’empathie, c'est marcher ensemble, c'est se comprendre sans mots prononcés, c'est regarder loin devant sans crainte, la Fraternité c'est la confiance en l'autre, c'est donner sans rien attendre en retour, c'est un cadeau pour toujours. La Fraternité est l'arme et le bouclier qui font reculer l'ennemi. Elle défie les tyrans qui la craignent. Liberté et Égalité boitillent sans la Fraternité, une fragilité qui fait s'effondrer l'ensemble. L'Humanité sans Fraternité n'a pas d'Avenir. 

 

Bertrand Rouzies

« La haine est la vraie passion primordiale.
C’est l’amour qui est une situation anormale.
 C’est pour ça que Christ a été tué : il parlait contre nature.
 » 

Umberto Eco.

L’homme se tue à comploter contre lui-même. Le Christ l’avait compris et avait entrepris d’y remédier en prêchant au rebut de l’humanité, aux sourds, aux aveugles, aux hémorroïsses, aux épileptiques, aux lépreux, aux paralytiques, à tous ces parias que leurs démêlés constants avec la vie empêchaient – et empêchent encore – d’intriguer à grande échelle contre leur prochain. « Le ciel, leur disait-il, est votre trésor. » Il faut être déjà à demi mort et flottant entre deux mondes pour s’en aller pêcher les pépites du ciel. Le rabbi des pauvres s’en doutait bien. Sa doxa à l’usage des faibles Terriens tenait en peu de mots : « Aimez-vous les uns les autres. » Aimez-vous les uns les autres. La formule est trop simple pour être honnête. Quoi ? Tolérer la laideur, si elle garde ses distances, passe encore, mais sourire aux grimaces cinglantes de nos tortionnaires, jamais ! Comment peut-on se dépouiller, au pied de la croix du martyre, de ce dernier réconfort, la haine ? Et puis, il y a bien pire que l’humanité grimaçante, il y a l’humanité lisse, qui grimace au-dedans. Il faut se mentir à soi-même pour préférer celle-ci à celle-là.

Par un transfert propre au métabolisme social qu’on n’hésitera pas à qualifier de pervers, le clochard se retrouve à porter sur son visage notre laideur d’âme. Il cloche pour les infirmes que nous sommes. Il n’y a pas de disgrâce heureuse, de laideur admirable. On n’est pas beau dans la misère. L’oxymore est ici impraticable. Saint François d’Assise était fils de banquiers. Il eut beau se noircir les ongles, il eut beau cultiver la squame verruqueuse comme d’autres entretenaient leur teint à la céruse, il eut beau s’acoquiner avec les rats et les chiens errants, il ne parvint pas à attirer à lui la gent des va-nu-pieds. Celle-ci avait ses propres confréries. Les premiers compagnons de François furent ses frères de classe, qui avaient reniflé un pair. Le succès de la réforme franciscaine s’explique par le fait qu’elle a redonné du crédit à la richesse. À moins que les riches n’aient voulu spéculer aussi sur les pépites du ciel…

La misère du clochard est repoussante, mais c’est un repoussé de notre vénalité. Sa couperose est notre vergogne, ses hématomes sont notre pourriture, son prognathisme, notre boursouflure, son dérangement, notre folie. Ce n’est pas assez de dire que le clochard nous démasque. Il nous attaque. Sa vinasse est un décapant. Aimons-le comme il faudrait aimer une doublure que notre lâcheté destine à prendre les coups qui nous reviennent ; aimons-le d’un amour narcissique. L’aumône que nous lui faisons, à bien y regarder, nous paie un salaire de vérité.

Les trognes labourées de la mendicité nous informent sur le degré d’avancement des multiples difformités que nous développons simultanément. Pourtant, nous leur prêtons rarement attention. Un puits de science qui pue la pisse et la vinasse, cela se visite à distance. On croit l’avoir sondé à fond pour l’avoir furtivement humé en passant. Où apprend-on à se précautionner de la sorte, car il faut bien que cela s’enseigne quelque part, l’homme n’étant pas porté naturellement à l’hygiénisme ?   

« Liberté-égalité-fraternité : trinité insécable.

Sans l’égalité, nous nous sentirions libres d’être frères dans le crime. »

Saint-Just

 

Blaz

La fraternité c'est se sentir chez soi au milieu d'individus qui ne partagent pas vos idéaux et convictions. Elle réclame de soi une vérité, de l'autre une transcendance…

J'ajoute que je ne la vois nulle part en ce moment bien qu'il y ait des fraternités de circonstances. Solidarisons donc les circonstances...

 

Bruno Painvin

La fraternité, pour moi : C'est quand je les regarde tous et que je n'en vois qu'un ; c'est quand j'en embrasse un et que je les embrasse tous.

 

C’est Nabum

Elle se glisse derrière ce conte : Les deux frères. Légendes des temps immémoriaux.

Il fut un temps où des humains s'installèrent sur les rives de nos rivières pour y établir des villages. Ils avaient remarqué qu'il était plus simple de transporter des marchandises sur l'eau, que la vie y était plus douce qu'au cœur de la forêt et qu'il y avait du poisson en abondance pour le plus grand plaisir de tous. Ainsi naquirent celles qui bien plus tard allaient devenir nos grandes villes.

Cette légende circule ici ou là ; elle ne nomme pas la rivière, afin sans doute de ne froisser aucune susceptibilité ; chacun dans ce pays pensant que la sienne est la plus belle, la plus mystérieuse et la plus porteuse d'histoires. Étant moi-même enclin à ce redoutable travers, je vais faire en sorte de ne plus apporter de réponse à cette controverse.

Il était donc une fois au bord de l'eau, une tribu qui vivait heureuse et respectait celui que les humains avaient choisi pour chef. Il était entouré de mystère, il était d'une corpulence bien supérieure à celle de ses semblables et avait, dit-on, une ascendance magique. Il se nommait Nissyen, était craint tout autant qu'admiré par les siens, ses sujets obéissants et respectueux.

On disait de lui qu'il avait été sculpté dans l'argile par une déesse, une fée ou bien une sorcière. Les rôles n'étaient pas encore clairement définis et la répartition des forces entre le bien et le mal n'était pas aussi tranchée qu'aujourd'hui. Celle qui lui avait ainsi donné naissance était Damona, la déesse des sources. Les Gaulois aimèrent à la représenter sous le totem de la vache, car le lait est la source de la vie.

Pour les sujets de Nissyen, tout allait pour le mieux jusqu'au jour où une terrible menace vint troubler leur tranquillité. Dans les bois, un colosse à la force gigantesque semait la désolation. Il était d'une goinfrerie telle qu'il relevait les filets des pêcheurs pour prendre leurs poissons, qu'il prélevait le gibier dans les pièges des chasseurs et que plus rien n'était possible pour ces pauvres gens.

Ceux qui l'avaient aperçu en avait fait une telle description que l'effroi gagnait toute la région. Les gens se terraient dans leurs cabanes et plus personne n'osait aller quérir de la nourriture. Bientôt les réserves s'épuisèrent et la nécessité d'affronter le monstre s'imposa à tous. La quiétude de Nissyen venait soudainement de prendre fin car c'est naturellement vers le chef que se tournèrent tous les membres de la communauté.

C'était une époque où celui qui détenait le pouvoir devait assumer quelques obligations. Il ne pouvait déléguer ou confier à d'autres ce qui était de sa charge. Nissyen n'était pas homme à se dérober, il s'arma de courage et de ce qu'il avait de mieux comme armes et partit affronter ce monstre qui hantait la région.

Bientôt, les routes des deux colosses se croisèrent. Ils se firent face. Ils étaient en tous points semblables. Même taille, même corpulence, même couleur de cheveux, même forme de visage. Nissyen en fut interloqué bien plus que celui qui se trouvait face à lui et semblait ne pas avoir la même conscience de cette étrange ressemblance. Le combat n'eut pas lieu. Il y avait comme un respect mutuel qui fit que les deux opposants firent demi-tour et s'en allèrent chacun de leur côté.

De retour au village, Nissyen dut avouer son trouble et sa réaction. C'est alors qu'une vieille femme, celle qui guérissait les gens par sa science des herbes et des remèdes qu'accordait alors généreusement la nature prit la parole de manière étrange. Elle déclara « C'est donc qu'il est revenu ! » Puis elle s'enferma dans un mutisme total, marmonnant des mots incertains et incompréhensibles.

Nissyen et ses sujets voulurent en savoir davantage. Il n'y avait que le druide pour décrypter le message de la guérisseuse. On alla le quérir alors qu'il était en chemin vers la grande forêt des chênes sacrés. Il maugréa contre ces messagers qui venaient l'importuner en cette période rituelle, ô combien importante. Mais devant la mine inquiète de chacun, il consentit à rebrousser chemin pour apporter ses immenses lumières.

Nissyen lui raconta alors ce qui s'était passé et l'étrange rencontre qu'il avait faite : un autre lui-même, plus sauvage et sans doute tout à fait incapable de communiquer. Alors le druide raconta le secret de la naissance de Nissyen, la faute de Damona qui n'avait pas sculpté un mais deux enfants dans l'argile de la rivière.

Pour éviter le conflit qui ne pouvait que naître de cette gémellité, l'un des enfants avait été abandonné à la nature, perdu loin d'ici au milieu d'une forêt profonde et épaisse. Il avait dû être recueilli par les bêtes sauvages, une louve ou bien une renarde, une truie ou bien une biche qui lui donna son lait. Il avait grandi loin des humains et c'est pourquoi il ne parlait pas …

Le druide déclara alors à Nissyen, totalement médusé par cette révélation, que l'enfant avait été nommé Evnissyen avant d'être envoyé à ce qu'on pensait alors être une mort certaine. Pour le chef, il n'était plus question de combattre celui qui était son frère jumeau mais il lui était tout autant impossible de le laisser effrayer les gens de sa tribu. Que faire ?

Ni le druide ni les plus sages des hommes de l'endroit ne savaient que répondre. Quant à Nissyen, il était même incapable de penser de manière efficace tant il était bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre. C'est alors qu'une femme d'une beauté incroyable se présenta au milieu du cercle à palabres. On l'appelait Bellissima pour honorer sa beauté et sa grâce.

Bellissima déclara que ni les armes ni la force ne pouvaient toucher le cœur d'un homme, fût-il un être rustre et sans éducation. Seul l'amour pouvait lui ouvrir les yeux et le conduire sur le chemin de cette humanité qu'il n'avait jamais connue. Devant tous les membres de la communauté, subjugués et ravis à la fois, Bellissima se dénuda entièrement et laissa voir à tous un corps parfait d'une élégance infinie.

Sans plus un mot, elle quitta le village et partit à la recherche de ce monstre sauvage. Durant sept jours et sept nuits, personne n'eut plus aucune nouvelle d'elle. Seuls des râles sourds, des plaintes troublantes, des soupirs et des halètements d'une incroyable puissance indiquèrent à tous que ce qui se passait sous le couvert de la forêt voisine devait sans doute être un spectacle extraordinaire.

Nul ne songea à aller y regarder d'un peu plus près. La crainte du monstre les en dissuada ; moins cependant que la nécessité de profiter de son occupation du moment pour retourner à la chasse et à la pêche. C'est ainsi que les réserves se reconstituèrent et que les gens de Nissyen échappèrent à la disette.

Puis, au huitième jour, Bellissima revint dans la même tenue. Elle était radieuse comme jamais on ne l'avait vue. Elle marchait avec cette assurance qui caractérise les reines et les déesses. Elle alla directement rejoindre Nissyen et lui déclara que son frère jumeau était le plus charmant et le plus merveilleux des compagnons. Elle voulait l'épouser et vivre avec lui dans la forêt. La seule condition que Evnissyen avait émise était d'avoir la bénédiction de son frère.

Il en fut fait selon les vœux du monstre qui, en l'espace de sept jours et sept nuits, avait découvert l'amour et apprit la langue des humains. Il avait grandi dans la sagesse des animaux et ne voulait pour rien au monde vivre sous un toit et selon les rites de ces curieux personnages qu'il croisait parfois. Seule Bellissima avait trouvé le chemin de son cœur et c'est elle qui irait vivre avec lui, loin des humains.

C'est ainsi qu'eut lieu le mariage et que s'établit un pacte heureux entre le village et la nature sauvage. La légende perdura longtemps jusqu'au moment où ceux des villes, devenues trop grandes cessèrent de respecter la nature environnante. Il leur fallait asseoir leur puissance et imposer leur volonté à tout ce qui les entourait. Le pacte entre Nissyen et son jumeau avait été rompu.

Faudra-t-il qu'une autre Bellissima se lève et fasse comprendre à ces êtres cupides et vénaux que rien ne peut se concevoir sans un équilibre harmonieux entre les humains et leur environnement naturel ? Quant à espérer que l'amour renaisse dans le cœur des hommes, c'est une autre histoire. Il faudrait sans doute bien plus de sept jours et sept nuits à cette nouvelle déesse pour que tombent à jamais la peur, la haine et les armes.

 

Catherine Chabrun

Fraternité : Principe de la devise le plus absent des discours politiques, car il ne peut être récupéré par le libéralisme pour le servir. Pourtant c'est celui qui donne sens à l'humanité et lui assure son avenir.

 

Ceinna Coll

La fraternité, pour ma part, ce sont tous les samedis jaunes, sur mon pc, que je partage avec les GJ et les journalistes reporters. C’est statique, virtuel, mais c’est passionnant, vibrant, chaleureux, sentimental, rageant, scotchant, le courant d’amitié passe. Je les admire, car ils sont nous, moi, la vie, la conscience, la lucidité, la sensibilité, la joie, l’harmonie, le désespoir, la violence, l’injustice, l’humanimalité. J’ai rencontré, essuyé, toute cette diversité dans ma vie, dans le travail très important pour moi, et encore à ce jour c'est une richesse que je concrétise, poursuis, avec vous et les internautes, sur le journal, Le Média, et d’autres sites web censés, lucides, honnêtes, clarteux, entiers, respectueux.

La fraternité, c’est le lien naturel, affectif, attendrissant, complice, passionnel, partage, solidaire, qui unit la famille, parents, mon fils, ma petite fille, les proches, les amis.es, camarades assez conséquents, les rencontres mêmes éphémères, l'entourage ...

La fraternité, c’est la solidarité, la passion, l’entente, le courage, l’échange, la complicité, le respect, parfois le désarroi, la déception, la cohérence, l’incohérence, que l’on partage, fortifié sur le web où l’on peut compter, pour certains.es des internautes, les uns sur les autres, ça s’est vu à maintes reprises sur le journal lors de goujateries, et pas seulement, sur la réalité, les choses essentielles, passionnantes, belles, de la vie ! Le web c’est top, dans la mesure du raisonnable, du choix, de l’inattendu pour moi qui m'accroche, concrétise toujours et encore les rencontres amicales, studieuses, vivantes, artistiques, réfléchies, innovantes, remises en question, corrections, appoints, lacunes, et argumentées, ouvertes sur la vie, notre vie à tous.tes actuellement dans la grande tourmente, bouleversée par la violence, le mépris, l'inconsistance d'incivilisés...

La fraternité est ce qui distingue les humains, même les animaux, sensibles, avec leurs échanges dociles ou violents, et les humains envers les animaux, la nature, parfois beaucoup malmenés, le vivant ou non ! La sentience.

 

Christian Creseveur

La fraternité pour moi, est toute entière représentée dans le maul, ce mouvement qui vient du rugby, dans lequel on se lie pour protéger le porteur du ballon et le faire avancer. C'est un beau moment collectif, un peu comparable à l'idée de mettre l'épaule à la charrette, qui montre souvent comment l'union des forces permet de nous faire tous progresser. C'est la force du collectif qui ne laisse personne sur le côté.  

 

Citoyen Spartacus

« Je crois que la fraternité c'est d'avoir conscience que tous les hommes composent une même famille, et que l'amour est le plus beau des défis. »

 

Claude.Robert

Hier, je suis allé aider un voisin/ami converti à l'agriculture biologique à cueillir ses pêches, travail dur, en plein soleil et pleine chaleur, nous y avons passé la matinée. Ensuite, casse-croûte en plein champ, à base de tomates, concombres, oignons, poivrons cueillis sur place, avec juste un pain et un fromage de chèvre bien sec que nous avons partagé, et bien sûr pour finir, quelques pêches mûres à point, juteuses, sucrées, délicieuses. Et puis nous avons prolongé la pause à l'ombre d'un mûrier, au bord du torrent local, en discutant, en échangeant des points de vue sur tout et rien, sur les montagnes qui nous entouraient, sur le vivant, sur le peu dont nous avons besoin pour vivre et être heureux, et sur notre devenir si menacé, et là, j'ai vraiment touché du doigt ce qu'est la Fraternité.

Travail partagé, repas frugal partagé, idées partagées, là se trouve pour moi la définition de la Fraternité. Quelle que soit notre couleur de peau, notre culture, notre inconscient collectif, tout ceci, nous pouvons le partager avec n'importe lequel de nos frères humains.

 

Cybergazouille

La fraternité, c’est cette empathie joyeuse pour tous les habitants de la terre qui trace le chemin d’un destin partagé désirable ; c'est cette colère déterminée à bousculer les palais de ceux qui bâtissent sur l'exclusion et l'exploitation des autres.

 

Dandachi

Définir la Fraternité ? Ma réponse va être très subjective.

C’est le sentiment qui m’a toujours portée vers les autres. Je dirais même qui les faisait, d’une certaine mesure les fait encore, passer avant moi, ayant depuis ma tendre enfance été détachée des choses matérielles. C’est une valeur que je pratiquais avant d’en connaître l’existence. Jusqu’à ce jour, pas si lointain, où quelque chose s’est définitivement, irrémédiablement, cassé entre eux et moi. En effet, de déception en déception et à ce stade de mon évolution et de mon observation du monde, j’en suis venue à m’éloigner des humains tout en leur conservant ce minimum de tendresse sans lequel je perdrais mon humanité et qui fait que je continue, dans la mesure de mes moyens, à vouloir redresser l’humain en nous et rapprocher les peuples et les cultures.

C’est ce lien qui nous relie à notre corps défendant aux autres et nous contraint à suivre les événements du monde à nous en rendre malades !!! La Fraternité est définitivement l'antonyme de l’indifférence !

En filant la métaphore de la famille, la Fraternité fait qu’idéalement lorsqu’un de ses membres souffre, c’est toute la famille qui en pâtit. Voilà pourquoi nous devons œuvrer pour que chaque être humain soit exposé le moins possible aux souffrances. Entreprise égoïste, la Fraternité ? Si l’on veut. Je l’assume !

A y regarder de près, la Fraternité qui nous fait aimer l’humanité comme un tout, la rapproche de l’Amour. Comme lui, une fois cassée, il est difficile de la restaurer.

Mais comment naît ce sentiment et jusqu’où peut-il aller et résister ? Pourquoi des gens en sont-ils dotés et d’autres pas ? Tous les « monstres » sont-ils récupérables au point de les réintégrer dans notre famille sans courir le risque de les voir à nouveau la faire voler en éclats ? Je pense que l’on sort là de l’objet de [la] question.

 

Denys Laboutière

FRATERNITÉ : Rodomontade pas même littéraire pour complaire à la sollicitation du Sieur Hippolyte VARLIN, l'an 2019 au mitan de Juillet.

« Fraternité » : ce mot existe et ne peut être suppléé par aucun autre. « Amitié » recouvre autre chose. « Solidarité » aussi. Bien sûr.

Il a le mérite d’exister même si, comme certains de ses frères, alliés, cousins, (« Amour », « Utopie », « Justice » …) peu de femmes et d’hommes ont l’honneur d’avoir connu ou de connaître les bienfaits forts de ce qu’ils sont sensés prodiguer.

Peu fanfaron, de nos jours, voilà le mot lâché qui, pourtant, aurait de quoi jouer les fiers-à-bras, les fiers-à-phrases, puisqu’il a été l’un des trois élus dignes de figurer au fronton des principaux monuments et bâtiments de la République française. Bon dernier de la devise, c’est pourtant lui que l’on retient quand celle-ci est prononcée : « Liberté, Égalité, Fraternité » il clôt la trilogie valeureuse qui défie actes, pensées et décisions de tout un chacun et des instances décisionnaires politiques, économiques, juridiques.

Des trois mots, on entend, on lit souvent qu’il serait le plus malmené par les Hommes de nos sociétés contemporaines. Et pourtant, on apprend aussi que quelques hauts faits de personnalités anonymes ont toujours lieu. Qui, ainsi, le glorifient et braquent sur lui, ses promesses induites par ce qu’il invoque, à la manière d’un tropisme de Nathalie Sarraute : tel homme se précipite sans trop réfléchir pour sauver du péril un petit garçon qui s’est aventuré de façon déraisonnable par-delà le garde-fou d’un balcon, dans un immeuble parisien, tel autre ne se laisse pas impressionner par les interdictions absurdes qui réprouvent le sauvetage de migrants, les abrite et les protège et ce, au mépris de son propre confort… Et comment dire tout l’étonnement, toute l’étendue de la joie et du plaisir, depuis l’automne dernier jusqu’à cet été, qui ont permis à des gens vêtus de gilets couleur citron fluo, de redécouvrir précisément les vertus de la Fraternité, montrant ainsi que les sentiments et émotions humains n’échouent pas tous dans des impasses mais s’appliquent à régénérer la circularité et la circulation rondpoitesque ?

Abel et Caïn sont censés avoir été les plus anciens frères, ainsi que la Bible le raconte. Premier mal, première entaille dans un lien qui aurait dû rester vierge de toute chamaille, de toute envie, de toute passion extrême.

1 L'homme s'unit à Ève, sa femme ; elle devint enceinte et donna naissance à Caïn. Elle dit : - Avec l'aide de l'Éternel, j'ai formé un homme. 
2 Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel devint berger et Caïn cultivateur. 
3 Au bout d'un certain temps, Caïn présenta des produits de la terre en offrande à l'Éternel. 
4 Abel, de son côté, présenta les premiers-nés de son troupeau et en offrit les meilleurs morceaux. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; 
5 mais pas sur Caïn et son offrande. Caïn se mit dans une grande colère, et son visage s'assombrit. 
6 L'Éternel dit à Caïn : - Pourquoi te mets-tu en colère et pourquoi ton visage est-il sombre ? 
7 Si tu agis bien, tu le relèveras. Mais si tu n'agis pas bien, le péché est tapi à ta porte : son désir se porte vers toi, mais toi, maîtrise-le ! 
8 Mais Caïn dit à son frère Abel : - Allons aux champs. Et lorsqu'ils furent dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. 
9 Alors l'Éternel demanda à Caïn : - Où est ton frère Abel ? - Je n'en sais rien, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère ? 
10 Et Dieu lui dit : - Qu'as-tu fait ? J'entends le sang de ton frère crier vengeance depuis la terre jusqu'à moi. 
11 Maintenant, tu es maudit et chassé loin du sol qui a bu le sang de ton frère versé par ta main.

12 Lorsque tu cultiveras le sol, il te refusera désormais ses produits, tu seras errant et fugitif sur la terre. 
13 Caïn dit à l'Éternel : - Mon châtiment est trop lourd à porter. 
14 Voici que tu me chasses aujourd'hui loin du sol fertile, et je devrai me cacher devant toi, je serai errant et fugitif sur la terre et si quelqu'un me trouve, il me tuera. 
15 L'Éternel lui dit : - Eh bien ! Si on tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois. Et l'Éternel marqua Caïn d'un signe pour qu'il ne soit pas tué par qui le rencontrerait. 
16 Caïn partit loin de l'Éternel : il alla séjourner au pays de Nod, le Pays de l'Errance, à l'orient d'Éden, le Pays des délices.

(version : Bible du semeur, Gen.4)

Est-on fraternel uniquement des vivants ? Un auteur lu, un artiste vu, entendu, écouté, peuvent tout à coup, qu’il soit encore vif ou désormais passé à trépas, devenir pour vous une sentinelle vitale, dont les qualités virales, les talents inespérés vous font éprouver un sentiment de proximité tel, qu’un lien à jamais pérenne s’établira.

René Char les nommait ses « astreignants » (Rimbaud, Homère, Heidegger…). Toute la vie littéraire civile et militaire du poète des « Matinaux » aura, mieux que quiconque, su faire éclore et rendre langue, à partir de ce mot « Fraternité » bien des rhizomes expressifs et instructifs qu’il traîne dans un sillage qui permet d’ouvrir la voie vers la certitude qu’aucune vie sur terre ne peut s’envisager en se privant de toute considération pour elle… pour lui : ce mot…

… ce mot qui existe et ne peut être suppléé par aucun autre…

 

Ducon1er

Je me suis toujours demandé pourquoi nous avions choisi cette devise...

La liberté est en effet éminemment relative, surtout celle de manifester dernièrement...

L'égalité est une aimable plaisanterie que la première chaussette à clous que vous croiserez vous enfoncera là où elle pourra...

Et la fraternité tente d'exister en essayant de défendre les deux précédentes, face à tous les pires aspects et désirs de nos frères et sœurs, au milieu d'un merdier sans nom que nous avons patiemment élaboré depuis qu'on est descendus des arbres, il y a quelques temps...

Le grand Zappa avait fait une chansonnette fort sympathique, dont le titre résume tout le bien qu'il pensait de notre espèce : "Dumb all over (a little ugly on the side)", mais je crains de m'éloigner du sujet....

 

Ekaterina

Que devrait être, en somme, la Fraternité, selon moi ? Déjà, reconnaître chez l’Autre une part de soi, et l’accepter, pour pouvoir ensuite l’accueillir dans son unicité, sa différence. (Ce qui suppose déjà de s’aimer soi-même, pas évident !). Ce serait la base, le socle rendant possible la création d’un lien interpersonnel, j’imagine. Elle devrait donc déboucher sur une forme de solidarité « familiale » inconditionnelle, indéfectible, ouvrant alors tout un champ des possibles. Ce serait toutefois oublier que la norme est plutôt la famille dysfonctionnelle…, à l’image de nos sociétés où la cruauté de la loi (censément) du plus fort règne en maître.

Hélas, pour renouer avec la Fraternité, il est souvent nécessaire, préalable d'avoir d'abord tout perdu, de se retrouver l'âme dénudée. Encore faut-il échapper à l’isolement que cela entraîne et qui tarit inévitablement le cœur. (Trop peu d'humains sont capables autrement de la véritable compassion selon moi, au sens de Milan Kundera dans L'Insoutenable légèreté de l'être). C'est ce que j'avais appelé "le miracle des Gilets jaunes" grâce aux ronds-points, (expression dernièrement entendue dans la bouche de Juan Branco, comme moi un paria volontaire de la bonne société par refus de la compromission, qui est la règle de sur-vie).

Les Gilets jaunes, les vrais insoumis par nécessité, qui ont retrouvé le gout du pain par celui de la nécessité de le partager, et par-là, ensemble recommencé enfin à rêver à celui du perlimpinpin. Ce qui interroge fondamentalement sur qui aurait réellement perdu sa dignité ici…

Ce n’est donc pas une affaire de « repus » : point de fraternité dans la condescendance, les vues de l’esprit, les postures, les poses, les effets de manche et de style. Dans ce cas, en matière de Fraternité, comme pour tout, on ne prête qu’aux riches, et ce qui est certain, c’est que, sauf miracle (jaune ?) nous allons tous crever de l’absence de « fraternité », de l’absence de la force du nombre solidaire, assassinés ou acculés au suicide - c’est pareil -, faute d’État de droit (à qui la faute ? ...). Nul ne sera épargné. 

 

Emmanuel Broche

La fraternité est un principe républicain. De la merde, donc. Comme l'égalité et la liberté. Ce sont des principes fondateurs que l'on énonce pour mieux les bafouer.

La vraie fraternité ? Je ne sais pas...

Je vois bien ce que vous attendez dans votre façon de poser la question mais je ne sais pas.

Moi, je signe sur Médiapart en apposant mon vrai nom. Beaucoup ont des pseudonymes.

Je ne peux pas parler avec des pseudonymes. Qu'avec des hommes, et encore...

Fraternellement

 

Erwin Schildknecht

La fraternité est, au minimum, le souci d’être heureux sans empêcher le bonheur des autres. C’est être heureux avec l’Autre. C’est pouvoir vivre heureux en sachant que l’on n’a rien à envier à autrui et qu’autrui n’a rien à nous envier. C’est une forme d’égalité, mais épaulée par la justice. L’égalité seule n’est rien.

La fraternité est donc un idéal. Comme tout idéal il est un but vers lequel tendre, pour lequel se battre, pour lequel, sans cesse, il est nécessaire de le redéfinir, de le réexpliquer, de le transmettre, mais c’est aussi un modèle qu’il est nécessaire d’appliquer et d’exercer soi-même.

En s’appropriant la réflexion des sociologues Max Weber, Karl Marx ou Émile Durkheim, on pourrait voir en la fraternité un idéal-type.

Bien que celui-ci soit un concept qui par définition ne peut être rencontré dans la réalité, la fraternité elle, peut l’être. Les personnes qu’Hippolyte Varlin valorise sous sa belle plume, que ce soit un Cédric Herrou ou un Johnny Clegg, en sont de beaux exemples : elles ont tendu et atteint l’idéal fraternel en incarnant l’idée.

Cette fraternité peut être rencontrée, ponctuellement, en effet, mais elle garde sa dimension d’idéal-type au sens d’inatteignable si l’on considère l’ultime but de la fraternité : une société, un monde, exclusivement fraternels, et l’on sait que trop bien que l’humanité n’y arrivera certainement jamais. L’humanité est cette pièce, pile ou face, cet être bicéphale, ce Janus refermant la porte du progrès en ouvrant celle du conservatisme. Elle est schizophrène, bipolaire, lunatique, en constant conflit avec elle-même et le restera certainement. Mais l’espoir du progrès peut nous faire tendre à contredire cette certitude. Et la fraternité est un chemin qui pourrait nous y mener.

La fraternité est donc un idéal qui est à brandir, à asséner, à opposer aux vendeurs de malheurs, aux nantis triomphant des inégalités, des exploitants, des fossoyeurs de l’humanité et du vivant. L’idée est belle, la réalité l’est moins.

Prenons alors la fraternité comme un outil, montrons l’exemple, pour façonner cette réalité.

Pour conclure, je souhaite partager un court extrait (qui mériterait d’être plus complet, mais je ne veux pas trop en dévoiler) du roman Le parfum d’Adam de Jean-Christophe Ruffin :

« Les maisons ont gagné en hauteur, jusqu’à devenir des gratte-ciels ; la voiture a remplacé le cheval. L’avion est venu, de plus en plus gros. Tout cela nous paraît naturel. C’est notre monde, celui qui nous a portés. Nous le voyons de l’intérieur, tel qu’il aime se présenter : comme une gigantesque machine à produire toujours plus de richesses, de bien-être, d’échanges, de confort. Et nous oublions ce que disaient les Indiens : cette civilisation pose aussi des clôtures. De l’autre côté de ces clôtures, il y a ce qu’elle rejette, ce qu’elle exploite, ce qu’elle souille. Car elle est aussi, et peut-être d’abord, une gigantesque machine à produire de la pauvreté, du malheur, de la destruction.

[…]

La guerre aux pauvres, j’en suis sûre, c’est l’ultime étape de cette aventure magnifique de l’Homme moderne qui a produit autant de destruction que de richesse, et qui, après avoir créé la misère et l’avoir rejetée, s’apprête maintenant à lui faire la guerre.

[…]

La seule solution, à mes yeux, c’est de casser les clôtures et c’est ce que j’ai l’intention d’entreprendre. Rassurez-vous […], je ne projette pas de grande opération terroriste. Mes choix sont à la dimension de ma vie : minuscules. J’ai seulement décidé d’employer mon temps et mes forces à passer d’un monde à l’autre.

[…]

« Sauver l’homme en renforçant sa part humaine ». »

 

Eugenio Populin

La fraternité concerne les humains et se définit comme le rapport à l'autre, fondateur de notre identité profonde, l'autre défini à la fois comme le même et le différent. Mais plus qu'un concept théorique elle est une "praxis".

La fraternité, c'est aussi simple et aussi bon à partager qu'un "caffè sospeso"

 

Florian Dacheux

La fraternité n'est rien sans liberté ni égalité. 

 

Frédéric Malet

Fraternité = Nom féminin, pourtant sexiste, qui sous-tend des liens de proximité illusoirement attendus comme solidaires et amicaux quand on sait que frères et sœurs peuvent être soudés comme les doigts d'une main, ou ennemis comme chien et chat.

 

GTK - Gabrielle Teissier K

La fraternité -républicaine- c'est ce que je ressens lorsque je suis dans une manifestation, avec des personnes qui défilent pour les mêmes raisons que moi. Même si je ne connais pas ceux qui se tiennent à mes côtés, spontanément je leur fais confiance, je leur parle, je me sens chez moi, avec eux, dans le périmètre de la manifestation. Je rêve que mon pays et que le monde (soyons fous, voyons grand) devienne, soit comme une grande manifestation dans laquelle nous dirions tous ensemble que nous ne sommes que des humains et que nous voulons que chacun puisse vivre, simplement vivre et vivre pleinement et librement, sur la terre où qu'il soit.

 

Guy_Perbet

FRATERNITÉ

Le mot vient de l’étymon latin fraternitas < frater = frère. Historiquement il désigne les relations qui unissent les membres d’une communauté de quelque nature qu’elle soit. Le latin classique envisage les relations entre frères, entre peuples, tandis que le bas latin opère une restriction de sens en concentrant son usage vers le religieux (relations entre chrétiens). Une illustration est l’emploi de frater (frère) pour désigner un membre d’une congrégation religieuse. Aujourd’hui, le sème /parenté/ disparaît pour privilégier celui de /famille humaine/.

Je vais adopter cette dernière acception pour rendre compte de ce concept au regard de la période que nous traversons, en rejetant toute référence à une quelconque religiosité ou à une appartenance à une communauté délimitée (par exemple : frère d’armes).

Le concept /fraternité/ inclut lui-même d’autres concepts qui, ensemble, forment un ensemble sémantique où s’imposent, par exemple :

- concorde

- cordialité

- cause commune

- entraide

- solidarité

- bienveillance

- humanité

- émancipation

- résistance

- etc.

Pour moi, la période actuelle, celle qui nous intéresse, impose de retenir un autre grand concept pour nous aider à rendre compte du contenu sémique de /fraternité/ : celui de /peuple/.

Personnellement, j’oppose le peuple à l’élite (classe exerçant une quelconque forme de pouvoir) comme j’oppose le peuple à la bourgeoisie (qui a confisqué le pouvoir républicain). Donc si je réfléchis sur le sens de /fraternité/, dans ma réflexion s’impose immédiatement le concept de /peuple/. Les sphères de pouvoir ayant répudié le peuple (sauf pour lui vider les poches), elles ne peuvent prétendre s’ériger en chantres de la fraternité. Les seules relations qu’elles entretiennent sont des attitudes de connivence interne, de complicité, « d’endogamie » qui sont la négation même de la bienveillance, indispensable à l’établissement d’échanges humains. Le mot fraternité, à l’instar des deux autres figurant sur les frontons des mairies et des écoles, ne leur sert que de label, d’estampille, d’une fraternité contrôlée pour ne pas dire muselée, imposture s’il en est…

Pour la définir, il me semble important de l’envisager sous l’angle des actes qu’elle suscite. La période que nous vivons, avec l’immédiateté de l’information numérique, amène chaque jour nombre d’exemples illustrant bien ce qu’évoque pour moi le terme fraternité. Quelques figures de cette prise de conscience sont des phares qui résistent pour nous aider à rester debout face au cynisme mondialisé :

- Cédric Herrou

- les Gilets Jaunes

- les sauveteurs de la Méditerranée

- tous les bénévoles des associations d’aide aux plus faibles

- etc. (ça n’est évidemment pas exhaustif)

Pour conclure, il me semble que quiconque aspire à libérer la fraternité qu’il porte en lui (et tout humain devrait en être capable) récuse tout jugement de valeur sur un être quel qu’il soit. Les critères d’infériorité ou de supériorité doivent être bannis, car comment et par rapport à quelle norme pourraient-ils être reconnus valides ?

J’avancerai, en corollaire, que l’aspiration individuelle à l’exercice d’un quelconque pouvoir me paraît également louche. A ce titre, l’exemple des Communeux si cher à l’ami Vingtras (cf. Les 72 Immortelles dans lesquelles je suis à fond pour le moment) exhorte à l’exercice d’un pouvoir par le peuple pour le peuple, partagé par chacun dans la mesure de ses capacités, de l’action dont il est capable.

Je vois aussi une réciprocité dans fraternité et synergie créatrice, l’une encourageant l’autre.

Une autre exigence primordiale que renferme le mot fraternité est la lutte farouche, opiniâtre contre toutes les guerres. Que d’efforts avait déployés Eugène Varlin pour exhorter les travailleurs frères de tous les pays à refuser la guerre alors que s’annonçait le désastre de 1870 !

 

Isabeille

Le seul cri du cœur qui me vient pour définir la Fraternité est ce mot de Jésus : "Aime ton prochain comme toi-même". Pour autant que l'on puisse se connaître soi-même pour accepter autrui tel qu'il est.

 

JLMFI

La Fraternité c'est donner au collectif, au nous, ce que "je" sais et sais faire, ce que "je" ai en partage, afin d'aller au combat, au baston, au charbon... ce nous est hétérogène, peu importe d'où "tu" viennes car ce que "tu" apportes "nous" a tellement manqué. Pas de Liberté sans Égalité, et de cette Égalité naît la Fraternité, dès lors que naît la conscience d'un destin commun, d'un combat commun...à la vie à la mort face à l'adversité. La Fraternité c'est la loi de la jungle... Celle de l’entraide, celle de Bagheera qui reconnaît Mowgli, le "petit d’homme », que Baloo reconnaît aussi, et qui voient en Mowgli non l'Homme qui tue et brûle, qui pille la forêt, mais le "petit" ... les deux ours et panthères se liguent alors dans une Fraternité sans faille, face à Shere Kahn le "mangeur d'Homme"... Le stade ultime de la Fraternité, arrivera lorsque le "village Homme" et la forêt vivront en harmonie et que ni le village, ni la jungle n'éprouvera la crainte de l'autre... L'éducation est là pour ça. Sans Fraternité l'éducation n'est que formatage ou dressage ... elle doit donc tendre vers la Fraternité... à la Fraternisation.

 

Jean-Marc B

La Fraternité, c'est le bonheur. Surtout dans l'agir. Il n'existe pas sans partage.

 

Jean-Paul Richier

Point de vue psycho-sociologique :

Si les "ronds-points" sont restés occupés plusieurs mois malgré le froid, c'est que les GJ d'une part brûlaient de colère, mais également d'autre part qu'ils y avaient trouvé une fraternité réchauffante.

La fraternité est en ce sens le sentiment de camaraderie voire d'amitié qui peut unir des gens ayant des intérêts communs ou des valeurs communes (par exemple dans un cadre professionnel, militant, politique, associatif, sportif, artistique etc…).

Point de vue politique :

Le terme "fraternité" évoque bien sur la devise de la République, où il a rejoint la liberté et l'égalité en 1848 lors de la IIe République puis a été confirmé lors de la IIIe République. Sa signification est moins évidente, car si l'État peut se poser en garant de la liberté et de l'égalité, la fraternité comme telle n'est pas de son ressort. Cependant, on peut donner à ce terme la signification de "solidarité", visant concrètement à donner à chacun les moyens de bien vivre, dans le cadre d'une démocratie sociale.

Psychologie et anthropologie :

La notion de fraternité rejoint la vaste question de l'identité, question à la fois incontournable mais qu'il ne faut pas laisser aux mains des obsédés de l'identité nationale. J'avais tenté de poser quelques jalons de réflexion à l'occasion d'un billet voici un mois (cf. la section "2 - La question identitaire" / "Digression" de https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-richier/blog/110619/la-france-insoumise-la-gauche-et-le-rn

Psychologie tout court :

Par certains aspects la notion le concept de fraternité renvoie au concept d'empathie, lequel peut être lié à la question de l'identité, car on aura tendance à avoir plus de sollicitude envers ceux auxquels on s'identifie. 

Mais il y a une nuance de taille : beaucoup d'êtres humains vont également avoir tendance à éprouver de la sollicitude envers ceux qu'ils perçoivent comme faibles, qu'ils leur ressemblent ou pas.

Et ceci peut même franchir les frontières de l'espèce : la sollicitude peut concerner les animaux sensibles non humains. Comme toutes les formes d'empathie et de sollicitude, le facteur culturel est capital : la préoccupation envers les animaux en tant qu'individus, tout en restant très variable d'une personne à l'autre, est typique de nos sociétés occidentales contemporaines.

Bref :

La notion de fraternité est un idéal qu'il faut cultiver, mais il faut veiller à ce que sa finalité soit la plus large possible. 

Elle doit évidemment s'appliquer à tous les êtres humains au-delà des nations, des origines et des cultures. 

Elle devrait aussi dans la mesure du possible s'appliquer à nos cousins parfois lointains que sont les animaux. Ceci dans deux logiques différentes :

- une logique éthique, s'appliquant aux animaux sensibles en tant qu'individus (il ne s'agit pas d'en faire nos égaux, mais de prendre en considération leurs intérêts essentiels).

- une logique "écologique", s'appliquant aux êtres vivants en tant qu'éléments d'un même vaste système.

 

Jean-Philippe Vaz

La fraternité pour moi, c'est déjà "être ensemble"...C'est à dire partager à la fois un espace commun et l'intime de soi-même et de l'autre...

C'est aussi se "confronter" aux différences (acceptées ou pas) sans exclure à priori mais aussi sans se priver du "droit" de ne pas "aimer" tel ou telle...In fine c'est peut-être de la tolérance (qui s'applique à soi-même comme aux autres) que "nait" la fraternité... Raison pour laquelle j'apprécie le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité comme "utopie" personnelle et collective..."Chemin" intérieur qui se fait aussi en se "confrontant à l'extérieur"...

L'humanisme (difficile à définir lui aussi) en somme...

 

Jean-Pierre Veran

On pourrait voir dans la fraternité une approche trop genrée : elle effacerait la sororité, privilégiant une approche viriliste, donnant le pas au frère sur la sœur. On pense notamment aux « frères d’armes ».

On pourra y voir aussi une trace de ce que d’aucuns appellent « nos racines chrétiennes » : Dans l’Évangile de Matthieu ne lit-on pas : « un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères.  Et n'appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux » (23, 8). Ce à quoi les révolutionnaires français substitueront l’idée d’« enfants de la Patrie », faisant de chaque citoyenne et citoyen une sœur ou un frère pour les autres.

Mais, dans la trilogie républicaine, fraternité est plus que l’élément qui résout les tensions entre liberté et égalité. C’est un élément « chimiquement pur », quand tout dépend, en matière de liberté comme d’égalité, de la position du curseur : trop de liberté peut abolir l’égalité, trop d’égalité peut abolir la liberté, il ne peut y avoir trop de fraternité. On songe au sens fort de la formule des révolutionnaires français « salut et fraternité ».

L’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme appelle à « agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Où en est-on aujourd’hui ? Pour Régis Debray, nous sommes au crépuscule de la religion des droits de l’homme, et, dans Le moment fraternité, il questionne - « Comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver la force et le sens du nous ? » - et il dessine un objectif modeste : dégager, par le travail de fraternité, les voies d’accès à une fraternité sans phrases. Objectif selon lui réaliste : « renoncer à ses rêves de fusion et d’indivision », « un gros bobard », mais s’appliquer « une petite cure de nous ».

C’était en 2009. Dix ans plus tard, je retiendrais volontiers la fraternité comme principe politique majeur : qu’est-ce qu’une politique de fraternité en matière d’accueil des migrants, d’éducation, de santé, de logement, de fonctionnement des entreprises, de relations internationales, d'environnement, etc. ? Car il ne suffit pas d’être concitoyens pour être dans les faits frères ou sœurs : la fraternité pourrait être l’alpha et l’oméga de toute politique, fraternité en humanité et non pas fraternité communautariste réduite aux membres d’un groupe quel qu'il soit. En cela, la fraternité est bien un principe de notre temps, permettant de considérer tout être humain, quelle que soit son appartenance ethnique, religieuse, sociale, de genre ou d’âge, comme digne de respect et de bienveillance, et de proscrire toute attitude d’exclusion.

 

Jean Riboulet

Suite à l’édition de mon livre "Couleur kaki", en 2018, j’ai eu de nombreuses demandes d’envoi avec dédicaces de la part de membres d’une association (peu ordinaire dans le monde quelque peu difficile à supporter des anciens combattants), la 4acg à laquelle j’ai adhéré aussitôt. 4 acg : tout un programme. Le nom commence par quatre fois la lettre A : Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre.

L’objectif prioritaire de cette association peut représenter la fraternité : « Financer des opérations de développement dans un but de solidarité, de soutien, de réparation vis-à-vis du peuple algérien, et en faveur des populations qui souffrent de la guerre, en reversant leur retraite de combattant à l’association »

Pour moi qui ai subi la guerre d’Algérie entre 1958 et 1961, quoi trouver de plus fraternel ?

P.S. J’ai même fabriqué un symbole. J’ai créé un plantoir pour mon jardin avec une balle de mitrailleuse de 29 m/m de diamètre. Mieux vaut cultiver son jardin que faire la guerre.

 

Jehanne Fahmy

Fraternité est un beau terme, tout comme sororité, mais je préfère en inventer un autre plus englobant encore : "vivantité", pour élargir le cercle de notre solidarité, de notre compassion et de notre bienveillance à tous les êtres vivants et sensibles, avec lesquels nous partageons cette planète. Car oui, il est grand temps de penser et d’agir au-delà de notre propre espèce ! Pour moi la "vivantité" serait un terme qui engloberait les notions de fraternité/sororité et nous obligerait à considérer l’impact que chacun de nos gestes quotidiens aurait sur toutes celles et ceux avec lesquel.le.s nous formons cette communauté de vies et à adopter envers elle une attitude altruiste qui prônerait l’amour, l’entraide et le respect !

Pour résumer, la "vivantité" serait les liens d’affection et les sentiments profonds qui nous uniraient tous en tant qu’individus formant un ensemble de vivants partageant cette même et grande maison qu’est la terre ! Et nous nous battrions ensemble pour en préserver l’intégrité. Mais quelle utopie, n’est-ce pas ?!

 

Joël Bellenfant

Je n'avais plus guère d'illusions sur les deux premiers mots de la devise figurant sur le fronton des mairies "Liberté, Égalité" et je m'interroge sur ce qui reste de la "Fraternité" le mauvais exemple venant beaucoup des dirigeants de notre pays et du monde capitaliste.

Il me semble qu'elle s'exprime plus dans les groupes de gens modestes, dans les associations, dans certaines structures humaines, au fonctionnement éthique et citoyen où les gens se respectent, s'écoutent, et sont capables d'arriver à un consensus sur l'essentiel. Cela demande de laisser son égo à la porte, beaucoup d'abnégation et d'écoute, avant de parler. J'en connais et j'en fréquente, des endroits où la démocratie participative active n'est pas un vain mot.

 

 

Joëlle Locatelli

Pour moi, la fraternité commence lorsqu'aucun regard de mépris ou d'indifférence ne se pose sur un enfant quel qu’il soit !

La bienveillance en face du plus petit des humains, c'est une évolution assurée de fraternité universelle !

 

Juliette Keating

À ce mot, fraternité, je préfère celui de solidarité. Comme vous le savez, fraternité est un emprunt au lexique chrétien et, bien que féminin, il se ressent du masculin « frère » (frater), son radical. Il n’inclut donc pas la diversité des genres. Ainsi, fraternité est un mot qui n’est pas universel. Pourtant ce qu’il cherche à dire l’est, sans doute. S’agit-il d’un lien forgé entre des personnes familières ? D’un sentiment commun ? Du partage des mêmes expériences ? De l’appartenance à une même communauté ? La définition paraît suffisamment protéiforme pour que chacun et chacune puisse y mettre un peu ce qu’iel veut ; et c’est peut-être sur la qualité de ce sentiment particulier qui nous lie à autrui perçu à la fois comme absolument semblable et profondément autre que nous nous accorderions ? Il y a de la métaphysique là-dedans, et, vraiment, cela m’échappe.

La solidarité est politique, le mot nous vient du droit. Solidarité n’exclut pas, mais intègre l’ensemble des éléments d’un groupe humain dans une relation d’interdépendance et donc d’entraide. C’est la solidarité des travailleuses et travailleurs, des opprimé·es, qui a arraché au patronat comme à l’État des conditions de vie et de travail moins mauvaises même s’il y a encore du chemin à faire vers l’émancipation. C’est de solidarité dont nous avons besoin pour lutter et défaire les forces qui veulent la destruction du social par l’émiettement de l’individualisme en flattant les égoïsmes mortifères. Solidarité est anti-hiérarchique, internationale et autogestionnaire.

Quant à sororité, c’est un mot qui m’est cher. Il n’est pas l’équivalent féminin de fraternité mais fonde la solidarité des femmes sur le partage d’une condition minorée qu’il leur faut combattre ensemble dans l’intérêt de toutes mais aussi de tous.

Sororité et solidarité sont pour moi deux mots pleins de vigueur, qui ont du sens et qui pourraient judicieusement remplacer fraternité.

 

L’Epistoléro

Je vais faire court en jouant sur deux mots que j'anagramme :

"La République française : Bigre, était-elle Fraternité ?" (Ce qui est en gras est l'anagramme des mots liberté + égalité).

 

La Guillaume

 Frater Noster

 

Frère de sans. Frère de larme.

 

Hume un cœur.

Incontinent de miasmes rouges.

L’odeur des chants éternels se rue des bottes crottées.

Ton corps d’argent découpe des lambeaux jaunes et noirs.

 

Le paon talon rouge se plie des monuments exposés.

Le parapluie de nos huttes criardes file la nuit des fols ictères.

 

Frère castor des blancs carnages croque le fil, étang craquelé.

Mugis des pleurs écourtés. Nage des conquêtes émues.

 

La toile tisse, araignée blonde, et tire l’heure, dessus les peurs.

Enchant des bancs, stères pourris du creux.

Les palpitants se ruent d’ors et pleins.

 

Ronde. Mouchoirs pliés, amidonnés.

Ban de rôle exalté.

 

Frère d’ave. Frater noster.

Frère de jeu. Je est le nôtre.

https://blogs.mediapart.fr/la-guillaume/blog/170719/frater-noster

 

Le cri des peuples

« Je dirais la parenté des cœurs. »

 

Le moine copiste

La fraternité j'en avais sans doute une idée très idéale et abstraite, mais je l'ai profondément vécue sur les ronds-points. Cette rencontre avec des inconnus venus défendre leur dignité a fait voler en éclats bien des préjugés et des étiquettes sociales. Je me suis vu et j'ai vu autour de moi partager des choses très simples, du vécu, des convictions avec des inconnus qui ont témoigné d'une qualité d'écoute et d'une bienveillance que l'on ne rencontre que rarement dans le quotidien. Le contraste avec la superficialité des relations est frappant. Débarrassé du carcan des convenances, les échanges sont plus directs, plus authentiques et profonds. Le combat commun a décapé l'enveloppe qui nous rend invisibles à chacun. Soudain nous découvrons des frères dans ce combat, quelles que soient nos pensées, notre passé, notre position.  Seul compte la force de l'engagement et sa simplicité comme une évidence. Chaque parole est légitime comme toute existence l'est, par essence. La tolérance et le respect prennent le pas sur toute autre considération. C'est la fabrique du concept de démocratie qui prend vie et s'incarne sous nos yeux.

Cette expérience de fraternité est bouleversante et certains moments vous saisissent et vous font monter les larmes aux yeux. Les paroles échangées, la force de l'intelligence collective c'est bien autre chose que les belles paroles vides des tribuns habitués aux joutes oratoires. Parfois on se sent comme portés par la force du collectif, animés d'une émotion faite de gravité et de grâce, conscients aussi de l'importance de ce qui se passe. Ces moments forts, inoubliables ont laissé une empreinte qui ne peut s'effacer : l'émergence d''êtres non soumis au paradigme capitaliste. C'est là que l'on mesure combien le capitalisme nous éloigne des autres, mais aussi de nous-même. 

Communion, fraternité, humanité entre grandeur et fragilité vivent dans la précarité des ronds-points et des assemblés de fortune. On y a construit de façon durable et indéfectible des amitiés fortes. La Fraternité serait donc pour moi une forme d'amitié universelle, de bonté sans arrière-pensée qui nous amène spontanément à l’entraide. Le seul rempart avec l'Amour contre le monde impitoyable de l'argent... 

L'essence du combat des GJ a renforcé la conscience d'être tous des frères, les enfants de la Terre.

 

Luc Rigal

Fraternités fractales

Le capitalisme dans sa version extrême totalisante périme la fraternité et lui substitue la coalescence des identités narcissiques. La fraternité subsiste comme idéal. Les notions de solidarité et d’entraide demeurent incertaines au moment même où l’épuisement des ressources pétrolières et la dévastation géophysique de la planète nécessiteraient qu’elles soient investies politiquement pour faire face au chaos à venir.

Délaissées par les États nationaux que domine la classe supérieure internationale, les masses constituées des catégories moyennes et populaires balancent entre l’élection de régimes autoritaires et l’innovation politique dont elles ne discernent pas bien quels mouvements seraient les plus à même de les revaloriser. Les valeurs universelles associées à l’histoire occidentale comme les droits de l’Homme, la démocratie, la liberté d’expression, ont été absorbées dans la promiscuité des échanges et des produits perpétrée par la mondialisation, et pour beaucoup désormais se confondent avec elle. C’est ainsi que l’islam politique profite de la suspicion à l’égard de l’universalisme où s’inscrit la devise républicaine pour promouvoir une fraternité confessionnelle réservée à la communauté musulmane. La révolte des Gilets jaunes esquisse, en revanche, une réhabilitation de la fraternité citoyenne, mais de manière empirique et sans parvenir à l’élaborer dans le projet d’une alternative politique.

Les sociétés post-modernes, virales et parcellisées, fractalisées comme les appelait Baudrillard — tout entières tournées vers la multiplication des échanges et la conservation individuelle —, peinent à anticiper des comportements collectifs qui rompraient avec les conceptions politiques dominantes du XXe siècle : libérale et communiste, reposant toujours pour finir sur la centralisation hiérarchique du pouvoir et la transmission verticale des responsabilités politiques. Un progressisme aveugle et la vanité technologique nous enferment dans la conviction que nos modèles nous permettront de surmonter la décomposition actuelle en nous dispensant de nous interroger sur notre organisation.

La gauche a raté la critique de la mutation du monde en un univers d’excroissance et d’extermination du réel. Elle est restée schizophréniquement accrochée à l’idéologie messianique du marxisme-léninisme, avec surestimation présente de l’économie de production et terrorisme moral identitaire. Son intelligentsia radicale s’est ainsi employée à porter ses moyens stratégiques au bénéfice d’un archipel de minorités désignées comme exclues, destinées à prendre la relève d’un prolétariat démissionnaire à ses idées. Non seulement cette conversion a coûté à la gauche de s’aliéner la plus grande partie des masses lésées par l’évolution du capital, mais sa réalisation pratique a mis aussi en lumière son échec à agréger des communautés disparates en un ensemble suffisant pour atteindre le pouvoir. De la fraternité, elle n’a finalement gagné qu’à la confirmer un peu plus dans sa pétrification, sa conception mutante de la fraternité étant vouée à rejoindre le sillage des solidarités sélectives convenant aux élites et au marché.

 

MFKA

Je pense que comme l'écrivait Pascal les définitions sont libres mais une fois qu'on les avance il faut s'y tenir. Pour définir ce qu'est la fraternité il me semble opportun d'aller à l'étymologie et de proclamer (urbi et orbi comme dirait le pape même si ses prédécesseurs à commencer par Pie XII ne s'y sont pas tenus !!)  que TOUS les Hommes (et les femmes) sont frères (et sœurs !). Aucune caractéristique de quelque nature que ce soit ne peut et ne doit se mettre en travers de cette affirmation dont le déni a conduit au fil des siècles et hélas encore aujourd'hui aux pires.

 

Mačko Dràgàn

Fraternité : nom pour le moment bien trop masculin, quoique féminin (LA fraternité), allez comprendre. Existe donc aussi sous la forme : sororité. Désigne le fait de, spontanément, ne pas laisser ses sœurs et ses frères dans des situations problématiques diverses et plus ou moins désagréables, allant de : dénué.e de tournevis un jour de montage d'étagère à : perdu.e.s dans les montagnes de la Roya poursuivi.e.s par la police après une épuisante traversée de la Méditerranée, en passant par : à la recherche d'une gorgée de bière bien fraîche à l'heure de l'apéro, sacrée entre toutes. En France, on raconte que ce terme est gravé sur les frontons des lieux publics, mais c'est sans doute une rumeur, tant il est peu appliqué au sein de ces mêmes lieux, plus propices à l'exercice de son antonyme, que l'on nomme de noms divers : autorité, pouvoir, hiérarchie, égoïsme. 

Exemple de fraternité-sororité : En septembre 1973, l’année de la chute d’Allende, voici ce qu'un révolutionnaire allemand, militant pour la cause homosexuelle, Rolf Pohle, clamait devant la cour lors de son jugement pour « terrorisme », citant les paroles d’une chanson du groupe de rock psychédélique Ton Steine Scherben (je traduis le texte depuis l’anglais, lui-même traduit depuis l’allemand) :

 

J’ai de nombreux pères

Et j’ai de nombreuses mères.

Et j’ai de nombreuses sœurs

Et j’ai de nombreux frères.

Mes frères sont noirs

Et mes mères sont jaunes.

Et mes pères sont rouges

Et mes sœurs sont pâles.

 

Et j’ai plus de dix mille ans.

Et mon nom est

HUMAIN.

 

Et je vis d’air,

Et je vis de pain,

Et je vis d’amour.

Et ayant deux yeux,

Je peux tout voir,

Et ayant deux oreilles,

Je peux tout comprendre.

 

Et nous avons un ennemi,

Qui nous vole nos jours.

Il vit de notre travail,

Et il vit de notre pouvoir.

Et il a deux yeux,

Mais il ne veut pas voir,

Et il a deux oreilles,

Mais il ne veut pas entendre.

 

Et il a plus de dix mille ans.

Et il a

DE NOMBREUX NOMS.

 

Et je sais

Que nous nous battrons

Et je sais

Que nous gagnerons

Et je sais

Que nous vivrons.

Et nous nous aimerons

Les uns les autres.

 

Et la planète terre

Nous appartiendra à tous

Et tout le monde

Aura ce dont il a besoin.

 

Et cela

Ne prendra pas encore dix mille années.

Car ce temps

Va prendre fin.

 

Marwen Belkaid

Je dirais que la fraternité est sans doute la valeur la plus importante dans le triptyque républicain. Elle est celle qui permet de faire tenir ensemble la liberté et l'égalité qui peuvent être contradictoires et qui prises indépendamment l'une de l'autre tournent à deux extrêmes très néfastes. Surtout, la fraternité c'est ce qui permet de faire l'expérience d'Autrui avec l'empathie notamment.

 

Max Angel

La Fraternité, c'est pour moi, la sensation inscrite au plus profonde moi-même que nous sommes tous, que cela nous plaise ou non, de la même espèce de terriens, perdus sur un petit satellite d'un petit soleil et que nous nous devons, aide et assistance mutuelle sous peine de disparaître.

C'est voir en l'autre, quel qu'il soit, un autre moi-même. C'est attendre de l'autre compassion, compréhension, surprise.

Et ce n'est pas tous les jours facile. Car certains sont à l'opposé de mes valeurs. Et il faut apprendre à surveiller nos, mes pulsions de mort contre ceux qui menacent ma liberté, voire ma vie.

Car je sais que l'on peut, dans certains cas, tuer en toute fraternité non seulement ceux que l'on hait, mais aussi ceux que l'on aime le plus au monde. La fraternité possède bien des visages.

Et en dépit de ma lutte pour être le plus tolérant possible, je sais bien que l'intolérance est de rigueur face à ceux, justement qui la refusent, la menacent, la mettent en danger. Ce sont gens pour lesquels la fraternité n'est qu'un concept vague qui ne s'applique qu'à l'égard de leurs coreligionnaires. 

Le seul dogme auquel j'ai tendance à me soumettre, c'est de ne pas en avoir, ce qui met en danger ma conception de la fraternité qui ne peut donc être que relative.

Les pires haines sont pratiquées entre "frères". Fort heureusement, la Raison se doit de l'emporter sur les sentiments.

Il faut toujours surveiller nos affects. Et c'est très fatigant.

 

Menane

Vous m'avez demandé "ma" définition de la Fraternité et m'avez alors poussée à réfléchir !

Quand je lis -ou j'entends- le mot, je pense d'abord à la définition basique : fraternité : lien qui unit les membres d'une même fratrie. Et me vient à l'esprit deux noms : Abel et Caïn. Mauvais tirage.

Je pense à mon éducation insulaire où étaient valorisées l'honnêteté, la loyauté, la fidélité et le respect de la parole donnée. Et je sais, par cruelle expérience que ceci peut être dévoyé par un élément extérieur.

Alors, j'élargis la réflexion et je tiens compte de la majuscule que vous avez employée. J'ai entamé une grande discussion avec mon petit fils qui pense beaucoup. La Fraternité pour lui s'étendait à tout le genre humain. Je lui ai rétorqué que son opinion était sous-tendue par l'influence chrétienne et qu'il me semblait difficile de considérer comme un frère (ou une sœur, attention aux féministes) quelqu'un avec qui on ne partage rien. Il me semble donc que pour qu'il y ait fraternité, il faut un souffle, parfois un espoir ou un but commun. Mais en tous les cas, une sorte de communion (pas forcément religieuse, mais je laisse à chacun le droit de croire) dans un sentiment d'unité. Et ce, sans notion de race, de milieu social ou culturel.

J'ai perdu récemment un frère. Il ne m'était rien par le sang et nos situations étaient très différentes, mais il m'était plus proche que mes frères génétiques et nous avons partagé des joies et des tristesses, des échecs et des réussites. Dans une confiance totale.

Voilà, pour moi la fraternité. Voilà pourquoi je me sens proche des Gilets Jaunes car je partage leur souffle, même si mon âge et mon état de santé m'immobilisent.

Mais je ne pourrais avoir aucun sentiment fraternel pour des politiques. J'ai essayé et je n'ai trouvé qu'intérêts vulgaires, compromission et bassesse de sentiments.

Ma copie se termine là. Je ne sais pas si ma réflexion est la bonne, mais c'est la mienne !

 

Michel-Lyon

Fraternité, toujours ! Pour vivre !

Fraternité, mot oublié de nos frontons. Ils en ont même fait un délit. Les ZAD, la vallée de la Roya et beaucoup d’autres, en sont des lieux de création.

Une représentation interindividuelle et machiste du monde conduit à voir son histoire comme si elle était régie par « la loi du plus fort. » ...L’idéal fasciste. Ou le management néolibéral : Chacun contre tous.

NON ! il faut voir le monde composé d’écosystèmes, d’ensembles vivants complexes, qui inter-réagissent. Alors l’histoire du vivant se révèle régie par la communication et l’entraide des espèces.

De la royauté au capitalisme devenu néocapitalisme, l’histoire écrite par les vainqueurs est marquée par un tissu d’alliances provisoires au service des guerres qui finissent en guerre entre anciens alliés... Mot clef : dominer.

Aujourd’hui, les cartels de l’économie et de la finance se sont emparés des Etats pour piller les pays. En silence, les puissances conduisent leurs encerclements mortels d’un jeu de Go planétaire. Ils sont en guerre entre eux, et tous contre les peuples.

La police protège les dominants. Exerce la terreur sur les dominés, y compris lors de festivités. Le ministre décore ses pires éléments : le terrorisme d’État est de ce fait affirmé en France par son gouvernement lui-même.

Et tous s’efforcent de nous entraîner dans leur folie. La nouvelle grande extinction des espèces, déjà commencée depuis au moins 30 ans. Et à nouveau ils généralisent la guerre contre les peuples. Bientôt 100 millions de réfugiés, presque partout poussés à la mort sur financement des gouvernements riches.

Mais la culture populaire renaît toujours de ses cendres,

(cendres actuelles= la misérable sous-culture du commerce),

La culture populaire se reconstruit en permanence, joyeuse,

Par la coopération et la fraternité des sexes et des peuples,

Au sein de ce qui subsiste encore de la nature.

La Fraternité jaillissait dans la jungle de Calais avant son élimination sanitaire.

Les ZAD, la vallée de la Roya et beaucoup d’autres, en sont des lieux de création.

 

Missfaff

Il m'est difficile de donner une définition de la fraternité différente de celles qui lui sont données ici ou là. Comme être de gauche, la fraternité est une manière d'être et de vivre qui se manifeste très souvent de manière spontanée dans notre quotidien, en action et en réaction. C’est l'expression de notre solidarité immédiate et concrète avec les êtres qui nous entourent. En y réfléchissant, je le vis tous les jours (je pourrais en citer plusieurs exemples).

Il y a d'autres manières d'interpréter ce concept, mais elles seraient d'ordre plus théorique et philosophique, ce qui ne me correspond pas à cause du fait que je ne peux pas l'intégrer dans mon quotidien.

Ceci est mon témoignage spontané et sincère.

 

Nicolas Roméas

La fraternité est un sentiment très profond qui nous fait ressentir, puis penser, que nous devons notre présence sur terre à d'autres, à beaucoup d'autres, symboliquement à tous les autres, grâce auxquels nous sommes là, dans cette vie, et pas uniquement les humains. La fraternité c'est un sentiment révolutionnaire qui donne sa place à la puissance de la relation entre les êtres et fait immédiatement tomber les faux pouvoirs. C'est pourquoi elle est si dangereuse pour eux.

La fraternité c'est le retour vers une réalité essentielle : nous ne sommes pas seuls. Personne n'est seul. La solitude c'est la mort de l'humain par dessiccation. La fraternité c'est la reconnaissance du fait que notre cerveau, nos sens, les outils de notre pensée, nos langages, sont tous construits collectivement. La reconnaissance du fait que chacun est relié, qu'il en ait conscience ou non, aux autres humains et au monde naturel. Les faux pouvoirs ont toujours tenté de casser cette liaison, la conscience de cette liaison, en divisant les êtres en fausses castes pour les dresser les uns contre les autres, en les cloîtrant dans des idéologies étriquées et opposées en surface. En empêchant que puisse se dérouler la grande et incessante conversation entre tous sans aucune distinction, qui fait de nous des humains et nous est nécessaire pour être encore des humains dignes de ce nom.

La fraternité, c'est aussi, par exemple, comprendre que chaque mot qu'on utilise passe par la plume, la bouche et les oreilles de millions d'êtres, est transformé par chacun et par eux tous et par la façon dont ils vivent avec ces mots. Et que le simple fait de se servir de ces mots est un exercice de fraternité.

La fraternité c'est simplement reconnaître ce que nous sommes vraiment, des êtres en devenir, qui ont besoin des autres pour devenir.

C'est en somme le contraire de la perversité.

 

Patrick Cahez

La fraternité est un sujet très vaste qui couvre plusieurs champs de recherches dans lesquels je n’ai pas de compétence, mis à part peut-être le droit.

Dans ce domaine, la fraternité me paraît renvoyer à l’idée :

- de solidarité, comme l’expose Alain Supiot

- de bien-être, comme l’aborde Martha Torre-Schaub, et plus spécialement au « bien-être général » qui est le but d’une société comme les consacrent les préambules de la constitution US (welfare) et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, depuis plus de deux siècles (en vain ?)

- de lien social que la fraternité favorise et garantit, c'est un élément important de la paix civile, du progrès social

- d'organisation politique fondée sur un concept indépendant de toute appartenance identitaire - la culture, la géographie, la nation par ex. - pouvant renvoyer à la théorie du "patriotisme constitutionnel" de Jürgen Habermas

- de générosité, comme l’analyse Brucé Bégout dans l’œuvre de Georges Orwell à propos de la « décence ordinaire » ou « décence commune »

Voir aussi la théorie des droits de l'homme et la consécration du droit pénal international qui sanctionne quelque part le défaut de fraternité, c'est-à-dire de l'égal respect de la dignité humaine de tous ; ce qui ouvre le sujet sur le droit à l'environnement, parce que sans environnement sain il n'y a pas de respect de la vie, du droit à la vie, bien au-delà de la seule personne humaine.

La fraternité pourrait peut-être aussi expliquer la fondation des sociétés et la survie de l’espèce humaine face aux prédateurs. Ce lien - ce sentiment, cet affect ? - unit chaque membre et explique la constitution du groupe, de la micro société, de sa pérennité.

On peut aussi supposer une origine biologique, anthropologique à la fraternité bien avant la conceptualisation d’une notion juridique, politique ou idéologique, lesquelles n'ont fait que constater une caractéristique à l'humanité et en poser une interprétation.

Il y a aussi peut-être dans la fraternité le ferment de l’émancipation de l’humanité du règne animal, le moteur de la création culturelle, de l’imaginaire ; sans laquelle l’humain serait demeuré une brute ou le demeure dès lors qu’il se coupe des autres (voir la sécheresse intellectuelle des managers de France télécom ou des dirigeants politiques néolibéraux que des auteurs qualifient de sociopathes).

Sans la fraternité, le savoir reste sec et produit des brutes diplômées, calculatrices, froides, pragmatiques, utilitaristes.

 

Paulette Choné

En désordre :

- L'un de mes bons amis, depuis des années, fait précéder sa signature de : "S. et F." Il n'est ni libre-penseur, ni passionné par la Révolution française et je n'ai jamais compris cette petite manie, qu'il n'explique d'ailleurs pas. Il est plutôt fâché avec ses deux frères (il n'en a rien à faire). Enfin, j'aime mieux ça que "bisous".

- Une réflexion fréquente (d'origine maçonnique ?) de mon père (tout à fait étranger à la maçonnerie), qui avait 8 frères : "Une société de frères unis est invincible". Je me demande si c'était la vertu républicaine qui informait l'univers familial, ou l'inverse. Je penche pour la première hypothèse. Cette maxime lui avait été transmise par son propre père, né en 1871, ce qui montre le rayonnement qu'avait pu avoir toute la devise républicaine, dont le 3e terme est à présent négligé.

- Il y a eu de nombreuses associations (sportives, culturelles), d'origine syndicaliste ou non, qui s'appelaient "la Fraternelle". 

- Le mot "fratrie", descendu de l'ethnologie dans le langage courant depuis quelques décennies à peine, désigne un lien sans en préciser la nature affective. 

- J'ai regretté et regrette de n'avoir pas de frère. Aussi j'idéalise peut-être la fraternité en famille : intimité, mémoire et buts partagés, protection des plus faibles, solidarité dans les coups durs, sincérité des sentiments, plaisir d'être différents tout en étant unis. Je pense que ces valeurs peuvent exister aussi dans la vie sociale, mais transposées (comme une image en couleurs que l'on met en sépia, ou l'inverse d'ailleurs).

 

Philippe P

Je n'ai qu'une définition pratique de la fraternité, elle est mon quotidien, dans cette association que j'ai montée avec une bande de copains motivés.

C'est un jardin partagé associatif, situé dans une ADAPEI (centre d'hébergement pour handicapés mentaux) avec qui nous jardinons fraternellement.

Ce jardin a pour but de développer une démarche écologique - solidaire - humaniste - pédagogique. Avec les résidents de l'ADAPEI, les adhérents du jardin partagé, nous créons ainsi un îlot de résistance écologique en s’inspirant d'une technique culturale tirée des principes de l'agriculture sauvage (lire le livre de Masanobu Fukuoka "La révolution d'un seul brin de paille").

 [Le] site FB sur lequel nous partageons nos acquis :

https://www.facebook.com/RadisJoli/?epa=SEARCH_BOX

 

Philippe Wannesson

J'utilise peu le mot fraternité.

Je n'en ai pas l'expérience concrète, étant fils unique. Du coup je me retrouve face à une notion abstraite dont l'emploi présente toute une série d'inconvénients, sa connotation religieuse, son côté genré - et la sororité alors ? - sa manière de rabattre l'expérience sociale sur l'expérience familiale.

Or l'expérience sociale a son propre vocabulaire, à choisir selon ce dont on parle, la solidarité, la camaraderie, l'amitié, l'hospitalité... Sur le registre émotionnel, on peut parler de plaisir, de joie, à être, faire, créer ensemble.

C'est ce vocabulaire-là que j'utilise le plus souvent.

 

PIERO09

Il y a deux fraternités, la Fraternité universelle, et la fraternité sélective. Tout le monde se réclamera de la première qui est la seule vraie fraternité (comme nous tâcherons de le démontrer), pourtant lorsqu'il s'agit d'une occurrence de la seconde (car elles sont nombreuses, ces occurrences) les frères sélectionnés, qui se considèrent comme plus frères que les autres, se reconnaissent sans même un coup d’œil, mais surtout secrètement. Qu'ont-ils donc à cacher, ces frères supérieurs ? Ceci précisément, qu'ils veulent faire croire à tout un chacun que nous sommes tous frères, tout en privilégiant leur "vrai" frère. Ironiquement, à ce moment précis leur "fraternité" cesse d'être de la fraternité, car elle se transforme en domination, à la rigueur en paternalisme. Pourtant dès le départ, une fraternité sélective est un non-sens, parce qu'on ne choisit pas sa famille, et donc son frère.

 

POL

"Fraternité" c'est le dernier mot trouvé par Robespierre parmi les trois termes qui deviendront, plus tard, les piliers de notre République... Pas de liberté et d'égalité sans fraternité. C'est le mot le plus naturel, le plus personnel, le plus proche des rapports humains dans la pratique quotidienne. Liberté, Égalité sont des droits qu'il faut conquérir dans la lutte ; la fraternité est une qualité très proche de la nature humaine, qui vient de notre appartenance à une branche des vivants : les primates. Frans de Waal a démontré que l'empathie était une caractéristique de tous les primates depuis 7 Millions d'années. Les premiers hommes, il y a des centaines de milliers d'années étaient égaux devant les dangers que courait leur espèce toujours en voie probable d'extinction.

J'ai envie de croire que c'est la Fraternité qui a sauvé l'espèce, comme seule la Fraternité pourra nous permettre de répondre à la crise de la sixième extinction. La Solidarité entre humain est d'abord nécessaire, contre les calculs égoïstes d'un monde capitaliste dérégulé qui nous conduit à une extinction certaine.

 

Romain Blanchard

Voici le texte que m’a inspiré le thème « Fraternité ».

 « C’était ce matin. Il faisait chaud déjà. Sur mon canapé je prenais tranquillement des kilos. Ma bonne télé parlait. La clim était à fond et le son aussi, pour que les voisins comprennent bien. C’était important ce qu’il se disait. Un portant. Faut le savoir.

Le Vrai Chauffement climatique était là qu’ils disaient en chœur dans la télé pour la première fois. Le vrai hein, pas celui d’avant. Avant, c’était du vent. Maintenant qu’il était trop tard il fallait réagir. Comme c’est beau la peau litique.

On était tous d’accord.

Et puis d’un coup j’en ai eu marre de ces têtes de Ken qui disaient avec le sourire qu’il fallait acheter bio. Alors j’ai utilisé mon pouvoir des mots pratiques, j’ai pris le sélecteur et j’ai zappé.

Je suis tombé fasciné devant Télé Poisson. Mon émission préférée de quand j’étais avant. Le parler vrai du monde du silence, ça j’ai toujours aimé. C’était un communiqué. De leur Raie-sident à eux, un gros poisson. Une carpe ou un espadon, je ne sais plus. De toutes façons moi les poissons j’y connais rien.

Il parlait silencieux devant son micro bien-bien. Il avait l’air sérieux. Derrière lui son drapeau claquait au gré des courants marins. Une étoile rouge de mer sur fond bleu. Il parlait mais on n’entendait rien. Heureusement pour les humains comme moi qui ne comprennent pas le langage du silence, c’était sur-titré.

« Fraternellement les poissons te saluent ! Camarade T’es Rien !

Ça sent le roussi dans l’Empire du LOL. Ça commence même à sentir fort le barbecue d’humains ! Y’a comme un drôle de goût dans l’écho des télés. Y’a comme un reste de rire niais qui colle. Et puis il y en a marre du concert des paroles ! Tu as beau regarder partout, tout écouter, tout lire, tu ne trouves pas la sortie ? Allons camarade ne désespère pas ! Car nous sommes avec toi, tes amis les poissons. Et nous avons la solution. Nous, ceux qui restons, oubliés de tes estomacs, nous qui connaissons déjà les grandes joies du silence, nous allons retourner au monde d’avant le regard, sans nous encombrer de Lumières qui cons-somment, de Philosophes à vapeur et de jouets sumériens ! Parce que tout ça, ça sert aryen. Nous tuerons le gros œil qui voit et qui juge, nous tuerons le temps du futur et toutes les conjugaisons, nous retournerons au fond du plus profond des fonds marins. Tout au fond, là où qu’y a rien, là où qu’y a pas de kons, là où qu’on est bien au chaud dans maman la mer. N'hésite plus et rejoins-nous camarde humain ! Viens nous rejoindre au temps d’avant le Vrai Chauffement. Retourne en arrière sur l’échelle des volutions, même si tu as le vertige et que t’y peux rien. Viens. Allez. Viens. »

Et puis la télé s’est éteinte toute seule, comme dans les années soixante. Et moi tout silencieux, j’entendais plus que les voisins qui ronflaient, et les rayons de soleils qui tapaient sur les stores vénitiens. Son discours il m’avait fait du bien. Tout flappy je voulais rejoindre les poissons rouges, devenir comme eux, dans le pas trop chaud du bocal originel, pour échapper aux maux. Mais pour ça il fallait d’abord devenir amphibien. Un pas après l’autre, en arrière. En arrière toute. En marche vers le passé d’avant les terriens.

Mais comment faire ? Ça je t’avoue que je n’en sais rien. Mais pas de pas-nique. Bouge pas. Reste devant ton écran camarade. Je regarde deux-trois bouquins, je me renseigne, et je reviens. »

 

Sacha.Escamez

La fraternité est le rapport aux autres des personnes qui ont compris que tous les êtres humains sont égaux et dignes d’amour.

 

Sibylle Goutelle

Pour moi la fraternité est différente, bien que proche de la solidarité.

La différence, à mon sens est que l'idée de "fraternel" fait penser à un lien plus "fort", une sorte de reconnaissance "parentale", "familiale", en tous les cas qui est en lien avec notre histoire sociale, affective etc...

Des liens dans lesquels on se reconnait sans forcément "épiloguer" pendant des heures. Je pense que ça touche du conscient mais aussi pas mal de l'inconscient.

On se reconnait en "l'autre" par ses façons d'être, de penser, raisonner sans réellement se l'expliquer mais on ne sait pourquoi, on se dit parfois qu'on est vraiment semblables, proches... Du reste ne dit-on pas "On a l'impression de se connaître depuis des années..." ?

L'histoire familiale, sociale etc… joue pas mal je pense… On se "reconnait" dans les attitudes de la personne car il y a une part de notre histoire qui créait cette forme de compassion me semble-t-il !

Tout ça, est bien souvent, à mon sens inconscient mais c'est presque une histoire de miroir. Je vois en "l'autre" un peu, beaucoup de moi.

 

Sicaire du Peuple

J’aurais pu partir de citations de penseurs, historiens ou philosophes pour articuler ma pensée afin de définir au mieux cette notion mais sans aucun doute, la Fraternité est si singulière à chacun d’entre nous, de par la conception que nous avons d’elle, que je ne me voyais pas la travestir. A mes yeux, la Fraternité représente non pas une qualité mais une Vertu de la condition humaine que tout être humain doit s’efforcer d’acquérir au cours de sa Vie et si possible dès sa plus tendre enfance. Si je devais la situer temporellement, bien entendu que notre monde occidental la placerait dans la Grèce antique ou au travers les textes de nos grands livres religieux et prophétiques. Mais, son impulsion prend vraisemblablement son envol à la fin du XVème et le début du XVIème siècle avec l’âge d’or de l’Humanisme, plaçant l’Homme (et la Femme) au centre de notre monde œcuménique. Puis, notre Fraternité a poursuivi son chemin jusqu’à nos jours avec son apothéose révolutionnaire comme couperet irréversible. "Salut et Fraternité" fut la clé de voûte de la naissance de notre Nation contemporaine, marquant la rupture avec notre Histoire moderne et nous apportant la souveraineté et la séparation des pouvoirs que la Fraternité attendait. Du Serment du Jeu de paume à la bataille de Valmy en passant par la nuit du 4 août, notre Marseillaise, notre déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et les textes qui fondent notre Constitution, la Fraternité est la Vertu qui nous a permis de devenir ce que nous sommes en intégrant la Liberté et l’Égalité dans notre devise républicaine. Sans Fraternité, point de Liberté et d’Égalité !

Cependant, la Fraternité fut malmenée tout au long des siècles post-révolutionnaires jusqu’à nos jours. Nul besoin de détailler avec précision ses ennemis (caste des « dominants » en récupérant leurs vieux préceptes régaliens "l’argent est nerf de la guerre" et "diviser pour mieux régner", les religions, les révolutions industrielles, les conditions de travail et de vie, le capitalisme, les heures sombres de notre Histoire, le néo-libéralisme contemporain nous induisant dans un individualisme croissant…). Cependant, la Fraternité a toujours su trouver des moments de sursauts (la Commune de Paris 1871, les grandes réformes sociétales sous la 3ème République, la Loi relative à la Laïcité de 1905, le Féminisme, le Front populaire, la Résistance et son Conseil National, Mai 68, les associations, les GJ…). Je termine délibérément par les Gilets Jaunes car ce mouvement est l’exemple même de la Fraternité, qui revendique des avancées sociétales (R.I.C et Justices fiscale, sociale et climatique), défendent nos Libertés bafouées (droit de manifester, de pensée, d’expression…) et mettent en lumière les inégalités croissantes au vu et au su de tous ! C’est la Fraternité qui maintient les GJ debout tous les samedis face aux gazages et au risque d’être éborgnés ou mutilés pour défendre nos biens communs et nos acquis sociaux ! Un seul exemple me suffira ! Lorsqu’une quarantaine de députés votent favorablement en catimini un samedi au petit matin à 6h15 le projet de privatisation d’ADP, FDJ et Engie (en 2ème lecture pour qu’elle soit soumise à un vote définitif), il ne faut pas s’étonner que nos Champs Élysées soient à feu et à sang quelques heures plus tard avec le Fouquet’s en guise de symbole oligarchique ! Les pyromanes étaient en réalité dans l'Assemblée nationale ! CQFD

Si je devais dresser un triptyque relatif à la Fraternité, le premier pan serait une œuvre d’art illustrant les liens de solidarité et d’amitiés qui unissent Frères et Sœurs partageant les mêmes valeurs. J’insiste sur le fait qu’il faille mettre sur un plan horizontal et le même piédestal les hommes et les femmes, conformément à notre bloc de constitutionnalité, en bannissant toutes verticalités ou toutes classes sociales. En effet, c’est l’addition des « moi » qui doit nous permettre d’aboutir à un eldorado unitaire du « Nous ». L’idéal républicain (jamais atteint) devra à l’avenir nous inciter à cogiter pour associer la Fraternité à la Sororité afin de parvenir comme but ultime à notre parité égalitaire de l’Adelphité. Certains comprendront à cette lecture pourquoi je nomme Frère et Sœur toute personne dont je ressens à travers ces écrits une compatibilité fraternelle et un partage des valeurs communes et surtout pourquoi j’y appose une Majuscule comme figure stylistique de la Personnification car la Fraternité n’est pas innée et c’est un combat perpétuel que nous devons sans cesse mener. Enfin, je termine souvent en paraphant par cette signature « Amitiés et en Fraternité » qui est un clin d’œil à notre « Salut et Fraternité » initial. La préposition invariable « en » est un effet stylistique et linguistique d’interpellation feintée pour rappeler la transformation et le mouvement perpétuels pour atteindre notre Fraternité. Sur un second pan fraternel, je serais tenté de mettre en valeur une œuvre caritative ou associative à travers l’abbé Pierre ou Coluche mais si je devais me référer à Mediapart, je pourrais faire allusion à certaines initiatives lorsqu’une personne est prise à partie par des trolls ou personnes malveillantes, il est courant de voir intervenir de vaillants camarades prendre sa défense. Mais en réalité, sur un plan intellectuel et pour respecter cette thématique, j’ai lu au lendemain de notre 14 juillet un projet solidaire initié par Camédia et repris par Corinne Newey, Annie Lasorne, Jean-Claude Charrié et Eugénio Populin qui me semble répondre au mieux à ma vision fraternelle (https://blogs.mediapart.fr/edition/le-fonds-dabonnements-solidaires-de-mediapart/article/110719/le-fonds-dabonnements-solidaires-de-mediapartcomment-y ). Enfin, sur un troisième pan de ce triptyque, je prendrais une œuvre d’art sous forme d’auto-portrait et si je devais choisir un modèle de Fraternité républicaine parmi tant de belles Âmes séculaires, je serais tenté de l’illustrer par Ambroise Croizat !

NB : En modifiant la célèbre citation de Paul Eluard issu de son poème « Liberté » et plus que jamais en ces temps sombres, j’affirme : Fraternité, j’écris ton nom !

Amitiés et en Fraternité

 

Stantor

La fraternité est cet amour pour ce qui n'est pas soi, cette faculté à voir dans l'autre l'humain sensible que nous sommes. On ne peut être fraternel que si l'on a une idée claire de ce qu'est la solitude et l'abandon. La fraternité donne un sens à sa propre existence, elle consolide notre amour propre, elle renforce notre estime de soi. Quand on n’a rien à perdre, la seule chose qui nous reste c'est la fraternité. Tu es mon frère, tu es ma sœur.

 

Utopart

La fraternité, d’abord, c’est de l’amour. C’est la première phrase que j’ai écrite.

La fraternité, c’est un a priori, un bel a priori positif, qui me pousse à considérer l’autre comme un autre moi-même, et en sûrement mieux car, je ne le connais pas.

La fraternité devrait être la « norme » quand on ne connait pas quelqu’un. Après au fil de sa découverte, elle peut ne plus être « obligatoire », certains comportements peuvent en effet la faire disparaître. La fable de La Fontaine, que j’ai copiée en fin du message, Le villageois et le serpent, en est une illustration même si on n'est pas obligé de partager la fin de l'histoire.

La fraternité, c’est ce qui disparaît quand il y des intérêts en jeu, petits ou grands. Cela dépend de l’importance qu’elle occupe en nous.

Ayant été pensionnaire dans une institution religieuse j’ai été nourri au « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce qui me paraît être une bonne définition de la fraternité.  D’ailleurs dans les Dix commandements, sauf ceux qui ont trait strictement à la relation de l’homme avec Dieu, tous ceux qui se rapportent aux relations entre humains découlent de celui-ci et n’en sont que des illustrations. Depuis, j’ai mis Dieu aux oubliettes, mais je suis resté imprégné de ce précepte.

La fraternité, est-ce inné ou acquis ? Je ne sais pas vraiment, pourtant il me semble qu’elle doit être spontanée et que si elle est le fruit d’une démarche intellectuelle, elle perd en qualité et en efficience. L’acquis n’est pas toujours le résultat d’un cheminement volontaire, il est, pour moi, plutôt celui d’une perméabilité à l’environnement.

On peut aussi rencontrer des cas de « révélation » comme Saul sur le Chemin de Damas qui devint saint Paul. Je sais, toujours cette éducation religieuse… mais je me prénomme Paul.  

Pour faire court, j’aurais pu me contenter de copier/coller ceci, extrait de l’excellent site de l’université de Caen.

Fraternité :   

29 synonymes : accord, amitié, amour, bonne intelligence, bons termes, camaraderie, charité, communion, compagnonnage, concert, concorde, confiance, conformité, confraternité, ensemble, entente, générosité, harmonie, intelligence, lien, paix, parenté, sodalité, solidarité, sororité, sympathie, union, unisson, unité

6 antonymes : désunion, haine, hostilité, inimitié, mésintelligence, racisme

Ma conclusion, pas définitive, mais quand même, sans fraternité, il ne peut y avoir de liberté et/ou d’égalité.

 

LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT 

            Ésope conte qu'un Manant, (1) 
            Charitable autant que peu sage, 
            Un jour d'hiver se promenant 
            A l'entour de son héritage, (2) 
Aperçut un Serpent sur la neige étendu, 
Transi, gelé, perclus, immobile rendu, 
            N'ayant pas à vivre un quart d'heure. 
Le Villageois le prend, l'emporte en sa demeure ; 
Et, sans considérer quel sera le loyer (3) 
            D'une action de ce mérite, 
            Il l'étend le long du foyer,
            Le réchauffe, le ressuscite.
L'animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l'âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête et puis siffle aussitôt, 
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut 
Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père. 
Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire ? 
Tu mourras. A ces mots, plein d'un juste courroux, 
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête ; 
            Il fait trois serpents de deux coups, 
            Un tronçon, la queue et la tête. 
L'insecte (4) sautillant, cherche à se réunir, 
            Mais il ne put y parvenir. 
            Il est bon d'être charitable,
            Mais envers qui ? c'est là le point. 
            Quant aux ingrats, il n'en est point 
            Qui ne meure enfin misérable.

 

VGBIO

Pourquoi pas aussi la sororité ? On en revient toujours au masculin qui l'emporte !

Fraternité... d'idées, de valeurs, intérêts communs, pour faire avancer les choses dans le sens de l'empathie et de la compassion.

Fraternité avec les opprimés, les oubliés, les délaissés, et les sans-voix que sont les animaux.

 

Vent d’Autan

 RES PUBLICA

Si pour certains, Elle n’est plus qu’une utopie éventée, avant tout état de fait Elle est et Elle demeure une réalité publique pour ce monde que nous voudrions meilleur pour chacun d’entre nous. Elle est ce lien de solidarité intrinsèque à la rencontre des périples humains.

Principe de vie, précepte philosophique ou simple vue de l’esprit, Elle nous invite à grandir, à nous dépasser et à nous transcender au-delà du narcissisme primaire ambiant, en dehors des idéaux politiques, des totems religieux et de tous concepts raciaux qui sclérosent les rapports humains. Prendre soin de l’Autre, c’est un peu prendre soin de soi. Frère de sang, frère de cœur, frère de couleur, avec Elle le tragique destin de Narcisse en eût été changé. 

Je voudrais sans la nommer lui rendre hommage…

Jolie fleur effarouchée, frêle et sauvage, Elle n’est plus tout à fait jeune ni tout à fait belle. Elle a quelques rides plissées de révolte, quelques marques indélébiles des temps honnis.

Malgré les multiples coups bas, Elle reste joyeuse, pétillante et pétulante, optimiste malgré tout et surtout profondément humaniste. A consacrer sa vie aux idéaux de sens commun, Elle s’inscrit en lettres d’or, au fronton des maisons du peuple, en triptyque Républicain.

Avant tout, Elle se résigne à tout cynisme de mauvaise vertu. Elle est Unie vers celles (Universelle) et unis vers ceux qui n’osent plus ni tendre la main, ni soutenir un regard d’indulgence, tant ils sont reclus, déboutés de tout principe d’humanité, abandonnés dans les tréfonds obscurs et abscons de la folie humaine des désespoirs. Elle est ce cri de doux leurre, rêve d’enfant qui tout à coup devenu réalité.

Efflorescence de passion, graine d’émotion, solaire et lunaire à la fois, solitaire butineuse des bleus à l’âme, elle fait vibrer à l’unisson le cœur des hommes et s’illuminer le sourire des femmes. Criante de vérité, Elle est ce respect mutuel et sincère qui force les destins les plus empêchés.

Coup de foudre, coup de tête, coup de folie ou coup de grâce, Elle reste source d’indignation, terre d’asile de poètes en exil, pupille des nations qui crèvent. Inéluctablement Elle nous rappelle tout à chacun la défiance des contradictions de l’intolérance latente et des défis sans cesse à réinterpréter, sans cesse à réinventer.

Ritournelle de guinguette éphémère, Elle est celle qui fait chavirer les visages pâles sous les flonflons des villages endimanchés. Hors du temps, hors des lieux, partout et nulle part, Elle est ce lien indéfectible qui nous lie jusqu’à la lie. A la vie, à la mort.

Esprit des consciences endormies, manifeste des humanistes, profession de foi des enragées, déclaration universelle des droits de l’humanité, Elle est cet appel à s’indigner, cet appel à résister d’un certain 18 juin…

Face cachée de lune que l’on ne saurait apercevoir un soir d’étoiles filantes, Elle est cycle de vie, graine d’amour, semailles d’hiver, germinal de printemps, messidor d’été. Sous la lueur des réverbères, Elle est pudeur chuchotée des amoureux pubères qui frémissent d’un romantisme à la sensualité d’étreintes élégantes.

Imprévisible, insouciante fleur au fusil, Elle a l’anonymat des grands espaces avides d’immensité. Compagnon d’armes de toutes les tourmentes, frère de sang, sœur de cœur pour nous rappeler ce précepte immuable, qui au-delà de l’hypocrisie des Hommes, nous rend tous fiers, nous rend tous Frères ! Bien que n’ayant aucune valeur marchande, ni aucune cotation boursière, de partout aux quatre coins de l’humanité, sa tête est mise à prix, hors de prix. REWARD !!

Quand tout se lézarde en lambeaux infectieux, elle susurre les maux, rythme le tempo. Elle est ce qui cri qui vient de l’intérieur, résonance de n’importe quel pays, de n’importe quelle douleur. Le blues comme chant de dévotion sans aucune fausse note.

Elle nous soule jusqu’aux abois, nous enivre dans cette ivresse collective gorgée de festins de bacchanales. Abreuvée de divins nectars, derrière les portes de la perception, sans doute un bon cru de liesse à venir. Chaleur humaine contre détresse inhumaine, immaculée conception, source intarissable de joie bousculant l’ordre établi.

Définition linguistique et incarnation du mot conceptuel « ENSEMBLE », à nous tous Elle nous ressemble, à chacun Elle nous rassemble au-delà des idéaux. Dans l’ordre et surtout dans le désordre des choses, Elle est besoin vital, fièvre fatale. Plaidoyer d’acceptation et de tolérance, juste équilibre fragile et délicat de l’essence de toute acceptation. Elle est ce bateau ivre, symbole de liberté, terreau d’égalité.

Si Elle n’est pas inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité, libre comme le vent, Elle se transforme au gré des courants et devient imprévue, imprévisible. Torrent de défiance pour défendre toute dignité.

Comme nous tous, Elle est l’écho de là-bas, insouciante rhétorique des vertus. Là où on ne l’entend pas, où certains ne l’attendent plus, funambule des précipices sur le fil de l’autre côté des barrières. Elle est cette incorrigible incorruptible qui bouscule les fondamentaux.

Sans Elle, l’humanité aurait surement subi le funeste sort des dinosaures, mais qui s’en souvient encore ? La sixième extinction aura-t-elle raison de cette civilisation à venir ? L’homme moderne connectée 5 G dans son omnipotence et sa grandiloquence Olympienne échappera-t-il à la trame de son propre destin ? Dans le palais voisin de l’Olympe, Clotho « La fileuse » file le cours de l’existence, Lachésis « La répartitrice » dispense le sort de chacun et Atropos « L’implacable » tranche sans fléchir le fil de la vie. Ainsi demeure impartial le rite sacré des Moires antiques.

Quitte à se bruler les ailes, la vanité des hommes reste insatiable, sans retenue et sans aucune limite. Dans la frénésie de ses plus vils instincts, il ne cesse de s’encenser, auréolé de gloire, et par-dessus tout de se croire éternellement divin. La démesure ne s’invente pas.

A vivre auprès d’un volcan, dans l’expectative d’une apocalypse annoncée, l’homme aura-t-il la sagesse d’affronter ses propres démons au-delà de sa décadence ? Cèdera-t-il aux objurgations des signes avant-coureurs de la débâcle à venir ?

FRATERNITÉ, seras-tu là ?

« Écoutons le génie de la muse, elle insuffle la force dans les esprits abattus et les êtres en détresse. En cela elle est divine. » Sylvain TESSON

Fraternité – n. f.

L'amour universel qui unit tous les membres de la famille humaine. Devise de la France républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité.

Source : Littre.org

Fraternité - n. f. (latin fraternitas, -atis)

Lien de solidarité qui devrait unir tous les membres de la famille humaine ; sentiment de ce lien.

Lien qui existe entre les personnes appartenant à la même organisation, qui participent au même idéal.

Source : Larousse.fr

https://www.reseau-canope.fr/les-valeurs-de-la-republique/fraternite.html 

 

Zap Pow

La fraternité est, pour moi, indissociable de l'empathie, de la compassion, et je la rapprocherai du concept philosophique africain popularisé sous le terme d'ubuntu, que l'on associe généralement à l'Afrique du Sud mais qui existe sous d'autres noms (ça dépend de la langue) dans bien d'autres pays de ce continent : ouverture et disponibilité, portées par la conscience de faire partie d'un tout plus grand (et plus grand en particulier que le groupe ethnique ou religieux ou politique ou culturel). C'est quasiment un synonyme d'humanité, au sens moral et philosophique. Ubuntu, ou la fraternité, c'est la conviction qu'un lien unit toute l'humanité, qui fait que je suis parce que nous sommes. En quelque sorte, au lieu du "je est un autre" de Rimbaud, c'est "l'autre est je".

Et, quoi qu'en disent les frontons de nos bâtiments, on l'ignore trop chez nous (comme ailleurs).

 

 

Un immense merci, ému et réjoui,

à toutes celles et à tous ceux qui ont accepté de se confier et de faire vivre un mot,

à tous ceux et à toutes celles également qui rejoignent cette quête de sens partagée.

Un mot qui est lien, un mot qui est temps,

un mot qui est ici, un mot qui est monde…

 

 

 

 

 

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