600 taxis H2 à Paris d'ici la fin 2020

A ce jour, 100 taxis à hydrogène sont déjà en circulation dans Paris. En février dernier, un partenariat a vu le jour entre 4 sociétés en vue d’atteindre le cap de 600 taxis pour fin 2020 en Île-de-France. Toyota fournira 500 "Mirai" pour compléter la flotte existante. Monsieur Mathieu Gardies, patron de la Société du Taxi Électrique Parisien, a bien voulu répondre à nos questions.

C'est une success story de l'hydrogène, comme diraient les anglo-saxons. A Paris, la Société du Taxi Électrique Parisien (STEP) dirigée par Mathieu Gardies n'a pas attendu la Chine pour se lancer dans l'hydrogène au détriment des batteries.

On se souvient de l'inauguration de la première station à hydrogène de Paris. C'était en décembre 2015, pendant la fameuse COP21, qu'a été lancée Hype, la première flotte au monde de taxis à hydrogène. Nous avions produit une vidéo (la seule vidéo complète) de cet événement remarquable et prometteur, y compris les discours dans leur intégralité, dont celui admirable d'Anne Hidalgo, Maire de Paris. A ce moment-là, il n'y avait encore qu'une poignée de taxis à hydrogène.

Nous voici 3 ans et demi plus tard, avec déjà 100 taxis à hydrogène dans Paris. Ils seront 600 d'ici 2020. L'avantage immédiat pour la ville de Paris est d'éviter la pollution puisque ces taxis électriques ne rejettent que la vapeur d'eau (une eau très pure).

Alors, les pessimistes diront que l'hydrogène étant produit par Air Liquide au départ de gaz naturel, cela n'apporte rien ou pas grand chose au plan environnemental.

Effectivement, la pollution est déplacée, mais d'abord elle est moindre que pour des voitures thermiques.

Ensuite, il faut se rappeler que Rome ne s'est pas faite en un jour. L'économie de l'hydrogène représente un changement gigantesque. Au plan de la mobilité, la difficulté est celle de l’œuf et la poule. A quoi servirait de produire de l'hydrogène renouvelable s'il n'y avait pas de besoins pour cet hydrogène. 600 taxis à hydrogène, puis des milliers de voitures à hydrogène, vont créer un appel pour la production d'hydrogène renouvelable. D'ailleurs, même Air Liquide vient d'investir dans un électrolyseur géant au Canada, là où l'hydroélectricité abondante peut être utilisée comme source renouvelable pour la production d'hydrogène.

La discussion écrite que voici date du 26 avril 2019.

JeanLucienHardy: Pourquoi avoir commandé 500 Mirai et non pas 250 Toyota-Mirai + 250 Hyundai-Nexo ? Après tout, c'est Hyundai qui a permis le démarrage de Hype en 2015 avec la IX-35FC, non ?

MathieuGardies: Nous avons besoin de partenariats très forts. Il y a eu un appel d’offre. Toyota l’a remporté. J’en suis ravi, c’est le partenaire idéal sur les marchés que nous visons.

JeanLucienHardy: Pensez-vous que l’objectif des 600 taxis en 2020 sera atteint avec certitude ? A contrario, n'est-ce pas un effet d'annonce pour décourager la concurrence ?

MathieuGardies: 600 véhicules fin 2020 est un vrai objectif pour Hype et pour tous ses partenaires. Rien ne me laisse penser aujourd’hui qu’il ne sera pas atteint. Le plus délicat était d’avoir les véhicules, ce qui est réglé aujourd’hui grâce au partenariat avec Toyota.

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JeanLucienHardy: Qu'en est-il de votre expansion dans d'autres villes et d'autres pays ? Si je ne m'abuse, vous m'aviez dit lors du dernier HyVolution (avril 2018) que vous alliez vous installer à Bruxelles et Strasbourg ? Je vous recommande tout particulièrement d'installer une base Hype à Luxembourg.

MathieuGardies: Bruxelles est effectivement prévu dans le cadre du projet européen ZEFER, et avec une logique « zone » que permet l’H2 et qui couvre effectivement Luxembourg et Strasbourg. Nous attendons que la situation réglementaire locale se clarifie entre les taxis et les VTCs, ce qui nous bloque aujourd'hui, car comme à Paris, notre déploiement se fera dans le respect des règles et des équilibres, pour préparer l’avenir de la profession, et non pour rajouter des problèmes supplémentaires. En espérant que les élections locales fin mai permettront d’ y voir plus clair, je suis convaincu que ce serait une vraie opportunité pour Bruxelles et pour l’amélioration de la qualité de l’air pour les Bruxellois.

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JeanLucienHardy: Pensez-vous passer en bourse avec STEP/hype, afin de permettre au grand public (et d'abord les clients de vos taxis) de s'impliquer dans le développement de Hype ? Cela serait plus intéressant pour le grand public que la joint venture HysetCo. A mon sens, le capitalisme bien conduit doit mieux répartir l'enrichissement. Passer Hype en bourse (avec votre souci d'une gestion vertueuse) serait une manière pour Hype d'anticiper la montée en puissance inéluctable du mouvement anti-milliardaires incarné déjà par Sanders aux USA.

MathieuGardies: Il n’y a pas de plan concret aujourd’hui pour entrer en bourse. J’ai personnellement quelques réserves sur le capitalisme « boursier », qui rend parfois compliquées les stratégies long terme et/ou durables. En revanche, il est prévu, plutôt en fin d’année ou début d’année prochaine, la mise en place d’un dispositif de crowdfunding dont l’objectif serait de permettre à des personnes physiques (clientes ou non) de s’associer concrètement à la démarche Hype, et qui serait effectivement au niveau de STEP et non de HysetCo.

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JeanLucienHardy: Qu'en est-il de l'hydrogène renouvelable ? Je vous avais déjà posé cette question en 2015 ou 2016. Je suis un peu fier d'avoir forgé et répandu l'expression "hydrogène renouvelable" avant tout le monde.

MathieuGardies: Même réponse qu’en 2015 et 2016. Je suis convaincu que c’est un des principaux intérêts de l’hydrogène, et qu’il s’imposera. Mais je n’en fais pas un préalable pour démarrer et avancer. Je considère même aujourd’hui que la plupart de ceux qui en font un préalable sont en fait ceux qui ne veulent pas avancer smile.

Le 2 juin à 23 heures, rentrant chez moi d'Orly en taxi à hydrogène Hype, j'ai longuement discuté d'hydrogène avec le chauffeur, Monsieur Nabil Amhaouch, qui m'a appris que, lors de la fabrication de l'hydrogène, Air Liquide capture le CO2 pour le vendre aux producteurs de boissons gazeuses. Dès lors, même si leur hydrogène n'est pas encore renouvelable, pour autant les taxis Hype ne contribuent pas au réchauffement climatique.

Aussi discrètement qu'efficacement, les taxis Hype offrent à leurs passagers une expérience didactique et conviviale exceptionnelle. Monsieur Amhaouch et les autres chauffeurs des taxis Hype font au quotidien un travail d'évangélisation à l'hydrogène, en quelque sorte. Bien des gens qui montent dans les taxis Hype découvrent soudain qu'il existe des voitures à hydrogène. C'est l'occasion, le temps d'un trajet, de se retrouver projetés dans le futur, dans un monde où la propreté de l'hydrogène aura remplacé la pollution des carburants dérivés du pétrole.

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