L'usine Rodez de Bosch pourrait devenir un fleuron français du moteur à hydrogène

Ce billet vient en réaction à l'annonce d'une possible fermeture de l'usine Bosch de Rodez qui produit des moteurs diesel, alors que Bosch investit massivement dans l'hydrogène et alors que le patron de Bosch expose ouvertement sa vision hydrogène. Le présent billet sera envoyé aux dirigeants de France Hydrogène qui sont capables de remettre les pendules à l'heure du 21e siècle.

Ayant parcouru un article de lamentation sur le sort de l'usine de Rodez, j'y cherche le mot "hydrogène" et, à ma grande stupéfaction, il ne s'y trouve pas, même pas dans les commentaires. C'est pathétique.

J'ai ajouté quelques commentaires à cet article, mais il me semble important d'y revenir sur ce blog dédié à une vision de l'hydrogène dont je pensais, depuis quelques mois, qu'elle était enfin comprise.

Manifestement ce n'est pas le cas, puisque les principaux concernés semblent ignorer ce que l'avenir nous réserve.

Ça paraît incroyable quand on sait que Bosch est en train d'investir et de préparer un monde où l'hydrogène va remplacer le pétrole.

Ça paraît incroyable quand on sait qu'un concurrent de l'usine de Rodez, à savoir Cummins, a racheté en 2019 un des fleurons de l'industrie de l'hydrogène, à savoir Hydrogenics.

Ça paraît incroyable quand on sait que l'Europe et la France viennent de mettre des milliards d'argent public pour la création d'une filière hydrogène.

Ça paraît incroyable quand on sait que le PDG de Bosch en personne était parmi les quelques chefs d'entreprise fier d'être présent lors du lancement de cette filière hydrogène européenne (voir la vidéo qui reprend l'enregistrement de son intervention).

Ça paraît incroyable quand on sait que Bruno Le Maire, ministre de l’économie,  a déclaré, le 18 novembre à l’Assemblée, que "Bosch a pris des engagements sur le maintien de l'emploi à Rodez, sur la modernisation, et sur la diversification de la production. (...) Il faut soutenir massivement comme nous l'avons fait la filière automobile. Mais la soutenir c'est d'abord l'accompagner dans cette transition vers (sic) un 20e siècle qui était le siècle du véhicule thermique pour aller vers le 21e siècle qui sera le siècle du véhicule électrique" ... en insistant sur le véhicule à batteries sans même évoquer le véhicule à hydrogène.

Ça paraît incroyable quand on sait que Bruno Lemaire était aussi partie prenante au nom de la France, et en harmonie avec son homologue allemand, lors du lancement européen d'une industrie de l'hydrogène. La vidéo de son intervention est reprise ici.

Ça parait incroyable quand on nous dit que l'usine de Rodez pourrait fournir l'aéronautique, alors que, à la faveur du covid-19 en quelque sorte, la France et Airbus viennent de décider d'investir massivement dans l'avion à hydrogène.

Alors, il faut dire aux travailleurs mais aussi aux responsables patronaux et syndicaux de Rodez: "Refusez d'appartenir au passé, réveillez-vous et exigez votre participation à l'industrie du 21e siècle qui sera le siècle de l'hydrogène qui remplacera le pétrole !!!"

Bruno Lemaire a raison de dire que l'avenir est au véhicule électrique, mais il se trompe quand il fait la promotion du véhicule à batteries qui représente une régression technologique au service de l'industrie nucléaire, un autre mammouth industriel mortifère qui, comme le pétrole, est en voie de disparition (et même si la France est un des derniers pays au monde à s'acharner sur ce passé industriel). Le véhicule à batteries est aussi une arnaque commerciale dont l'aberration n'a d'égale que la naïveté docile des beni-oui-oui fasciné par l'une des vedettes montantes du grand show capitaliste, à savoir Elon Musk coincé et obstiné dans une vision vénale du véhicule à batteries.

J'en appelle aux responsables de France Hydrogène en leur souhaitant de réussir à remettre les pendules à l'heure et à promouvoir Rodez comme un futur fleuron français du moteur à hydrogène.

(c) Jean-Lucien Hardy, 31 janvier 2021.

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