Promouvoir les Communs de la connaissance avec Savoirscom1

Créé en 2012, Savoirscom1 est un collectif engagé pour le développement de politiques et d'initiatives liées aux communs de la connaissance. Il a récemment fait une proposition intéressante autour de l'outil controversé lancé par le journal Le Monde : le Decodex.

Créé par deux bibliothécaires en 2012, Savoirscom1 est un collectif engagé pour le développement de politiques et d'initiatives liées aux communs de la connaissance. Les « communs » pour Savoirscom1, ce sont des « ressources que nous voulons partager et promouvoir, que celles-ci soient naturelles – une forêt, une rivière, la biosphère -, matérielles – une machine-outil, une imprimante – ou immatérielles – une connaissance, un logiciel, l’ADN d’une plante ou d’un animal –» peut-on lire dans le manifeste du collectif. 

D'ailleurs, plutôt que de parler de « biens communs », Savoirscom1 préfère parler de « communs »  pour « éviter la confusion induite par la notion de  "bien" et de propriété qui lui est souvent attachée ».

En 2013, Savoirscom1 s'est opposé avec d'autres associations comme la Quadrature du Net au Partenariat Public-Privé entre la Bibliothèque nationale de France et trois sociétés en dénonçant « d’une part l’absence de transparence et d’autre part les conséquences dramatiques de cette privatisation d’une partie du domaine public ».

En 2015, le collectif a fait plusieurs propositions pour le projet de Loi Numérique. Il a également pointé du doigt le prêt numérique en bibliothèque (PNB) proposé par la mairie de Paris. Car le PNB, c’est une offre de livres numériques « chronodégradables » - le livre s’autodétruit au bout d’une durée de prêt - et surtout, « même les livres libres de droit du domaine public sont verrouillés, il devient alors impossible de copier un extrait d’un livre de Voltaire ou d’en imprimer une page ! ». 

En 2016, le collectif a aussi lancé une bibliothèque éphémère à Paris dans la dynamique du mouvement Nuit Debout :  « cette bibliothèque est un Commun. Prenez un livre, donnez-en un ». Lire cet article sur Bibliodebout.

Chaque année, Savoirscom1 propose en fin d'année son « Calendrier de l’Avent du domaine public » et publie en janvier une liste d’œuvres et de créations qui « deviennent accessibles librement à l’humanité en s’élevant dans le domaine public ».

A noter que vous pouvez écouter sur Libre@Toi une émissionanimée par Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire membre de Savoirscom1 qui traite « d'actualités sous l’angle juridique, autour des questions de droit d’auteur, de droit des marques ou de droit des brevets ».

Récemment, le journal le Monde a lancé Decodex, un outil qui veut labelliser l'info et identifier les sites de « fake-news » avec comme objectif « de fournir au plus grand nombre des outils simples pour apprécier la véracité des informations ».   Un des journalistes du Monde explique à Arrêt sur Images que « l'idée pour caricaturer, c'est de mettre en rouge les reptiliens et les illuminati, et en vert les médias plutôt fiables, qui vérifient la plupart du temps ce qu'ils publient »

Mais rapidement, des critiques contre le Decodex sont apparues. Par exemple, la revue Valeurs actuelles  est classée en vert et  « plutôt fiable » alors que comme le note Arrêt sur Images,  l’hebdo de droite  « a été condamné pour provocation à la haine raciale en 2015 et multiplie les Unes anti-islam et anti-immigration ». 

Savoirscom1 reconnaît que le projet Decodex « peut avoir un réel intérêt pédagogique en contribuant à développer chez les internautes une attitude critique et une culture de l’information ». Mais il explique que « l’éducation à l’information ne peut pas être accaparée par un seul journal » qui est « juge et partie ». Le collectif explique aussi que « le fait d’établir un critère global de fiabilité au niveau des sites est par ailleurs discutable, car cela peut dépendre des articles et de la qualité de chaque contribution ». Savoirscom1 évoque aussi « les risques évidents de censure ou de conflits d’intérêt ». Cela nous ramène évidemment à l'indépendance des médias en général et à celle du journal Le Monde en particulier : lire cet article récent de Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart qui explique que les trois milliardaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse renforcent leur pouvoir sur le journal.

En conclusion, Savoirscom1 invite plutôt « à considérer la question sous l’angle des Communs de la connaissance » et explique qu'il est « préférable de penser en termes de convergence pour favoriser l’émergence d’une communauté citoyenne de vigilance ».

Dans sa dernière émission,  Arrêt sur Images a invité Louise Merzeau, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris Nanterre et membre du collectif. Elle explique que « la labellisation ne doit pas venir d'un journal, mais d'une communauté de gens, pas forcément journalistes, et qui doit être régie par des règles discutées et reconnues au sein de cette communauté » résume @si. Et elle ajoute que « Wikipedia est un excellent exemple, qui montre qu'il était tout à fait possible de manière collective, avec énormément de contributeurs, et à très grande échelle, d'établir une gouvernance commune, avec des règles établies collectivement ».

D'ailleurs, lors de l'émission, François Ruffin, fondateur du journal Fakir - qui a reçu le label « orange » (site peu fiable) dans la première version du Decodex - critique le journal Le Monde en citant plusieurs de leurs articles de ces dernières années : on voit bien que le débat qui s'ouvre autour de la crédibilité du Decodex semble interminable et que les préconisations de Savoirscom1 sont donc essentielles et bienvenues ! 

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