Prêts ou non, deux médicaments pour l’autisme plus près de la clinique

Selon les résultats de deux essais cliniques, deux médicaments qui modifient l’activité de l’hormone vasopressine semblent améliorer la communication sociale chez les personnes autistes.

spectrumnews.org Traduction par Sarah de "Ready or not, two drugs for autism edge closer to clinic"de Nicholette Zeliadt / 1er Mai 2019

Halloween Time XI © Luna TMG Halloween Time XI © Luna TMG
Deux médicaments qui modifient l’activité de l’hormone vasopressine semblent apporter une amélioration à la communication sociale chez les personnes autistes. Les résultats sont issus de deux essais cliniques indépendants, publiés aujourd’hui dans Science Translational Medicine. (1, 2)

Les résultats sont encourageants, mais certains experts appellent à la prudence, en faisant valoir que les méthodes utilisées pour évaluer ces médicaments n’ont pas été conçues dans ce but.

La vasopressine est liée à l’ocytocine, une hormone à laquelle on attribue la régulation du lien social. Mais le rapport de l’ocytocine avec l’autisme est loin d’être simple : il existe des preuves qui impliquent à la fois l’insuffisance et l’excès de cette hormone chez les personnes autistes.

Les deux médicaments ciblent la vasopressine l’un comme l’autre, mais de façon opposée. L’un des deux, le balovaptan, inhibe un récepteur de la vasopressine dans le cerveau et freine l’activité de l’hormone. L’autre est un spray nasal contenant de la vasopressine. Malgré leurs modes d’action opposés, les deux médicaments paraissent susceptibles de renforcer la fonction sociale chez les autistes ; aucun des deux ne présente d’effets secondaires graves.

Ces résultats sont dignes d’intérêt, car aucun médicament n’est disponible pour soigner les traits dominants de l’autisme, déclare Eric Hollander, professeur de psychiatrie et de sciences comportementales au Collège de Médecine Albert Einstein à New York, et principal chercheur de l’essai sur le balovaptan.

Ces deux études apportent des informations importantes sur l’importance des systèmes vasopressine ou vasopressine et ocytocine pour la communication sociale », dit-il. « Les agents différents qui ont un effet sur ces systèmes peuvent être utiles en termes de nouveaux traitements pour l’autisme. »

Toutefois, les deux études reposent sur un questionnaire qui n’a pas été conçu pour mesurer l’efficacité d’un médicament, tempère Lawrence Scahill, directeur des essais cliniques au Marcus Autism Centre à Atlanta.

Ces deux études font apparaître que ce mécanisme mérite de plus amples recherches, » poursuit Lawrence Scahill. « Mais je pense que nous devons nous garder de surinterpréter ces résultats. »

Effet de dose

Pour l’essai sur le balovaptan, dirigé par la compagnie pharmaceutique Roche, des chercheurs sur 26 sites répartis dans tous les Etats-Unis ont attribué de manière aléatoire à 223 hommes autistes la prise du médicament une fois par jour pendant 12 semaines. Les pilules contenaient soit 1,5, 4 ou 10 milligrammes de balovaptan, soit un placebo.

Les hommes qui ont pris du balovaptan n’ont pas eu de résultats supérieurs aux contrôles à un questionnaire du personnel soignant appelé le Social Responsiveness Scale (Echelle de la Réactivité Sociale), l’évaluation première du résultat de l’étude. Mais ceux qui avaient pris les deux doses les plus élevées ont vu leurs habiletés de sociabilité et de communication s’améliorer, en s’appuyant sur le Vineland Adaptative Behaviour Scale (Echelle de Comportement Adaptatif Vineland), une deuxième évaluation. Les hommes ne présentaient aucune différence sur les échelles mesurant les comportements répétitifs, l’anxiété ou l’humeur, parmi d’autres traits.

Les chercheurs du groupe Roche n’étaient pas disponibles pour un commentaire, mais Eric Hollander affirme que ces résultats sont prometteurs.

Il est ardu de produire de bons taux de réaction dans le cadre d’essais multisites, pour lesquels on obtient des réactions élevées au placebo, et des effets propres au site », explique Hollander. « Mais ils ont obtenu un effet lié aux doses satisfaisant dans ce domaine de la communication sociale. »

Ces résultats à l’essai ont poussé la Food and Drug Administration américaine (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) à autoriser pour le médicament le statut « innovation » en janvier 2018. Les chercheurs testent actuellement le médicament dans deux nouveaux essais cliniques : l’un d’eux implique des enfants autistes aux Etats-Unis, et l’autre des adultes en Europe, au Canada et aux Etats-Unis.

Test à inhaler

Pour l’essai sur le spray de vasopressine, les parents d’enfants autistes de 6 à 12 ans ont administré à leurs enfants un spray nasal deux fois par jour pendant quatre semaines. Des 30 enfants qui ont participé à l’essai, 17 ont reçu le spray de vasopressine, et les autres ont inhalé un placebo.

Les enfants du groupe vasopressine ont amélioré de manière significative leurs habiletés sociales, d’après l’Echelle de Réactivité Sociale, l’évaluation première du résultat. Les évaluations de ces habiletés effectuées par les cliniciens, les évaluations de l’anxiété par les parents, et les performances des enfants à deux des quatre tests de cognition sociale ont tous concouru à indiquer une amélioration. Aucun des enfants qui ont reçu la vasopressine n’est devenu plus agressif, comme cela arrive à certains rongeurs. (3)

De multiples évaluations indépendantes concluent à une efficacité du médicament supérieure à un placebo », déclare la chercheuse co-directrice Karen Parker, professeure associée de psychiatrie et sciences du comportement à l’Université de Stanford en Californie.

Paradoxalement, les enfants qui avaient les niveaux les plus élevés de vasopressine dans le sang avant le traitement ont eu tendance à développer des effets plus marqués, et ces enfants-là seulement ont connu une amélioration des comportements répétitifs. Sans pouvoir certifier qu’il s’agirait de la cause effective de ce résultat, la dose était peut-être trop faible pour bénéficier à ceux qui avaient moins de vasopressine, estime Karen Parker.

Mises en garde cliniques

Certains experts, au nombre desquels les chercheurs eux-mêmes, attirent toutefois l’attention sur le fait que les résultats sont préliminaires, et devront être répétés dans de plus larges groupes d’enfants.

Les résultats d’une petite étude peuvent s’avérer trompeurs », affirme Lawrence Scahill. « Et quand on obtient ces nombreuses mesures de résultats dans une petite étude, il est possible que certains éléments se trouvent avoir une valeur statistique par hasard. »

D’autres experts mettent en doute le fait que deux médicaments qui ont des modes d’action opposés puissent produire des effets similaires.

Leurs approches pour cibler le système de la vasopressine sont vraiment différentes”, objecte Elizabeth Hammock, professeure assistante de psychologie et neurosciences à l’Université d’Etat de Floride, à Tallahassee. « Et nous n’avons aucune certitude sur la manière dont chacune fonctionne. »

Quoi qu’il en soit, remarquent les experts, il est difficile de comparer des essais qui présentent des conceptions et des groupes de participants aussi différents.

L’autisme est un trouble très hétérogène », déclare Antonio Hardan, professeur de psychiatrie et de sciences comportementales à l’Université de Stanford, qui a co-dirigé l’essai sur le spray nasal. « Il est possible, avec l’autisme, de constater des anomalies qui soient liées aussi bien à un excès qu’à un manque de vasopressine. »

Les Dr Hardan et Parker testent actuellement le spray dans le cadre d’un nouvel essai auprès de 100 enfants autistes.

Corrections : Une précédente version de cet article a identifié Eric Hollander comme non relié à aucune de ces études ; or, il est l’un des chercheurs principaux de l’essai sur le balovaptan.

Syndication : Cet article a été republié dans "Scientific American".

Références :

  1. Parker K. et al. Sci. Transl. Med. 11, eaau7356 (2019) Extrait
  2. Bolognani F. et al. Sci. Transl. Med. 11, eaat7838 (2019) Extrait
  3. Gobrogge K.L. et al. Proc. Natl. Acad. Sci. USA 106, 19144-19149 (2009) PubMed

 © Phan Tom - Comprendrelautisme © Phan Tom - Comprendrelautisme
Même sujet : Comment l'hormone sociale" vasopressine" pourrait aider les personnes autistes  Article du 9 juillet 2019 de Elizabeth Hammock

Voir La recherche scientifique sur l’autisme : 10 avancées majeures en 2019   Article 5

 Traduction de Notable papers in autism research in 2019, Spectrum News, décembre 2019 sur le site Comprendre l'autisme de Phan Tom

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.