Université ARAPI : stratégies pour une meilleure qualité de vie 4

Intervention d'Isabelle Amado (Sainte-Anne) sur les techniques de remédiation cognitive et de thérapies psychosociales et de Diane Morin (Québec) sur le traitement des troubles du comportement avec la Maison Lily-Buttters.

Suite du compte-rendu de l'Université d'Automne de l'ARAPI ( 1 , 2 ; 3) : jeudi 10 octobre, sous ce titre intervenaient le Dr Isabelle Amado et Diane Morin.

Dr Isabelle Amado - Techniques de remédiation cognitive et de thérapies psychosociales

La mesure 45 du 4ème plan autisme prévoit le développement des soins de réhabilitation psychosociale. Cela est précisé page 96 :

  • Développer les soins de réhabilitation psychosociale favorisant l’insertion dans le milieu de vie ordinaire
  • Pour développer les habilités sociales et les interactions sociales, la HAS13recommande d’utiliser des interventions de réhabilitation psychosociale en prenant en compte les spécificités des adultes autistes. Le cahier des charges de cette action fera l’objet d’un appel à projet qui sera élaboré en 2018 dans le cadre du comité de pilotage de la psychiatrie. Il bénéficiera aux personnes autistes comme à toute personne présentant des troubles sévères et persistants, et sera individualisé en fonction du trouble.
  • 5.247 millions d’euros seront délégués dès 2018 pour créer de nouveaux centres sur les territoires par appels à projets régionaux et pour renforcer les centres référents.

Dr Isabelle Amado à l'Université d'Automne de l'ARAPI, avec Ghislain Magerotte Dr Isabelle Amado à l'Université d'Automne de l'ARAPI, avec Ghislain Magerotte
On pouvait compter sur la Dr Isabelle Amado pour développer toute son énergie dans la diffusion de cette mesure. Elle a fait état lors de son intervention à l'Université d'Automne de l'ARAPI le jeudi 10 octobre, de l'instruction N° DGOS/R4/2019/10 du 16 janvier 2019 relative au développement des soins de réhabilitation psychosociale sur les territoires. Je ne suis pas comme le dénommé Thomas, je ne demandais qu'à la croire, mais je suis allé voir page 5 :

  • 1.Publics cibles: Les soins de réhabilitation psychosociale s’adressent aux personnes présentant des troubles mentaux sévères,qui connaissent des limitations fonctionnelles et des troubles des interactions sociales en raison de leur maladie ainsi qu’aux jeunes chez lesquels on suspecte précocement l’émergence d’une psychose. Les pathologies concernées sont principalement les troubles psychotiques (schizophréniques), mais aussi les troubles bipolaires, certaines formes de dépressions, les TOC sévères, certains troubles du spectre de l’autisme, etc. Elles couvrent une grande partie des maladies et troubles mentaux, pour lesquels les soins de réhabilitation sont indiqués.
  • Les catégories suivantes peuvent notamment être distinguées : (...)- les personnes présentant certains troubles du spectre autistique.

On pourra épiloguer sur la notion de soins. Je me tiendrai à ce qu'exprime le neuropsychologue du CRA, Sébastien Mirault, à Brest lors de la projection en avant-première de "Hors Normes" : "ce qui est proprement thérapeutique dans l’autisme, c’est l’éducatif. Un ensemble de stratégies éducatives qui ne reposent pas que sur les bonnes volontés, mais sur un vrai savoir des encadrants".

J'ai rencontré la Dr Amado dans un groupe de travail de la défunte ANESM (absorbée par la HAS), et j'ai été épaté par les thérapeutiques mises en œuvre. Je lui aurai bien donné la Légion d'Honneur, mais elle venait de l'avoir.

Allez vous plonger dans le site qui n'est pas avare d'information, celui du C3RP - Centre de Ressource Remédiation Cognitive Réhabilitation Psychosociale.

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La psychiatrie adulte commence à 15 ans et 4 mois. Elle peut avoir fort à faire dans la coexistence entre les TSA et des troubles du développement complexes. Les principes de l'intervention sont :

  • training cognitif;
  • exercices ciblés (utilisation Tour de Londres ou CPT)
  • approches de stratégies de remédiation.

L'intervention commence par une évaluation dans une démarche multidisciplinaire. La demande doit être explicitée, et il faut une stabilisation clinique et thérapeutique. Il faut également vérifier s'il y a une incidence cognitive des traitements, pour les revoir si nécessaire. Le participant doit aussi s'engager, car le parcours va durer de 4 à 8 mois suivant le cas, et il y a des tâches à effectuer à domicile entre les séances.

Les troubles de l'attention doivent être quantifiés, et éventuellement traités. L’évaluation  neuropsychologique examinera la cognition sociale. Un infirmier ou un ergothérapeute évaluera la vie quotidienne et construira le socle des tâches à domicile (évaluation au moyen d’outils de type Eladeb).

Tours, Paris et Lyon ont validé la Batterie Clacos (Camembert de la Cognition Sociale) en voie de diffusion.

Des groupes d'entraînement aux habiletés sociales (GEHS) font partie de la palette utilisée, mais le Dr Amado met en garde : il ne doit pas y avoir trop de personnes autistes dans les groupes, car suivant son expérience, les groupes doivent être plus restreints.

Instruments d’évaluation et d'intervention sont "transnosographiques", c'est-à-dire qu'ils concernent différents diagnostics "nosographiques".

Je ne peux reporter l'ensemble des interventions développées, qui utilisent papier crayon, ordinateur ou supports en réalité virtuelle, ainsi qu'une activité physique adaptée, en fonction du domaine de compétences sur lequel intervenir en accord avec la personne . Les diapositives sont archi-pleines !

Cette pratique est décrite dans l'article :
Mise en œuvre de pratiques innovantes en réhabilitation en Île-de-France : des interventions personnalisées pour des modèles de création intersectorielles de réhabilitation Isabelle Amado dans L'information psychiatrique 2019/7 (Volume 95), pages 475 à 481

Le Dr Amado a fait état du réseau de remédiation cognitive, d'un DIU (diplôme interuniversitaire) Autisme de l'adulte, du comité enseignement autisme du GHU Paris, de plate-formes de réhabilitation psycho-sociale etc. Il y a un travail à faire sur la continuité des soins entre l'enfant et l'adulte. Mais très peu de moyens, et une certaine frilosité en ce qui concerne les personnes autistes.

Biographie du Dr Amado dans le livret du participant :

Dr Isabelle Amado est praticien hospitalier à l'hôpital Sainte Anne à Paris, titulaire d'une Habilitation à diriger des recherches - équipe mixte Service Hospitalouniversitaire/ nserm ayant travaillé depuis de nombreuses années autour des fonctions cognitives en particulier attentionnelles et oculomotrices, et auteure de nombreuses publications scientifiques internationales.

Depuis 2008 Isabelle Amado a créé avec le docteur Doyen pédopsychiatre dirigeant le centre ressource autisme de l'hôpital Sainte Anne, et le docteur Launay, un centre de remédiation cognitive et de réhabilitation pyschosociale, qui a connu une diffusion nationale et internationale puisque cette structure est devenue en 2015 centre ressource National et île de France en remédiation cognitive et réhabilitation psychosociale, le C3RP.

Le Docteur Isabelle Amado a reçu un award science to practice à l'Internaional Congress of Cognitive Remediation en 2014 à New York et son modèle de plateforme innovante en réhabilitation est exporté avec succès à l'international.

le C3RP reçoit quotidiennement des personnes avec schizophrénie, avec autisme ou troubles neurodéveloppementaux complexes, à qui sont proposés des programmes de remédiation neurocognitive ou de cognition sociale inscrits dans un parcours de réhabilitation personnalisé. 

Le Dr Amado est membre fondatrice de l'Association Francophone de Remédiation Cognitive (plus de 350 membres en France et dans les pays francophones). Pour connaître les équipes concernées, voir la carte du réseau.

Diane Morin - Troubles du comportement chez l'adulte

Diane Morin à l'Université d'Automne de l'ARAPI - octobre 2019 Diane Morin à l'Université d'Automne de l'ARAPI - octobre 2019
Diane Morin est professeur de psychologie à Montréal, et mène des recherches à la Maison Lily-Butters.

  • La Maison Lily Butters (MLB) offre des services d’évaluation, de stabilisation et de transfert d’expertise pour la clientèle qui présentent une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l’autisme ou trouble envahissant du développement, ainsi que des troubles graves du comportement (TGC).

L'impact des troubles du comportement est la contention ou la judiciarisation. La maison Lily-Butters a pour but d'éviter l'hospitalisation quand les services ou établissements n'arrivent plus à gérer ces troubles qui sont majorés quand il y a à la fois TSA et déficience intellectuelle. Les patients sont adressés par le service public, le CRDITED - Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (il y en a 22 au Québec). Ils résident dans l'établissement de un à 12 mois. L'accompagnement se fait par groupe de 4.

La fondation Butters finance la Maison et le programme de recherche.

Il n'y a pas de niveau élevé du burn out du personnel, mais du stress. Il y a beaucoup de rotation du personnel. Or une des conditions du fonctionnement est que la formation adaptée doit se faire avant l'entrée en fonction. Pour limiter la rotation, il y a des négociations avec les syndicats : "Encore beaucoup de croûte à manger !". Une bonne supervision et un bon soutien sont aussi essentiels pour le personnel.

L'évaluation doit se faire avant l'entrée dans la Maison, sauf situation d'urgence. Au moment de l'entrée, il y a une diminution temporaire et habituelle des troubles du comportement, une sorte de lune de miel.

Une question a été posée sur la salle d'isolement capitonnée, avec caméra et intercom. Diane Morin a expliqué qu'elle était peu utilisée, qu'il n'y avait pas de contention physique, et que c'était un indicateur à suivre.

Un guide d'implantation a été élaboré en 2011 : il est disponible en ligne (60 pages)

 

 

 

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