L’anxiété régie par le système nerveux autonome dans l’autisme

Le système nerveux périphérique peut engendrer des troubles non spécifiques. Des chercheurs précisent les conséquences sur l'anc=xiété, les aspects sensoriels, les problèmes gastro-intestinaux et le système immunitaire.

Par Emily Casanova, Manuel Casanova / 14 Janvier 2020

Traduction par Sarah de "How the autonomic nervous system may govern anxiety in autism"

 © Illustration par John Hersey. © Illustration par John Hersey.

Quand ils pensent au système nerveux, la plupart des gens se représentent le cerveau et la moëlle épinière, les deux connus pour être le système nerveux central. Rares sont les personnes qui pensent aux nerfs périphériques qui régulent les fonctions des organes de notre corps.

Le système nerveux périphérique nous aide à contracter nos muscles, modère le flot d’informations sensorielles entrantes et supervise même des processus automatiques comme la fonction cardiaque et la digestion. C’est cette dernière catégorie de processus, régulés par une branche du système nerveux périphérique connue comme le système nerveux autonome (SNA), qui rencontre un intérêt croissant dans la recherche sur l’autisme.

Un SNA qui ne fonctionne pas correctement occasionne un certain nombre de troubles appelés « dysautonomies ». Les dysautonomies sont les caméléons du monde médical : du fait que le SNA interagit avec plusieurs systèmes dans le corps, les dysautonomies peuvent imiter les caractéristiques de multiples dysfonctionnements. Il existe cependant des signes indicateurs – comprenant des vertiges, de la fatigue, des perturbations du rythme cardiaque, des tremblements musculaires et un cerveau embrumé – signes qui peuvent indiquer des dysautonomies.

Nous avons tous fait l’expérience de ces signes à un moment ou à un autre. Mais ils peuvent être annonciateurs d’un trouble autonome quand ils sont chroniques et perturbent la vie quotidienne. Malheureusement, les dysautonomies sont cruellement sous-diagnostiquées en raison de leurs traits non spécifiques, qui passent facilement inaperçus à l’examen des cliniciens.

Mécanismes de défense

Notre équipe étudie le SNA chez les enfants autistes depuis 15 ans. Nous avons découvert, entre autres résultats, que les enfants autistes montrent souvent des signes de troubles autonomes, comme une faible variabilité dans le rythme cardiaque. (1) Nous avons également mesuré la conductance cutanée et constaté que la branche sympathique (réaction de lutte ou de fuite) du SNA est hyperactive chez l’enfant autiste – ce qui correspond aux rapports sur une anxiété élevée dans ce groupe. (2, 3)

Les autistes ressentent souvent une hypersensibilité aux stimuli sensoriels tels que le bruit, un phénomène qui peut déclencher l’anxiété chez eux. Il est à souligner que les études montrent que des mouvements répétitifs peuvent aider à supprimer l’intensité de l’information sensorielle entrante. (4) Certains experts supposent que les autistes effectuent ces gestes de manière intuitive pour réduire leur anxiété et la réaction de leur système sympathique.

Nous avons montré que l’application d’une stimulation magnétique transcrânienne (SMT) répétitive à basse fréquence sur le cortex frontal peut calmer la réaction de lutte ou fuite chez les enfants autistes. Plus on soumet l’enfant à ces séances, plus faibles sera la réaction anxieuse. (5) Nous essayons d’autres méthodes, comme le neurofeedback, pour aboutir à des résultats semblables.

D'autres scientifiques ont utilisé des médicaments comme le propranolol, un bétabloquant, pour cibler la réaction lutte ou fuite, et améliorer la concentration et l’anxiété chez les enfants autistes. (6) Ces médicaments agissent en bloquant les récepteurs pour les neurotransmetteurs épinéphrine (ou adrénaline) et norépinéphrine.

Détresse digestive

Les personnes autistes sont susceptibles de souffrir plus fréquemment de problèmes gastro-intestinaux – avec des épisodes de diarrhée, de constipation et de douleurs abdominales – davantage que leurs pairs neurotypiques. Les médecins rattachent ces problèmes à des allergies, des sensibilités alimentaires ou à un microbiote anormal – qui peuvent du reste y participer.

Cependant, les troubles gastro-intestinaux sont aussi un trait courant dans les dysfonctionnements autonomes. En fait, les personnes qui ont un syndrome du côlon irritable montrent des signes autonomes similaires, comme une variabilité du rythme cardiaque atypique, à ceux rencontrés chez les personnes autistes.

Pour compliquer encore les choses, le SNA « dialogue » avec le système immunitaire, ce qui rend plus difficile la localisation exacte du début de la boucle rétroactive : est-ce une sensibilité alimentaire qui a déclenché un dysfonctionnement autonome à travers tout le corps ? Ou le dysfonctionnement autonome a-t-il surstimulé le système immunitaire, le rendant plus réactif à certains aliments ?

Peut-être n’est-il pas nécessaire de répondre à cette question. Comme cela a été observé avec la SMT et le neurofeedback, le fait de porter les recherches sur des systèmes de haut niveau comme le cerveau peut avoir des retombées bénéfiques sur les nerfs périphériques et le système immunitaire, et soulager de certains problèmes physiques et de l’anxiété qui sont le lot de nombreux autistes, même quand on ne sait pas ce qui les déclenche.

Emily Casanova est professeure assistante en recherche sur les sciences biomédicales à l’Université de Caroline du sud à Greenville.

Manuel Casanova est professeur de sciences biomédicales et Président de Smartstate en Neurothérapies Translationnelles de l’Enfance à l’Université.

Références :

  1. Wang Y. et al. Appl. Psychophysiol. Biofeedback 41, 47-60 (2016) PubMed
  2. Kerns C.M. et al. J. Autism Dev. Disord. 44, 2851-2861 (2014) PubMed
  3. Gillot A. and P.J. Standen J. Intellect. Disabil. 11, 359-370 (2007) PubMed
  4. Condy E.E. et al. J. Autism Dev. Disord. 47, 2795-2804 (2017) PubMed
  5. Casanova M.F. et al. Front. Hum. Neurosci. 8, 851 (2014) PubMed
  6. Sagar-Ouriaghli I. et al. J. Psychopharmacol. 32, 641-653 (2018) PubMed

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