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Billet de blog 18 oct. 2018

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Climat sortir de la confusion et des idées simplistes, oui à la raison partie 2

Production, consommation,rapports sociaux :quelles transformations ?

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1)La croissance actuelle , source de gaspillage

  • Il est exact que la « croissance » capitaliste actuelle génère beaucoup de gâchis
    •  elle dégage des ressources d’abord pour une minorité,
    •  et surtout elle pilote la production et avec elle la consommation, en fonction des profits attendus et non pas principalement de l’utilité réelle des biens et services produits
  • La dissociation s’amplifie entre niveau du PIB (avec la consommation d’énergie qui en résulte) et bien-être humain
  •  certains considèrent alors que pour avoir moins de CO2, il faut moins d’énergie, et donc moins, beaucoup moins, de consommation de produits catalogués superflus, en finir avec le « productivisme », et instituer la « décroissance » (sans que le contenu de ces termes soit explicité).

 2)Le malthusianisme , une solution ?

  • Pris à la lettre, la baisse aveugle de la consommation et la baisse de la production signifierait la récession, la dépression économique. Le meilleur exemple connu de « décroissance » a été la crise des années trente (ou plus récemment et de manière moins aiguë ce qui est arrivé en Espagne ou en Grèce).
  • De telles idées témoignent d’une méconnaissance complète de ce qui fonde notre mode actuel d’existence. Le développement industriel a permis de nourrir 7 milliards d’humains quand il y en avait 1 milliard en 1800, et d’avoir une espérance de vie de 80 ans et plus quand elle était de 30ans en 1800.
  • Il est bien commode pour certains d’incriminer de manière floue « la croissance » en exonérant de fait la montée des inégalités et le fait que tout cela est le résultat de la domination du capital sur nos économies, nos sociétés. On cible le symptôme de la maladie mais on ignore sa source.
  • On voit bien que certains seraient prêts à invoquer la transition écologique en alibi à la régression sociale, à la baisse des pensions et des salaires dont Macron et le Medef s’occupent déjà, un nouveau Tina en somme. Alors que l’effondrement économique et social ainsi généré rendrait précisément impossible, notamment par manque de ressources, cette même transition. Et dans ce genre de régression, ce sont toujours les classes populaires qui trinquent.

3)Les besoins sont immenses , produire autrement

  • Pour se loger, il faut des matériaux, pour se déplacer ou pour recevoir les produits dont nous avons besoin, il faut des moyens de transport (et parfois la chaîne de froid), pour se soigner il faut fabriquer des médicaments, des équipements médicaux, pour se chauffer, il faut une source d’énergie.
  • Les besoins sont immenses, y compris dans notre pays qui compte 9 millions de pauvres, immenses aussi pour les services publics (transports, éducation, santé), immenses pour les investissements nécessaires à la transition.
  • Pour satisfaire l’ensemble de ces besoins, une réorientation totale de la production, une véritable révolution industrielle est incontournable : il s’agit de produire des biens et services conformes aux besoins de la population, avec le souci que cette fabrication économise au maximum les ressources en matériaux et en énergie, avec un bilan carbone le plus bas possible. Une condition de ce processus est clairement la relocalisation progressive et partielle des productions pour en avoir la maîtrise et limiter les flux de marchandises.
  • Au bout de processus, qui sera long et difficile, il est fort possible que la production matérielle elle-même diminue, avec des produits plus durables, mieux adaptés aux besoins. Pour autant, la valeur produite ne diminuera pas, bien au contraire, puisque les besoins seront mieux satisfaits. la hausse de la productivité du travail permettant également la réduction du temps de travail, dans la semaine et tout au long de la vie. C’est cela le progrès humain. voir à ce sujet https://blogs.mediapart.fr/gabriel-colletis/blog/010918/croissance-et-protection-de-la-nature-dilemme-oxymore-embrouillamini

4)Un « lobby » peut en cacher un autre :

Le terme de « lobbys » est bien vague pour identifier les forces économiques qui s’agitent autour de la transition.

  • L’usage de ce mot valise cible d’abord le nucléaire et en fait EDF : on peut effectivement reprocher beaucoup de choses à EDF, ou plutôt à sa direction (notamment sa financiarisation) mais certains ne visent-ils pas surtout EDF et le nucléaire parce que c’est une entreprise nationale dont le démantèlement éventuel aiguise les appétits, comme la SNCF ou d’autres.
  • Il y a pourtant d’autres « lobbys » comme le SER (Syndicat des Energies Renouvelables) syndicat patronal qui défend les intérêts des entreprises du solaire et surtout de l’éolien (qui sont essentiellement des filiales du CAC 40) et qui les défend bien : la récente décision sur l’éolien en mer représente une aide publique de 25 milliards € ce qui correspond à 2,5 EPR (« un pognon de dingue !») pour une quantité d’électricité annuelle à produire qui sera 80 % de celle d’un EPR. Le président du SER, Monsieur Bal, est un ancien directeur de l’ADEME : comme quoi le pantouflage ne se limite pas à Macron ou Kohler…
  • Surtout, nous avons un « lobby » du gaz ou du pétrole très actif, au travers des usages actuels de ces produits (chauffage, transports, industrie) qui génèrent l’essentiel des rejets de CO2.  La perspective d’une transition qui donnerait un rôle accru au gaz pour la production d’électricité (avec un effet désastreux sur les rejets de CO2 mais très positif sur les dividendes, est très alléchante (voir première partie I3d ). Engie, Total et derrière eux Gazprom sont donc sur les rangs. Total se plaçant directement sur le secteur en rachetant Direct Énergie.
  • les mêmes et d’autres sont à l’affût sur la privatisation des barrages

5) L’appétit sans fin du capitalisme dans tous les domaines

    • Les capitalistes se comportent comme des capitalistes en mettant la main sur les activités qui peuvent s’avérer les plus rentables à court terme, en ne négligeant surtout pas les financements publics (comme l’exemple ci-dessus de l’éolien en mer le montre : argent public, profit privé ) .Les contribuables et les consommateurs doivent payer pour leurs profits. la dérégulation de l’énergie les a bien aidé en favorisant une profitable hausse des prix, mais comme la France est encore dans les prix les plus bas, l’avenir (du CAC 40) s’annonce radieux. Il reste cependant en travers de leurs appétits un obstacle (ou une proie ?) de taille :EDF
    • Pour les grands groupes capitalistes, tout ce qui est encore (un tant soit peu) dans le domaine public est une cible pour dégager de nouveaux profits, qu’il s’agisse de l’énergie, du ferroviaire (comme hier des autoroutes) , ou encore de la santé et demain des retraites et sur un seul critère le retour sur investissement (le profit) sur un terme court : l’utilité sociale est évidemment pour eux une quantité négligeable.

 Conclusion :financer la transition, prendre la main sur les banques et le crédit

  • Les besoins de financement, d’investissement sont immenses. Ce n’est possible que par la mobilisation du crédit et de la monnaie. Sur des investissements à long terme, le coût final résulte très largement du coût du crédit. Les banques, évidemment s’y refusent. Il importe de les y contraindre dans le cadre d’un pôle public du crédit et de la nationalisation des plus grandes banques (Société générale, BNP).
  • Quelques grandes priorités doivent être mises en avant : le fret ferroviaire, les transports en commun, les renouvelables chaleur.

 Sur la question du climat , la mise en avant de tout un ensemble de solutions concrètes est indispensable mais cela suppose d’identifier ce qui partout dans le monde s’y oppose : l’hégémonie du grand capital.

Utopie , lutte hors de portée ? ce serait ignorer la globalité de la crise , son universalité (personne, aucun pays n’est à l’abri) qui ouvre la voie des possibles et de l’espoir .

Le pire n’est pas sûr.

Ce billet est le dernier d’un ensemble de quatre billets

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