"Anti-catalanisme", c'est combien de voix ?

Les partis de droite, en vue de reprendre le pouvoir, se sont lancés dans une surenchère de "punitions" envers les catalans. Il n'y a plus d'arguments pour séduire les catalans mais tentatives d'éliminer les candidats par juges interposés. Toutes ces dispositions ne sont pas sélectives et vont toucher TOUS les catalans qu'ils soient pour ou contre l'indépendance.

Deux partis politiques se sont partagés en alternance le pouvoir à Madrid depuis la mort de Franco. Le Parti Populaire, le PP et le Parti socialiste ouvrier d'Espagne, le PSOE. Ces deux partis ont su trouver des alliés en Catalogne avec le CDC (centre), le CiU (démocrate chrétien), le PSC (parti socialiste) principalement. Le président de la Catalogne en fonction échangeait souvent ses appuis politiques à l'un ou à l'autre des partis de Madrid pour obtenir quelques avantages pour la Catalogne tout comme le faisaient toutes les autonomies du pays. Les indépendantistes étaient largement minoritaires au point que l'on disait que le nombre de partisans pour l'indépendance pouvait tous tenir dans un taxi et encore, ils n'occuperaient que la banquette arrière. Puis vint la discussion pour un nouveau statut d'autonomie pour la catalogne de 2006 qui après négociation avec le gouvernement de Madrid, puis le parlement, puis son adoption par référendum, fut suspendu par le tribunal constitutionnel en 2010. C'est à ce moment que commence l'utilisation de la Catalogne comme source de voix lors des élections.

Etaient alors présidents, Zapatero à Madrid et Maragall en Catalogne, tous deux socialistes. Un des candidats aux élections législatives espagnoles avec intention de devenir le futur président n'était autre que Rajoy, un anticatalaniste convaincu et qui, après une "croisade" dans toute l'Espagne réussi à obtenir 4 millions de signatures contre le statut de la Catalogne. Cette croisade fut aussi, et c'était un des objectifs, un bon tremplin pour sa campagne électorale. Rajoy fut élu, le statut de la Catalogne fut annulé, l'indépendantisme commença à croître jusqu'à représenter en ce moment la moitié environ de la population. La conséquence se fit sentir lors des élections pour le parlement catalan, les partis indépendantistes obtenant la majorité des sièges. Pari gagné pour le parlement de Madrid et perdu pour celui de la Catalogne.

Depuis, l'objectif pour les partis nationaux (qui ont une présence au niveau national) sera de reconquérir cette majorité au parlement catalan. Rajoy utilisera ce qui lui a réussi à savoir monter les espagnols des autres régions contre les catalans <<"Por favor, écheme aquí una firmita contra los catalanes>> (s'il vous plait, mettez une petite signature contre les catalans) disait-il pour obtenri les 4 millions de signatures. Une fois président il portait pratiquement toutes les initiatives et lois votées par le parlement catalan au tribunal constitutionnel pour qu'elles soient invalidées. Rajoy ajoutera la rétention des investissements pour le développement économique de la Catalogne alors qu'ils sont votés et acceptés par Madrid. Refuser tout dialogue et encore moins de négocier à un nouveau statut. Devant ces blocages et poussés par le mouvement indépendantiste, associations et part importante de la population, le gouvernement catalan organise un référendum d'indépendance.

Première tentative pour reprendre le parlement catalan aux indépendantistes. Nous arrivons en 2017, suite à la manifestation du 20 septembre, et le référendum du 1 octobre, le gouvernement de Rajoy applique l'article 155 de la constitution, les présidents des associations Omnium cultural et ANC, la moitié du gouvernement catalan, des personnalités sont mis en prison sous l'accusation de rébellion ou s'exilent. Soraya Saenz de Santamaria, vice présidente du gouvernement de Madrid et bras droit de Rajoy annonce <<nous avons décapité l'indépendance>>. En effet, la détention provisoire décrétée par le juge, invalide toute possibilité d'exercer une charge élective SI la personne est poursuivie pour rébellion. De nouvelles élections sont mises en place avec un grand espoir, pour les partis de droite, de les emporter. Espoir déçu, les partis favorables à l'indépendance restent majoritaires en sièges bien que légèrement devancés en voix.

A partir de cette année, les partis PP et C's principalement n'arrêteront pas d'accuser le nouveau président de la Catalogne, Torra, de tous les maux. Suite à une motion de censure, Rajoy perd la présidence du gouvernement et le socialiste Sanchez est élu grâce à l'appui des députés indépendantistes qui espèrent pouvoir négocier un référendum pacté. Le 20 décembre, les présidents Sanchez et Torra se réunissent à Barcelone. La négociation apparaît enfin comme possible. Espoir de courte durée, les chefs des partis PP et C's attaquent frontalement Sanchez lui promettant l'enfer s'il ne rompt pas immédiatement avec les indépendantistes et donner tout leur support s'il applique immédiatement l'article 155. Tant le PP que C's refuse tout dialogue et encore moins de négociation avec les indépendantistes. Sanchez change immédiatement de posture en rompant les discussions avec Torra mais se refuse à appliquer le 155 ou la loi de sécurité nationale, les circonstances ne sont pas réunies et attend le moindre faux pas Torra pour les appliquer.

Elections législatives générales du 28 avril. Sanchez gagne en Espagne mais que se passe-t-il en Catalogne ? Les partis indépendantistes sortent toujours vainqueurs, le Parti Socialiste augmente ses résultats, le PP s'effondre. Bien que n'ayant pas perdu d'élus, C's ne retrouve pas les électeurs qui l'avaient porté comme premier parti de Catalogne en voix lors des élections pour le parlement catalan de 2017.

Problème, la formule ne fonctionne pas ou alors la dose est insuffisante ? La sentence du proces va être là pour aider. Tout le monde savait que cette sentence serait dure et qu'elle amènerait des manifestations en Catalogne, excellente excuse pour insister une nouvelle fois de dire que les indépendantistes sont des personnes violentes. La date de la sentence n'est pas prise au hasard, quelques semaines avant les élections. Avec un peu de provocations policières les violences pouvaient être possibles et dans ce cas pouvoir appliquer l'article 155 de la constitution mais aussi la loi de sécurité nationale mais surtout, la neutralisation des organisations indépendantistes et l'interdiction de tous les partis indépendantistes. En résumé, éliminer par la loi toute opposition indépendantiste avec la méthode bien rodée, on accuse puis on chercher les preuves pour étayer l'accusation et si besoin, on les invente. OBTENIR PAR LA LOI CE QU'ILS N'ARRIVENT PAS A OBTENIR PAR LES URNES
Nul besoin de commentaires devant le florilège d'actions de ces derniers jours.
Traduction en français des titres, textes des liens en espagnol ou en catalan

La campagne pour les élections législatives en Espagne est lancée
Blog personnel texte français
Pedro Sánchez humilie l'Etat s'il accepte un médiateur pour (dialoguer) avec Torra
Texte espagnol
Pedro Sánchez refuse de négocier avec les indépendantistes
texte espagnol
Casado demande illégaliser le PDeCAT, ERC et la CUP
texte espagnol
Marlaska (ministre de l'intérieur de Madrid) désigne Torra comme "responsable" et avertit qu'il n'y aura pas d'impunité
texte espagnol
L'Audiència Nacional enquête Tsunami Democràtic pour un délit de terrorisme
texte espagnol
La police espagnole réalise une perquisition l'Association catalane des mairies pour de possibles détournements de fonds
texte espagnol
Perquisition d'une agence de voyage à Vic (ville catalane) pour de possibles relations avec l'ANC et Omnium culturel
texte espagnol
L'Audiència Nacional accuse Boye (avocat de Puigdemont) pour blanchiment de capitaux issus de la drogue. (la juge Maria Tardon était cadre du parti PP)
texte espagnol
Casado réclame dès maintenant la mise en route pour le 155 "Ils ont toujours fait usage de la violence (les indépendantistes)"
texte espagnol
Pablo Casado: "Il n'y a rien à négocier avec les indépendantistes, ils trompent toujours"
texte espagnol
Le gouvernement Sanchez en France : "Torra est un activiste qui, il y a trois jours, coupait une route" (en fait participait aux marches pour la liberté)
texte espagnol
Statut d'autonomie de la Catalogne de 2006
texte français
Le congrès approuve l'Estatut catalan avec 186 voix en faveur et 154 contre
texte espagnoll
"Por favor, écheme aquí una firmita contra los catalanes"
texte espagnol
Système électoral en Espagne.
texte personnel français
Pourquoi la Catalogne désire son indépendance
texte personnel français
Casado exige a Sánchezrenier le pacte de Pedralbes
texte espagnol
Resultat élections 2019 en Catalogne
texte espagnol
Espagne : Les "égouts" de l'Etat sont toujours en place
texte personnel français

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