Les dominés de l'audit

Il n'est pas étonnant finalement de remarquer que le "substrat" sur lequel s'appuie plus particulièrement cette recherche nous renvoie au système scolaire français (HEC, écoles de Commerce...) qui ne repose plus sur aucun "idéal directif" tel que Jean FOUCAMBERT en parle, "L’Ecole de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure", 1986...

Avant de lire le billet, il est nécessaire de garder ceci en tête afin de ne pas "tout" confondre :

Le mythe fondateur du monopole de l’Université de Napoléon était de diriger les esprits, sous la responsabilité d’un corps enseignant, afin de garantir l’ordre et la stabilité sociale. Il est intéressant de remarquer que l’école primaire n’était pas la préoccupation de Napoléon et qu’il l’a négligée sur le terrain à son époque. Elle s’est construite plus tard avec la République et repose donc sur d’autres représentations, d’où le hiatus entre les deux institutions.

Aujourd'hui, il semblerait que le ministre de l'E. N. cherche à "réparer cette négligence" en cherchant à mettre un terme à ce hiatus et en faisant entrer, y compris de force, les enseignants du Primaire dans cette volonté de diriger des esprits. Le malaise que ressentent certains membres de l'institution, face à cette remise au pas, semble traduire cette difficulté pour ne pas dire "impossibilité" à renier les valeurs fondamentales qui animent les personnes ainsi mises à l'épreuve. 

Billets complémentaires qui permettent d'approfondir ces idées :

Un autre regard sur Napoléon

Les Gauches françaises : une lecture personnelle

Dieu peut s'effacer devant la Laïcité

Les trois portes de la Sagesse

 

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... sachant que "Le mythe de l’Ecole de Jules Ferry" (avec ses imperfections réelles) a été abandonné par l’Education Nationale dans les années 60, aujourd’hui dans l’institution, il n’y a toujours pas de « désir essentiel » qui permette « le vivre ensemble » mais plutôt l’idée de « chacun pour soi ». L’éducation induite permet « la loi de la jungle », la loi du plus fort, alors que l’école « dit » ne pas vouloir éduquer mais instruire !

 

Après cela, je pense que l'on ne se posera plus trop de questions quant aux moeurs de notre président actuel.

 

Le livre dont il est question ici, de mon point de vue, a le mérite de mettre en lumière qu'incidemment un nouveau "désir essentiel" s'est bien emparé de l'institution, et qu'il agit à la manière d'un "virus informatique" à l'image de celui qui avait envahi l'E. N. après les années 60 ; voici ce que j'en disais à l'époque de ma recherche en 2001 :

« Mais un rapport de domination qui ne fonctionne qu’à travers la complicité des dispositions dépend profondément, pour sa perpétuation ou sa transformation, de la perpétuation ou de la transformation des structures dont ces dispositions sont le produit » (Bourdieu, 1998, p.48). Mais « …croire que la loi va libérer est utopique si la loi ne s’inscrit pas dans une réforme plus générale des mentalités et des structures » (Lebon, 1997, p.119) {p.54 du mémoire}. De tels systèmes se révèlent « fragiles ». De l’Empire Romain à l’Empire Chrétien, à l’Empire Napoléonien, les institutions ont reproduit ces contraintes. Ces contraintes sociales ne seraient donc pas ou archaïques ou modernes mais relayées à travers le temps, d’une société à l’autre, en fonction de l’histoire des peuples. La dernière trace de ce système autoritaire dans l’Education Nationale (“virus pirate” du système central) a été laissée par certain syndicat animé par d’anciens communistes pour lesquels l’échec du centralisme soviétique était dû à la mauvaise application de principes équitables (C.Allègre, 2000, p31) :

Blocage du système :

Cette centralisation permettrait de verrouiller le système

grâce à « la peur que certains éprouvent dans un groupe,

notamment totalitaire,

peur de parler, d’être déviant » (Sibony, 1998, p.287),

l’Etat et les syndicats annulant réciproquement leur pouvoir.

L’Etat par les structures,

les enseignants par les mentalités »

Voir mon site "Transmission - Transgression : un dialogue intérieur" et son résumé et extensions possibles :

3 - de la domination à l'émancipation : approches sociologique, spirituelle, psychologique (pdf, 193.8 kB)

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Aujourd'hui les syndicats ayant perdu leur pouvoir, une autre entité, que l'auteur chercherait à définir, a pris la place et dirigerait désormais les esprits de ceux qui se laissent prendre dans ses filets.

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Article à lire dans "la vie des idées"

Les dominés de l’audit

À propos de : Sébastien Stenger, Au cœur des cabinets d’audit et de conseil. De la distinction à la soumission, Puf


par Gaëtan Flocco , le 9 mai 2019

 

Comment expliquer la « servitude volontaire » qui règne dans les cabinets d’audit ?

Une enquête menée auprès de leurs salariés montre que la cause est à chercher

dans l’esprit de compétition et le culte de l’élitisme.

 

Le livre de Sébastien Stenger traite de la soumission au travail des salariés des cabinets d’audit et de conseil. Ces groupes d’envergure internationale, également appelés « big four », détachent leurs salariés dans d’autres entreprises afin de fournir des services (en audit, conseil juridique, etc.). L’auteur part d’un constat paradoxal : comment expliquer que les auditeurs s’investissent autant dans leur activité quotidienne, en réalisant de longues journées, et en subissant des niveaux de pression élevés ? Sur quoi repose leur soumission à l’organisation et aux objectifs de leur entreprise ? En écho à ce questionnement, S. Stenger explique que les salariés de ces cabinets se démènent à ce point principalement en raison de la compétition qui y règne. D’un point de vue organisationnel, celle-ci est instaurée par le système « up or out », c’est-à-dire l’obligation d’être performant et de progresser dans la hiérarchie des statuts d’une année à l’autre, sous peine de devoir quitter l’entreprise.

 

Du point de vue des individus,cette compétition est intériorisée

par des processus subjectifs d’adhésion à ce système,

qui se traduisent par une volonté à la fois de distinction

entre les différents auditeurs et d’identification à une élite.

 

La suite est à lire dans l'article : Les dominés de l'audit.

 

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Et si, des fois, on se faisait encore quelques illusions sur ces "fumeuses" élites, je conseille de lire cet article dans lequel on peut trouver la présentation du livre de Bruno Latour "Où atterrir ? Comment s'orienter en politique ?"  -

L’atterrissage préconisé par Bruno Latour se joue là :

dans la fin de ce pas de deux entre le globalisme sans terre

et le souverainisme qui fétichise le local.

.../...

"Tout cela participe du même phénomène : les élites ont été si bien convaincues qu'il n'y aurait pas de vie future pour tout le monde qu'elles ont décidé de se débarrasser au plus vite de tous les fardeaux de la solidarité - c'est la dérégulation : qu'il fallait construire une sorte de forteresse dorée pour les quelques pour cent qui allaient pouvoir s'en tirer - c'est l'explosion des inégalités ; et que pour dissimuler l'égoïsme crasse d'une telle fuite hors du monde commun, il fallait absolument rejeter la menace à l'origine de cette fuite éperdue - c'est la dénégation de la mutation climatique."

...

Mais l'intérêt de l'ouvrage incisif de Bruno Latour est de montrer que, avec le moment Trump, "pour la première fois, un mouvement de grande ampleur ne prétend plus affronter sérieusement les réalités géopolitiques" mais se mettre "littéralement offshore"...

 

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