Retraites II. Retour vers le futur

Voici, en deux volets, quelques arguments pour s'engueuler gentiment avec tonton entre deux morceaux de bûche.

Confier le dossier des retraites à un député ancien DRH de grande surface jusqu'alors connu pour le licenciement abusif d'une syndicaliste et pour son zèle parlementaire à démanteler le droit du travail n'est pas franchement un signe d'ouverture du gouvernement. Le pouvoir se radicalise, et il va falloir être extrêmement têtus et déterminés pour le faire plier.

Cela passe probablement par Noël, qui est un des rares moments de revanche possible sur BFM TV, CNEWS et compagnie. Autour de la table, les désaccords qui trouvent peu d'espace commun pour exister le reste de l'année peuvent s'exprimer sans médiation, et s'il est vrai que ça peut tourner à l'aigre, l'affection familiale peut aussi permettre d'ouvrir des brèches. Alors oui, l'opinion publique peut basculer à Noël et voici, en deux volets, quelques arguments pour s'engueuler gentiment avec tonton entre deux deux morceaux de bûche.

Il n'est pas question ici de calculs de points, de détails techniques de la réforme (qui sont très bien exposés par ailleurs, comme ici ) mais de ce qui me semble être le double sens de cette réforme: la poursuite d'une stratégie de guerre sociale conduite par la partie la plus riche de la population à l'encontre de la majorité la plus modeste (Partie 1: L'empire contre-attaque) et une fuite en avant dans la financiarisation du monde qui ne peut que mal se terminer (Partie 2: Retour vers le futur). Oui, les titres sont un peu faciles et racoleurs, mais c'est aussi ça la magie de Noël!


(Suite de: Retraites I: L'empire contre-attaque)

                Affaiblir notre système de retraite en limitant ses ressources aboutira nécessairement à confier une partie de notre avenir aux marchés financiers.  Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'un peu plus de 10 ans après la plus grosse crise financière de l'histoire, c'est plutôt gonflé. Cela mérite un petit retour sur cette crise et sur ses conséquences.

Ce qui est peut-être le plus étonnant dans cette crise des subprimes, c'est le décalage entre son importance et le peu de mémoire qu'il en reste 10 ans après. Elle est pourtant la matrice de nombreux évènements qui se sont déroulés depuis et qui ont aboutis à la situation de profonde crise politique actuelle. En France, bien sûr, mais également dans les Etats-Unis de Trump, dans le Royaume Uni de Boris Johnson, le Brésil de Bolsonaro, l'Italie de Salvini, l'Allemagne de l'Afd ou l'Espagne de Vox, pour ne parler que d'eux. Pourtant tout ceci était bien prévisible. L'histoire nous a montré plusieurs fois déjà l'enchainement fatal que peuvent prendre ces choses: de la crise financière nait la crise économique qui se transforme rapidement en crise sociale, puis en crise politique. Nous en sommes là, avec une couleur d'époque, qui est celle de la perturbation majeure de la plupart des cycles naturels par les activités humaines. Retour sur 10 ans de glissade.

                La crise financière, ou les nouveaux Banksters

Voilà un petit peu plus de dix ans maintenant que The Economist, le magasine de la mondialisation heureuse, titrait en gros caractère sur fond noir un "Oh Fuck!"[1] témoignant de la sidération de ceux qui, de Wall Street à la City, se prenaient jusque-là pour les Mozart du profit.

The Economist, 27 septembre 2008 The Economist, 27 septembre 2008

  Ces banquiers de génie promettaient aux plus confortables le gain sans le risque, et aux autres des rivières d'argent ensemençant les terres les  plus reculées de l'économie mondiale. Leur contribution à la société humaine fut finalement la crise des "subprime", soit le plus grand effondrement financier depuis près d'un siècle. Ils se crurent magiciens, ils n'étaient qu'escrocs, et ont rejoint dans l'histoire du monde les banksters des années 20 - ces banquiers américains à l'origine de la crise de 1929 qui précipita le monde dans le chaos de la deuxième guerre mondiale.

A la différence de certains de leurs homologues d'avant-guerre, nos banksters n'eurent néanmoins pas l'élégance de sauter par les fenêtres de leurs gratte-ciels. Ils sont toujours là et leur pouvoir de nuisance est intact. Une trentaine de grands établissements financiers - dont les géants français que sont le Crédit Agricole, la BNP, la Société Générale et BPCE[2] - partagent aujourd'hui l'appellation de "banque systémique" - qui signifie simplement que s'ils venaient à tomber, ils emporteraient avec eux l'ensemble du système financier mondial (et nous avec).

Comme l'a montré François Morin[3], ces géants contrôlent aujourd'hui la quasi intégralité des marchés financiers, la tentation est donc bien grande pour s'entendre et se partager le gâteau, et ils n'y résistent pas. Leur taille leur confère par ailleurs un sentiment d'impunité qui les conduit à la délinquance récidiviste. Les amendes au secteur bancaire pour fraude, escroquerie, manipulation des marchés ou évasion fiscale se sont ainsi chiffrées à plusieurs centaines de milliard de dollars ces dernières années[4].  Le scandale dit "du CUMEX", révélé au mois d'octobre 2018, est en cela exemplaire: par l'intermédiaire de savants montages financier, des banques (parmi lesquelles on retrouve BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole) ont littéralement volé plusieurs dizaines de milliards d'euros à des Etats Européens. [5]

L'histoire retiendra certainement que les français ont choisi dans cette période un président issu de ce monde. Emmanuel Macron ne fait néanmoins pas exception, les allers-retours ("les portes tournantes") entre la finance et la politique (et l'administration) se multiplient à tous les niveaux et renforcent ce que les économistes appellent la "capture du régulateur" - soit le détournement de l'intérêt général au profit des intérêts privés des banques[6]. Une pensée, par exemple, pour François Pérol, qui fut secrétaire adjoint à l'Elysée de Nicolas Sarkozy et qui pilota à ce titre le rapprochement entre la Banque Populaire et la Caisse d'Epargne avant de devenir… le président du directoire du nouveau groupe BPCE. Une mention spéciale également pour Manuel Barroso, ancien président de la Commission Européenne, qui est allé chercher ses derniers points de retraite chez Goldman et Sachs, la très influente banque d'affaire Etasunienne. Et puis, en guise de feu d'artifice, un petit mot sur Marie-Anne Barbat-Layani, inspectrice des finances ayant commencé sa carrière au Trésor, qui a fait plusieurs allers retours entre le secteur bancaire et l'administration (dont le cabinet ministériel de François Fillon, où elle était en charge des dossiers financiers) et qui après avoir dirigé durant 5 ans la Fédération française bancaire (autrement dit le lobby bancaire français) vient d'être nommée par le conseil des ministres secrétaire générale des ministères économiques et financiers.[7]

Mais revenons aux "subprimes" et reprenons le fil de l'histoire.

La crise économique ou la fin de la croissance

"Oh Fuck!" disait donc The Economist. En effet, oui, on est même passé selon l'aveu de Ben Bernanke (le patron de la banque centrale américaine en 2008) très très près de l'effondrement général du système financier mondial[8], ce qui signifie pour le dire simplement l'évaporation de tous les comptes en banque de la planète. On s'en est sorti in extremis en faisant massivement marcher la planche à billet et en endettant les Etats. En plus de la recapitalisation des banques (qui fut pour la plupart remboursée) les gouvernements eurent en effet à faire face au passage au réel de ce qui apparaissait jusqu'alors comme une histoire éthérée de banquiers ayant forcés sur la cocaïne, je veux parler de l'écroulement de la production étranglée par l'arrêt brutal du crédit bancaire.

Ce fut massif, mondialisé, semblable dans les trajectoires des premiers mois à ce qu'on avait connu en 1929. Se rappelant opportunément (avant d'oublier bien vite) que les États, conseillés par les économistes de l'époque, avaient alors choisi le laisser faire, les gouvernants du G20 décidèrent d'intervenir pour soutenir l'activité. C'était indispensable mais ces dépenses couplées à la diminution drastique des recettes fiscales liées à la baisse d'activité firent exploser les déficits publics et donc le niveau de dette publique: celle de la France passa alors rapidement de 60% à 90% du PIB.

Dopée par les vieilles recettes des politiques de relance - qui firent notamment des années 2010 la décennie, dans les campagnes françaises,  des trottoirs inutiles – la croissance repartie (un peu) jusqu'à ce que revinrent (très vite) les politiques d'austérité. Mais cette crise économique advenait surtout dans un contexte de … crise économique latente entamée dans les années 70. De nombreux économistes, enfin, s'interrogeaient: et si la croissance ne revenait pas dans les vieux pays riches? Et si c'était terminé pour de bon? Une courbe en escalier interpellait, le taux de croissance de ces économies avait perdu un point en moyenne tous les dix ans entre les années 60  et les années 2000. Les années qui ont passé confirment la tendance pour la  France: le taux de croissance annuel moyen depuis 2009 est de 1,35%, soit environ ce qui est annoncé par l'INSEE pour l'année 2019[9]. Dans ce contexte attendre le retour d'une croissance à 3 ou 4% pour réduire massivement le chômage relève de la pensée magique - sans parler du suicide écologique que cela signifierait.

Et pourtant le chômage est là, découlant inéluctablement de la diminution de l'activité ayant suivie la crise des subprime.

La crise sociale, ou la grande épidémie de flemme

Les Zidane de la titrisation et de la finance structurée ont fait perdre leur emploi, dès la première année de crise, à 34 millions de personnes dans le monde[10]. En France, le nombre de chômeurs a augmenté de 1 à 2 millions (selon la façon dont on mesure), touchant au final plus de 5 millions de personnes. La conclusion naturelle s'est très vite imposée: les chômeurs sont des fainéants qu'il faut remettre au travail en diminuant leurs droits. Vous avez vu une crise financière vous? Tututut… tout ceci n'est qu'une vaste épidémie de flemme!

Et on se mit à regretter le temps béni où l'aiguillon de la faim disciplinait les classes laborieuses. Le temps des journaliers, des travailleurs à la tâche qui partaient le matin le nœud au ventre mendier leur travail au bord d'une route, d'un quai, d'une entrée d'usine ou d'une ferme. Et Ubër fut, et on les vit enfin renaitre. Et pour que partout les chômeurs se fassent travailleurs pauvres, on démonta patiemment les protections, le droit du travail construit pendant un siècle et demi pour protéger ce qui n'ont que leurs bras pour vivre. La Grande Bretagne, en connaisseuse, instaura le contrat à 0 heure. En France, l'histoire retiendra que les premières attaques furent portées par une ministre, Myriam El Khomri, membre d'un gouvernement portant l'étendard du "socialisme", celui la même derrière lequel défilèrent des générations de travailleurs demandant des droits. Peut-être se souviendra-t-on également que c'est de ce gouvernement que sorti Emmanuel Macron, le président qui poursuivi méthodiquement ce travail de destruction et qui gagna en moins de deux ans sa place, entre Adolphe Thiers et Edouard Daladier, au Panthéon des ennemis du progrès social.

La crise politique ou le retour de Daladier

La répression sanglante de la Commune de Paris en 1871 (plusieurs dizaines de milliers de morts) dont il fut, si l'on peut dire, le chef d'orchestre, vaut à Thiers de conserver une certaine notoriété. C'est beaucoup moins évident pour Daladier, dont l'œuvre principale est coincée entre le Front populaire et Vichy. Homme de la 3ème république, quatorze fois ministre et trois fois Président du conseil on se rappelle surtout de lui comme signataire des accords de Munich en 1938 qui abandonnèrent la Tchécoslovaquie à Hitler. Membre du parti radical, il fut un des acteurs (et ministre) du gouvernement de Front Populaire en 1936, mais suite à un retournement d'alliance parlementaire il devint en avril 1938 Président du conseil d'un gouvernement qui, jusqu'en mars 1940 liquida les avancées sociales qu'il avait précédemment portée.

Associant libéralisme économique et autoritarisme étatique, son gouvernement adopta par décrets-lois diverses mesures anti-sociales comme la remise en question de conventions collectives et une augmentation du temps de travail. Des grèves massives s'en suivirent et furent massivement réprimées, les préfets reçurent l'ordre d'évacuer les usines, 800 grévistes furent condamnés à de la prison et 28000 furent licenciés[11]. Le gouvernement Daladier adopta également plusieurs mesures discriminatoires vis-à-vis des étrangers qui participent de ce que l'historien Gérard Noriel a appelé "les origines républicaines de Vichy". La catégorie "d'indésirables", construite sous Daladier eut notamment beaucoup de succès sous Pétain et participa à construire l'acceptabilité de ses lois anti-juives.

Le portrait est rapide, mais saisissant d'actualité, au point que le philosophe Michaël Fœssel a consacré récemment un livre à la période: "Récidive, 1938"[12]. Le plus intéressant peut être est de faire le parallèle sur la confusion politique des deux périodes, celle de Daladier et celle de Macron. Près de dix ans après une crise financière majeure, suivie d'une crise économique profonde et d'une augmentation dramatique du chômage le moment "1938" est celui de la crise politique. Comme aujourd'hui les repères politiques traditionnels s'effacent, les élus peuvent sans vergogne se revendiquer de droite et de gauche, ou de gauche puis de droite, prétendre défendre la République et adopter des mesures discriminatoires, faire barrage au fascisme et parquer les réfugiés dans des camps.

Alors connaitre cette histoire devrait au moins nous permettre d'être moins naïf et de comprendre que l'autoritarisme et la régression sociale n'arrivent pas toujours avec le bruit des bottes et des visages hideux. Au-delà des apparences de la bonne éducation, des expressions de start-upeur et des dentitions parfaites, il y a des actes et des faits qui situent un pouvoir. Ceux que nous observons depuis plus de deux ans montrent un pouvoir au service des plus aisés qui vise à mettre à bas, au besoin en recourant à la violence physique à l'encontre de ses opposants, les protections et les systèmes de redistribution construits lors des 150 dernières années, et plus particulièrement depuis la deuxième guerre mondiale. C'est un pouvoir égoïste qui fragilise et fracture la société française, qui nourrit ses peurs, et qui ce faisant ne constitue pas davantage un barrage à l'extrême droite que le faisait le gouvernement Daladier. Un pouvoir qui ne répond par ailleurs à aucun des problèmes à la source de ces dix ans de crise et qui œuvre au contraire pour confier une partie de nos retraites aux responsables de cette crise. Un pouvoir, enfin, aveugle aux fragilités persistantes et inquiétantes de la sphère financière.

La crise financière, ou l'éternel retour

Mais qui est ce BlackRock qui en veut à nos cotisations retraites? Le plus gros fond de gestion d'actifs au monde, il pèse près de 7000 milliards de dollars soit environ deux fois la plus grande banque du monde, plus de trois fois BNP Paribas, la plus grande banque française[13], et près de trois fois le PIB de la France. Que fait BlackRock? Il gère l'argent des autres - et c'est pour ça que le nôtre l'intéresse -, il le place sur les marchés financiers, dans des entreprises, au point d'être un actionnaire important de la plupart des grands groupes mondiaux. Arte lui a consacré il y a quelques semaines un documentaire édifiant[14] expliquant notamment comment il s'est développé du fait de la crise des subprime. Il racheta alors une des filiales de la banque anglaise Barclays, alors en faillite, mais devint surtout un acteur central de la finance mondiale en vendant aux banques centrales américaine et européenne les services  de son intelligence artificielle d'analyse des risques, Aladdin, pour évaluer la santé des grandes banques après la crise.

BlackRock est donc également un produit de la crise des "subprime". On pourrait y voir une preuve de la force de la "destruction créatrice", cette capacité qu'aurait le capitalisme à sortir renforcé de ses crises en en faisant des moments de sélection des entreprises les plus performantes et adaptées. Certains n'ont pas dû manquer de le faire, mais c'est faire peu de cas de nombreux éléments qui conduisent plutôt à penser que le capitalisme financier est au bord d'une nouvelle déflagration.

Notons pour commencer que les acteurs de la crise des "subprimes" sont pour la plupart encore là et que le travail  réglementaire fait par les Etats pour empêcher une nouvelle crise de ce type a été largement insuffisant[15]. La taille de l'activité financière est toujours aussi démesurée (en 2016, les transactions quotidiennes sur le marché des changes représentait par exemple 2,5 le PIB de la France[16]), tout comme la taille des banques qui n'ont pas été séparées entre banques de dépôts et banque d'affaires comme cela avait été le cas après la crise de 1929. Les paradis fiscaux et le développement de la finance de l'ombre créé par ailleurs une forte opacité sur les risques pris par ces acteurs bancaires, sans compter que ces établissement pratiquent toujours les techniques de finance structurée qui étaient au cœur de la crise des subprime.

Blackrock là-dedans n'apporte pas de nouveauté rassurante, bien au contraire. Le risque essentiel lié aux banques est celui de leur trop grande taille, et celle, démesurée, de Blackrock fait évidemment grossir ce risque, sa faillite aurait des effets dévastateurs. Mais c'est probablement le cœur de son modèle, ce qui fait son succès, qui le rend le plus dangereux: son intelligence artificielle, Aladdin, qui en accumulant des données de toutes sortes calcule des opportunités de gain et oriente aujourd'hui 18000 milliards de dollars de placements[17]. La promesse de cette nouvelle machine est celle, toujours renouvelée par la finance, de pouvoir anticiper le futur et garantir ainsi les gains: "Nous fournissons les réponses pour aider à sortir de l'incertitude"[18] (à 1'54 du spot publicitaire suivant).

La promesse a les atours des nouvelles technologies, du Big data et de la Sillicon valley, elle est pourtant vieille comme la finance. Dans l'introduction à réédition de 1961 de son ouvrage sur la crise de 1929, John Kenneth Galbraith, notait ainsi à propos d'un boom boursier récent: "Il était visible qu'un nombre croissant de personnes parvenaient à la conclusion  - celle qui est le dénominateur commun de tous les épisodes spéculatifs – qu'elles étaient prédestinées par la chance, un système imbattable, la faveur divine, l'accès à des sources de renseignements confidentiels, ou par une perspicacité financière exceptionnelle, à devenir riches sans travailler"[19]. Une innovation technique (les "actions sur marge" en 1929, la finance "structurée" en 2008), fut souvent dans l'histoire le "système imbattable" qui donna aux financiers ce sentiment que "cette fois c'est différent". Cette illusion est pour Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, le premier des trois mensonges de la finance, qui conduit à l'aveuglement et à la crise[20]

Faut-il donc confier nos retraites à un algorithme? Voilà une autre des questions que pose le conflit actuel et qui aurait pour mérite de poser plus généralement la question de l'usage de l'intelligence artificielle dans nos sociétés.

Une autre question qui devrait être au cœur des débats sur les retraites, compte tenu des questions qu'elle pose sur la stabilité financière et sur les prévisions de croissance, est celle de la forte probabilité d'une nouvelle crise financière à courte ou moyenne échéance. La dernière, celle des subprime, a en effet était éteinte par la création d'un océan d'argent (environ 15000 milliards de dollars) qui n'ayant pas été investi dans l'économie réelle, navigue en différents endroits du globe et alimente des bulles de dettes privées qui ne manqueront pas, à leur tour, d'exploser. Gael Giraud, chef économiste à l'agence française de développement, explique tout cela dans cette interview passionnante.

Il faudrait évidemment également parler des crises écologiques en cours, notamment climatique, et de la façon dont elles reconfigurent complètement ce débat sur les retraites. Mais ce billet est déjà trop long pour entrer dans ce débat et Jean Gadrey l'a par ailleurs très bien fait ici (à poser également au pied du sapin!).

Ces perspectives posent cependant à nouveau la question de la fin de la croissance qui remettra nécessairement en cause le financement de notre système social. La bûche grandissant, il était en effet possible jusqu'alors de financer des systèmes de redistribution ne remettant pas en cause la répartition initiale du gâteau (le patrimoine), qui nous l'avons vu est très inégalitaire. La croissance permettait à chacun d'imaginer s'enrichir, ou simplement s'en sortir, sans avoir à toucher aux patrimoines des plus riches. Dans un monde de stagnation, ou cet espoir disparait, de telles inégalités vont devenir de plus en plus difficile à justifier et apparaitre enfin pour ce qu'elles sont: une injustice inacceptable.

Voilà. Si tout ceci reste un petit peu trop théorique, reste l'option travaux pratiques: prenez la bûche, mangez plus de la moitié en annonçant que la tournée de Calva est reportée d'une heure. Si tonton râle, mettez lui des gifles.

Joyeux noël!

 

Pancarte, 2019 Pancarte, 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.google.com/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=imgres&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwju5OmKlPriAhUNlxQKHZUtDNsQjRx6BAgBEAU&url=https%3A%2F%2Fwww.flickr.com%2Fphotos%2Fclementpetit%2F2919377842&psig=AOvVaw0XM8IwXBnVEKNOrnmZLk_O&ust=1561192143629918

 [2] La taille du bilan de la BNP est aujourd'hui à peu près équivalente au PIB de la France.

[3] Francois Morin, 2015, L'hydre mondiale, Lux éditions

[4] http://finance.sia-partners.com/20190106/234-milliards-de-dollars-les-banques-mises-lamende

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/plus-de-320-milliards-de-dollars-les-amendes-payees-par-les-banques-depuis-la-crise-651961.html

 [5] https://www.lemonde.fr/cumex-files/article/2018/10/18/cumcum-cumex-le-scandale-des-dividendes-explique-simplement_5371018_5369767.html

[6] Voir Laurence Scialom, 2019, La fascination de l'ogre, Fayard, p.138

[7] https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/30/comment-le-lobby-bancaire-colonise-bercy_6021137_3232.html

https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-directrice-generale-de-la-federation-bancaire-francaise-nommee-a-bercy_2105352.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Anne_Barbat-Layani

[8] Adam Tooze, 2018, Crashed, Les belles Lettres

[9] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4176797

[10] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/01/27/04016-20100127ARTFIG00435-la-crise-a-fait-exploser-le-chomage-dans-le-monde-.php

[11] Gérard Noriel, 2019, Une histoire populaire de la France, Agone.

[12] https://www.lesinrocks.com/2019/04/19/idees/idees/pourquoi-lactualite-recente-rappelle-si-furieusement-lannee-1938/

[13] Fin 2016, le bilan de l'Industry and Commercial Bank of China s'élevait à 3475 milliards de $, celui de la BNP à 2196 milliards de $. (Scialom, 2019)

[14] https://www.arte.tv/fr/videos/082807-000-A/ces-financiers-qui-dirigent-le-monde-blackrock/

[15] Voir par exemple "Laurence Scialom, 2019, La fascination de l'ogre, Fayard"

[16] Gunther Capelle-Blancard et Jézabel Couppey-Soubeyran, Une régulation à la traîne de la finance globale, 01/01/2018, L'Economie Politique n°077

[17] https://www.arte.tv/fr/videos/082807-000-A/ces-financiers-qui-dirigent-le-monde-blackrock/

[18] "We provide the answers to help to take the uncertainty out of uncertainty"

[19] JK Galbraith, 2011, La crise économique de 1929, Petite bibliothèque Payot

[20] Discours du 21 septembre 2015.

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