Chloroquine, protocole Raoult, liberté de prescrire des médecins: bilan provisoire

En France, l'immense majorité des articles de presse et des débats sur les réseaux sociaux demeurent enfermés dans le pseudo-débat "pour ou contre Raoult". Pendant ce temps, l'usage de la Chloroquine (voire d'autres traitements) se répand dans le monde. En France, un collectif de médecins réclame la liberté de prescrire.

En France, l'immense majorité des articles de presse et des débats sur les réseaux sociaux demeurent enfermés dans le pseudo-débat consistant au fond à se demander si le professeur Didier Raoult est quelqu'un que l'on peut prendre au sérieux ou non. Or cette très mauvaise question (peu importe sa personnalité propre et son goût évident pour la provocation, il dirige un institut hospitalo-universitaire qui emploie plusieurs centaines de personnes et qui est à la pointe de la recherche sur les maladies infectieuses) paralyse en réalité le débat. Elle empêche de réfléchir rationnellement à la seule véritable question qui se pose : comment apporter tout de suite des réponses médicales aux malades ? Les autorités médicales françaises sont manifestement incapables de donner une réponse globale et stable à cette question cruciale (où sont les Guidelines ? que fait la Haute Autorité de Santé ? que fait Santé Publique France ? pourquoi le président de la République a-t-il installé un Conseil scientifique puis un Comité analyse recherche et expertise ?). Les médecins libéraux et hospitaliers sont manifestement désemparés (on le verra ci-dessous dans le fil d'actus). Et force est hélas de constater que les médias dominants informent en réalité très peu sur tout ceci.

Dans ce contexte de forte incertitude qui interpelle, j'avais publié ici même un premier article le 29 mars dernier, inévitablement pris à son tour dans le tourbillon de la polémique stérile. Avec ce second texte, j'essaye à nouveau de ramener la réflexion sur l'enjeu sanitaire, le seul qui vaille. Le sujet discuté ici n'est évidemment pas le seul qui mérite discussion dans ce cadre, mais il en fait partie.

J'ai choisi de faire ce petit bilan d'étape sous la forme énumérative et chronologique d'une actualisation quotidienne de mon petit stock d'informations. Pas d'effets de manche, pas de rhétorique. Des données pour penser. Évidemment pas exhaustives, et certainement sélectives malgré les efforts pour essayer d'être le plus objectif possible. Libre à chacun(e) de se forger ses opinions et de tirer - ou pas - une conclusion. Si déjà les lecteurs y apprennent des choses et s'estiment mieux informés, j'en serais heureux.

Bonne lecture...

 

30 mars : USA. Le régulateur du médicament aux États-Unis (FDA) autorise l'usage hospitalier de la chloroquine et de l'hydroxychloroquine contre le coronavirus.

31 mars : Mediapart publie un article de Rozenn Le Saint et Antton Rouget intitulé "Covid-19: les conseillers du pouvoir face aux conflits d’intérêts" qui confirme ce que Ella Roche dit dans notre premier article. Les deux journalistes notent aussi au passage que "Didier Raoult était le seul membre du conseil scientifique sans lien d’intérêts déclaré par l’industrie pharmaceutique".

31 mars (bis) : la presse française (par exemple ici) relaye l'annonce gouvernementale selon laquelle, en liaison avec 32 autres hôpitaux français, le CHU d'Angers a lancé une étude (baptisée HYCOVID) sur 1300 patients atteints du Covid-19, que cette étude « répond aux standards scientifiques et méthodologiques les plus élevés  » (traduisez : contrairement aux travaux de D. Raoult), et qu'elle « permettra de répondre de manière définitive à ces questions et de clore une fois pour toute le débat sur l’efficacité de l'hydroxychloroquine ». Je ne comprends pas comment il est possible de prétendre ça puisque ce test sera fait sur des personnes âgées de plus de 75 ans (donc beaucoup plus souvent sujettes à des insuffisances cardiaques ou pulmonaires), à une dose faible et sans ajout d'antibiotique (Azithromycine). Cela n'a donc pas grand chose à voir avec le protocole Raoult qui est fondamentalement une bi-thérapie. La seule différence d'avec le test européen DISCOVERY, c'est que ce dernier n'est fait que sur des patients hospitalisés à un stade déjà très avancé de la maladie (Raoult disant lui-même que son traitement n'est plus efficace à ce moment-là, qu'il est trop tard). On peut donc déjà prévoir que toute la communication qui sera faite à l'issue de ces études sera totalement biaisée. C'est assez sidérant.

31 mars (ter) : "une étude chinoise randomisée donne raison au professeur Raoult", écrit le Dr Philippe Gorny. Cette étude, a priori davantage conforme à ce que les agences du médicament considèrent comme fiable, soutiendrait les conclusions de l'infectiologue marseillais sur la chloroquine et l’intérêt de l’utiliser tôt dans l’infection au lieu de tardivement. Intéressant, à vérifier.

31 mars (quater) : le Maroc est le premier pays au monde à généraliser l’utilisation de la chloroquine pour tous les malades touchés par le Covid-19.

2 avril : en "scientifique pragmatique", le prof. Christian Perronne estime que les hésitations du gouvernement et des experts médicaux concernant le protocole du prof. Raoult sont "une grave erreur" (lire ici). C. Perronne est chef du service infectiologie de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, ancien président de la commission spécialisée maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique, coresponsable des cours en maladies infectieuses et tropicales pour l’université de Versailles-Saint-Quentin, et membre de l'OMS.

3 avril : je découvre ce jour l'article de Jean-Dominique Michel (Hydroxychloroquine : le bal des ignares), anthropologue de la santé, qui explique bien la différence entre raisonnement scientifique abstrait et raisonnement médical concret. Je recommande sa lecture, ainsi que celle des autres articles de son blog sur le sujet.

3 avril (bis) : devant l'hécatombe et l'absence de tout traitement officiel, un collectif de médecins a écrit une Lettre ouverte au président de la République et signalé une pétition en ligne demandant la liberté de prescrire pour tous les médecins (et non seulement les hospitaliers). Ils estiment que le confinement physique doit immédiatement être doublé d'un "confinement chimique" qui protège les malades et empêche la maladie de se développer. Ils estiment irresponsable d'attendre le"Gold Standard", c'est-à-dire la preuve irréfutable, et rejoignent les préconisations du prof. Raoult : "L’hydroxychloroquine, qui était en vente libre en France depuis 40 ans, a fait la preuve empirique de son efficacité et les autorités de nombreux pays dont les USA autorisent sa prescription en ambulatoire". Ils rappellent que "la précocité d’un traitement chez les personnes à risque est la clé pour prévenir une pneumonie quasi-incurable", et réclament donc d'urgence "d’étendre à la médecine de ville l’autorisation temporaire d’utilisation pour l’hydroxychloroquine, l’azithromycine, et le Zinc, ainsi que d’autres antiviraux".

4 avril : associé au prof. Christian Perronne (déjà cité plus haut), l'ancien ministre de la santé et cardiologue Philippe Douste-Blazy a lancé une pétition ("ne perdons plus de temps") pour "permettre à tous les médecins de pouvoir prescrire l’hydroxychloroquine s’ils le souhaitent aux patients atteints de COVID-19 symptomatiques (...) parce que le professeur Raoult a prouvé qu'associé à l'azithromycine, ce médicament diminuait drastiquement la charge virale des malades, les rendant moins contagieux, les améliorant". Cette pétition a recueilli plus de 400 000 signature en trois jours.

4 avril (bis) : à São Paulo (Brésil), dans le plus grand hôpital d'Amérique Latine, les médecins adoptent le protocole du prof. Raoult. Ils précisent qu'il doit être administrée "dès le début de la maladie", que les personnes qui en manifestent les symptômes "doivent recevoir le médicament à leur domicile", que "le médicament est bon marché" et qu'il "a peu d'effets secondaires" (à faible dose).

5 avril : dans une tribune au Figaro, l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, l’ancien président de la Haute Autorité de santé et l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus.

5 avril (bis) : le président de l'exécutif corse, Gilles Simeoni, lance un appel au ministre de la Santé : il veut que la Corse soit un territoire pilote pour tester le traitement du Prof. Raoult. C'est une demande collective des élus corses et du monde médical. On note également au passage que les médecins corses dénoncent depuis plusieurs jours le fait que, tout en interdisant l'usage préventif de la chloroquine, le gouvernement inciterait en quelque sorte les médecins de villes à pratiquer l'euthanasie (en administrant du Rivotril) pour désencombrer les hôpitaux. Ceci accroît manifestement le désarroi et la colère des médecins insulaires.

5 avril (ter) : En Algérie, "la question a été débattue entre les experts, au début du mois de mars, et la décision de prescrire la chloroquine a été prise et le protocole  établi".

6 avril : la cellule de crise Covid 19 de l'hôpital d'Arles a décidé "de façon collégiale" de prescrire le traitement du prof. Raoult (association de  la chloroquine avec l'azithromycine, un antibiotique). Son médecin-chef précise "nous ne sommes pas le seul établissement en France".

6 avril (bis) : confirmation de ce pragmatisme : "Chloroquine : le bilan très positif d’un praticien lorrain". De son propre chef, un praticien hospitalier lorrain suit depuis une semaine le protocole du prof. Raoult. Même chose à l'hôpital de Sens.

6 avril (ter) : Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Afrique du Sud, Maroc, Madagascar, Tunisie… La liste des pays africains qui ont annoncé des essais cliniques ou qui ont autorisé la chloroquine dans les structures hospitalières s’allonge.

7 avril : étrangement, personne ne commente le fait que le prof. Raoult ne propose pas seulement un traitement, il a également organisé son institut pour réaliser un maximum de test de dépistage, autre grave point faible de la réponse à la crise sanitaire en France. Grâce à la réactivité de ses équipes, "2.5 % des Marseillais ont été dépistés pour le Covid-19, ce qui en fait la population la plus testée au monde". On ignore le nombre de personnes traitées en prévention avec le protocole Raoult (au-delà des personnes traitées dans son institut marseillais) mais il est probablement considérable à Marseille et dans toute la région. Il faudra bientôt regarder si on dispose de statistiques sanitaires à l'échelle départementale permettant (ou pas) de constater l'impact de ce dépistage et de ce traitement local massif.

7 avril (bis) : Mediapart publie une enquête de Pascal Pascariello qui éclaire bien sur les relations houleuses de D. Raoult avec le monde scientifique ces dernières années, et confirme des aspects fort peu sympathiques du personnage. Mais cela ne dit absolument rien sur l'intérêt médical de son protocole. Je note au passage qu'un article de Science en 2012 disait déjà très clairement à la fois que D. Raoult s'était mis à dos une bonne partie de la communauté scientifique du fait de sa personnalité, et qu'il n'en demeurait pas moins un des plus grands microbiologistes du monde, auteur de nombreuses découvertes sur les virus.

7 avril (ter) : Libération publie une interview du grand médecin d'origine polonaise Willy Rozenbaum, co-découvreur du VIH avec l'équipe de Luc Montagnier. Bizarrement, il ne dit pas un mot de la réaction de W. Rozenbaum devant l'interdiction de prescrire décidée par le gouvernement et que le Canard enchaîné rapportait dans son édition du 1er avril : "la décision la plus bête du monde. (...) A supposer que ce produit [hydroxychloroquine] ait une activité antivirale, il faudrait l'administrer le plus tôt possible". Comme dans le cas des antiviraux utilisés contre la grippe : "le délai est de 48h, après cela ne sert plus à rien".

8 avril : la Direction Générale de la Santé a publié hier la répartition départementale des 7 077 décès enregistrés dans les hôpitaux depuis le début de l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2, et elle a calculé des taux par départements. Il apparaît que les départements de la région Sud (ex-PACA) sont parmi les moins touchés de France, y compris le département des Bouches-du-Rhône pourtant très urbanisé et très ouvert aux circulations humaines en tous genres. Le Dr Jean-Pascal Del Bano, fondateur du Guide Santé, avance dans le journal La Provence l'hypothèse d'un "effet chloroquine"

9 avril : un sondage américain (réalisé auprès de 1 271 médecins de 50 États du 4 au 7 avril) indique que les deux tiers des médecins américains, en moyenne, utiliseraient la chloroquine en prévention ou en traitement si eux-mêmes ou un membre de leur famille étaient infectés. Une semaine plus tôt, la presse américaine avait publié un premier sondage mondial mené auprès de plus de 2 000 médecins dans 30 pays, dont les résultats montraient déjà que l'hydroxychloroquine était selon eux le traitement le plus efficace (arrivant de peu en tête devant les antibiotiques et les analgésiques).

9 avril (bis) : Emmanuel Macron est descendu à Marseille cet après-midi pour rencontrer le prof. Raoult et son équipe. Les médias et les réseaux sociaux s'enflamment à ce sujet, mais c'est toujours aussi superficiel. Cette visite ne dit évidemment rien du tout de l'intérêt médical du protocole de D. Raoult. C'est probablement juste de la politique. On continue à perdre un temps précieux pour les malades.

9 avril (ter) : en Australie, les chercheurs de l’université Monash à Melbourne testent une autre molécule, l'Invermectine, bien connue elle aussi dans les traitements antipaludéens, et qui semble elle aussi avoir pour effet de réduire fortement la charge virale du Coronavirus. Le laboratoire pharmaceutique MedinCell, basé dans la région de Montpellier, le testerait depuis plusieurs semaines. L'information est reprise par de quelques médias aujourd'hui. Elle a apparemment été rendue publique le 6 avril. On s'étonne qu'elle n'ouvre pas un débat plus large.

9 avril (quater) : Israël a importé d'Inde du matériel destiné à la fabrication de médicaments pour traiter les patients atteints de coronavirus. La cargaison de cinq tonnes comprend des produits nécessaires à la confection d'hydroxychloroquine et de chloroquine, des médicaments utilisés habituellement pour traiter le paludisme.

10 avril : je découvre ce matin l'existence du collectif « COVID19-Laissons les médecins prescrire » et je les ai contactés. Ce collectif regroupe plusieurs centaines de médecins libéraux (en grande majorité) et hospitaliers répartis sur l’ensemble du territoire, ainsi que des infirmiers et des pharmaciens, infectés pour une partie d'entre eux, souhaitant du reste s'auto-prescrire et le suivre collectivement. Sur leur site, ils se déclarant "inquiets par la polémique des jours derniers quant à l’utilisation de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19", et qui regrettent amèrement que la fameuse étude clinique européenne Discovery teste la molécule en question mais pas le protocole du prof. Raoult qui, d'une part l'associe à un antibiotique, recommande de l'administrer au tout début de l’infection, sur "les formes précoces de la maladie", en lien donc avec le dépistage (qu'il pratique massivement comme on l'a déjà signalé plus haut). Dès le 31 mars, ce collectif demandait à l'Agence nationale de sécurité du médicament de publier des données sur les usages anciens du Plaquénil. Et il n'a cessé de le réclamer depuis.

Ces données sont enfin arrivées ce vendredi 10 avril. Résultat : près de 4 millions de boites de Plaquénil (hydroxychloroquine) ont été vendues en France entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019. "En 3 ans, 2 décès ont été rapportés, dont un cas dans le cadre d’une intoxication médicamenteuse chez un sujet prenant 6 psychotropes en plus de l’hydroxychloroquine". Ainsi, "Rapportées au volume des prescriptions, ces données de pharmacovigilance n’expliquent pas les restrictions de prescription imposées par la Direction Générale de la Santé, et ce en comparaison des données de pharmacovigilance, plus préoccupantes, de certains médicaments en vente libre". Le collectif réclame donc plus que jamais la possibilité pour les médecins de prescrire ce médicament. Et il souhaite aussi que les médecins infectés (plusieurs milliers) puissent se l'auto-prescrire "dans le but de réaliser une étude observationnelle rigoureuse portant sur plus d’un millier de médecins français infectés".

A part un sujet de LCI, aucun média n'a commenté cette information. Au contraire, je lis également ce matin un très court article du site Internet du Monde (signé Sandrine Cabut) qui envoie le message exactement inverse ("Coronavirus : les effets indésirables graves s’accumulent sur l’hydroxychloroquine"), en s'appuyant exclusivement sur l'interview du directeur du centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Nice. Or c'est ce même médecin qui, une semaine plus tôt, avait démenti dans le journal Nice Matin ce type d'affirmations alarmantes. Cela mériterait une petite enquête. On remarque par ailleurs que les contre-indications du Plaquénil pour les personnes cardiaques sont connues de très longue date (et du reste indiquées très clairement dans les notices des boites vendues en pharmacie) et que l'équipe du prof. Raoult le redit régulièrement, de même qu'elle rappelle qu'il ne faut en aucun cas s'auto-administrer ce traitement mais toujours passer par un médecin qui pratiquera un électrocardiogramme avant toute éventuelle administration (voir par exemple ici).

10 avril (bis) : dans une enquête, le journal Marianne revient en détail sur les atermoiements et décisions contradictoires du Haut Conseil de la Santé publique concernant l'usage de la chloroquine. Et il révèle que le docteur Christian Chidiac, président du Haut Conseil de la Santé publique, a de forts liens d'intérêt avec le laboratoire pharmaceutique Gilead. Or ce dernier n'est autre que le laboratoire qui fabrique le Remdésivir, principal médicament concurrent de la chloroquine au sein des d'essais cliniques contre le coronavirus. L'enquête nous apprend enfin que c'est également le cas de deux autres médecins membres de la commission spécialisée "maladies infectieuses et maladies émergentes" du Haut Conseil.

10 avril (ter) : Commerce. Un article de Science et Avenir nous apprend que le géant pharmaceutique français Sanofi indique avoir "reçu un nombre croissant de demandes de la part des gouvernements locaux du monde entier". Tout en précisant que "les preuves cliniques actuelles sont insuffisantes pour tirer une quelconque conclusion sur l'efficacité clinique ou la sécurité d'emploi de l'hydroxychloroquine dans la prise en charge de l'infection Covid-19", Sanofi déclare s'engager à faire don de 100 millions de doses d'hydroxychloroquine à une cinquantaine de pays du monde entier. Il prévoit également de quadrupler sa production de ce médicament d'ici l'été.

C'est l'occasion de rappeler que la chloroquine étant un générique, tout le monde peut en fabriquer - et en fabrique d'ailleurs actuellement -, Sanofi n’a donc rien d'extraordinaire à gagner à cette affaire, contrairement à son concurrent Gilead dont le Remdesivir est sous brevet. Ces enjeu financiers sont énormes (lire ici l'article de Science). J'ajoute que, étrangement, je ne lis aucun article de presse commentant les études portant sur l'efficacité du Remdesivir ni commentant la méthodologie de ces études.

11 avril : je recommande la lecture de la tribune publiée dans Libération ce jour par Jacques Pollini (anthropologue, chercheur à l'Université McGill de Montréal). La question cruciale est exactement celle que je pose également : "Dès lors que la prescription est sous la responsabilité d’un médecin capable de considérer les effets secondaires, extrêmement rares pour des traitements de courte durée avec ces médicaments bien connus, sauf dans le cas de malades atteint de pathologies particulières, pourquoi donc ne pas autoriser ces médicaments pour traiter le Covid-19, d’autant plus qu’aucun traitement alternatif n’a prouvé son efficacité ? Non, décidément, je ne vois aucune explication logique. Sauf une : le biais". Et plus loin, il formule la même hypothèse que moi quant à la nature de ce biais : "Dès lors que des liens d’intérêts existent entre décideurs et fabricants de médicaments par exemple, on ne peut exclure l’existence de biais, non pas au niveau de l’interprétation des résultats d’expérience (il est difficile d’être biaisé dans la lecture de chiffres précis), mais dans le choix du type d’expérience considéré acceptable".  

11 avril (bis) : Principe de précaution (excessif ?). La Suède déclare au contraire abandonner l'usage de la Chloroquine hors essais cliniques, en raison de "doutes concernant son efficacité" et de "craintes sur les effets secondaires". Les articles de presse citent notamment un professeur de maladies infectieuses à l’hôpital de Sahlgrenska déclarant que "des collègues, en Suède et à l’étranger, nous ont fait part de cas suspicieux, même s’il est difficile de savoir si la chloroquine était à l’origine des effets observés ou si c’était une conséquence de la maladie". L’agence suédoise du médicament indique à la correspondante locale du Monde "avoir eu connaissance de 4 cas dans lesquels des effets secondaires ont été observés chez des patients atteints du Covid-19 et traités à la chloroquine, en combinaison avec d’autres médicaments. (...) Un des patients, gravement malade, est décédé. Mais « aucune relation n’a pu être établie pour le moment avec la chloroquine », précise l’agence du médicament".

C'est l'occasion de rappeler à nouveau (cf. l'actualisation du 10 avril et l'action du collectif de médecins) qu'un patient hospitalisé en état grave peut mourir alors qu'on lui a administré de la Chloroquine sans que cela signifie qu'il y a une relation de cause à effet. 1) passé un certain stade de défaillance pulmonaire, il semble qu'il n'y ait plus aucun traitement qui fonctionne, 2) il a généralement été traité aussi en même temps avec d'autres médicaments (et autres que l'antibiotique utilisée par Raoult), 3) il pouvait être atteint en même temps d'autres maladies que le Covid.

11 avril (ter) : selon The Times of India, en Inde, le Conseil national de la recherche médicale recommande d'utiliser l'hydroxychloroquine en prévention et non en traitement du Covid-19. Article qui est une brève. Des informations plus complètes seraient bienvenues.

12 avril : les Émirats Arabes Unis publient des informations sur l'infection au Coronavirus, sur les tests pratiqués et sur les traitements antipaludiques appliqués. La porte-parole du ministère de la santé déclare que "Certaines études préliminaires ont montré l'efficacité de médicaments tels que la chloroquine et l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19. Il s'agit de médicaments utilisés dans le pays, et leur efficacité, ainsi que celle d'autres médicaments antiviraux, est surveillée en permanence".

13 avril : intervention télévisée d'E. Macron ce soir (texte intégral ici). Le coeur du propos est centré sur le confinement/déconfinement. Sur les traitements, il dit qu'il faut attendre : "Nous y travaillons depuis le premier jour. Il y a eu, je le sais, beaucoup de débats dans le pays. Toutes les options sont explorées et notre pays est celui qui a engagé le plus d'essais cliniques en Europe. J'ai tenu moi-même à comprendre chacune des options possibles, à m'assurer que tout était essayé dans les meilleurs délais et avec rigueur. Il ne s'agit pas de donner un traitement si on n'est pas sûr mais de procéder à tous les essais cliniques pour que toutes les pistes soient poursuivies. Et croyez-le, nos médecins, nos chercheurs travaillent d'arrache-pied. Aucune piste n'est négligée, aucune piste ne sera négligée". Nous sommes le 13 avril et, officiellement, nous ne savons donc toujours pas quoi faire pour les malades.

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Je reprends ci-après l'actualisation de l'article après sa mise en ligne. Cela alimentera de prochains billets.

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14 avril : je suis estomaqué par la lecture de l'article de Stéphane Foucard sur le site Internet du Monde, ce jour. L'article est totalement à charge, avec un ton hautain et méprisant qui est sidérant de la part d'un journaliste et d'un journal de cette réputation. On dirait le porte-parole des anti-Raoult du Comité du gouvernement dont il reprend pêle-mêle tous les arguments : il affirme sans preuve que les morts de malades s'accumulent à cause de la Chloroquine, ne dit pas un mot des autres traitements, des autres laboratoires (pas un mot sur le Redemsevir et sur les études à son sujet) et des autres études disponibles, reprend à son compte la fable de Sanofi (on rappelle que la chloroquine étant un générique, tout le monde peut en fabriquer - et en fabrique d'ailleurs actuellement -, que Sanofi n’a donc rien à gagner à cette affaire contrairement à son concurrent Gilead). Ayant suivi il y a peu la question des pesticides, j'avais l'habitude de lire des choses beaucoup plus sérieuses de la part de ce journaliste qui sait pertinemment que des enjeux financiers et des guerres de laboratoires se cachent aussi derrière tout ça puisqu'il l'a montré lui-même sur d'autres sujets. Grosse déception.

14 avril (bis) : plusieurs commentateurs de ce billet indiquent que les traitements à la chloroquine présentent des effets secondaires tellement dangereux que cela déconsidère le protocole Raoult. Après l'argument de la méthode, c'est le deuxième argument "choc" car il est évident que si un traitement fait plus de mal que de bien, il faut l'arrêter immédiatement. Mais en quoi cet argument est-il pertinent ici ? On a déjà évoqué le cas de la Suède ci-dessus, on n'y revient pas. On trouve aussi dans les médias celui du Brésil, car une étude sur l’hydroxychloroquine menée à l’hôpital public de Manaus aurait été arrêtée du fait du grand nombre de morts. Or cette "information" n'en est pas une. La réalité est complexe, et ce sont les idées trop simples qui nous tuent. En réalité, seule une partie de cette étude a été arrêtée parce qu'elle utilisait un dosage beaucoup trop élevé d'hydroxychloroquine, provoquant de nombreux accidents cardiaques mortels. Certains critiques farouches mais un minimum instruits du protocole Raoult le reconnaissent très clairement : "jamais une telle quantité d’hydroxychloroquine, même associée à des antibiotiques, n’a été recommandée dans aucune étude antérieure, même les plus préliminaires (...). Cette étude brésilienne n’est donc pas vraiment à prendre pour exemple pour évoquer la pertinence ou non d’un traitement potentiel à base d’hydroxychloroquine. La seule chose qu’elle peut montrer, c’est à quel point même les essais cliniques doivent être bien encadrés et menés avec précaution sur ce composé aux potentialités éminemment toxiques".

14 avril (ter) : sur un autre blog de Mediapart, on trouve la relation de l'expérience empirique pragmatique menée dès fin février par une autre médecin, Mme Sabine Paliard-Franco, en Isère, sur ses premières dizaines de cas patients infectés. Elle teste des traitements pour éviter la surinfection et l’inflammation conduisant à l'hospitalisation. Elle utilise surtout des antibiotiques de la même famille (les macrolides) que celui du protocole Raoult. Elle explique ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. Ses résultats sont apparemment très forts. N'est-ce pas cela la médecine d'urgence dont nous avons besoin ?

14 avril (quater) : selon Le Parisien, l'AP-HP aurait lancé une nouvelle étude baptisée PrEP COVID qui viserait à étudier l'évolution de 900 soignants à qui on administrerait pendant 40 jours de l'hydroxychloroquine, de l'azithromycine ou un placebo en prévention de la maladie. Ses résultats sont attendus dans environ 70 jours selon son responsable, le Pr Jean-Marc Tréluyer. Je ne comprends pas le propos de cette étude. Est-ce une diversion de plus ? On suivra les éventuels résultats bien sûr.

15 avril : de manière générale, je constate que le ton dominant des commentateurs du débat public (donc des élites dominantes) sur tout ceux qui prennent un minimum au sérieux ce que raconte le prof. Raoult, est la moquerie voire le mépris. Une telle assurance m'étonne beaucoup. Encore plus quand elle se pare des habits de la Science. Pour paraphraser Aristote, je suis au contraire persuadé que la science commence avec le doute. L'argument numéro 1 de ces commentateurs qui voudraient fermer le débat consiste à répéter en boucle que la première étude de l'équipe Raoult (datée du 20 mars) n'est pas méthodologiquement probante. Et, on l'a déjà dit, c'est tout ou en partie exact (ce n'est pas à moi d'en juger). L'équipe de Raoult reconnaît elle-même que l'étude a été faite dans l'urgence et ne démontre pas vraiment son hypothèse. On devrait donc scientifiquement en conclure que le doute persiste et non que la réponse à la question posée est négative. Et puis il y a eu d'autres étude depuis, à Marseille, ailleurs en France et dans d'autres pays. Qui les a lues ? Qui en parle ? Qui commente leur méthodologie ? Personne. Je ne prétends évidemment pas avoir le fin mot de l'histoire. Mais je suis sûr de deux choses : 1) ces commentateurs sont bien prétentieux et peu scrupuleux, ils ferment une question alors que l'honnêteté commande de la laisser ouverte pour la creuser, 2) quand on lit d'autres études parues dans des revues médicales, on est très surpris de constater que la méthodologie n'a rien de stable et que beaucoup d'autres médecins se permettent de tirer des conclusions sur un savoir pourtant bien mince. J'ai lu par exemple aujourd'hui deux études françaises parues fin mars en Anglais, la première dans le International Journal of Antimicrobial Agents, la seconde dans Médecine et Maladies Infectieuses. La première porte sur le suivi de 6 patients hospitalisés, la seconde sur 11 patients hospitalisés, presque tous à un stade très avancé de la maladie. Et les deux concluent allègrement (et titrent bien sûr) que l'hydroxychloroquine est sans effet. Si on voulait sérieusement critiquer la méthode des études médicales, il me semble qu'il y a de quoi faire ! Et la moindre des objectivités serait de ne pas réserver son vertueux sens critique au seul docteur Raoult.

15 avril (bis) : dans une interview accordée à RFI, le président Macron revient sur sa visite de l'institut du prof. Raoult à Marseille (voir l'actu du 9 avril). Il déclare : "Moi, je ne suis pas médecin. Je ne suis pas spécialiste des maladies infectieuses comme le Pr Raoult, pour qui j’ai beaucoup de respect et que je suis en effet allé voir, pour comprendre et m’assurer que ce qu’il proposait était bien testé dans le cadre des essais cliniques. (...) Moi, mon rôle, c’est de m’assurer que ce sur quoi il travaille, et c’est vraiment une de nos plus grandes sommités en la matière, rentrait bien dans le cadre d’un protocole d’essai clinique, qu’on pouvait aller vite pour s’assurer, en tout cas regarder, avec des méthodes qui doivent être simples mais rigoureuses, si ça marchait ou ne marchait pas. (...) La combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, parce qu’il n’y a pas que l’hydroxychloroquine qui est proposée, c’est une bithérapie que propose le Pr Raoult, il faut qu’elle soit testée. Lui l’utilise et a son propre protocole. Il y a un protocole qui a été autorisé par les autorités compétentes à Montpellier. Et il faut qu’on avance, qu’on montre l’efficacité et qu’on mesure la toxicité". Il est donc beaucoup plus prudent qu'une partie des gens qui le conseillent officiellement et que la plupart des journalistes qui prétendent dire ce qui est vrai ou faux en la matière (ah, la mode du fact checkink... quelque chose me dit qu'on va en reparler dans de prochaines actualités). La presse People indique aussi depuis plusieurs jours que le président Macron et sa femme ont dans leur entourage proche des personnes infectées soignées par le protocole de D. Raoult, comme c'est massivement le cas aussi pour les élites politiques dans la région Sud. En bref, il doit être un peu perdu. Il y a de quoi d'ailleurs, comme le rappelait hier à juste titre la philosophe Nathalie Depraz. 

15 avril (ter) : information très importante (qui recoupe celle du 14 avril ter), je découvre avec retard un article du Parisien intitulé "Coronavirus : trois médecins généralistes pensent avoir trouvé un possible remède". Trois médecins généralistes du nord de la France, qui échangeaient sur un groupe Facebook à propos du protocole de D. Raoult, ont testé plusieurs centaines de patients avec un traitement composé non pas d'hydroxychloroquine (puisqu'ils n'ont pas le droit de l'utiliser !) mais d'azithromycine (l'antibiotique que Raoult combine avec l'hydroxychloroquine). Ils ajoutent du zinc pour démultiplier son effet. Le traitement doit être administré dès les premiers symptômes. Les résultats sont très bons. J'entends les résultats concrets observables en direct sur l'état des patients, pas les résultats des grandes études dites "scientifiques" bien sûr. On y reviendra certainement très bientôt. En attendant, la question qui se pose désormais est peut-être celle des antibiotiques plus même que celle de la chloroquine.

15 avril (quater) : confirmation du point précédent dans cette vidéo assez émouvante d'un médecin de ville parisien qui crie aux malades de ne pas désespérer et qui confirme au passage que les médecins de ville utilisent de plus en plus des antibiotiques "après avoir été paralysés pendant un mois" par l'interdiction officielle de prescrire en fin de compte autre chose que du Doliprane...

16 avril : je lis dans Le Monde l'interview du pédiatre et immunologiste Jean-Laurent Casanova qui dirige avec le généticien Laurent Abel le Laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses, et qui fait partie du Conseil scientifique du Covid-19. Son intervention est  intéressante car elle ajoute un élément de complexité à la réflexion sur le traitement médical du Covid-19, en faisant l'hypothèse que les maladies infectieuses ont parfois aussi une base génétique. Cela pourrait expliquer notamment les rares cas de décès de patients jeunes.

16 avril (bis) : je lis une nouvelle étude parue dans Nature Reviews Immunology le 14 avril. Il s'agit de "un essai clinique randomisé en double aveugle sur 62 patients pour évaluer l'efficacité de l'hydroxychloroquine (HCQ) dans le COVID-19 léger". Ses conclusions sont très prudentes (bravo !) : "Cette étude suggère une efficacité relative pour les patients atteints d'une maladie légère et justifie des essais cliniques plus importants, mais les effets de la HCQ sur les patients atteints d'une COVID-19 plus grave restent inconnus".

Je lis aussi un article de Reflets.info qui signale que la base online de l'US National Library of Medecine (ClinicalTrials) recense déjà près de 300 essais à prétention scientifique sur la question du traitement médical du Covid, de valeur évidemment très inégale. A quand les première revues générales solides ?

De manière générale, comme le dit le dernier communiqué du collectif "Laissons les médecins prescrire" : "La maladie présente au moins deux phases d'évolution. Une phase précoce pendant laquelle il faut agir sur la charge virale, une phase secondaire inflammatoire et hypoxémiante". "hypoxémiante" signifie : diminuant la quantité d'oxygène dans le sang. C'est donc bien dans la première phase que le protocole Raoult ou ses dérivés que l'on signale au fil des jours peuvent être efficaces. C'est pourquoi l'autoriser sur les patients hospitalisés (qui sont donc en train d'évoluer vers la phase 2) n'a pas d'intérêt. C'est la prescription en phase 1 par les médecins de ville que le collectif réclame.

17 avril : je lis dans la presse que, sur les conseils de la Chine, la Russie vient d'autoriser le traitement des patients atteints de Covid-19 avec l'hydroxychloroquine. L'agence russe du contrôle des services médicaux est chargée d'assurer un suivi pour s'assurer de la sécurité et de l'efficacité du médicament. L'article est très peu détaillé. On ne connaît pas le protocole exact.

18 avril : je découvre avec retard, grâce à un autre blog de Mediapart, cette information passée totalement inaperçue (car contradictoire avec la vision archi-dominante chez les journalistes). L'AP-HP (les hôpitaux de la région parisienne, formant ensemble le plus gros centre hospitalo-universitaire d'Europe) a lancé le 14 avril un très gros "essai randomisé pour tester la prévention de l'infection COVID chez les soignants par l'hydroxychloroquine et par l'azithromycine", c'est-à-dire pour tester le protocole Raoult. Ah bon, je croyais que c'était un charlatan ou un faussaire ? Neuf hôpitaux vont participer à l'étude (Ambroise-Paré, Avicenne, Broca, Cochin, Necker Enfants malades, européen Georges-Pompidou, Saint-Antoine et Pitié-Salpêtrière) qui portera sur 900 personnels de santé. Le communiqué de l'AP-HP est à lire ici. On peut toutefois regretter que "l’essai à trois bras vise à évaluer, versus placebo, l’impact de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine sur la prévention de la contamination par le SARS-CoV-2 chez les personnels hospitaliers de l’AP-HP à 40 jours de traitement". On rappelle en effet que l'intérêt du protocole Raoult réside dans le fait qu'il s'agit d'une bi-thérapie. Pourquoi n'y a-t-il pas un quatrième bras de l'étude qui teste l'association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine versus placebo ?

19 avril : je lis l'interview d'Edgar Morin (un de mes maîtres) dans Le Monde du jour. Il dit : "les citoyens, d’abord rassurés, surtout à l’occasion du remède du professeur Raoult, découvrent ensuite des avis différents et même contraires. Des citoyens mieux informés découvrent que certains grands scientifiques ont des relations d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique dont les lobbys sont puissants auprès des ministères et des médias, capables d’inspirer des campagnes pour ridiculiser les idées non conformes". Puis aussi : "Les théories admises tendent à devenir dogmatiques dans les sommets académiques, et ce sont des déviants (...) qui font progresser les sciences. C’est que les controverses, loin d’être anomalies, sont nécessaires à ce progrès. Une fois de plus, dans l’inconnu, tout progresse par essais et erreurs ainsi que par innovations déviantes d’abord incomprises et rejetées. Telle est l’aventure thérapeutique contre les virus. Des remèdes peuvent apparaître là où on ne les attendait pas". En puis aussi : "La science est ravagée par l’hyperspécialisation, qui est la fermeture et la compartimentation des savoirs spécialisés au lieu d’être leur communication. Et ce sont surtout des chercheurs indépendants qui ont établi dès le début de l’épidémie une coopération qui maintenant s’élargit entre infectiologues et médecins de la planète. La science vit de communications, toute censure la bloque". Je sais pas pourquoi, mais tout ça me parle comme dirait l'autre.

20 avril : je découvre sur Mediapart (décidément, un des rares endroits dans la presse quotidienne où l'on peut réellement s'informer - sauf peut-être sur la question que nous traitons dans cette enquête sans lien - hélas - avec la rédaction), le remarquable travail de mon collègue Francois Amblard (physicien et biologiste, directeur de recherche au CNRS, entouré d'une petite équipe sur ce travail) sur la gestion de la crise du Covid-19 en Corée du Sud. Au chapitre des traitements, je lis qu'en l'absence de consensus sur l’hydroxychloroquine, les autorités de santé coréennes ont décidé de faire confiance aux médecins de ville qui ont donc la liberté de prescrire. Il ajoute : "En tout état de cause, aucune polémique ne s’est développée ici sur le sujet, et chacun est à l’œuvre, du bas vers le haut, des praticiens vers les autorités, pour trouver au plus vite un consensus thérapeutique face à la maladie". On peut aussi l'écouter dans la vidéo de l'émission quotidienne de Mediapart "A l'air libre". Je note enfin que F. Amblard préconise de se servir de l'exemple sud-coréen (test, quarantaine, traitement) pour la politique sanitaire à appliquer dans les départements français d'outre-mer.

20 avril (bis) : Statistique. Je publie ce jour sur ce blog l'étude statistique de l’économiste Maxime Izoulet qui suggère que les pays utilisant des médicaments antipaludiques (type chloroquine) comme traitement depuis le début de l'épidémie connaissent probablement moins de morts que ceux qui n'en utilisent pas. C'est un indice intéressant et qui ne peut pas être balayé d'un revers de la main par quiconque prétend rechercher l'objectivité. J'en publierai un deuxième, plus important encore, d'ici 2 ou 3 jours.

21 avril : Méthode scientifique. Je découvre ce jour deux articles sur le traitement du Covid-19. Le premier, intitulé "Compassionate Use of Remdesivir for Patients with Severe Covid-19", est paru le 10 avril dans le célèbre New England Journal of Medicine. Il est signé par une trentaine d'auteurs dont trois français. Le second est la nouvelle étude de l'équipe de D. Raoult à l'IHU de Marseille. Intitulée "Early treatment of 1061 COVID-19 patients with hydroxychloroquine and azithromycin, Marseille, France", elle est consultable en pre-print sur le site de l'IHU. Le premier article ne cache pas qu'il a été promu par le laboratoire Gilead. Il repose sur l'analyse de 53 patients atteints de formes sévères du Covid-19, piochés dans plusieurs dizaines de centres hospitaliers, qui sont traités pendant 10 jours avec du Remdesevir dans une étude non contrôlée. De plus l'étude n'a procédé à aucun "monitorage" (traduisons : suivi de l'évolution) de la charge virale. L'article de l'équipe Raoult repose sur l'analyse de 1 061 patients atteints de Covid-19, traités et suivis à Marseille à l'IHU et dans d'autres hôpitaux (lesquels ?) et suivis jusqu'à la fin de l'essai thérapeutique (guérison, aggravation ou décès). Ils ont "monitoré" la charge virale. Tous les patients sauf 1 n'avaient plus de virus détectable à 15 jours de traitement. Ainsi, le premier article, publié dans une revue prestigieuse, est une sorte de bricolage de population d'enquête sans suivi médical, signé par une trentaine d'auteurs de pays différents pour le compte d'un laboratoire. Le second est suivi d'une cohorte de près de 2 000 patients (1 061 retenus dans le test final) par les équipes hospitalières qui les prennent en charge dans une seule ville. La comparaison me semble très intéressante. Quant aux résultats en termes de taux de décès, je laisse aux lecteurs encore plus curieux le soin de le découvrir en cliquant sur les liens indiqués.

22 avril : ça y est, les États-Unis ont publié à leur tour leurs Medical Guidelines. Elles laissent aux médecins la liberté de prescrire le traitement de leur choix aux patients infectés.

23 avril : Le Monde publie un nouvel article titrant "nouvelle alerte sur les effets indésirables de l’hydroxychloroquine". Son contenu est en partie repris peu de temps après par Mediapart qui le met à la Une. L'article de Pascale Pascariello ("Chloroquine: de plus en plus de complications cardiaques signalées") est - il faut hélas le dire - indigent (vidéo cinglante ici, je ne connais pas ce youtubeur). C'est très étonnant. Ce médicament antipaludique est donc devenu soudainement dangereux alors qu'il est utilisé massivement dans le monde depuis des décennies. Nous devrons y consacrer un volet de notre petite enquête.

23 avril (bis) : (cherchez l'erreur) le même jour, la presse italienne nous apprend que dans le Piémont (une des régions les plus touchées par la pandémie), le Plaquénil (hydroxychloroquine) va être distribué gratuitement à la population dans 1 500 pharmacies.

23 avril (ter) : malgré la polémique déclenchée par Trump aux USA (l'autre pays, avec le nôtre, où la question du traitement médical du Covid est bêtement devenue une polémique emplie d'émotions), dans l'état du New Jersey, les associations de médecins et de patients réclament la liberté de prescrire dès le dépistage de l'infection.

23 avril (quater) : je publie aujourd'hui sur ce blog avec Christophe Basile (Université Grenoble Alpes) une analyse des statistiques de la mortalité hospitalière fait apparaître une « anomalie » : la sous-mortalité du département des Bouches-du-Rhône (dont on rappelle que le chef-lieu est Marseille). La chose est visible depuis de nombreux jours dans ces données publiques. Comment se fait-il qu'aucun journaliste n'y ait consacré le moindre article ni même posé la question quelque part ? Encore un indice très intéressant pourtant, qui là encore ne présume pas de l'explication, mais que tout commentateur prétendant à l'objectivité devrait prendre en compte et interroger.

24 avril : mini-panique médiatique en France. On vient d'apprendre que l'armée a acheté à la Chine un stock de chloroquine. Pragmatiques comme c'est généralement le cas (ça me rappelle leur position sur la laïcité que je cite dans mon dernier livre), les militaires expliquent qu'il s'agit de "un achat de précaution, si jamais la chloroquine se révélait validée par les autorités de santé comme étant utile pour lutter contre le Covid-19". L'article de France Info qui traite le sujet (comme la totalité des autres articles de presse que j'ai vu passer sur le sujet) rappelle bien entendu longuement combien est grande la suspicion (française) contre ce médicament. Le diable se cacherait-il dans le détail : je note que l'article indique en passant que le ministère des armées a fait cet achat "tout en déclarant qu'il suivait l'avis des autorités de santé". Ah bon ? quelles autorités ? Bizarrement le journaliste n'a pas questionné ce point.

24 avril (bis) : en Australie, la Fondation Palmer a acheté 33 millions de doses d'hydroxychloroquine et en a fait don à la Réserve médicale nationale.

25 avril : en Inde, dans la région de Maharashtra (plus de 115 millions d'habitants, capitale Mumbai - ex Bombay), l'usage de l'hydroxychloroquine va être généralisé préventivement à toutes les personnes mises en quarantaine dans les zones où le nombre de cas de Covid-19 est élevé.

26 avril : je découvre dans Le Monde un article signé Sandrine Cabut (voir un précédent le 10 avril). Il est consacré au Dr Yazdan Yazdanpanah, Infectiologue, chef de Service des maladies infectieuses à l'hôpital Bichat (Paris), présenté à raison comme "l’un des acteurs-clés dans la gestion de la crise du Covid-19" (il est membre à la fois du Conseil scientifique et le Comité analyse recherche et expertise), qui travaille main dans la main avec son adjoint le professeur Xavier Lescure. Tous deux sont de farouches opposants à Raoult. L'article est une sorte de portrait apologétique. On est pas loin de la presse People. Ses liens avec l'industrie pharmaceutique sont évacués à la fin de l'article (« Depuis 2017, j’ai tout arrêté. Mes frais de congrès sont payés par l’Inserm ou l’hôpital ; et les déjeuners, j’évite »). Ceux toujours bien vivants de son confrère X. Lescure avec le laboratoire Gilead (d'où la publication récente dans le NEJM d'un article dont le promoteur est Gilead) ne sont même pas évoqués. C'est consternant. Au passage, on apprend que le Dr Yazdanpanah a lui-même été infecté et qu'il se rétablit doucement (tant mieux), la journaliste n'ayant pas eu la présence d'esprit de lui demander comment il s'était soigné.

27 avril : l’Agence médicale danoise vient de faire un recensement mondial des études en cours sur le traitement médical du Covid-19. Nous allons analyser ce document.

28 avril : je publie avec deux médecins et un chercheur de l'université de McGill un petit bilan provisoire des recherches internationales sur le traitement du Covid-19 et sur les mises à l'épreuve du protocole de l'IHU de Marseille. Nous observons que, en réalité, ce protocole n'est pas réellement soumis à vérification et que les autres études régulièrement mises en avant dans les médias sont encore plus critiquables que celles de l'IHU. On s'interroge en conclusion sur ce quasi unanimisme médiatique et sur les raisons de la position du gouvernement français encore rappelée au Sénat par le ministre de la santé il y a quelques jours.

30 avril : le collectif "Laissons les médecins prescrire" publie un Rapport sur l’étude rétrospective chez 88 sujets avec 3 approches thérapeutiques différentes (traitement symptomatique / azithromycine / azithromycine + hydroxychloroquine), qui inclut des "recommandations diagnostiques et thérapeutiques à l’usage de leurs consœurs et confrères". L'étude porte sur un nombre trop peu élevé de patients (n=88) pour se permettre d'affirmer quoi que ce soit de définitif. Au vu des différences significatives d'évolution de la maladie entre le groupe à traitement symptomatique et les deux autres, elle conclut néanmoins qu'il est recommandable d'utiliser les deux protocoles étudiés (azithromycine seule et association hydroxychloroquine/azithromycine). Elle indique en outre que "aucun événement indésirable cardiologique n’a été signalé dans les 3 groupes".

1 mai : je lis une étude américaine (Northwel) menée du 1er au 23 mars dans trois hôpitaux, sur 201 patients hospitalisés, visant à tester les effets cardiaques de l'administration de la chloroquine, de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine. Résultats : une prolongation de l'intervalle QT mais aucun décès. Si contrôlé, le traitement n'est pas risqué.

2 mai : je lis un article sur le site Aube Digitale (que je ne connaissais pas) qui donne des informations très intéressantes sur le débat médical aux États-Unis. "Dans une lettre adressée au gouverneur de l’Arizona, l’Association des médecins américains (Association of American Physicians and Surgeons) présente un tableau fréquemment mis à jour des études qui font état des résultats des traitements du COVID-19 avec les médicaments antipaludéens chloroquine et hydroxychloroquine". Ceci indique que, à distance du clivage introduit par Trump, et à distance de New York aussi sans doute, beaucoup de médecins américains sont excédés par la diabolisation de ces vieux médicaments et qu'ils les prescrivent massivement, essayant de convaincre les gouverneurs des états les uns après les autres.

5 mai : le Journal International de Médecine indique qu'une équipe chinoise a publié les résultats d’une étude destinée à évaluer l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints d’une forme grave de Covid-19. L'étude rétrospective inclue 568 patients atteints d’une forme grave du syndrome respiratoire aigu, sous assistance respiratoire. Les résultats montrent que l’administration d’hydroxychloroquine à une petite partie de ces patients (n=48) est associée à une réduction significative de la mortalité. Il s'agit toutefois d'un pre-print et le groupe HCQ est assez petit.

5 mai (bis) : une étude espagnole (hôpital central de défense "Gómez Ulla" de Madrid), sur une cohorte de 166 patients de 18 à 85 ans hospitalisés avec COVID-19. Conclut que "l'hydroxychloroquine a augmenté la survie cumulée moyenne dans tous les groupes de 1,4 à 1,8 fois" et que ces résultats sont d'autant plus forts que la maladie a été traitée à un stade précoce. 

6 mai : très intéressant débat vidéo sur MedScape entre 4 grands médecins (Dr Walid Amara, Pr Leila Abid, Pr Mohamed Chettibi, Pr Said Chraibi) des trois pays du Maghreb. Expliquent pourquoi l'épidémie est bien contrôlée dans leurs pays. Confirmation de l'usage massif de l'hydroxychloroquine au Maroc. Sur l'Algérie, lire aussi l'interview du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Pr. Abderrahmane Benbouzid, qui affirme que les indicateurs d’utilisation du protocole thérapeutique à base de Chloroquine contre le COVID-19 permettent de réduire la mortalité.

6 mai (bis) : Le fabricant de produits pharmaceutiques Accord Healthcare déclare qu'il va commencer à fabriquer de l'hydroxychloroquine (COVID-19) au Royaume-Uni pour lutter contre les pénuries potentielles dans le contexte de la pandémie.

7 mai : l'IHU de Marseille publie une méta-analyse (14 études recensées sur le sujet) qui conclut que "les dérivés de la chloroquine sont efficaces pour améliorer les résultats cliniques et biologiques mais, plus important encore, elle réduit la mortalité d'un facteur de 2 à 3 chez les patients infectés par COVID-19".

7 mai (bis) : très intéressante tribune du Dr Claude Escarguel (microbiologiste, ancien président du Syndicat des praticiens des hôpitaux générau) dans Le quotidien du médecin. Évoquant "la compilation des résultats obtenus par 4 médecins généralistes du grand Est sur une cohorte de 700 malades", il estime que "l'hydroxychloroquine est utile dans le traitement mais uniquement à titre curatif dans la phase 2 de la maladie lors de l'orage citokinique" et que ce serait l'azithromycine qui jouerait "un rôle capital dans la prévention des complications". Il en livre une explication biologique. Hélas, cette étude serait pour le moment confidentielle en raison des menaces reçues par ces médecins de la part des autorités (Ordre et ANSM). Du coup, il n'y a aucune référence et aucun moyen de vérifier tout ça.

7 mai (ter) : on apprend par France 3 régional que l'étude COVIDOC coordonnée par le Dr. Jacques Reynes au CHU de Montpellier a du plomb dans l'aile car elle ne parviendrait pas à avoir suffisamment de patients à tester. Décidément, après l'échec de DISCOVERY, cela commence à faire beaucoup. Et cette étude des CHU occitans coordonnée à Montpellier était la seule testant en partie le protocole Raoult... (voir notre bilan du 28 avril sur ce blog)

8 mai : lu dans Le Point, interview d'un médecin parisien, le Dr Arry Boujenah, qui déclare suivre plusiurs dizaines de personnes avec le protocole Raoult et l'ajout de Zinc. "Bien entendu, je prescris l'hydroxychloroquine (associé à l'azithromycine et au zinc), car, à l'heure actuelle, à moins de prouver le contraire, c'est un traitement tangible et efficace à prescrire dès les premiers symptômes en associant éventuellement des anticoagulants ainsi qu'une surveillance stricte du patient. En effet, cette association d'action virucide et anti-inflammatoire évitera à une grande majorité de patients un passage en réanimation. L'hydroxychloroquine n'est pas un poison, c'est un médicament qui a été largement prescrit par notre profession, et le diaboliser reviendrait à remettre en question toute notre déontologie". A lire depuis plus d'un mois les commentaires sous les articles de la presse médicale et sur les blog des médecins, cet avis est très largement partagé dans la profession.

8 mai : toujours dans Le Point, production massive d'hydroxychloroquine en Syrie : "un médicament antipaludique sur lequel les autorités misent pour soigner les patients contaminés par le nouveau coronavirus".

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