Pourquoi nous faisons grève

Nous, salarié·e·s de Mediapart, nous déclarons aujourd’hui en grève contre la réforme des retraites. Par cette action, nous affirmons notre soutien à toutes celles et ceux qui s’impliquent dans cette lutte depuis décembre.

Nous, salarié·e·s de Mediapart, nous déclarons aujourd’hui en grève contre la réforme des retraites imposée par le gouvernement. Nous cessons le travail pour nous joindre à la manifestation qui doit démarrer au moment où le projet de loi sera présenté en conseil des ministres. Nous refusons la transformation de notre actuel régime des retraites, aussi imparfait soit-il, en système à points qui réduira le niveau des pensions et reculera l’âge de départ de l’activité professionnelle. Ce nouveau dispositif serait bien plus inégalitaire et créateur d’insécurité, en particulier pour les travailleuses et travailleurs précaires.

Par cette action, nous affirmons notre soutien et notre solidarité aux cheminot·e·s, enseignant·e·s, personnels de santé, salarié·e·s de l’industrie, avocat·e·s, danseur·e·s, employé·e·s du numérique, chercheur·e·s, et à toutes celles et ceux qui s’impliquent dans cette lutte depuis décembre.

Pour rendre visible cet engagement collectif, partagé par tous les métiers de notre entreprise (équipe technique, marketing, communication, service abonnés, administration, journalistes), nous avons pris la décision exceptionnelle d’arrêter de publier des informations sur notre site, aujourd’hui vendredi 24 janvier, entre 9 heures et 19 heures.

C’est la première fois dans l’histoire de notre journal, depuis sa création en 2008, que nous délaissons nos claviers et bouclons nos ordinateurs. Nous fermons symboliquement Mediapart pour nous consacrer à la mobilisation et pour casser le flux routinier des nouvelles, des enquêtes et des reportages. C’est un geste solennel en réponse à la violence autoritaire de l’État, qui emploie tous les moyens en son pouvoir pour passer en force sa réforme.

Pendant toute une journée, de 9 heures à 19 heures, l’intégralité de notre site, de son journal et de son club, sera consacrée au mouvement contre la réforme des retraites. Tous ses articles seront en accès libre, afin de partager avec le plus grand nombre le résultat de notre travail, dans les semaines précédentes, de couverture et d’analyse de cette question essentielle.

Jeudi 23 janvier, une quarantaine de salarié·e·s de l’entreprise, sur 87 équivalents temps plein au total, ont voté pour mettre Mediapart en grève, à Paris, à Poitiers, où exerce le service des relations avec les abonné·e·s ou encore à Montpellier, où nous comptons une équipe de développeurs. Au total, 56 personnes ont participé à cette assemblée générale, en l’absence des mandataires sociaux. Six d’entre elles ont voté contre la grève, et huit se sont abstenues. Finalement, 45 salarié·e·s, soit un peu plus de la moitié de l’équipe, se sont déclaré en grève pour ce vendredi 24 janvier.

A été décidé au consensus qu’un large bandeau « des salarié·e·s de Mediapart en grève » serait publié en Une du site. La proposition a été mise au vote : une seule personne s’est prononcée contre. Vingt-quatre votant·e·s ont validé l’idée de consacrer toute la home de Mediapart à la couverture du mouvement social, contre neuf qui préféraient que le site continue de couvrir l’actualité du jour.  

Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, le 5 décembre, 28 personnes, tous métiers confondus, ont fait grève à Mediapart, de manière ponctuelle ou répétée. Régulièrement, des AG ont été organisées. La section CGT du journal a ouvert une caisse de solidarité qui a été abondamment alimentée. 2 200 euros ont été collectés tout au long de ces semaines de lutte. À ce jour, 100 % du montant a été reversé, en priorité aux grévistes qui touchent les plus bas salaires de l’entreprise.

Un point a particulièrement fait débat lors de notre dernière AG : comment faire grève et en même temps, poursuivre notre engagement en tant que journal, comment continuer à remplir notre mission d’intérêt général, notre devoir d’informer en couvrant ce mouvement social historique. 

Comment cesser le travail sans éteindre la lumière jetée sur la mobilisation sociale ? Bien souvent, dans les médias, la réponse est mécanique : pas la peine de faire grève, notre engagement s’accomplit dans l’exercice de nos missions journalistiques. C’est avec cette coutume qu’un certain nombre de salarié·e·s de Mediapart ont voulu rompre. 

Et la rupture est venue en grande partie des services opérationnels. Des collègues des services marketing/communication, abonnements, technique qui ont été des moteurs de cette mobilisation interne historique et qui ont conduit les journalistes à questionner leurs usages habituels : « Je ne fais pas grève car je soutiens le mouvement en le couvrant. »

Nous sommes aussi inspiré·e·s et solidaires des initiatives impulsées par les travailleuses et travailleurs du numérique autour de l’appel « On est la tech ». Les community managers de Mediapart ont occupé les réseaux sociaux du journal de façon originale. Des personnels en lutte de Openedition, portail de publications scientifiques, ont bloqué l’accès à leur plateforme pendant 24 heures. Des groupes de discussions se sont créés.

Pour le 24 janvier, plusieurs sites ont annoncé leur participation à  une action de blocage et d’occupation de plateformes numériques : Open edition, Tenk (occupation de la Une par un documentaire et des RS), Volume !, la revue des musiques populaires (affichage d’un texte de grève et de soutien), la Revue francophone sur la santé et les territoires (affichage d’un texte de grève). La rédaction de Mediapart est également signataire de la tribune « Nous journalistes grévistes et solidaires du mouvement contre la réforme des retraites ».

Avec cette réforme des retraites, nous nous affrontons à la question sociale la plus centrale que l’on puisse imaginer : le travail, le temps de vie, la solidarité collective. C’est au nom de l’importance de ces enjeux, que nous choisissons de cesser notre activité. Et c’est ensemble que nous défilerons contre le projet du gouvernement et pour une société plus juste.

 

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