L’Absurdistan autoritaire, de plus en plus absurde et de plus en plus autoritaire

Le décret étendant l’obligation de présenter le passe sanitaire pour accéder aux établissements, lieux et évènements de loisirs accueillant plus de 50 personnes a été publié le 19 juillet. C'est confirmé : Ubu est définitivement détrôné.

L'article 1er de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire autorisait le Premier ministre à « subordonner l'accès des personnes à certains lieux, établissements ou événements impliquant de grands rassemblements de personnes pour des activités de loisirs ou des foires ou salons professionnels » à la présentation du passe sanitaire. Lors du débat parlementaire, Mme Braun-Pivet, députée LREM et présidente de la Commission des Lois fit adopter un amendement qui excluait l’application de cette disposition « aux activités du quotidien ». Elle citait notamment parmi celles-ci l’accès à un restaurant ou à un cinéma (voir ici). Alors qu'au même moment, l'épidémie repartait déjà fortement à la hausse au Royaume-Uni, le Premier ministre célébrait le 16 juin « un moment heureux de retour à une forme de vie normale ».

Dans cet Absurdistan autoritaire qu'est devenu ce pays, gouverner, c'est ne jamais rien prévoir. Un mois après le « moment heureux », M. Castex nous avertit donc aujourd'hui que « des moments difficiles attendent notre pays ». Dans les jours qui viennent, il nous sera donné d'apprécier à nouveau la souplesse d’échine de Mme Braun-Pivet et des députés LREM qui vont nous expliquer pourquoi ce qui n’était pas acceptable dans un État démocratique en mai est devenu parfaitement légitime en juillet. Le récent pèlerinage à Lourdes du président de la République explique peut-être ce miracle.

Le 19 juillet, le Premier ministre a en effet pris un décret rendant obligatoire ledit passe sanitaire pour accéder à tous les établissements de loisirs accueillant plus de 50 personnes. Sauf à considérer qu’aller au cinéma équivaut désormais à participer à « de grands rassemblements de personnes », ce décret viole manifestement la loi votée par le Parlement. En toute logique, le Conseil d’État devrait donc donner suite à la demande de suspension en référé déposée ce matin mais on peut lui faire confiance pour faire traîner les choses afin de ne pas embarrasser le gouvernement.

Outre qu'il confirme une fois de plus que le gouvernement s’essuie les pieds sur la loi votée par le Parlement, ce décret et le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire qui vient d’être adopté par le Conseil des ministres contiennent d’autres pépites. Tandis que les préfets sont en train de prendre à tour de bras des arrêtés réimposant le port du masque à l’extérieur, le décret supprime cette obligation dans les lieux fermés dont l’accès est conditionné par le passe sanitaire. Dès lors que vous en disposez, vous pouvez vous entasser sans masque dans un lieu public et « en même temps » vous devrez bientôt le porter pour promener votre chien dans une rue déserte. En prévision d’un week-end de fête, vous pouvez faire un test PCR le jeudi soir ; obtenir votre passe sanitaire le vendredi si le résultat est négatif puis passer vos soirées du week-end en boite de nuit, sans masque. Avant de contaminer vos proches dès le lundi. Aucun doute : le Grand Épidémiologiste qui gouverne l’Absurdistan et les Diafoirus qui l’entourent sont des génies.

Enfin, il y a la question des contrôles : qui sera habilité à contrôler le passe sanitaire et à vérifier l’identité de son détenteur ? Dans l’avis très critique que la Défenseure des droits vient de rendre, elle souligne « l’ampleur des atteintes aux droits et libertés fondamentales prévues par ce projet de loi » et critique « le choix d’octroyer à des entreprises publiques et privées une forme de pouvoir de police, assurant elles-mêmes les contrôles de la détention d’un passe sanitaire. (…) Ce contrôle devrait relever des autorités publiques ». Le gouvernement va s’assoir sur son avis, bien évidemment, car les avis de la Défenseure des droits, c’est comme les lois votées par les godillots LREM : M. Macron n’en a strictement rien à faire.

Toutefois la question demeure puisque ni les forces de police ni les agents de sécurité privés ne seront soumis à l’obligation de présenter un passe sanitaire pour pénétrer dans les établissements dans lesquels ils précéderont au contrôle … des passes sanitaires. Les idées d’extrême-droite étant majoritaires chez les policiers et les anti-vaccins très nombreux à l’extrême-droite, leur imposer la vaccination était un risque que le ministre de l’Intérieur s’est courageusement gardé de prendre. Quant à leur chatouiller les narines tous les trois jours, n'y songez même pas. Car, comme tous les régimes autoritaires, celui de M. Macron est extrêmement attentif à toujours « protéger ceux qui le protègent ». Ceux dont la mission est de surveiller et punir.

 © Fred Sochard © Fred Sochard

Mes remerciements à Fred Sochard à qui j'ai emprunté ce dessin.

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