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Billet de blog 13 avr. 2022

J’ai voté Mélenchon... la mort dans l’âme

Dimanche, vers onze heures du matin je me suis résolu à glisser dans l’urne un bulletin portant le nom de J.L. Mélenchon... La mort dans l’âme.

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J’ai exprimé depuis fort longtemps ma défiance à l’égard de ce politicien, je dis bien politicien, sans la moindre intention péjorative, c’est-à-dire celui qui (comme d’autres) à fait de la politique sa vie, de la politique sa profession. J’ai dit depuis bien des années combien sa fascination pour les “caudillos” d'Amérique latine, pour Castro particulièrement, était extrêmement suspecte quant à sa propre démarche, combien ce culte, en outre, rendu à un personnage aussi trouble et machiavélique (pour le moins) que Mitterrand ne pouvait qu’être inquiétant. 

Cela sans suspecter le moins du monde (à tort peut-être, je ne sais pas) la sincérité de la personne ni préjuger de sa personnalité sinon pour constater qu’elle était devenue, cette personnalité, un obstacle majeur à la possibilité d’atteindre les objectifs politiques proclamés.  

Il en allait de même en Espagne où le “compañero” Pablo Iglesias était lui aussi devenu un obstacle à ses propres objectifs politiques et son action une régression par rapport aux idéaux proclamés par “los indignados” sur la Puerta de Sol, idéaux dont il pensait pouvoir se saisir pour les traduire en termes politiques. Cette situation qui le conduisit non seulement à démissionner du gouvernement dont il était l’un des vice-présidents, mais aussi à démissionner de tous ses mandats dans le parti Podemos pour poursuivre son militantisme à la base (c’est le cas de le dire puisqu’il anime maintenant une émission sur le site “Público” intitulé : La Base) ce dont il semble se trouver fort bien.  

Je n’ignore pas que des raisons plus personnelles ont contribué à cette auto-révocation, mais les faits sont là : JLM, lui, ne s’est pas effacé alors qu’en toute “conscience militante” il aurait dû le faire après deux échecs électoraux retentissants pour laisser aller l’émancipation et la démocratie dans son parti comme préfiguration de cette “révocabilité” tellement prônée, tellement promise et, ce faisant, laisser la place à ces jeunes dont il a su s’entourer (reconnaissons-lui cette réussite) et qui n’ont pas moins de “talent” que lui. 

Et s’il ne l’a pas fait, s’il ne lui est peut-être même pas venu à l’esprit de le faire c’est qu’il a toujours été fasciné, sans doute depuis son militantisme trotskyste, par la figure de l’Autorité venue d’en haut et incarnée en un homme d’exception, fasciné par des individus qui se pensent et se posent comme providentiels quand ils ne sont, on devrait commencer à le savoir maintenant, que le produit de circonstances singulières de toutes sortes, biologiques, familiales, sociétales, éducatives... qu’ils ne sont comme chacun(e) que le fruit du hasard et/ou de la nécessité. 

Ces hommes qui croient en leur libre-arbitre qui, on le sait au moins depuis Spinoza, ne se confond pas avec la liberté mais autorise la croyance en la toute-puissance d’une volonté “libre” qui du haut de ce pouvoir d’État conquis à force de rhétorique (ou au bout du fusil), ces hommes donc, pourraient, eux, parce qu’ils sont eux avec leur génie singulier, “changer la vie”. 

Ces hommes qui n’ont cure de savoir, qui ignorent ou veulent ignorer, je ne sais pas, que : l’une des premières choses à comprendre, c’est que le pouvoir n’est pas localisé dans le pouvoir d’État et que rien ne sera changé dans la société si les mécanismes de pouvoir qui fonctionnent en-dehors des appareils d’État, au-dessous d’eux, à côté d’eux, à un niveau beaucoup plus infime, quotidien, ne sont pas modifiés. (Michel Foucault : “Dits et Écrits”, T. 2, 1975, p. 757). 

Ces hommes qui ont cru (ou fait semblant de croire ? Je ne sais pas) qu'eux, parce qu’ils sont eux, pourraient soumettre à leur volonté cet ensemble de dispositifs concrets, de pratiques par lesquelles s’exerce matériellement le pouvoir, qu’ils pourraient maîtriser et soumettre ces technologies gouvernementales (Foucault) alors que ces hommes moins providentiels qu’ils ne le pensent, parvenus au sommet de l’État sont soumis (sans jeu de mots) à leur tour par ces dispositifs concrets, par ces technologies gouvernementales, alors qu’il sont devenus, selon l’expression de David Thoreau “les outils de leurs outils”, je n’ose dire les jouets des technologies gouvernementales. 

Mais voici, que la “bête immonde” qui n’a cessé de rôder depuis fort longtemps pointe son mufle menaçant de sorte que malgré ma défiance à l’égard de l’autoritarisme étatique et de celles et ceux qui rêvent de se hisser au sommet, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, malgré mon aversion pour la farce électorale qui se joue dans cette société spectaculaire et consumériste, je suis allé voter Mélenchon la mort dans l’âme, sachant bien qu’il ne sera jamais président de la République comme je n’ai cessé de le répéter (ici et ). 

Et maintenant ? La Démocratie, cette démocratie spectaculaire va nous inciter à élire des députés, des hommes et des femmes qui croient (ou pas ?) aussi que depuis leur strapontin dans l’hémicycle ils seront en situation de maîtriser les technologies gouvernementales. Peut-être faudra-t-il y aller puisque le fascisme est là qui renifle l’étatique pouvoir, mais après ? 

Après, je ne peux faire mieux que de reprendre à mon compte ceci :  

Toute l’histoire des mouvements sociaux le montre, il faut un très long temps pour faire s’aligner, même approximativement, les manières, les valeurs, les cultures avec la logique des intérêts ; ensuite repérer les amis et les ennemis ; puis, développer la fameuse “conscience de classe” ; et, enfin, inventer une offre politique qui permette aux classes d’exprimer leurs conflits sous forme instituée. La lutte des idées précède donc forcément de beaucoup le processus électoral. Il est illusoire de penser que l’on puisse se jeter dans des élections en négligeant l’énorme préparation qui seule permet de discerner des alliés potentiels et des adversaires. Faute de ce travail, les succès électoraux, même s’ils sont utiles à titre d’apprentissage et de propagande, ne pourront s’étendre beaucoup. De toute façon, à quoi servirait-il d’occuper l’État sans avoir derrière soi des classes assez préparées et motivées pour accepter les sacrifices que le nouveau pouvoir, en lutte avec le régime de production, va devoir leur imposer. (Bruno Latour Nicolas Schultz : Mémo sur la nouvelle classe écologique, p. 74, Les empêcheurs de penser en rond). 

Mais attention, quand les auteurs écrivent “conscience de classe” ils ont préalablement pris soin d’analyser méticuleusement ce qu’ils entendent par “la nouvelle classe écologique”, de préciser que cela fait toujours un peu peur de réutiliser la notion de “classe”. C’est pourquoi il faut résister à la tentation d’invoquer telle quelle la notion de luttes des classes tout en reconnaissant qu’elle a pu, au siècle dernier, rendre de grands services en simplifiant et unifiant les mobilisations Et ce n’est pas pour rien qu’ils reprennent la fameuse première phrase du Manifeste du Parti communiste en l’écologisant quelque peu : 

Un spectre hante l’Europe et le reste du monde : l’écologisme.

Il se pourrait bien que ce Mémo, se révèle, pour les temps que nous vivons, aussi important que fut le “Manifeste” au dix-neuvième siècle et qu’il nous aide à mener cette lutte pour les idées comme disent les auteurs, cette lutte contre la pauvreté, le gaspillage, la croissance mortifère, la consommation effrénée, contre cette “hégémonie culturelle” qui inscrit dans les esprits obnubilés par le scintillement des écrans, dès le plus jeune âge, l’absurde équation : bonheur = consommation. 

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