Emmanuel Macron, une profondeur très superficielle

Le président de la République emploie beaucoup l’adjectif « profond », là où c’est son antonyme « superficiel » qui conviendrait mieux.

cc-decembre-2019

Le président de la République s’exprime beaucoup, en règle générale pour ne rien dire : entretenant toujours le flou sur ses intentions et politiques, il fait de la communication autour de sa personne au détriment du fond (v. Propos sur le non-discours du 15 avril 2019 attribué au président de la République, 19 avril 2019), ce qui paraît être une caractéristique des « rienologues » au pouvoir qui se réclament du « progressisme » (v. Le manifeste anti-Macron des ‘stratèges’ de l’Elysée, 3 avril 2019).

Ainsi, des centaines d’heures du si mal-nommé « grand débat national », il ne reste que des clichés d’un homme omniscient monologuant devant un parterre choisi entourant l'astre élyséen, là où pourtant une partie de la population française réclamait une dé-présidentialisation de la République.

De même, le 21 mai 2019, à cinq jours de l’élection européenne, le président de la République a monopolisé les quotidiens régionaux pour proposer via leurs colonnes la tenue d’une « Convention fondatrice européenne » au lendemain des élections : « Que les chefs d’État et de gouvernement, avec le nouvel exécutif et les responsables du Parlement, avec les citoyens prennent le temps de définir la stratégie de l’Europe pour les cinq années à venir, y compris les changements de traités sur lesquels ils veulent aboutir ». Six mois plus tard, il est aisé de faire le bilan de cette proposition qui n’a non seulement pas été mise en œuvre, mais a été oubliée sitôt prononcée – il s’agissait donc de propos de campagne électorale purement populistes.

Il est révélateur qu’après plus de deux ans de réflexions et réunions (inter-)ministérielles diverses et multiples avec les syndicats et le patronat, la présence au gouvernement d’un haut-commissaire à la Réforme des retraites, un nombre considérable d’interventions du président de la République et du Premier ministre, un séminaire gouvernemental qui s’est déroulé toute la journée du dimanche 1er décembre 2019 sur ce thème, nul ne soit encore en mesure de cerner avec exactitude les contours de la réforme des retraites, au-delà du puéril slogan gouvernemental selon lequel un euro cotisé doit ouvrir les mêmes droits, avant que l’exécutif dos au mur ne se résolve à présenter « l’intégralité du projet du gouvernement » le 11 décembre, lequel ne prendra toutefois pas la forme officielle d’un projet de loi (v. Ellen Salvi, « Le pouvoir finalise sa réforme dans la panique », Mediapart, 9 décembre 2019). Cet amateurisme a, entretemps, coûté aux contribuables nationaux un « pognon de dingue ».

Les dires du président de la République sont par ailleurs particulièrement lassants dans leur forme stéréotypée : parfois méprisants, toujours interminables, égocentrés et prononcés dans le style d’un télévangéliste avec une emphase que le passage du temps rend rétrospectivement ridicule en révélant leur insipidité (ainsi de l’allocution du 25 avril 2019 au cours de laquelle il se déclare favorable à la tenue d’un référendum si plus d’un million d’électeurs l’ont demandé, mais n’engage pas un tel référendum sur le caractère de service public national de l'exploitation des aérodromes de Paris alors que la proposition de loi RIP a atteint le million de soutiens le 4 décembre 2019). Ils comportent en outre des phrases entières ectoplasmiques (que l’on pourrait retrouver dans n’importe quel discours sur n’importe quel sujet, par exemple dans le discours prononcé le 3 décembre 2019 à Montpellier sur l’économie de la mer : « Ça fait peut être peur à certains, ça en contrarie sans doute d'autres mais c'est en cours » ; ou encore à propos de la présence militaire française au Sahel, le 28 novembre 2019 : « Toutes les options sont ouvertes »[1]), ainsi que des mots-valises employés à la limite du radotage et qui en réalité – à l'instar de l'appellation « grand débat national » – ont une portée pratique contraire à ce qu'ils signifient prima facie (« pédagogie », « cap », « disruption », « progressisme », « efficacité », « nouveau monde », « révolution » ; chacun a en mémoire la « bienveillance » astucieusement évoquée pendant la campagne présidentielle, et sait ce qu’il en est advenu depuis que les masques sont tombés).

A cet égard, le site internet du Monde a souligné l’appétence du président de la République pour le nom commun « héros » : « le président de la République aime utiliser le mot ‘héros’. Depuis le début de son mandat, il en parsème ses discours, y fait souvent référence, notamment lorsqu’il enterre des militaires » (« Le ‘héros’, figure-clef du récit national macroniste », lemonde.fr, 2 décembre 2019 ; v. depuis l’hommage rendu le 6 décembre 2019 à Nîmes aux trois secouristes tués la semaine précédente dans un accident d’hélicoptère : « Trois hommes de courage et d'honneur, trois héros »).

On voudrait ici mettre en évidence l’usage presque addictif que le président de la République fait de l’adjectif « profond » et de ses déclinaisons.

Dès le discours devant le Congrès réuni à Versailles le 3 juillet 2017 (v. Etat d’urgence : des contradictions dans le premier discours de Versailles ?, 5 juillet 2017), on trouve 28 occurrences de cet adjectif (8 dans le discours devant le Congrès réuni à Versailles le 10 juillet 2018), parfois utilisé à deux reprises dans une même phrase. Il suffit d’en mentionner quelques extraits, cruels à relire pour celui qui les a prononcés, afin de mesurer à quel point ces propos ont été ineffectifs en pratique, à quel point ce discours prononcé devant l’ensemble de la représentation nationale a été pompeux, redondant, vide, et – plus grave encore – anesthésiant, car il masque l’objectif essentiel de l’exécutif qui est de plaquer coûte que coûte la doctrine économique et fiscale néolibérale en France : « nous savons tous que quelque chose de très profond nous réunit, nous anime, et nous engage » ; « cette obligation est celle d’une transformation résolue, et profonde tranchant avec les années immobiles ou avec les années agitées toutes aux résultats également décevants » ; « en accordant leur confiance à des femmes et des hommes ici réunis, les Français ont exprimé une impérieuse attente, la volonté d’une alternance profonde » ; « je pense profondément que le mandat que nous avons reçu du peuple est un mandat à la fois exigeant et profondément réaliste » ; « c’est aussi le mandat du projet progressiste, d’un projet de changement et de transformation profonds » ; «  je crois profondément que par ses choix récents, notre peuple nous demande d’emprunter une voie radicalement nouvelle » ; « les engagements seront tenus, les réformes et ses transformations profondes auxquelles je me suis engagé seront conduites » ; « Nous ne retrouverons la respiration profonde de la démocratie que dans le renouement avec la variété du réel, avec la diversité de cette société française à l’écart de laquelle nos institutions se sont trop soigneusement tenues, n’admettant le changement que pour les autres mais pas pour elles » ; « c’est un changement profond des pratiques et des règles que j’appelle de mes vœux » ; « Je souhaite que la totalité des transformations profondes que je viens de détailler et dont nos institutions ont cruellement besoin soit parachevée d’ici un an et que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques »... Cette dernière phrase devrait figurer très haut au Panthéon des engagements politiques intenables et partant non-tenus ; elle symbolise à elle seule le lamentable échec de l’actuel quinquennat, qu’il est dès ce stade possible d’acter sans aucun risque d’erreur.

De manière incantatoire, M. Macron accole une « profondeur » à tout et n’importe quoi, jusqu’à l’absurde : ainsi, il existerait des « questions profondes que se pose notre pays », une « solidarité profonde de la Nation » (conférence de presse du 25 avril 2019), de même que, mais oui mon brave monsieur, « il y a des problèmes profonds dans notre pays qui sont liés à l'injustice, aux difficultés économiques qu'on connaît depuis très longtemps, parfois aux doutes qui existent, aux défis qu'on a devant nous liés au vieillissement, au numérique, à l'écologie » (28 juillet 2018, depuis Brégançon). On découvre avec intérêt mais non sans une certaine circonspection grâce au discours de Versailles du 10 juillet 2018 qu’il existerait en matière culturelle des « expressions » profondes (« nous voulons une politique culturelle qui ose dire qu’il est des expressions plus belles, plus profondes, plus riches que d’autres et que notre devoir est de donner le meilleur à tous nos compatriotes »), dont toutefois la nature ne se dégage pas de la phrase insipide et intemporelle qui les évoque. Il se réfère à l’existence d’un « destin profond » qui justifierait par principe que soit restaurée la cathédrale de Notre-Dame (allocution du 16 avril 2019, à l’occasion de l’incendie de la toiture de la cathédrale, au cours de laquelle le président de la République a également déclaré : « Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national. Celui qui nous a fait, nous unit. Un projet humain, profondément français »), à « l’attachement profond de la France à la sécurité d’Israël » (déclaration conjointe du 23 janvier 2019 avec le président de l’Etat d’Israël), au fait que « nous vivons un moment profondément historique de notre heure internationale » (19 août 2019, depuis le fort de Brégançon). Se situant dans la filiation des rois thaumaturges, il assure tel un bon maître s’adressant à des sujets débiles (faibles) placés sous Sa dépendance, que « s’il y a une chose que je veux que chacun de nos concitoyens comprenne profondément, c’est que je n’en abandonnerai aucun » (9 novembre 2018, Loos-en-Gohelle), alors que l’immense majorité d’entre nous ne veut ni de sa commisération, ni de son intérêt. La Russie n’est pas seulement européenne : elle est bien davantage « profondément » européenne (20 août 2019, depuis le fort de Brégançon), ce que confère un degré supplémentaire et plus élevé à son européanité supposée, lui qui au-delà des mots n’a pourtant cessé d’accumuler les dérogations au principe européen de la libre circulation des personnes (v. Schengen : la France m’a tuer, 4 avril 2018) ; Jacques Chirac, c’est sûr, « aimait profondément les gens » (allocution télévisée du 26 septembre 2019), lui qui au premier tour de l'élection présidentielle d'avril 2002 avait recueilli 5,6 millions de suffrages sur les 41,2 millions d'électeurs inscrits ; les treize soldats français morts au Mali lors d’une collision d’hélicoptères avaient fait preuve d’un « engagement profond » (hommage aux Invalides du 2 décembre 2019).

Les réformes menées depuis mai 2017 et celles à venir sont toujours présentées comme s’il s’agissait de conduire des travaux herculéens, hors du commun : « la France est en train de se transformer en profondeur », assure-t-il depuis New Dehli le 11 mars 2018, avant de porter un jugement de valeur positif – et donc faux – sur sa propre action : « je pense très profondément que les orientations prises ces deux dernières années ont été justes » (25 avril 2019). La désastreuse (pour les salariés) réforme du marché du travail organisée par les ordonnances du 22 septembre 2017 est, évidemment, « une réforme de transformation profonde » (30 août 2017, entretien au Point). Le mouvement des gilets jaunes « est une chance pour qu'on puisse réagir plus fort et plus profondément » (déclaration du 15 janvier 2019 à Gasny), selon sa formule à la fois formellement forte et substantiellement insipide. « La France renouvelle profondément le format du G7 », a-t-il claironné avant la tenue fin août 2019 de celui de Biarritz, lequel s’est déroulé d’une manière on ne peut plus classique pour ce type de rencontre internationale et - au surplus - s'est révélé être un piteux échec de plus au passif du président de la République, dans la mesure où, contrairement à la manière dont il a été vendu à l'opinion publique par M. Macron, il n'a à ce jour contribué en rien ni à la régression des inégalités dans le monde, ni à l'apaisement des tensions irano-américaines. La mort dans un accident d’hélicoptère des 13 soldats de l’opération Barkhane a conduit le président de la République à proférer cette platitude technocratique : « dans les prochaines semaines, un travail en profondeur sera demandé au gouvernement et à nos armées pour regarder les modalités de nos interventions » (28 novembre 2019, depuis l’Elysée ; le 12 novembre 2019, le président de la République avait déjà assuré que des décisions seraient prises là aussi « dans les prochaines semaines » pour améliorer la lutte anti-jihadiste dans cette région).

Quand il fait publiquement sa propre introspection et évoque ses réflexions ou sa personnalité, un auditeur Candide pourrait être saisi de vertige devant leur immensité abyssale et le recul qui a précédé leur énonciation, quoique à la relecture les dires de M. Macron sont d'une affligeante banalité : de manière générale, il évoque d’ailleurs sans fausse modestie « ce que je suis profondément » (25 avril 2019, conférence de presse depuis l’Elysée), assurant à cette occasion qu’il n’est en aucune manière l’homme dur, intransigeant, impatient, hors-sol, narcissique, méprisant et injuste qui paraît pourtant suinter de tout son être et de toutes ses politiques. Cette densité du Soi macronien se décline naturellement dans tous les domaines et sur tous les sujets : « je suis profondément féministe » (7 mars 2017, à propos de l’éventuelle nomination d’une femme à Matignon) ; « je crois profondément dans ce service universel car c'est en connaissant mieux son compatriote que jamais peut-être on aurait croisé autrement qu'on se met en mesure de le comprendre mieux, de le respecter et de sentir ce lien invisible qui fait la communauté de destin d'une nation » (discours de Versailles du 10 juillet 2018) ; je regrette « très profondément » mes « petites phrases » blessantes pour tout ou partie des français (25 avril 2019) ; « je crois très profondément que ce que notre pays, notre continent sans doute, et le monde occidental traversent aujourd'hui est une crise profonde de doute » (allocution du 17 août 2018 à Bormes-les-Mimosas) ; « je regrette très profondément la décision prise » par les Etats-Unis de se retirer de Syrie (depuis N’Djamena, le 23 décembre 2018) ; « je crois très profondément dans cette Europe qui peut mieux protéger les peuples » (allocution du 31 décembre 2018) ; « c’est ma conviction profonde, c’est-à-dire à réinventer de nouvelles formes de relations et d’actions utiles » (19 août 2019) ; j’ai « très profondément changé » (23 août 2019, interview par Kombini news) sur les questions écologiques ; « je crois très profondément que la réponse au sujet migratoire n’est pas dans le repli ou la provocation nationaliste mais dans la construction de solutions européennes efficaces » (18 septembre 2019) ; « les temps que nous vivons, ces temps de fissures que je viens d'évoquer, appellent une certaine force d'âme, celle de la lucidité, je le crois profondément, et du courage. (...) Je suis profondément convaincu que cette souveraineté européenne sera d'autant mieux portée que nous saurons poser les bases à l'échelle continentale d'une confiance fondée sur les valeurs qui nous réunissent au sein du Conseil de l'Europe » (1er octobre 2019, devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe). Pour déplorer les meurtres au couteau commis le 1er octobre 2017 à la garde Saint-Charles de Marseille, il informe les françaisEs qu’il a été « profondément indigné par cet acte barbare ». Le 22 octobre 2019, au micro de RTL, à propos des manifestations hebdomadaires de gilets jaunes, il a déclaré : «  J’ai mes cicatrices, et je les frotte de manière régulière pour ne pas les oublier », évoquant ce « moment de spasmes très fort qu’à vécu le pays, qui n’est pas innocent, et qui m’a profondément marqué, comme il a marqué chacun ». Je crois profondément + lieu commun éhonté = phrase du président de la République française.

Il pense posséder un odorat à ce point développé qu’il lui permettrait de « sent(ir) le pays en profondeur » (9 novembre 2018, Loos-en-Gohelle), ce qui à l’expérience s’est là encore révélé totalement erroné : en réalité, il souffre d’anosmie mais ne le sait pas – et probablement ne le saura-t-il jamais.

Le 21 août 2019, lors d’une rencontre avec l’Association de la presse présidentielle, le président de la République a évoqué l’existence d’un « Etat profond » (sa volonté de rapprochement avec la Russie susciterait l’opposition des « Etats profonds de part et d’autre, à Paris comme à Moscou » ; s’il n’y a pas de communiqué final clôturant le G7 de Biarritz, c’est parce qu’un tel document est le produit « de chicayas de bureaucrates et d’États profonds » tandis que moi, M. le président de la République française, « je ne veux pas être l’otage de gens qui négocient pour moi » - et na !). Hélas, eu égard à la position éminente de son auteur dans le système institutionnel français, il a fallu prendre au sérieux ce qui n’est que la translation au mot Etat d’un « toc » de langage, et les médias se sont sentis la nécessité d'intellectualiser l’expression « Etat profond », d'en faire la généalogie et de gloser sur son applicabilité à la situation française (v. par ex. : Marc Semo, « L’Etat profond ou le fantasme d’une administration parallèle », lemonde.fr, 11 septembre 2019).  

Pour conclure, on soulignera qu’il apparaît nettement avec le recul du temps que des engagements présentés comme « profonds » n’ont pas été tenus – ce que montre la relecture deux ans et demi plus tard du discours précité au Congrès de Versailles de 2017.

Ainsi, il est pathétique pour l’intéressé de relire le passage du discours de Versailles du 10 juillet 2018 relatif aux retraites, système auquel le président de la République déclarait alors tenir « profondément », pour mesurer à quel point ces propos sont aux antipodes de ce qui est désormais proposé (un système individualiste de retraite par points brisant les acquis de l’après Seconde guerre mondiale) comme de l’échéancier annoncé puisque le Parlement n’aura été saisi d’aucun texte sur ce sujet en 2019 : « tout le monde semble oublier que notre système de retraite auquel je tiens profondément et qui sera au cœur de cette réforme est un système par redistribution, c'est-à-dire un système reposant sur la solidarité entre générations. La retraite n'est pas un droit pour lequel on a cotisé toute sa vie ; la retraite est que les actifs payent pour les retraités. La refonte de ce système unique, transparent, juste, c'est celle que vous aurez à discuter, à travailler et voter au cours de l'année prochaine ». Plus loin dans ce discours, l’orateur a, en des termes qu’il importe de confronter à la situation de l’hôpital public en 2019 et aux grèves massives qu’il a connu, évoqué « la présentation à l'automne d'une transformation en profondeur de notre organisation de soins sur le territoire national afin de répondre aux nouveaux risques, aux nouvelles pathologies, aux transformations de notre santé dans une société qui vieillit et où les maladies chroniques sont beaucoup plus nombreuses ».

Dans le même sens, le 25 avril 2019, à l’occasion d’une conférence de presse venant se substituer au discours que l’incendie de la cathédrale Notre-Dame l’avait empêché de prononcer, le président de la République a à nouveau affirmé, ainsi qu’il l’avait déjà fait notamment à l’occasion du Congrès de Versailles du 3 juillet 2017, vouloir « changer beaucoup plus en profondeur et rapidement notre démocratie, notre organisation, notre administration » ; moyennant quoi et comme d’habitude depuis mai 2017, il ne s’est rien passé de notable sur les terrains démocratique et organisationnel (en revanche, il faut déplorer l’adoption de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique). Il a ce même jour considéré que « nous devons profondément refonder notre politique de développement et notre politique migratoire » car nous serions « confrontés à des détournements très profonds du regroupement familial, comme des migrations liées à l’asile », mais il ne semble pas que depuis le 25 avril quoi que ce soit ait été entrepris en ce sens. Il a également annoncé la mise en place « d’un projet plus humain, plus ancré » : « ce nouvel acte est pour moi un changement de méthode très profond que j’assume », à l’en croire, mais à vrai dire il n’est pas possible de tracer une césure entre un avant et un après 25 avril 2019.

Puis, le 2 juillet 2019, il a assuré que la nomination des quatre premiers candidats aux postes clés de Union européenne (Conseil européen, Commission européenne, diplomatie européenne, Banque centrale européenne) serait « le fruit d'une profonde entente franco-allemande », alors que les différends ne cessent de s’accumuler entre la France et l’Allemagne depuis mai 2017.

Plus récemment encore, le 26 août 2019, il a fait savoir que « mon souhait très profond, c'est qu'un accord puisse être trouvé entre la Chine et les États-Unis sur le plan commercial » ; six mois plus tard, ce souhait doit être encore plus profond puisqu’aucun accord n’a été trouvé entre ces deux Etats – à l’inverse même, les tensions commerciales augmentent entre eux.

Quand tout est profond, rien ne l’est vraiment : la profondeur macronienne est creuse. Certes, l’invocation de la « profondeur » peut, tel un produit dopant, produire un effet immédiat sur l’auditoire ; mais à l’expérience et au fur et à mesure que l’illusion se dissipe et qu’augmente la discordance entre les paroles et les actes, son emploi sans rime ni raison s’avère dramatique pour la crédibilité de qui en abuse.

 

[1] Pour d’autres exemples de phrases creuses, qui sont à la politique ce que les horoscopes sont à la prédiction de l’avenir, v. : La République en miettes, Libre & Solidaire, 2019, p. 262 (« Horoscope politique ») et p. 266 (« Entretenir le flou »).

 

Merci à Christian Creseveur pour le dessin

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