En Italie rien de nouveau

En 2017 comme en 2011, l'Union européenne traite les exilé-e-s tunisien-ne-s qui arrivent en Europe par l'isolement, l'enfermement et l'expulsion, avec l'Italie en première ligne. Des exilés ont entamé une grève de la faim dans les hotspots de Caltanissetta et de Lampedusa.

Le gouvernement de français a décidé de maintenir les contrôles aux frontières, restaurés en novembre 2015 et prorogés depuis, instaurés sous prétexte d'état d'urgence et de risque terroriste, et ce jusqu'au 30 avril 2018. Au moment où l'état d'urgence passe de l'exception au droit commun, la suspension exceptionnelle d'une partie de la législation européenne qui faisait de l'espace Schengen un espace de libre circulation tend ainsi à devenir pérenne. Le principal lieu d'exercice de ces contrôles est la frontière franco-italienne, et la principale cible les exilé-e-s qui tentent de la franchir (voir ici, ici et ).

La Suisse et l'Autriche ont peu ou prou la même politique à leur frontière avec l'Italie, formant ainsi un cordon anti-migratoire entre l'Italie et le reste de l'Europe.

En Italie même, les exilés tunisiens qui ont entamé une grève de la faim témoignent des conditions de leur enfermement dans deux des hotspots mis en place conjointement par l'Union européenne et l'Italie pour identifier, trier et le cas échéant préparer l'expulsion des des exilé-e-s arrivant dans le pays, et de leur isolement voulu par les autorités qui fait obstacle à l'information et à l'accès à leurs droits, mais aussi à la solidarité.

 

Voici les communiqués diffusés par les grévistes de la faim à Lampedusale 27 octobre :

 

" Lampedusa le 27 octobre 2017

 

Appel à l'opinion publique internationale

 

Nous sommes un groupe de jeunes venant du Rdeyef (sud-ouest de la Tunisie, là où a émergé le soulèvement du bassin minier en 2008) et d'autres régions de la Tunisie. Devant les défaillances économiques et sociales des politiques de notre pays, l'abandon de l'Etat de ses obligations et l'échec politique à l'échelle locale et internationale, nous avons dû abandonner notre rêve de 2008 d'un Etat démocratique qui garantit la liberté, la dignité et la justice sociale. Et malgré qu'on soit fière de notre pays et de son peuple, nous devions surmonter le danger de la migration non réglementaire direction le nord-ouest de la mer Méditerranée, cette route devenue dangereuse à cause des politiques migratoires européennes qui ferment les frontières à nos rêves et à nos ambitions de tenter une nouvelle expérience d'une manière réglementaire.

Nous nous trouvons actuellement dans le centre d'hébergement des migrants sur l'île de Lampedusa dans des conditions humanitaires difficiles. Nous sommes menacées d'expulsion forcée qui viole les conventions internationales qui garantissent la liberté de circulation, qui s'oppose aux politiques d'expulsion et aux conventions bilatérales inéquitables qui priorisent la sécurité des frontières au détriment des droits universels.

Nous annonçons que nous allons entrer dans une grève de la faim pour réclamer notre droit de circulation et pour protester contre l’expulsion forcée.

Nos rêves ne sont pas différents de la jeunesse européenne qui jouit d'une liberté de mouvement dans notre pays et ailleurs à la recherche d'autres expériences mais aussi pour promouvoir la liberté, la justice sociale et la paix.

Nous appelons les personnes libres qui défendent l'existence d'un autre monde où dominent les valeurs universelles et la solidarité de nous soutenir. Parce que tandis que votre argent et vos biens circulent librement dans nos pays d'origine, vous emprisonnez nos rêves derrière vos murs.

Non aux déportations forcées

Oui à la liberté de mouvement

 

Victimes des politiques économiques et sociales mondiales

Victimes des politiques migratoires injustes "

 

et le 31 octobre :

 

" Grève de la Faim des Jeunes tunisiens à Lampedusa

Communiqué N° 2

 

Lampedusa le 31 octobre 2017

Message numéro 2 des 63 Tunisiens en grève de la faim :
C'est le cinquième jour de la grève de la faim que nous menons pour défendre notre droit de mobilité et contre l'expulsion forcée de ce qu'ils appellent un abri et qui est en réalité une prison. Ni la faim, ni la soif, ni les nausées, ni les vomissements, ni les conditions difficiles ne nous font autant de mal que le silence complice sur la violation de notre droit de circulation, sur les politiques injustes, sur les déportations forcées juste parce que nous sommes des Tunisiens et que notre gouvernement accepte ceci dans des accords non divulgués. 
Il est douloureux d'être victime de leurs politiques et d'être incriminé à cause de leurs lois. 
Nous continuerons notre grève de la faim malgré l'état de santé difficile de certains grévistes de la faim qui ont été emmenés à l'hôpital Sanosalety.
Ceci est un cri contre ceux qui sont injustes envers nous, ceux qui nous ont oublié, ceux qui nous ont poussé à prendre les bateaux de la mort, ceux qui veulent nous déporter de force et ceux qui violent les conventions internationales. 
Nous embrassons le front de nos mères et nous leurs demandons pardon.
Nous remercions tous ceux qui nous ont soutenu et qui se tiennent à nos côtés.

  • Non à la déportation forcée 
  • Non à l'expulsion du fait de la nationalité 
  • Oui à la liberté de mouvement "

 

Et le communiqué conjoint de l'association italienne ARCI et du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux :

 https://ftdes.net/detention-arbitraire-expulsions-massives-acces-droit-dasile-base-de-nationalite/

" DÉTENTION ARBITRAIRE, EXPULSIONS MASSIVES, ACCÈS AU DROIT D’ASILE SUR LA BASE DE LA NATIONALITÉ.

CHRONIQUE D’UNE VIOLATION GRAVE ET SILENCIEUSE DE LA LOI DANS LES HOTSPOTS DE LAMPEDUSA ET CALTANISSETTA

M. Mohammad est en grève de la faim depuis quatre jours. Avec lui, des dizaines de compatriotes tunisiens qui se trouvent dans le hotspot de Caltanissetta refusent de manger tant que leurs droits ne sont pas garantis. Un de leurs compagnons est à l’hôpital depuis quelques heures. Ils sont détenus au hotspot de Caltanissetta, sans aucun jugement, et personne n’est venu leur expliquer la procédure d’une éventuelle demande d’asile.

La même histoire est racontée par M. Ahmed, également tunisien, qui a été emprisonné au hotspot de Lampedusa pendant 14 jours avec environ 200 de ses compatriotes “On m’ a refusé le droit de demander l’asile ” nous dit -il quand il nous appelle sur le numéro vert de Arci créé pour les Réfugiés et les Demandeurs d’asile.

Dans le silence coupable des institutions et de certaines associations de droite, l’Italie viole en toute impunité les conventions nationales et internationales. Ce n’est que grâce à la dénonciation de nos partenaires tunisiens du FTDES que nous avons pu parler avec les migrants détenus qui sont actuellement en grève de la faim.

L’Italie est indifférente aux condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme. Ily a quelques mois, les juges de la Cour de Strasbourg ont condamné l’Etat italien à payer une compensation de 30 000 euros pour le traitement de trois immigrants tunisiens. Selon la Cour, les trois migrants n’ont jamais été informés des raisons de leur détention et n’ont pas eu la possibilité de faire appel. En outre, les conditions de détention ont été décrites comme “profondément dégradantes pour la dignité humaine”. Les chambres sont surpeuplées, les gens sont obligés de dormir par terre, il n’ y a pas de porte pour séparer les salles de bains et les douches des dortoirs, il y a un manque d’eau. En plus ils n’avaient le droit à aucun contact avec le monde extérieur.  C’est une condition qui se répète aujourd’hui, qui s’est répétée hier et qui se répètera demain.

En outre, la cour a condamné l’Italie pour violation du droit à la liberté et à la sécurité des trois Tunisiens, parce qu’ils ont été détenus sans que la loi ne le prévoie, qu’ils n’ont pas été informés des motifs de leur détention et qu’ils n’ont finalement pas été en mesure de faire appel devant un tribunal italien contre la décision des autorités.

Compte tenu de la gravité de la situation qui prévaut dans les hotspots de Lampedusa et Caltanissetta, ARCI demande que:

– Tous les migrants détenus sans aucune validation légale soient immédiatement libérés.

– Tous les migrants détenus doivent être informés de la possibilité de demander l’asile.

– Tous les migrants détenus aient la possibilité de rencontrer des organismes de tutelle indépendants

– Le gouvernement italien met fin aux expulsions collectives illégales prévues par les accords italo-tunisiens 

– Le gouvernement italien doit rendre public la convention avec la Tunisie sur le rapatriement des migrants tunisiens.

 

Associazione Ricreativa Culturale Italiana (ARCI)

Le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux (FTDES) "

 

 

 

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