Calais blogs: les exilé-e-s à Calais, trente ans d’histoire

Notre regard sur la situation calaisienne est souvent aplati dans l’immédiateté, par l’urgence des situations, par la mise en scène médiatique. Un essai de chronologie pour aider notre vision à retrouver un peu de profondeur de champ.

L'établissement de cette chronologie doit beaucoup aux travaux d'Olivier Clochard et de la Coordination Nationale pour le Droit d'Asile, pour la période respectivement jusqu'en 2005 et jusqu'en 2008, mais aussi pour l'approche conceptuelle. Ces travaux, ainsi que d'autres, peuvent être téléchargés à partir de la page "documents" du blog Passeurs d'hospitalités.

Je l'ai arrêtée en 2017. Elle mériterait d'être prolongée. En particulier, depuis, la multiplication des tentatives de passage sur des petits bateaux, comme à d'autres frontières maritimes de l'Europe. Et des dispositifs de contrôle de la frontière qui incluent la mer (navires, avions, drones) et les plages, d'embarquement côté français, de débarquement côté britannique (patrouilles, caméras thermiques). Ces éléments mériteraient d'être analysés et articulés avec l'histoire qui les précède.

Suite (voir ici, ici et ) de l'histoire des blogs Vibrations Migratoires et Passeurs d'hospitalités.

 


 

Les exilé-e-s à Calais : trente ans d’histoire

En 1986, Amnesty se penche sur la situation de personnes refoulées à la frontière britannique, qui retrouvent bloquées à Calais, et dont certaines par leur pays d’origine sont potentiellement des réfugié-e-s, alors que le Royaume-Uni est un État signataire de la convention de Genêve. Des habitant-e-s de Calais s’émeuvent de les voir ainsi errer dans le dénuement et décident de leur venir en aide. La situation, qui était sans doute plus ancienne, est alors considérée comme un problème et suscite l’engagement. C’est ainsi que naît La Belle Étoile.

Trente ans plus tard, ces deux dimensions sont toujours présentes, celle du dénuement matériel, qui appelle à une action humanitaire, celle du respect et de l’accès aux droits, qui appelle à un soutien juridique, dans une situation qui est créée par les politiques migratoires.

1986 – 1997 : l’indifférence

Pendant des années, les pouvoirs publics français sont indifférents à la situation, qu’ils considèrent comme n’étant pas de leur ressort. Des personnes se voient refuser l’entrée par les contrôles britanniques de l’autre côté de la Manche, à Douvres, et retournent vers Calais. Il arrive que les autorités françaises leur refusent également l’entrée, et qu’elles fassent plusieurs allers et retours sur les ferries avant que la Belle Étoile ne réussisse à dénouer leur situation. Une fois sur le territoire français, si les autorités françaises ne font rien pour aider ces personnes, elle n’ont pas de politique hostile et ne mettent donc pas en place de discriminations à leur égard. La Belle Étoile peut ainsi faire appel ponctuellement aux services sociaux pour aider à résoudre certaines situations, même si le gros de l’aide repose sur les bénévoles. Le port est aussi à cette époque un espace ouvert jusqu’à la ligne de contrôle, et les personnes dorment fréquemment dans le terminal des ferries.

Au début des années 90, avec la chute des régimes communistes, les personnes originaires d’Europe de l’est peuvent à la fois sortir de leur pays et voyager dans l’Union européenne sans visa. Néanmoins certaines d’entre elles sont fréquemment empêchées d’entrer au Royaume-Uni. Ce sont parfois plusieurs dizaines de personnes qui se retrouvent bloquées à Calais sans argent, à dormir dans le terminal des ferries en attendant que leur autocar repasse par Calais et puisse les ramener dans leur pays.

Dans le même temps, une nouvelle frontière se crée entre le continent et la Grande-Bretagne avec l’ouverture du Tunnel sous la Manche, et se met en place un nouveau mode de gestion de cette frontière.

1986 : traité de Cantorbéry portant sur la création du Tunnel sous la Manche.

1991 : protocole de Sangatte, qui prévoit la mise en place de contrôles britanniques sur le sol français et français sur le sol britannique pour les passager-ère-s des trains passant par le Tunnel sous la Manche.

1994 : La Belle Étoile se constitue en association.

1994 : ouverture du Tunnel sous la Manche.

1997 – 1999 : les hésitations d’une prise en compte forcée

La situation singulière de familles demandeuses d’asile refoulées à la frontière, l’augmentation du nombre d’exilé-e-s bloqué-e-s à Calais, la pression des associations amènent les autorités françaises et britanniques à réagir, toujours au cas par cas. Héberger, mais provisoirement, tout en éloignant les exilé-e-s du port et en intimidant exilé-e-s et bénévoles associatif : les concessions faites accompagnent une politique qui vise à invisibiliser et à rendre le passage plus difficile.

1997 : des familles rromes de République tchèque et de Slovaquie sont refoulées à la frontière britannique ; les autorités françaises finissent par les héberger, un accord intervient avec les autorités britanniques pour que la moitié des familles puissent demander l’asile au Royaume-Uni, l’autre moitié en France.

1997 : création du C’SUR, collectif regroupant les associations mobilisées autour de la situation de ces familles rromes, qui deviendra ensuite le collectif regroupant les associations de soutien aux exilé-e-s à Calais.

1998 : arrivée en nombre croissants de réfugié-e-s de l’ex-Yougoslavie, notamment du Kosovo ; jusqu’à une centaine de personnes dorment dans le terminal des ferries.

1999 (23 avril) : arrêté préfectoral interdisant de séjourner et dormir dans le terminal des ferries ; les exilé-e-s campent dans le centre de Calais.

1999 (avril à septembre) : ouverture de lieux provisoires d’hébergement par les pouvoirs publics, gérés par les associations ; lorsqu’ils sont fermés, la police tente de chasser les exilé-e-s de Calais ; le préfet interdit aux associations de distribuer de la nourriture.

1999 – 2002 : regrouper, mettre à l’écart, fermer la frontière – Sangatte

Avec le Centre de Sangatte, l’État met en place un hébergement durable es exilé-e-s, mais hors du droit commun de l’hébergement des personnes sans-abri, et dans des conditions précaires (il s’agit d’un camp de réfugié sous un hangar. Il concentre aussi les exilé-e-s à l’écart de la ville. Mais « Sangatte » devient le symbole médiatique de leur présence à la frontière, au point que sa fermeture est présentée comme celui de leur disparition. En parallèle sont mis en place des dispositifs de contrôle de la frontière et une coordination entre les autorités britanniques, françaises, belges, puis néerlandaises visant à organiser ces contrôles sur le continent, en amont du sol britannique. Ces mesures entraînent une augmentation du temps nécessaire pour réussir à passer la frontière, et donc du nombre de personnes hébergées dans le Centre de Sangatte, et une dispersion des lieux de passage.

1999 (24 septembre) : ouverture du Centre d’Hébergement et d’Accueil d’Urgence Humanitaire dans un hangar à l’écart du bourg de Sangatte, près de Calais.

1999 : Immigration and Asylum Act britannique, prévoyant pour les conducteurs une amende de 2000 £ pour chaque personne trouvée cachée dans un camion à l’arrivée au Royaume-Uni.

2000 : mise en place de clôtures et de systèmes de détection autour du port de Calais, technologies d’inspection des camions embarquant sur les ferries ; le passage se reporte vers le Tunnel sous la Manche.

2001 : mise en place de barbelés et de systèmes de détection autour du périmètre du Tunnel sous la Manche.

À partir de 2001 : mise en place de clôtures, de systèmes de détection et de protocoles d’inspection des camions dans d’autres ports assurant des liaisons par ferries vers le Royaume-Uni (Dieppe en 2001, Cherbourg et Roscoff en 2002).

2002 : clôtures autour des quais d’embarquement des camions sur les navettes qui traversent le Tunnel sous la Manche ; scanner prêté par l’armée britannique pour inspecter les camions.

2002 (12 juillet) : annonce de la fermeture du Centre de Sangatte par le nouveau ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy. Un accord entre les gouvernements français et britanniques prévoit une répartition des exilé-e-s entre les deux pays, sur la base de leur enregistrement par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, dont la mission arrivera sur place au mois d’octobre.

2002 (26 septembre) : réunion des ministres de l’intérieur belge, britannique et français pour la mise en place de contrôles communs à la frontière. Des contrôles britanniques se mettent en place dans le port de Calais et les ports belges (Ostende et Zeebruges). Ils seront étendus aux ports néerlandais en 2003 – 2004.

2002 (5 novembre) : le Centre de Sangatte n’accueille plus les nouveaux et nouvelles arrivant-e-s, mais continue à héberger les personnes précédemment enregistrées. Les exilé-e-s arrivant se retrouvent à dormir dans des buissons, des blockhaus abandonnés, et sont pourchassé-e-s par la police. Ils et elles occupent plusieurs lieux publics à Calais avec le soutien des associations pour obtenir d’accéder au centre et de bénéficier de l’accord conclu avec les autorités britanniques. Seul-e-s les exilé-e-s dont le badge d’accès a été désactivé seront finalement autorisé-e-s à réintégrer le centre.

2002 (31 décembre) : fermeture du Centre de Sangatte. Le hangar est détruit dans la foulée.

2002 – 2014 : la politique du déguerpissement

La fermeture du Centre de Sangatte étant sensée avoir résolu le « problème » de la présence des exilé-e-s à Calais, la politique menée repose sur le déni de leur présence réelle et sur leur invisibilisation : refus de toute structure d’accueil, entraînant des conditions de vie indignes dans des squats et des campements insalubres ; harcèlement policier permanent ; destruction des lieux de vie provoquant une errance entre les interstices urbains ; enfermement et expulsion du territoire avec l’ouverture d’un centre de rétention ; dispersion dans des centres d’hébergement éloignés. Les quelques concessions aux revendications aux associations ne sont que palliatives et ne changent pas cette politique globale (création d’une permanence d’accès aux soins de santé à l’hôpital de Calais, ouverture d’un gymnase dans le cadre du plan grand froid, aménagement d’un espace pour la distribution des repas et de douches, ouverture d’un bureau d’enregistrement des demandes d’asile à la sous-préfecture de Calais).

2002 (décembre) – 2007 : opérations Concorde et Ulysse 1, 2 et 3, consistant à envoyer les personnes arrêtées à Calais qui ne peuvent pas être expulsées rapidement vers des centres d’hébergement dispersés en France, où elles ont le choix entre la demande d’asile en France, le retour volontaire et l’expulsion ; ces centres étant ouvert, la plupart de ces personnes en partent et reviennent rapidement à Calais.

2003 : ouverture du Centre de Rétention Administrative de Coquelles, commune voisine de Calais.

2003 : traité du Touquet entre la France et le Royaume-Uni, instaurant des contrôles britanniques avant l’embarquement dans les ports français de la Manche et de la Mer du Nord, et français dans les ports britanniques.

2008 (septembre) : publication du rapport de la Coordination Française pour le Droit d’Asile « La Loi des Jungles », qui documente la situation et les violations des droits à la frontière britannique.

2008 (novembre) : rafles à Calais d’exilés afghans qui sont placés en rétention dans l’attente de leur expulsion par un vol conjoint franco-britannique, qui échouera face aux recours devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

2009 : alors que le nombre d’exilé-e-s, principalement afghans, augmente à Calais (1200 à 1400 personnes en juillet), le gouvernement déploie sur l’année une séquence médiatique ponctuée par les visites sur place du ministre de l’immigration et de l’identité nationale, en janvier pour « prendre connaissance de la situation », en avril (précédée par la rafle de deux cents exilés) pour faire part de son plan d’action, en septembre pour superviser la destruction des squats et campements. En deux semaines, fin septembre à début octobre, la quasi totalité des squats et campements sont détruits. La destruction de la « Jungle des Afghans » est particulièrement médiatisée, 272 personnes sont arrêtée. Un tri au faciès est effectué sur place entre « mineurs » et « majeurs ». Les « mineurs » sont envoyés dans des centres ouverts pour l’occasion et dispersés en France, que la plupart quitteront dans les jours suivants. Les « majeurs » sont envoyés dans des centres de rétention partout en France d’où la plupart seront libérés pour vices de procédure. Neuf personnes sont expulsées en Afghanistan sur deux vols conjoints franco-britanniques.

2009 (mars) : création à la suite du rapport « La Loi des Jungles » du Réseau jungles, qui relie les associations actives sur les campements d’exilé-e-s dans le Nord – Pas-de-Calais, en Normandie et à Paris.

2009 (juin) : camp du mouvement No Border, entouré d’une forte présence policière, point de départ d’une présence continue à Calais, qui se traduira par une forte implication au côté des exilé-e-s, la documentation des violences policières et l’ouverture de squats.

2009 (juillet) : traité d’Évian entre les gouvernements français et britannique, complété par la création d’un centre opérationnel conjoint assurant la coordination entre les polices française et britannique, et par un arrangement prévoyant de nouvelles mesures de contrôle de la frontière et l’organisation de vols conjoints franco-britannique d’expulsion vers les pays d’origine.

2011 : création de la Plate-forme de Service aux Migrants, regroupant des associations de soutien aux exilé-e-s du Nord – Pas-de-Calais, de Normandie et de Paris.

2011 (juin) : saisine du Défenseur des Droits tout juste nommé d’un rapport issu du travail du mouvement No Border sur les violences policières à Calais.

2012 : création de l’Association des Élus Hospitaliers, regroupant des élus favorables à une politique d’accueil, notamment les maires de Norrent-Fontes, Grande-Synthe et Angres, où se trouvent des campements d’exilé-e-s.

2013 (septembre) : ouverture par des militant-e-s du mouvement No Border du squat de la rue Victor Hugo, qui accueille des femmes et des enfants, ainsi que des personnes malades ou blessées.

2013 (octobre) : occupation par les exilé-e-s syrien-ne-s de la passerelle piétonne d’accès au port de Calais ; leurs revendications se heurteront à une fin de non-recevoir, mais leur mouvement connaîtra une forte médiatisation.

2013 (octobre) : création de la page facebook et du groupe d’extrême-droite Sauvons Calais, se revendiquant « anti-migrants ».

2013 (novembre) : création de la page facebook et du groupe Sauvons Calais des petits esprits, qui deviendra Calais Ouverture et Humanité et se constituera en association, et suscitera l’engagement de nombreuses nouvelles personnes en soutien aux exilé-e-s.

2013 (décembre) : visite du ministre de l’intérieur Manuel Valls à Calais ; arrivée de nouveaux renforts de police et mise en place d’une concertation plus concrète avec les associations.

2014 : reprise du squat Victor Hugo par l’association Solid’R, missionnée par l’État, puis transfert du service d’accueil des femmes exilées dans des modulaires à l’écart de la ville.

2014 (mai) : reprise des expulsions de campements ; occupation par les exilé-e-s du lieu aménagé pour la distribution des repas.

2014 (juillet) : évacuation du campement installé sur le lieu de distribution des repas et fermeture de celui-ci ; évacuation le même jour des trois squats ouvert par des militant-e-s du mouvement No Border ; manifestation et ouverture du squat Galoo dans un vaste lieu désaffecté en centre-ville.

2014 – 2016 : regrouper, mettre à l’écart, fermer la frontière – le bidonville de Calais

En 2014, le gouvernement doit faire face à la fois à l'augmentation sensible du nombre d'exilé-e-s, qui s'annonce devoir continuer, et à la résistance des associations et des exilé-e-s, susceptible d'avoir un impact négatif sur l'image de la politique gouvernementale. Un long virage est négocié entre l'été 2014 et le printemps 2015 pour donner satisfaction à la maire de Calais et aux secteurs de la société hostiles aux exilé-e-s, désamorcer l'hostilité des associations et susciter leur collaboration quand il en est besoin, concentrer, mettre à l'écart et mieux contrôler les exilé-e-s comme à l'époque de Sangatte, sans abandonner la politique de harcèlement et de déguerpissement.

Cette politique donnera naissance au plus grand bidonville de France, à l'organisation complexe, avec ses magasins, ses restaurants, ses mosquées, ses lieux créés à l'initiative d'acteurs associatifs, cuisines collectives, services sociaux, lieux culturels, juxtaposé à des services mis en place par l'État, plate-forme de services de jour, lieu d'hébergement de femmes et d'enfants existant transféré sur le site, puis camp de container comprenant 1500 places d'hébergement. Sa mise en place s'accompagnera de la destruction de l'ensemble des autres squats et campements du Calaisis, suivie par une pression policière croissante sur le bidonville qui subira quatre destructions partielles avant la destruction finale, tandis que ce mettra en place une politique de dispersion des exilé-e-s, par les rafles et les placements en rétention, et par la création dans toute la France de Centres d'Accueil et d'Orientation. La relation avec les associations oscillera entre cogestion et conflictualité. Le site fera l'objet d'une intense médiatisation, non maîtrisée, qui suscitera des réponses au coup par coup de la part du gouvernement. Il fera aussi l'objet d'une forte mobilisation solidaire, française, mais aussi britannique et européenne. Il deviendra aussi la cible d'une mobilisation de moindre ampleur de l'extrême-droite française et européenne.

2014 (août) : annonce de l’ouverture d’un lieu d’hébergement de 400 places à l’écart de la ville par la maire de Calais, recadrée par le ministre de l’intérieur qui précise qu’il s’agira d’un accueil de jour sans hébergement.

2014 (septembre) : accord franco-britannique renforçant les mesures arrêtées en 2009 et prévoyant la création d’un fonds pour la « sécurisation » du port et de ses approches abondé par le gouvernement britannique.

2014 (octobre) : manifestation à l’initiative du syndicat UNITÉ SGP POLICE FO qui présente la présence des exilé-e-s comme un danger pour l’économie calaisienne et appelle à la mobilisation contre cette présence ; médiatisation « ras-le-bol des Calaisiens » par rapport à la présence des « migrants » ; création des Calaisiens en colère, page facebook et nouveau groupe « anti-migrants ».

2015 (mars) : ultimatum de la préfète aux exilé-e-s leur enjoignant de quitter les squats et campements existants avant le 1er avril sous peine d’être expulsé-e-s, et de se regrouper sur un terrain en friche situé à côté du centre de jour, dont une partie des services ont commencé leur activité. Certaines associations organisent des navettes pour emmener les exilé-e-s et leurs affaires sur le nouveau lieu, précipitant l’auto-expulsion de 1500 personnes, la quasi-totalité des exilé-e-s présent-e-s dans le Calaisis.

2015 (juin) : expulsion d’une partie des squats et campements subsistants, dont le squat Galoo.

2015 (août) : accord franco-britannique, prévoyant notamment un financement britannique de la « sécurisation » des approches du Tunnel sous la Manche.

2015 : (septembre) : évacuation des derniers campements du centre-ville et première destruction partielle bidonville ; premier bombardement du bidonville à la grenade lacrymogène par la police, dès le lendemain.

2015 (octobre) : visite du ministre de l’intérieur à Calais pour répondre à la médiatisation de la situation ; jusqu’à la fin de l’année, rafles et envois quotidiens de cinquante personnes arrêtées à Calais dans des centres de rétention éloignés ; création des Centres d’Accueil et d’Orientation dispersés dans toute la France et accueillant les exilé-e-s acceptant de s’éloigner de Calais sans avoir préalablement à déposer une demande d’asile.

2015 (novembre) : destruction d’une partie du bidonville pour installer un camp de containers financé par l’État, qui ouvrira en février 2016.

2016 (janvier) : destruction du bidonville sur une bande de 100 mètres le long de la rocade portuaire et d’une rue adjacente.

2016 (29 février – 16 mars) : destruction de la moitié sud du bidonville ; concentration de sa population, qui continue à augmenter, dans moitié nord.

2016 (mars) : ouverture d’un camp de réfugié-e-s à Grande-Synthe grâce à un partenariat entre la mairie et Médecins Sans Frontières, pour faire face à l’augmentation rapide du nombre d’exilé-e-s sur la commune et à de graves conditions d’insalubrité.

2016 (mars) : déclaration sur les migrations du sommet d’Amiens, qui prévoit d’amplifier la politique menée à Calais et au niveau européen.

2016 (mai) : contrôles policiers aux accès du bidonville et interdiction d’apport de matériaux de construction, sauf autorisation de la préfecture.

2016 (septembre) : manifestation organisée par divers acteurs économiques (sociétés de transport, commerçants, dockers…) pour exiger la destruction bidonville.

2016 (24 octobre – 2 novembre) : destruction du bidonville et fermeture des structures mises en place par l’État (centre de jour, hébergement des femmes et enfants, camp de container). Les exilé-e-s sont dispersé-e-s dans toute la France. Un tri rapide est fait entre les personnes considérées comme majeures qui sont envoyées dans des Centres d’Accueil et d’Orientation et celles considérées comme mineures envoyées dans des CAO Mineurs Isolés, hors du cadre de la protection de l’enfance. Des équipes du Home Office sélectionnent parmi les mineur-e-s ceux et celles qui seront accepté-e-s au Royaume-Uni.

2016 - … : du déguerpissement à la terre brûlée

La politique qui fait suite à la destruction du bidonville renoue avec celle mise en place après la fermeture du Centre de Sangatte, à un niveau de violence plus important. Elle repose sur des contrôles au faciès, systématiques au début, dans la ville et dans les gares de Paris à Calais, sur la destruction systématique des tentes et abri et un harcèlement policier de jour comme de nuit, sur une entrave de l'accès aux réponses aux besoins fondamentaux mises en place par les associations, repas, douches. La même politique est menée à Grande-Synthe suite à l'incendie du camp de réfugié-e-s qui conduit à sa fermeture, et à Paris.

2016 – 2017 : multiplication des décisions d’expulsion vers le Soudan, donnant lieu à plusieurs expulsions effectives.

2017 (février) : mise en place de douches par le Secours catholique entravée par la municipalité ; puis la police procède à des arrestations quotidiennes de personnes se rendant aux douches, principalement des mineur-e-s.

2017 (mars) : arrêté municipal interdisant les distributions de repas aux exilé-e-s, puis interventions quotidiennes de la police pour disperser, entraver ou empêcher les distributions de repas.

2017 (avril) : incendie du camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe entraînant sa fermeture par l’État.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.