Macron, le HCR et le train de la honte

Un président qui hystérise le débat sur le terrain de la xénophobie. Le HCR qui pour pallier à son sous-financement chronique devient un opérateur des politiques migratoires européennes. Un train, sous le haut patronage du premier, organisé par le second, proclamant « la Solidarité #Aveclesréfugiés ». La société civile conviée à venir faire la claque dans cette opération de propagande.

Emmanuel Macron appelle à épier et dénoncer les personnes supposées musulmanes et lance un nouveau train de mesures xénophobes (pdf, 209.2 kB).

La presse anglophone a documenté récemment le rôle trouble du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies en Libye. Par exemple :

https://foreignpolicy.com/2019/10/10/libya-migrants-un-iom-refugees-die-detention-center-civil-war/

ou cette enquête en quatre parties :

https://www.euronews.com/2019/10/02/unhcr-in-libya-part-1-from-standing-withrefugees-to-standing-withstates

https://www.euronews.com/2019/10/02/unhcr-in-libya-part-2-migrants-in-detention-centres-why-does-unhcr-want-to-keep-us-in-pris

https://www.euronews.com/2019/10/03/unhcr-in-libya-part-3-former-staffer-blows-whistle-on-favouritism-and-culture-of-impunity

https://www.euronews.com/2019/10/03/unhcr-in-libya-part-4-the-detention-centres-the-map-and-the-stories

On pourrait y ajouter les soupçons de corruptions au Soudan, les conditions de la liquidation du camp de réfugié-e-s de Choucha en Tunisie, créé suite à l'intervention militaire occidentale en Libye en 2011, l'engagement du HCR en faveur de la création de centres de débarquements en dehors de l'Union européenne où seraient ramené-e-s les exilé-e-s intercepté-e-s en Méditerranée (voir ici, ici et ), son implication les dispositifs financés par l'Union européenne pour éloigner les exilé-e-s des frontières européennes (Niger, Rwanda), la liste n'est pas exhaustive.

Conformément à la méthode macronienne de dire le contraire de ce qu'on fait (acte II social du quinquennat, engagement en faveur de l'écologie, etc...), une opération de blanchiment est prévue sous la forme du "Train de la Solidarité #Aveclesréfugiés" (sic) de Paris à Genève, où se tiendra le Forum mondial des réfugiés, sous le haut patronage d'Emmanuel Macron et associant le HCR, la DIAIR (Délégation interministérielle à l'accueil et à l'intégration des réfugiés - ce qui sert de cache-sexe à une politique d'asile de plus en plus restrictive) et la SNCF, puisqu'il y a un train, avec des partenaires comme Sanofi (connu notamment pour la Dépakine) et la mairie de Paris (et ses violations systémiques des droits des mineur-e-s isolé-e-s étranger-ère-s (pdf, 696.2 kB) - voir aussi ici).

https://www.unhcr.org/fr-fr/news/press/2019/11/5dc528c44/train-de-la-solidarite-le-hcr-le-diair-et-la-sncf-sengagent-aveclesrefugies.html

On pourrait s'attendre à des actions des associations de solidarité avec les exilé-e-s dénonçant l'hypocrisie de cette opération de communication et informant sur le rôle du HCR au service des politiques migratoires européennes.

Que nenni, "des moments de partage avec des associations" sont prévus, et certaines, pas forcément des moindres, ont prévu de figurer dans cette opération de propagande, tant est importante la relation de commensalité des notables associatifs avec les pouvoirs publics. Et c'est sans doute une des explications du contraste entre la disponibilité d'une large part de la société française à la solidarité avec les exilé-e-s, ou son caractère largement multiculturel, et l'incapacité à peser sur les décisions des associations censées exprimer ces réalités.

 

 

 

 

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