UE : vers des centres de tri des "migrants" à l'extérieur de ses frontières

Le création de centres de tri des "migrants" à l'extérieur des frontières européennes est affichée comme la nouveauté de ce Conseil européen, masquant les désaccords entre États membres, alors que les questions de migrations apparaissent en tête de l'agenda, comme s'il n'y avait rien de plus urgent à discuter.

Le document diffusé par le secrétariat général du Conseil de l'Union européenne, appelé "projet de conclusions", daté du 19 juin 2018, en amont de la réunion en cours les 28 et 29 juin du Conseil, a pour premier point la "migration", suivi par "sécurité et défense", qui représentent à eux deux la moitié du document, avant "emplois, croissance et compétitivité", "innovation et digital", "cadre budgétaire pluriannuel" et "relations extérieures". L'Union européenne se présente comme menacée par le monde extérieur, la protection contre cette menace représentant la moitié de son ordre du jour, le reste des relations avec ce monde extérieur, ce qui serait sa politique étrangère, quatre lignes en fin de document, portant sur l'avion de la Malaysia airlines abattu par un missile au-dessus de l'Ukraine en 2014 et "à la lumière des événements, le Conseil européen peut aborder d'autres questions spécifiques de politique étrangère".

Vous pouvez télécharger le projet de conclusions du Conseil des 28 et 29 juin 2018 ici (pdf, 1 B).

Concernant le point "migration", le document répète les axes de la politique européenne :

- contrôler les frontières extérieures;

- prévenir le retour de situations comme celle de 2015 en réduisant les "routes migratoires", notamment en collaborant avec la Libye et ses gardes-côtes, et avec les autres "partenaires" de l'est et de l'ouest méditerranéen;

- conditionner le soutien financier de l'Union européenne à la reprise par les pays "partenaires" des objectifs européens en matière de politique migratoire.

Deux points nouveaux s'y ajoutent. Le premier, qui a été le plus commenté est celui de créer à l'extérieur de l'Union européenne des "plateformes" de tri entre "bons" et "mauvais" "migrants", les "bons" étant alors susceptibles d'être admis sur le territoire des États membres de l'UE. Ceux-ci feraient ainsi un pas de plus pour se débarrasser des obligations d'accueil liées à la convention de Genève, et inclure l'accueil des réfugié-e-s dans une politique migratoire discrétionnaire basée sur des quotas.

La Commission européenne avait affiché sa volonté d'avancer sur la réforme de la législation européenne de l'asile (voir ici et ). Le projet de conclusions, lui, renvoie aux politiques nationales ("les États membres devraient prendre toutes les mesures législatives et administratives internes nécessaires pour contrer ces mouvements et coopérer étroitement entre eux à cette fin"), symptôme de l'incapacité des États membres à se mettre d'accord, qui s'est aussi manifestée lors de la réunion préparatoire du 24 juin (voir sur Médiapart). Notons que la France a anticipé cette recommandation par l'adoption en cours, en procédure accélérée, d'une réforme de l'asile (voir ici, ici, ici et ), suivant de quelques mois une autre loi permettant notamment l'enfermement des demandeur-se-s d'asile en procédure Dublin (voir ici et ).

À défaut d'accord plus large, à l'Union européenne de maintenir les exilé-e-s hors de ses frontières, aux États membres de démanteler leurs droits sur leur sol et de créer un "environnement hostile", pour reprendre le mot d'ordre de la politique mise en place par le Royaume-Uni.

 

 

 

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