Macron sera-t-il le Draghi français?

Tous deux sont banquiers, mais c’est plutôt la proximité entre l’arc politique qui soutient Mario Draghi, et celui qui s’est retrouvé dans la rue derrière les syndicats policiers pour dénoncer l’institution judiciaire et faire pression sur le Parlement, qui amènent à se poser la question – les circonstances, elles, étant différentes.

Les 17 et 18 février 2021, le gouvernement formé par Mario Draghi, ancien vice-président pour l'Europe de la banque Goldman-Sachs, puis gouverneur de la Banque d'Italie, puis président de la Banque Centrale Européenne, recevait au Sénat puis à la Chambre des députés un soutien écrasant d'un arc politique allant de la gauche à l'extrême-droite. On y trouve : la coalition de gauche Libres et Égaux, comprenant notamment une dissidence de gauche du Parti démocrate; le Parti démocrate, métamorphose néolibérale du Parti Communiste Italien; le Mouvement 5 Étoiles, anciennement anti-système (les parlementaires du mouvement qui n'ont pas voté la confiance au gouvernement Draghi en ont été exclus); des partis du centre; La Ligue, formation d'extrême-droite de Matteo Salvini. Face à la crise liée à la pandémie de Covid-19, la quasi-totalité de la classe politique italienne se rassemble derrière un banquier sauveur - sauveur de l'Italie ? De sa classe politique ? Du néolibéralisme ?

Le 19 mai, un arc politique très semblable se trouve rassemblé derrière des syndicats policiers attaquant l'institution judiciaire et exigeant du Parlement un durcissement de la législation. On trouve là en effet, outre le ministre de l'intérieur en exercice, le Parti communiste, le Parti socialiste, un partie de l'écologie politique, La République En Marche et ses soutiens centristes, la droite d'opposition et le Rassemblement national. Une partie de la gauche (France Insoumise, Génération.s, une partie de l'écologie politique) s'en est démarquée.

Si l'arc politique rassemblé est très proche, la situation est différente. Il ne s'agit pas du soutien à un gouvernement, mais du soutien à une manifestation. Malgré la présence de son ministre de l'intérieur, Emmanuel Macron peut difficilement apparaître comme le sauveur qu'il n'a pas été au cours de quatre ans de mandat. Et la plupart des partis présents à la manifestation sont dans l'opposition, à commencer par le Rassemblement national, qui est aussi celui dont la présence à un tel événement était la plus prévisible.

Plus inquiétant, si une palette aussi large de formations politiques s'est trouvée rassemblée autour d'un sauveur, il ne s'agit pas d'un homme (ni d'une femme) providentiel-le, mais de la police et de ses syndicats les plus à droite qui ont tiré les mots d'ordre de la manifestation vers leurs propres positions. Rien d'étonnant en fait, les partis d'orientation néolibérale savent que si le néolibéralisme ne suscite plus l'adhésion, il devra être maintenu par la force. C'est une attitude qu'on retrouve de la part de l'Union européenne et des liens qu'elle tisse à l'occasion de la pandémie autour de la répression des "troubles civils" (voir ici, ici et ).

Répression des mouvements sociaux d'un côté, idéologie identitaire et xénophobe de l'autre, telle est la ligne de défense tenue d'une manière s'accentuant au fil des années par les formations politiques néolibérales. Leur convergence s'affiche en Italie dans la participation au gouvernement. Elle s'affiche en France dans la rue.

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