Les pieds nickelés de l'Union Européenne

Après quelques années ou on l'avait presque oublié en même temps que son désastreux bilan, Barroso fait reparler de lui : il devient consultant de la banque américaine Goldman-Sachs, pour gérer le Brexit au mieux des intérêts britanniques . Pour bien comprendre la portée de l'évènement, il faut se rappeler le "palmarès" de cette banque.

Goldman Sachs, c'est la banque qui, dans les années 2000, a aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes, afin que sa dette souveraine rentre dans les critères de Maastricht, en suscitant pour l'état grec des investisseurs prêts à prêter sans émission de dette en échange d'une main basse sur les revenus du loto, sur les taxes d'aéroport et les redevances d'autoroutes. Pour ne pas émettre officiellement de dette, l'état grec a ainsi renoncé jusqu'en 2022 à des revenus substantiels. 

Le résultat, nous l'avons sous les yeux aujourd'hui : une crise de la dette récurrente dans ce pays, dont les institutions européennes - qui ne pouvaient pas ignorer les montages donnant un vernis d'orthodoxie aux finances publiques du pays, refusent de prendre leur part de responsabilité et surtout, une banque d'affaire qui, non contente avoir encaissé 300 millions d'euro annuels pour ses "bonnes pratiques", a honteusement spéculé sur la dette grecque après en avoir été la cause.

Que les institutions financières ne s'encombrent pas de principes moraux,  cela, nous le savions déjà. Ce qui est plus grave, c'est la complicité des dirigeants qui sont censés protéger les intérêts de l'Europe et de ses citoyens. Cette complicité s'est récemment exprimée avec le "pantouflage" d'un triste sire, Manuel Barroso, un ancien président de la Commission européenne qui n'hésite pas à mettre ses "compétences" particulières au service de cette même banque Goldman Sachs qui spécule sur la ruine de l'Europe : après avoir laissé l'idée européenne se déliter dans l'esprit des citoyens, monsieur Barroso va conseiller la banque sur les moyens de "gérer" le Brexit au mieux de ses intérêts et de celui de ses clients britanniques, c'est à dire en escroquant l'Europe.

La préoccupation des dirigeants européens n'est pas l'intérêt général, tant s'en faut ! Non seulement il apparaît que le Luxembourg de Junker a fait sa prospérité par des pratiques qui tarissent les ressources fiscales de l'Europe et qui, malgré le scandale, ne sont toujours pas abandonnées. "L'affaire Barroso" révèle un autre aspect de la "gouvernance" européenne et des méthodes des lobbies qui polluent les décisions de la commission et du parlement : en effet, il n'est pas interdit de penser que Barroso a fermé les yeux sur les pratiques helléniques de Goldman-Sachs en échange de cette promesse de pantouflage... après un délai "décent", car une prise de fonction immédiate aurait un peu interpellé et fait désordre.

Une crise de la dette en Grèce qui n'est sûrement pas terminée, tant on s'obstine à y appliquer les méthodes qui ont fait la preuve de leur inefficacité . d'autres pays menacés de la même punition austéritaire. C'est le résultat du conflit d'intérêts permanent qui caractérise les institutions européennes. Il est à craindre que le débat sur la sortie de l'Union Européenne soit désormais dépassé, car cette absence totale de gouvernance la conduit tout droit à une autodestruction spontanée.

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