Pierre Sassier
Abonné·e de Mediapart

580 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 déc. 2021

Pierre Sassier
Abonné·e de Mediapart

Pas de transition écologique sans une révolution des esprits

« La transformation écologique et sociale du secteur aérien ne pourra se faire qu’avec l’ensemble des acteurs , les salariés, les ingénieurs, les étudiants, mais aussi les industriels. C’est la condition pour une sortie par le haut. »

Pierre Sassier
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est au cours des assises de l'aviation, qui se sont tenues à Toulouse et à Paris au cours du mois de septembre 2021, que cette déclaration d'une participante exprime que la transition écologique nécessaire à la survie de notre espèce ne se fera pas sans justice sociale. La nécessité exprimée ici ne s'arrête pas au secteur de l'aviation, mais s'applique à toute l'économie et à toute la société : la "sortie par le haut" ne sera possible qu'avec l'adhésion des salariés. Et, pour cela, au moins trois conditions sont à remplir : que ceux-ci ne se sentent pas les dindons de la farce en termes d'emploi et de salaire, qu'ils s'engagent aux côtés des syndicats et des représentants du personnel pour obtenir les avancées sociales qu'ils appellent de leurs vœux, qu'ils aient la possibilité de faire bouger les choses en pesant sur les décisions de l'entreprise. Ces conditions dépendent respectivement du Patronat, des salariés et du législateur et aucune d'entre elles n'est gagnée d'avance.

La politique de gestion de crise par les entreprises ne sera acceptable pour les salariés que s'ils ne sont touchés ni ni dans leur emploi, ni dans leur pouvoir d'achat. Sur aucun de ces deux points, la gestion de la crise sanitaire n'autorise à l'optimisme : Selon une enquête récente du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), la crise sanitaire et sociale liée à la Covid-19 a aggravé la précarité de l'emploi . La multiplication des grèves sur les salaires exprime le mécontentement des salariés face aux  2,6% d'inflation, que les augmentations obtenues lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires et les conditions de travail sont loin de compenser. En parallèle, l'année 2021 s'annonce dans le monde entier comme "un millésime historique en matière de dividendes". Une syndicaliste de la CFDT explique ainsi les tensions sociales actuelles : "les salariés doivent participer aux pertes mais quand il y a des bénéfices tout part sur l'actionnariat". S'il faut aller jusqu'à rétablir l'échelle mobile des salaires en cette période d'inflation, cela ne peut se faire qu'en réduisant le déséquilibre dans le partage de la valeur ajoutée entre salariés et actionnaires. C'est cette perversion du système qu'il faut parvenir à surmonter, mais cela implique une complète remise en cause.

Les salariés doivent faire bloc derrière leurs syndicats et leurs représentants : les syndicats ont accusé, depuis le début du quinquennat actuel, une forte baisse de leur influence. Les réformes du code du travail, décidées d'avance et prises par ordonnances après un simulacre de consultation des syndicats, ont participé à ce déclin. Celui-ci s'est concrétisé dans la révolte des Gilets Jaunes, qui ont mis les syndicats sur la touche. Et, plus récemment encore, des militants CGT ont été physiquement agressés par des abrutis qui les accusaient de collusion avec le pouvoir. Il est pourtant primordial que les syndicats, sans lesquels aucune avancée sociale n'aurait été possible, retrouvent leur rôle et leur influence. Et ceci pour une raison très simple : la législation ne reconnaît comme interlocuteurs des directions que les syndicats représentatifs dans leur entreprise ou les instances représentatives du Personnel qui, le plus souvent, en émanent.

Obtenir l'adhésion des salariés, c'est leur reconnaître un rôle dans la gestion des entreprises : l'exemplarité de l'Allemagne, qui ne connaît que très peu de conflits sociaux, est très souvent citée par nos dirigeants, qui oublient seulement de dire qu'il y a à cela une contrepartie : dans son livre "capitalisme et idéologie", Thomas Piketty rappelle que chez nos voisins d'outre-Rhin, les salariés sont crédités de 50% des voix dans les assemblées générales d'actionnaires et plus si certains d'entre eux sont eux-mêmes actionnaires. Cette "propriété sociale" se retrouve également en Suède à un degré moindre puisque la représentation des salariés est de 30% des voix. En France, rien ne vient tempérer la toute-puissance des actionnaires et cela est bien regrettable car certaines dérives, comme celles qui consistent à piller les réserves financières d'un aéroport (Toulouse-Blagnac) ou à mettre en faillite une entreprise (Sansonite) quand c'est l'intérêt d'un fonds d'investissement, auraient pu être évitées. De plus, le Betriebsrat - équivalent allemand du Comité d'Entreprise français - dispose du droit de véto dans l'application de certaines décisions, ce qui n'est pas le cas en France où le Comité d'Entreprise a seulement un rôle consultatif. Si le législateur voulait octroyer aux représentants des salariés un véritable rôle décisionnaire, qu'il partagerait avec les dirigeants et les actionnaires, le poids qu'il leur donnerait conforterait le consensus social.

Ce consensus social ne naîtra pas par l'opération du Saint-Esprit et il est même probable qu'il soit totalement utopique de vouloir le négocier, tant le capitalisme campe sur ses positions dès qu'il s'agit de l'intérêt de ses privilégiés. Alors une révolution ? Peut-être, en se rappelant qu'aucune, dans l'Histoire, n'a jamais été couronnée de succès.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Le jour où le post-fascisme a pris le pouvoir en Italie
Le parti de Giorgia Meloni a largement dominé les élections italiennes du 25 septembre. La coalition de droite devrait obtenir une majorité absolue au Parlement. Le résultat de décennies de confusionnisme et de banalisation du fascisme dans lesquels se sont fourvoyés tous les mouvements politiques de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal — Europe
« La droite fasciste n’a jamais disparu de la société italienne »
L’historienne Stéfanie Prezioso explique ce qui a rendu probable l’accès d’une post-fasciste à la tête du gouvernement italien. De Berlusconi en « docteur Frankenstein » au confusionnisme propagé par le Mouvement Cinq Étoiles, en passant par le drame des gauches, elle revient sur plusieurs décennies qui ont préparé le pire.
par Fabien Escalona
Journal — Santé
En Mayenne : « J’ai arrêté de chercher un médecin traitant »
En Mayenne, des centaines de personnes font la queue pour un médecin traitant. Dans ce désert médical, le nombre de médecins n’est pas suffisant face à une énorme demande. Inciter les médecins à s’installer dans des zones sous-dotées ne suffit peut-être plus. Certaines voix prônent une autre solution : la contrainte. 
par Célia Mebroukine
Journal — Politique
La justice dit avoir les preuves d’un « complot » politique à Toulouse
L’ancienne députée LR Laurence Arribagé et un représentant du fisc seront jugés pour avoir tenté de faire tomber une concurrente LREM à Toulouse. Au terme de son enquête, le juge saisi de cette affaire a réuni toutes les pièces d’un « complot » politique, selon les informations de Mediapart.
par Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Chéri, je crois qu’on nous a coupé le gaz !
Depuis quelques mois, la discrète Roumanie ravitaille le reste du monde. Le plus grand port de la mer noire s’érige au nom de Constanța. Les affaires battent leur plein. Les céréales sont acheminées dans des wagons sans fin. Aujourd'hui, comment vit-on dans un pays frontalier à l'Ukraine ? Récit de trois semaines d'observation en Roumanie sur fond de crise énergétique et écologique.
par jennifer aujame
Billet de blog
« Avoir 20 ans en Ukraine » : un témoignage plus nuancé
Dans son édition du 12 septembre 2022, l'équipe de « C dans l'air » (France 5) diffusait un reportage de 4 minutes intitulé : Avoir 20 ans à Kiev. Festif, le récit omettait que ces jeunes ukrainiens font face à des impératifs bien plus cruels. M'étant aussi rendu en Ukraine, j'écris à Maximal Productions un email ré-adapté dans le présent billet afin de rappeler une réalité moins télégénique.
par vjerome
Billet de blog
Tenir bon et reprendre l’offensive
Sept mois de guerre et d’atrocités en Ukraine, un peuple héroïque qui ne rompt pas et reprend l’initiative. La perspective, même lointaine, d’une libération de l’Ukraine devrait faire taire ceux qui théorisaient l’inaction devant les chars russes, validant la disparition d’un peuple et de ses libertés.
par Yannick Jadot
Billet de blog
La gauche en France doit sortir de son silence sur la guerre en Ukraine
[Rediffusion] La majorité de la gauche en France condamne cette guerre d'agression de l'impérialisme russe, demande le retrait des troupes russes de l'Ukraine. Mais en même temps reste comme paralysée, aphone, abandonnant le terrain de la défense de l'Ukraine à Macron, à la bourgeoisie.
par Stefan Bekier