Zoom sur Hassan Alkalesh

Le mois dernier, le journaliste syrien Hassan Alkalesh a rejoint le Club Mediapart. Il écrit régulièrement sur la géopolitique et l'histoire de la Syrie mais aussi sur la politique française. Le fait est assez rare pour avoir suscité notre curiosité. Quel est son parcours journalistique ? Comment alimente-t-il son blog ? Comment se projette-t-il dans l'avenir ? Interview.

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Q : Quel est votre parcours journalistique et comment avez-vous découvert Mediapart ?

Hassan Alkalesh : Depuis cet été, je cherche à joindre des journaux français: Libé et d’autres. Mais je n’ai pas eu de réponse. Des amis m’ont alors conseillé de rentrer en contact avec Edwy Plenel que je ne connaissais pas. Ils m’ont dit; c’est un homme très connu et très honnête. Je l’ai contacté sur twitter, il m’a répondu et mis en relation avec vous. Je n’ai pas de réseau ici en France. 

Je travaille comme journaliste depuis 10 ans, en free lance. J’ai longtemps écrit pour un journal syrien, comme Mediapart. Enfin comme Mediapart dans le sens où c’est un journal en ligne. Mais les journaux indépendants n’existent pas en Syrie. Faire du journalisme là-bas n’est pas simple, d'autant plus que j’ai toujours écrit sur la corruption et les minorités : des sujets tabous ! Quand  je me suis rendu compte que le journal avait des relations étroites avec le régime, je l’ai quitté. C’était en 2007. Le régime m’a alors mis sur la black list et personne ne voulait plus me faire travailler, même les journaux privés. J’ai alors collaboré avec un journal libanais, pan-arabe, très connu dans le monde. Son centre principal se trouve à Londres.

Q : Vous racontez dans un de vos billets que vous êtes en France depuis deux ans, alors que la destination préférée des Syriens restent la Suède, et maintenant l'Allemagne. Pourquoi vous êtes-vous installé à Nice ?

H.A : J’ai choisi la France, parce que la relation entre nos deux pays est très importante  pour bien comprendre l'histoire de la SyrieLa politique française aussi m’intéresse beaucoup; j’ai commencé à la suivre lors de la  présidentielle de 2006 avec l’affrontement entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Si je suis installé à Nice, c'est surtout grâce à ma femme, qui est arrivée en France, avant moi, avec mon fils. Elle a contacté des amis ici qui l'ont aidé à s'inscrire à l'Université Sophia Antipolis. 

Q : Dans votre billet intitulé "Ce que l'Europe et la France ignorent des Syriens", vous pointez du doigt les difficultés d'intégration en France, notamment à cause des faibles moyens mis à la disposition de l'apprentissage de la langue. Comment avez-vous appris le français ?

H.A : J'ai appris le français en France. Non pas grâce à la formation que j'ai reçue en arrivant, qui n'était vraiment pas terrible car il y avait beaucoup de gens avec des niveaux très différents, mais grâce à mon fils qui va à l'école. Et puis je suis très curieux, alors je ne perds jamais une occasion de parler avec des gens, je lis les journaux, j'écoute la radio...

Le problème c'est aussi le peu d'accompagnement pour trouver un emploi. Pôle emploi ce n'est pas sérieux... Bien sûr je cherche un travail comme journaliste. Je ne veux pas travailler dans un restaurant, même si j'ai beaucoup de respect pour ceux qui y travaillent, mais ce n'est pas mon métier. J'ai un rêve : bien m'intégrer ici. Pour moi, pour mon fils aussi.

Q : De quels autres soutiens bénéficiez-vous ?

H.A : La Maison des journalistes ? Non rien. Je leur ai écrit, mais je n'ai jamais reçu de réponse. La communauté syrienne ? Bah... c'est difficile. Il n'y a pas de confiance entre nous. Nous nous méfions. J'ai des amis, des gens de toutes origines, des gauchistes comme moi, athées comme moi...

Je suis arrivé en France il y a deux ans, mais je parle français depuis 10 mois. Pour écrire ce n'est pas évident. Mes premiers billets de blog, c'est une amie qui se trouve au Liban qui me les a traduits, mais il a fallu que je la paye. C'était assez lourd financièrement, alors maintenant je les écris tout seul en Français, puis une amie lycéenne qui habite à Nice m'aide à les réécrire.

Q : Comment choisissez-vous les sujets que vous traitez ?

H.A : Cela dépend de mon inspiration. Je me pose la question : c'est quoi le sujet important pour les Français ? Alors quand je parle avec mes amis et qu'ils m'interrogent sur un aspect ou un autre, cela me donne des indications sur ce qui pourrait être intéressant.

Pour m'informer, je lis beaucoup Facebook, c'est très important pour nous les Syriens, je lis les médias arabes bien sûr, mais aussi Libé, Le Monde, etc, et aussi les activistes, les intellectuels... Depuis peu, j’ai commencé à regarder les talk-show politiques français.

Q : Dans quel pays, vous projetez-vous : ici ou là-bas ?

H.A : La France, c'est mon pays. C'est très clair dans ma tête. J'ai tourné la page. En fait (il reprend difficilement sa respiration) je suis presque sûr que la Syrie a disparu. Elle n'existe plus... Elle va être morcellée en petits bouts. La décentralisation fédérale est une solution pragmatique (bien sûr apres le depart de Assad et de sa famille)Ce n'est pas une solution qui me plait, mais je suis réaliste. Je ne veux pas me perdre dans des idées romantiques.
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