Par la grâce de feu Ministre de l'Education, chaque année, comme la Pâques pour le printemps, pour l'hiver, les évaluations CM2 ressuscitent la contestation. La ferveur qui court la troisième semaine de janvier n'a guère d'égal durant l'année scolaire. Pourtant, aujourd'hui encore, Luc Châtel s'entête à les maintenir. Pourtant, elles sont, pour des raisons froides et objectives, inutiles pour les élèves.

Vais-je critiquer à nouveau ces évaluations ? Je crois que Mike Brooks, Secrétaire général du syndicat des directeurs d'école en Angleterre, l'avait parfaitement fait l'année dernière sur ce même blog. Vais-je évoquer les « biais », non pas ceux des consignes et des conditions de passations (d'autres le font mieux que moi), mais ceux suscités par l'institution ? Non, je crois en avoir fait aussi état dans un billet sur les « transformations opérées » pendant la remontée des résultats. Vais-je faire référence aux sites publiant, chaque année, les livrets d'évaluations (dont cette année un mystérieux Comité pour la Réussite aux Evaluations Nationales, dit COREN,qui« décidé de publier les documents d'évaluations nationales des élèves de Cm2 qui débutent demain dans toutes les écoles de France. Notre pays est très mal classé dans les évaluations internationales. Nos enfants ne travaillent pas assez. Il faut les aider. Nous publions les évaluations nationales CM2 pour qu'ils puissent apprendre à tricher et à gagner. Et à remonter le niveau de la France dans le classement international des nations. ») ?

 

Je souhaite rappeler une chose simple : depuis trois ans qu'elles existent, ces évaluations ne serviront à rien parce qu'elles ont été modifiées pour la troisième fois. Si les exercices de français n'ont pas bougé, ceux de maths viennent d'être encore refondus. En effet, remodelée l'année dernière en rapport à l'année dite « 0 », la partie maths a dû être à nouveau reprise car les exercices 2010 étaient trop difficiles. A tel point que la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) a dû redresser les résultats départementaux : les écoles n'ont eu aucun point de repère, ni avec leur département, ni avec l'année précédente censée faire référence...Et donc cette année rebelote, on change tout. C'est encore une année 0.

 

Et oui, avec sa célèbre culture de la concertation et du dialogue social, l'école aura perdu quatre ans, presque le temps d'un quinquennat où l'on devait diviser par trois le nombre d'enfants en échec entrant en 6ième ...Quatre ans, parce que cette année encore ces évaluations ne donnent pas pleine satisfaction et qu'elles seront, à coup sûr, modifiées encore.

 

Nous allons encore perdre un an car, pour ne pas faire perdre la face au « gouvernement » Sarkozy toujours en place, le ministre n'a pas voulu déplacer la date alors que tout était prêt pour un consensus. Il donne l'occasion aux désobéisseurs de reprendre de la place médiatique, il contraint les syndicats à venir sur la ligne de boycott, il néglige les enfants et les parents en ne fournissant pas les outils nécessaires aux enseignants pour faire progresser les élèves.

 

Cela est d'autant plus regrettable que les objectifs initiaux ont été mis (temporairement ?) au placard : publication des résultats à des fins de mise en concurrence des écoles, utilisation des résultats comme indicateurs de performance pour quantifier le travail des enseignants et outils de tri pour la préparation des deux collèges (voie générale et technique). C'est, selon mon avis, la raison principale pour laquelle ces évaluations ont été placées en janvier. A cette date, les écoles pensent au futur des cm2. En avril, les jeux sont (presque) faits puisqu'il y a les dossiers d'inscription au collège à faire. Darcos ne pensait pas un à examen de passage en 6ième comme Copé l'a maladroitement lancé, mal conseillé par SOS éducation (il doit encore se mordre les doigts Jean-François), mais à un « test » d'orientation afin d'instituer, en toute rigueur scientifique, un système à l'allemande, français : bref, élitiste et dépréciatif pour les perdants. Le tri entre classes populaires et bourgeoises (je reprends les termes à dessein) auraient fonctionné à plein régime. On aurait parlé d'enfants plus manuels et d'autres plus à l'aise avec l'abstraction, en phase avec les attentes de l'école et l'on aurait peut-être même été appuyé par les syndicats enseignants du secondaire. Bref, Darcos aurait pu faire le grand chelem mais...la machine s'est emballée...

Luc Châtel se doit donc d'effacer ces évaluations, fossiles de cette époque du sarkozysme triomphant...il faudra peut-être encore attendre que les syndicats d'enseignants du primaire SNUIPP et SE-UNSA appellent à un vrai boycott où personne ne fait passer ces évaluations. Peut-être en fin de semaine et pour les évaluations 2012 ?

 

 

Ah une question que posait une collègue à partir d'une consigne : « "chacun des côtés doit être le double de la longueur du triangle"? C'est quoi d'abord, la longueur d'un triangle"????? »

 

 

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à lire le billet lié à celui-ci : Propos d'Alain sur les évaluations CM2

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.