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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Édition du matin

Des évaluations CM2 surtout utiles à la contestation

Par la grâce de feu Ministre de l'Education, chaque année, comme la Pâques pour le printemps, pour l'hiver, les évaluations CM2 ressuscitent la contestation.

Par la grâce de feu Ministre de l'Education, chaque année, comme la Pâques pour le printemps, pour l'hiver, les évaluations CM2 ressuscitent la contestation. La ferveur qui court la troisième semaine de janvier n'a guère d'égal durant l'année scolaire. Pourtant, aujourd'hui encore, Luc Châtel s'entête à les maintenir. Pourtant, elles sont, pour des raisons froides et objectives, inutiles pour les élèves.

Vais-je critiquer à nouveau ces évaluations ? Je crois que Mike Brooks, Secrétaire général du syndicat des directeurs d'école en Angleterre, l'avait parfaitement fait l'année dernière sur ce même blog. Vais-je évoquer les « biais », non pas ceux des consignes et des conditions de passations (d'autres le font mieux que moi), mais ceux suscités par l'institution ? Non, je crois en avoir fait aussi état dans un billet sur les « transformations opérées » pendant la remontée des résultats. Vais-je faire référence aux sites publiant, chaque année, les livrets d'évaluations (dont cette année un mystérieux Comité pour la Réussite aux Evaluations Nationales, dit COREN,qui« décidé de publier les documents d'évaluations nationales des élèves de Cm2 qui débutent demain dans toutes les écoles de France. Notre pays est très mal classé dans les évaluations internationales. Nos enfants ne travaillent pas assez. Il faut les aider. Nous publions les évaluations nationales CM2 pour qu'ils puissent apprendre à tricher et à gagner. Et à remonter le niveau de la France dans le classement international des nations. ») ?

 

Je souhaite rappeler une chose simple : depuis trois ans qu'elles existent, ces évaluations ne serviront à rien parce qu'elles ont été modifiées pour la troisième fois. Si les exercices de français n'ont pas bougé, ceux de maths viennent d'être encore refondus. En effet, remodelée l'année dernière en rapport à l'année dite « 0 », la partie maths a dû être à nouveau reprise car les exercices 2010 étaient trop difficiles. A tel point que la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) a dû redresser les résultats départementaux : les écoles n'ont eu aucun point de repère, ni avec leur département, ni avec l'année précédente censée faire référence...Et donc cette année rebelote, on change tout. C'est encore une année 0.

 

Et oui, avec sa célèbre culture de la concertation et du dialogue social, l'école aura perdu quatre ans, presque le temps d'un quinquennat où l'on devait diviser par trois le nombre d'enfants en échec entrant en 6ième ...Quatre ans, parce que cette année encore ces évaluations ne donnent pas pleine satisfaction et qu'elles seront, à coup sûr, modifiées encore.

 

Nous allons encore perdre un an car, pour ne pas faire perdre la face au « gouvernement » Sarkozy toujours en place, le ministre n'a pas voulu déplacer la date alors que tout était prêt pour un consensus. Il donne l'occasion aux désobéisseurs de reprendre de la place médiatique, il contraint les syndicats à venir sur la ligne de boycott, il néglige les enfants et les parents en ne fournissant pas les outils nécessaires aux enseignants pour faire progresser les élèves.

 

Cela est d'autant plus regrettable que les objectifs initiaux ont été mis (temporairement ?) au placard : publication des résultats à des fins de mise en concurrence des écoles, utilisation des résultats comme indicateurs de performance pour quantifier le travail des enseignants et outils de tri pour la préparation des deux collèges (voie générale et technique). C'est, selon mon avis, la raison principale pour laquelle ces évaluations ont été placées en janvier. A cette date, les écoles pensent au futur des cm2. En avril, les jeux sont (presque) faits puisqu'il y a les dossiers d'inscription au collège à faire. Darcos ne pensait pas un à examen de passage en 6ième comme Copé l'a maladroitement lancé, mal conseillé par SOS éducation (il doit encore se mordre les doigts Jean-François), mais à un « test » d'orientation afin d'instituer, en toute rigueur scientifique, un système à l'allemande, français : bref, élitiste et dépréciatif pour les perdants. Le tri entre classes populaires et bourgeoises (je reprends les termes à dessein) auraient fonctionné à plein régime. On aurait parlé d'enfants plus manuels et d'autres plus à l'aise avec l'abstraction, en phase avec les attentes de l'école et l'on aurait peut-être même été appuyé par les syndicats enseignants du secondaire. Bref, Darcos aurait pu faire le grand chelem mais...la machine s'est emballée...

Luc Châtel se doit donc d'effacer ces évaluations, fossiles de cette époque du sarkozysme triomphant...il faudra peut-être encore attendre que les syndicats d'enseignants du primaire SNUIPP et SE-UNSA appellent à un vrai boycott où personne ne fait passer ces évaluations. Peut-être en fin de semaine et pour les évaluations 2012 ?

 

 

Ah une question que posait une collègue à partir d'une consigne : « "chacun des côtés doit être le double de la longueur du triangle"? C'est quoi d'abord, la longueur d'un triangle"????? »

 

 

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à lire le billet lié à celui-ci : Propos d'Alain sur les évaluations CM2

 

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Tous les commentaires

Courrier d'une maman de CM2 qu'ont reçu les délégués des parents d'élèves d'une école primaire de l'Essonne :


"Après avoir beaucoup hésité, nous avons finalement fait manquer une journée complète d'école à notre fils (faute de savoir à quel moment avaient lieu les tests). Il a donc manqué 2 tests. Par curiosité, et puisque j'y avais accès, j'ai fait avec lui la première séquence de math, matière où il ne rencontre aucune difficulté. De ses propres mots: trop dur (un des problèmes, nombres décimaux), je réponds au hasard (approximations de résultat numérique)... et comparée aux deux autres séquences, la première me semblait plutôt "light" ...
J'ai moi même fait la totalité de l'évaluation. Pour info, à bac +8 je ne suis pas du tout sure d'avoir répondu correctement à l'exercice 18 (tracé de triangle pour ceux qui n'ont pas vu le livret):
"
Trace un triangle qui respecte les conditions suivantes :
- un des sommets est le point A ;
- chacun de ses côtés a une longueur double d'un côté du triangle figurant sur ton cahier."
doit-on tracer un isocèle (qu'ils n'ont pas appris) ou un T. rectangle dont les côtés ont une longueur double de celui présenté ???? (l'ambiguité résidant dans le "d'un côté du triangle", pour tracer un T. rectangle l'instruction devrait être "de celles des côtés"...). Je dois
chercher la petite bête ....
"


J'ai répondu ceci (extraits) :


Un de mes profs disait que bien poser les problèmes était l'une des choses les plus difficiles pour un enseignant.

L'énoncé doit être clair, non ambigu, ne doit pas comporter de données inutiles et la réponse à la question doit être unique.

Or dans cet exercice triangulaire :

a) La donnée « un des sommets est le point A » semble inutile.

b) L'expression « chacun de ses côtés » est ambiguë. A quoi s'applique le « ses » de « ses côtés » ? C'est soit au « point A », soit au « triangle ».
Cela s'applique au point A ? Mais c'est quoi les côtés d'un point ? Cela s'applique au triangle ? Mais, sauf erreur, un triangle a trois côtés, dont chacun est présumé être de longueur double d'un mystérieux quatrième côté, celui d'un triangle « figurant sur « ton cahier ». Quel cahier ? Si c'est le cahier que l'élève utilise en classe, je suppose qu'il ne contient pas qu'un seul triangle. Si c'est un autre cahier, on ne sait pas lequel, ce n'est pas précisé.

Bon, on se pose, on réfléchit, on tente de se mettre à la place du génial rédacteur de l'exercice, mais on en est réduit aux hypothèses :

1) Le triangle demandé est un triangle dont deux des côtés sont égaux et de longueur double à celle du troisième côté.

2) Le triangle demandé a ses trois côtés égaux dont la longueur est le double de celle d'un côté (lequel ?) du triangle figurant sut le cahier (quel cahier ?)

Mais je pinaille... Le ou les rédacteurs de cet exercice ont dû méditer Boileau « Ce que l'on ne conçoit pas bien ne s'énonce pas clairement ».

Il aurait été sans doute trop simple de poser la question ainsi : « Tracer un triangle dont deux des côtés sont égaux et de longueur double à celle du troisième côté. »

Mais les questionneurs préfèrent peut-être que les enfants se torturent les méninges.

C'est ce qu'on appelle les passer à la question...

Voltaire, reviens, ils sont devenus fous !

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L'auteur

Sebastien Rome

directeur d'école élémentaire quartier prioritaire - élu local en charge de la Politique de la Ville
Lodève - Lodève

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L'Ecole, les pieds sur terre...mais bientôt la tête sous l'eau