Yann Kindo
Enseignant en histoire géographie.
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Billet de blog 17 nov. 2021

Le monde selon le Criigen.

Comment s’effondre un comité de recherches « indépendant »

Yann Kindo
Enseignant en histoire géographie.
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Introduction  

 Le billet précédent sur ce blog évoquait une épidémie de disparitions au Criigen, ce « Comité de recherches et d’information indépendantes sur le génie génétique », qui avait surtout fait parler de lui au moment de l’affaire Séralini. J’y constatais que sur le site de l’association, qui présente ses membres à travers ceux de son Conseil d’Administration et de son Conseil Scientifique, les figures de proue les plus connues  depuis la fondation en 1999 avaient en gros toutes disparues de l’organigramme : exit les fondateurs Gilles-Eric Séralini et Corinne Lepage, de même que les scientifiques ayant un peu de renommée comme Pierre-Henri Gouyon ou Christian Vélot. A partir d’une petite enquête menée en septembre dernier par le journaliste Thomas Deszpot pour LCI, et sur la base d’un communiqué du Président du Criigen daté du  3 octobre 2021, je supposais que le Criigen avait en fait explosé suite à des conflits internes liés à la campagne menées contre le vaccin à ARNmessager par Christian Vélot,  qui aurait été la pilule de trop à avaler pour d’autres membres sans doute soucieux de ne pas trop être associés en indignité au mouvement antivax.

Mais restait un mystère non élucidé : quid de Gilles-Eric Séralini, qui semblait avoir disparu de l’équipe avant même la crise liée à la pandémie ? Quand et pourquoi était-il parti ?

En tentant de répondre à ces questions je suis tombé sur un solide corpus documentaire qui me permet dans ce billet non seulement d’expliquer la brouille avec leur chercheur le plus connu, mais aussi de proposer plus largement une histoire du Criigen depuis 2015.

En effet, cherchant simplement à voir si d’autres avaient enquêté depuis sur les démissions au Criigen, j’ai fait la recherche suivante – pardon pour la pub faite au principal moteur de recherches utilisé dans le monde :

 De même, en cherchant des choses sur les procès intentés par le Criigen, je tombais là-dessus :

 Et donc, pour en avoir le cœur un peu plus net, il suffisait d’aller consulter les compte-rendu des réunions communes du Conseil d’Administration (CA) et du Conseil Scientifique (CS), ou bien encore les comptes-rendus des Assemblées Générales de l’association, dont une large partie – mais pas tous, semble-t-il  – a été rendue  accessible à la consultation publique par leur mise en ligne. Il ne s’agit pas là d’une obligation légale, mais j’imagine que cela participe d’un souci de transparence croissante des entreprises et des associations, une transparence justement réclamée par des acteurs comme le Criigen. Le Criigen a donc d’une certaine manière avec ces comptes-rendus en ligne mis ses actes en conformité avec ses principes, chose suffisamment rare pour être bien volontiers soulignée ici. 

On pourrait pinailler et déplorer que toute cette mise à disposition reste quand même anarchique et pas clairement répertoriée sur le site de l’association. Par exemple, l’association à laquelle j’ai pour ma part choisi d’adhérer, l’AFIS, se conforme plus clairement aux recommandations du baromètre de transparence des ONG mis en place par la Fondation Prometheus, à travers la rubrique « Gouvernance et Transparence »  de son site, où chacun peut consulter les Procès-Verbaux d’Assemblées Générales ainsi que les rapports moraux et financiers.

Néanmoins, pour qui veut bien faire un petit effort en vue de collecter de ce que le Criigen a rendu public[1], on peut constituer un corpus de 20 à 30 documents pour la période 2015-2020, composé pour l’essentiel des comptes-rendus des discussions du CA et du CS. Chacun est ainsi en mesure de reconstituer l’évolution et les débats du Criigen dans la période récente. Ayant fait ce travail, je propose ici mon interprétation et ma lecture des documents, que je peux résumer ainsi : nous allons dans cet article voir comment ce qui se voulait au départ un « comité de recherches sur le génie génétique », à la pointe de son secteur militant, finit par s’effondrer et se retrouver marginalisé sur le marché cognitif et médiatique de l’ « anti ». Les raisons de sa marginalisation sont à la fois externes (concurrence de nouveaux acteurs plus efficaces) et interne (ses propres choix creusent en fait sa tombe).

Bien entendu, puisque tout cela est public, chacun - y compris le Criigen, évidemment ! - est en mesure de proposer une lecture différente des mêmes données. C’est ainsi que fonctionne par la critique le perfectionnement de la connaissance, une méthode de débat contradictoire à laquelle je suis pour ma part très attaché. A condition de toujours bien renvoyer aux sources, ce qui est le devoir commun du journaliste et de l’historien. 

Je signale pour finir que cette démarche de ma part est en fait une réalisation d’un vœu du Criigen lui-même, puisque l’on pouvait lire dans le compte-rendu de la réunion du 10 mai 2016 :

 « C. Lepage émet l'idée de faire rédiger par un communicant (historien) l'histoire du CRIIGEN et son évolution jusqu'à aujourd'hui et toutes les difficultés rencontrées (procès, wikipédia, etc). Elle propose de se renseigner pour trouver la personne possible pour cette tâche. »

Un centre de recherches pas très centralisées

Le Criigen est né en 1999, et a choisi de se donner à travers son nom-même une identité centrée sur la question du génie génétique. Resituons le contexte : les premiers OGM commerciaux sont apparus en 1996, et Libération titrait la même année « Alerte au Soja Fou » (sic) pour commenter l’arrivée en France des premières cargaisons de soja transgénique. La panique vis-à-vis des PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) est alors entretenue - pour ne pas dire : créée -  par de nombreuses associations écologistes, au premier plan desquelles se trouve évidemment Greenpeace. Le Criigen est pour sa part créé avec une ambition différente : faire de la recherche pour démontrer par les outils de la science la dangerosité de ces OGM que les écologistes s’efforcent par ailleurs de diaboliser par l’agit-prop. Parmi ses membres se trouvent d’authentiques chercheurs qui s’attellent à cette tâche, avec ce « comité de recherches » comme structure de coordination mais aussi de recherche de financements. Au sein de cette équipe, les principales figures ne sont  pas les scientifiques les plus renommés dans leur domaine, que ce soit l’écologue Pierre-Henri Gouyon – qui semble n’avoir consacré qu’un seul article scientifique, en 2004, à un sujet lié  à la transgenèse, au cours d’une longue et fructueuse carrière consacrée surtout aux mécanismes de le reproduction sexuée -   ou  le biologiste Jacques Testart – qui après avoir été le « père » du premier « bébé éprouvette » français en 1982 a plus tard refusé de poursuivre ses travaux par crainte de dérives eugénistes  et a quitté le monde de la science « académique » pour en devenir un « critique » extérieur. Les principales figures en matière de projets de recherche liés au cadre du Criigen sont plutôt deux microbiologistes : Gilles-Eric Séralini – de l’université de Caen -  et Christian Vélot – de l’université Paris-Saclay.  Si Christian Vélot apparaît surtout comme l’infatigable militant dont les nombreuses conférences alertent sur les (supposés) dangers des OGMs, et qui joue un rôle important d’animateur au sein du Criigen – les comptes rendus des réunions de CA/CS sont très clairs sur ce point -, c’est bien Gilles-Eric Séralini qui a incarné la figure du chercheur qui dans son laboratoire démontre la nocivité de ces OGM (et d’autres substances, surtout si elles sont « chimiques »).

Gilles-Eric Séralini photographié par Michèle Daniau pour l’AFP en 2014. Bien entendu, c’était longtemps avant l’actuelle épidémie de Covid, et il est probable que rien n’imposait le port du masque dans ce laboratoire, si ce n’est peut-être la volonté de suggérer par là qu’il serait dangereux d’inhaler le produit « manipulé ».

Les deux coups d’éclat contre des OGM de Monsanto organisés par le Criigen sont ainsi médiatiquement incarnés par la figure de Gilles-Eric Séralini, même si à chaque fois d’autres membres du Criigen (Dominique Cellier et Joël Spiroux de Vendômois pour la première, et Robin Mesnage, Nicolas Defarge et à nouveau l’homéopathe Joël Spiroux de Vendômois pour la deuxième) sont cosignataires des études en question : en 2007, une relecture de données toxicologique sur le maïs Monsanto  MON863, et, en 2012, la fameuse étude surmédiatisée sur le maïs Monsanto NK603 associé au Round Up, qui a vu le Criigen au sommet de sa gloire faire le buzz comme jamais, avec ses photos de rats difformes.  Ces deux études sont présentées comme étant celles de  « Séralini et alii », et le scandale provoqué dans le monde scientifique par la deuxième publication est entré dans l’histoire sous le nom d’ « affaire Séralini ». Cette prééminence s’explique par la position institutionnelle de Gilles-Eric Séralini à l’université de Caen et dans son Laboratoire de Biologie Fondamentale et Appliquée, qui lui permet de recruter des étudiants sur des travaux liés aux ambitions du Criigen.  De son côté, Christian Vélot avait  au contraire été en 2007 en délicatesse avec sa hiérarchie dans son université, qui lui reprochait officiellement  son faible nombre de publications, ce que l’intéressé avait fait attribuer médiatiquement à une forme de répression contre ses prises de position anti-OGM. C’est donc tout naturellement que, dans ces années de gloire,  Gilles-Eric Séralini était président du Conseil Scientifique du Criigen et incarnait celui-ci aux yeux du monde.

Pour la période qui nous intéresse ici, celle du déclin entre 2015 et 2020, le Criigen apparaît ébranlé par le retour de boomerang dont il a été victime après l’étude de 2012 : si cette opération a pu lui apporter pour un temps la gloire médiatique, et si les démentis/dépublication/non confirmations indépendantes  n’ont évidemment jamais bénéficié de la publicité que lui avaient faite Le Nouvel Observateur, France 5 et le gouvernement de l’époque, le crédit du Criigen au sein de la communauté scientifique a été ramené à presque rien :  Gilles-Eric Séralini y est à la recherche sur les OGM  ce que Didier Raoult est aujourd’hui à celle sur la Covid19 (cette comparaison n’est sans doute pas exagérée, tant le nom de Séralini est alors  internationalement connu et associé à la notion de mauvaise ou « junk » science). Pour autant, les compte-rendu (CR) des CA et CS  témoignent de la volonté du Criigen de ne pas devenir une simple organisation militante de propagande, mais de conserver son statut de « comité de recherches ». Ainsi, la quasi-totalité des CR indiquent qu’un point a été fait en réunion sur l’avancement des recherches de tel ou tel membre. Par exemple on évoque régulièrement les travaux de Christian Vélot pour tenter de réfuter le principe d’équivalence en substance qui est utilisé pour l’homologation des OGM, travaux qu’il mène dans le cadre d’un projet  PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens pour la recherche et l’Innovation) qui a été  « initié en 2010 et mené avec Générations Futures et le CRIIGEN ». [2] Au début de la période, on voit encore être évoqués dans les réunions les travaux en cours menés directement par Gilles-Eric Séralini ou par des chercheurs issus de son équipe à l’université de Caen, et notamment Robin Mesnage[3].  En 2016, les projets de recherche sont encore pleinement liés à ce qu’était le projet initial du Criigen, à savoir démontrer la nocivité des OGM. Ainsi à la réunion du 8 novembre 2016, on apprend que :

 « Corinne Lepage a sollicité Joël Spiroux et Christian Vélot sur des synopsis de projets de recherche pour aller chercher des financements. Trois projets sont proposés :

1- Sur un aspect environnemental, avec l'étude du Roundup sur le sol et les champignons,

2- Sur un aspect transgénérationnel avec une étude sur rats nourris aux OGM et pesticides,

3- Sur un aspect alimentaire, avec une étude sur la comparaison de l'alimentation bio et l'alimentation conventionnelle sur rats "bio". »

 et que :

 « Gilles-Eric Séralini a plusieurs articles scientifiques en cours de rédaction et/ou soumis (suite à l'étude in vivo longue durée de 2012). Articles en collaboration avec Nicolas Defarge, Robin Mesnage et Michael Antoniou, Caroline Amiel, Jean-Michel Panoff, Joël Spiroux, entre autres. Ces articles traitent des sujets suivants :

- Analyse du maïs de l'étude longue durée avec un maïs conventionnel,

- Comparaison de 14 formulations de Roundup,

- Etude détaillée de la toxicité du Roundup sur les reins,

- Présentation des 250 premiers perturbateurs endocriniens et des perturbateurs nerveux,

- Etude sur le microbiote colique. »

 Mais l’on voit aussi à travers ces annonces que les choses sont en train d’évoluer : plutôt que sur les OGM, l’attention est en train de se porter progressivement vers le glyphosate (Round Up) et les pesticides, en s’éloignant ainsi de la question du « génie génétique » qui avait donné son nom à l’association. De plus, on voit avec le troisième projet annoncé par Corinne Lepage (« une étude sur la comparaison de l'alimentation bio et l'alimentation conventionnelle sur rats "bio". ») ainsi qu’avec d’autres projets prévus par Gilles-Eric Séralini lui-même (« le premier sur les vins et les pesticides, et le second sur le dosage de pesticides sur les cheveux des enfants qui mangent bio et non bio, en collaboration financière avec Biocoop »), que le tournant est en train d’être pris vers le nouveau paradigme « bio versus pesticides », dont nous allons reparler plus tard. On note également beaucoup d’initiatives portées dans son pays par la chercheuse canadienne Louise Vandelac, dont le dynamisme et la capacité à trouver des financements semblent  impressionner ses collègues français.

La machine historique du Criigen semble alors grippée sur son terrain de prédilection. Les recherches de Gilles-Eric Séralini commencent par exemple à disparaitre des CR à partir de 2017. Et celui-ci semblait en manque d’imagination face aux OGM, puisqu’une de ses dernières contributions a été de déterrer la douteuse affaire Glöckner [4].  Le relais sur le terrain de la pure recherche semble pris par son ancien étudiant de thèse Robin Mesnage, mais la bonne foi scientifique dont celui-ci semble faire preuve se heurte aux exigences du « comité de recherches » militant qu’il a rejoint.  Ainsi, à la réunion du 13 décembre 2016, G.-E. Séralini présente deux travaux menés (entre autres) par Robin Mesnage, qui pour l’un continue à tenter de mesurer la toxicité du Round Up (sur le foie)  et pour l’autre s’acharne sur le maïs NK603.  Le CR tire de la première étude une conclusion dont les vendeurs de vin (bio)  pourraient se réjouir  : « Cette nouvelle étude confirme le mécanisme par lequel des composés toxiques présents dans les formulations de Roundup pourraient avoir un rôle dans l’épidémie de maladies du foie ». Il semble néanmoins que le principal auteur se refuse pour sa part à exagérer la portée de ses propres travaux, puisque le CR indique ensuite : « La proposition des communiqués de presse rédigée par Robin Mesnage, est trop modérée selon Gilles-Eric Séralini et n’explique pas le contexte. Les membres du CA/CS présents approuvent et souhaitent proposer à Robin Mesnage un nouveau communiqué CRIIGEN qui serait plus percutant. GE Séralini rédigera un texte qui sera envoyé à tous, et à Robin pour avis et accord. »

Le même Robin Mesnage est ensuite mis en cause dans le CR de la réunion du 12 novembre 2019 pour avoir accordé une interview au site « Agriculture et Environnement », au cours de laquelle il a tenu des propos bien trop mesurés sur le glyphosate et a exhorté à ne pas céder à la « chimiophobie ». Le constat est celui-ci : « Ses propos dans l’interview de GRW mais également sa contribution à la tribune NoFake Science avec les membres de l’AFIS posent de gros problèmes pour le CRIIGEN car elle le met en porte-à-faux », et Robin Mesnage disparaît logiquement de l’association dans les mois qui suivent.

 De son côté, Gilles-Séralini, dont on a dit à quel point sa réputation avait été ternie par l’affaire de 2012, commence alors à avoir du mal à faire paraître ses travaux dans des revues réputées. Le CR de la réunion du 18 septembre 2017 rapporte ainsi que : « En mai dernier, la revue internationale Plos One avait donné son accord pour publier le tout dernier article de Nicolas Defarge, Joël Spiroux et Gilles-Eric Séralini, sur la présence de métaux lourds dans les herbicides à base de glyphosate et autres pesticides. Le sujet étant très sensible, un embargo strict était appliqué jusqu’au 31 mai 14h pour éviter tout problème de communication avant la publication. Plos-One avait également donné son accord sur le contenu du communiqué de presse qui allait être envoyé juste après la publication de l’article. Gilles-Eric nous faisait déjà part de pressions des lobbys sur Plos One lors de la parution d’un précédent article publié en 2015. A ce jour, l’article n’est toujours pas publié par Plos One qui ne donne plus de nouvelles. »

Il faut croire que la cruelle pression des lobbys – quoi d’autre ? – a été payante, puisqu’une recherche sur Pubmed montre que si Plos-One avait encore publié en 2015 un article de l’auteur, elle ne l’a pas fait avec celui évoqué ici en 2017. 

On peut penser que l’alerte avait été lancée dès la réunion du 4 avril 2017, qui évoquait la situation suivante : « Robin Mesnage a dernièrement publié un article avec 20 auteurs scientifiques, dont Pete Myers, sur l’état des connaissances du glyphosate, la polémique et les solutions. Gilles-Eric Séralini qui connait bien Pete Myers pour l’avoir convié à un séminaire CRIIGEN afin de lui présenter ses travaux de recherche sur ce sujet, a été très surpris à la sortie de cet article de ne pas avoir été ni sollicité ni remercié. D’autres scientifiques du Criigen partagent ce point de vue. »

On constate alors dans les CR une vraie érosion et surtout un éparpillement des thèmes de recherche « fondamentale » portés par l’association. Les quelques projets annoncés s’éloignent des thématiques historiques liées au génie génétique. Ainsi « Jean-Paul Bourdineaud a pour projet de recherche d’analyser les métaux lourds sur 5 placentas humains et leur cordon ombilical sur des patientes d’Amérique du Sud »[5] . Plus étonnant encore, l’informaticien Dominique Beroule doit s’efforcer de convaincre ses collègues que son projet de recherche sur l’autisme concerne bien le Criigen, puisqu’il y est question des fameux « facteurs environnementaux » sur le « long terme »[6] . Pour autant, la principale publication qui en est issue  concerne l’administration de dépakine à un - oui : un seul – enfant épileptique, qui s’en serait porté beaucoup mieux : « Le traitement proposé par Dominique a eu des effets spectaculaires, initialement sur le sommeil et l’exploration visuelle. En quelques mois cet enfant a commencé à découvrir son environnement et son comportement a changé au bout de 9 mois. »[7]. Si le monde n’est pas au courant du fait que le Criigen a ainsi révolutionné le traitement de l’autisme, à défaut d’avoir démontré la dangerosité des OGM, c’est peut-être parce que le scepticisme pointait au sein même de l’association lors de la présentation de la chose : « Jean-Paul Bourdineaud s’interroge sur la validité d’un traitement utilisant un médicament (la Dépakine) qui, pris en cours de gestation, est aujourd’hui connu pour induire des symptômes autistiques chez la descendance. »[8]. Ce choix de s’aventurer sur le terrain de l’autisme est pourtant potentiellement porteur, tant ce domaine mal compris permet à tout à chacun d’y projeter ses a priori via des corrélations plus ou moins fallacieuses : « Une seconde demande de subvention, portant sur les impacts des HBG sur l’eau en Montérégie, région agricole intensive et ses impacts sur l'eau du Saint-Laurent dans la région de Montréal a également été déposée. Louise souligne que dans cette région, bien qu'on ne puisse faire de rapports directs, un enfant sur 46 souffre des troubles du spectre de l'autisme »[9].  Il y a en plus des subventions publiques à récolter, ce dont le Criigen a bien conscience : « Dominique propose que le CRIIGEN participe au Plan Autisme 2018-2022, projet gouvernemental de 400 millions € dont 86 millions pour la recherche. Le CRIIGEN pourrait s’inscrire dans ce programme pour une étude clinique. Pour une aide via l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche), le CRIIGEN peut manquer de publication scientifique sur ce sujet. [10]». C’est possible, en effet….

La mise en place de 4 groupes de travail est décidée en 2017 pour redynamiser la recherche au sein du Criigen, mais cela ne débouche sur rien. Le Criigen avoue son retard voire son impuissance sur la question nouvelle du « forçage génétique », et, de manière assez symbolique, la proposition faite à Pierre-Henri Gouyon de coordonner un travail sur les lâchers de moustiques génétiquement modifiés pour lutter contre la dengue et le chinkungunya n’a pas été suivie d’effets[11]. Il en va de même en ce qui concerne le groupe de travail prévu sur la « médecine génomique », qui est associée à l’épouvantail du « transhumanisme »[12] - une démarche qui anticipe peut-être les difficultés de positionnement du Criigen face au vaccin à ARNmessager. 

Ainsi, le Criigen a pratiquement abandonné la recherche fondamentale sur les questions d’actualité les plus brûlantes dans le domaine du génie génétique. Peu à peu, il s’est mis à surtout faire « autre chose .

Un centre à la recherche d’argent, en toute « indépendance »

On le sait : être chercheur aujourd’hui, fut-ce dans un centre de recherche publique ayant pignon sur rue, c’est passer beaucoup de temps à chercher des financements pour pouvoir mener à bien ses projets. Cet état de fait est tout aussi vrai dans le cas d’un petit comité de recherche qui se veut « indépendant », et qui est surtout « militant », avec une crédibilité académique de plus en plus en berne, comme on vient de le voir.

En 2016, la situation financière de l’association est très délicate : « Notre trésorier, alarme les membres du CRIIGEN du manque inquiétant de financements pour 2017, et que la situation financière du CRIIGEN est extrêmement critique et préoccupante. Entre les factures des procès et une relance du laboratoire C.Ris Pharma pour une facture due concernant des analyses de l'étude de 2012 d'environ 13 000 € ainsi que les frais de fonctionnement et le salaire de Frédérique, si aucune entrée d'argent n'est faite d'ici juin 2017, le CRIIGEN n'aura plus d'argent pour fonctionner au delà de cette date. »[13].

Et cela aurait –entre autres – un lien avec la perte de crédibilité scientifique de l’association, ce que le Criigen traduit ainsi : « Selon GE Séralini, trop de controverses à son sujet sur Wikipédia ne lui facilitent pas la tâche pour trouver des financements. »[14].

Pour autant, l’association a su faire preuve de rigueur et d’efficacité, puisque par la suite, ses comptes, certifiés par un expert-comptable, font apparaître un bien meilleur équilibre financier à partir de 2017[15].

Pour se maintenir à flots et financer ses « projets de recherche » (nous verrons bientôt pourquoi les guillemets), l’association va frapper à beaucoup de portes possibles, et on voit ainsi apparaître au gré des initiatives des différents membres de potentiels financeurs publics ou privés tels que le Conseil régional d’Île de France[16], une mystérieuse « Fondation » évoquée deux fois mais dont le nom n’est pas indiqué[17], la Mutuelle Familiale[18] ou plus récemment la MAIF[19].  On demande aux membres du Conseil Scientifique d’exiger des organisateurs de conférences auxquelles ils sont invités qu’ils financent le Criigen[20], et les séminaires de formation qu’il organisait étaient selon G.-E. Séralini un moyen d’apporter « de la compréhension à nos financeurs sur nos recherches et permettent de subventionner des contrats de recherche[21]».

Pourtant, il semble que les principaux bailleurs de fond du Criigen, au moins pour ses tentatives de recherche fondamentale,  restent des groupes privés de l’agro-alimentaire, que l’on peut regrouper en deux catégories différentes : la grande distribution et l’industrie du bio.

Depuis l’ « affaire Séralini », les liens du Criigen avec certains acteurs de la grande distribution sont connus, puisque l’étude de 2012 avait été en partie financée par Carrefour et surtout Auchan, et que ces deux enseignes ont longtemps affiché leur soutien au militantisme anti-OGM, qui les en a parfois remerciées. Ce mode de financement se poursuit après 2012, et  il est l’objet d’un débat interne et d’hésitations lors de la réunion du 10 mai 2016, où un élargissement à d’autres enseignes est même proposé  :   « Joël Spiroux sollicite l'avis des membres du CA/CS à l'idée que le CRIIGEN pourrait être financé pour des travaux de recherche par des enseignes comme MacDo, Intermarché, etc… ».  On sent la gêne sur ce point, et l’idée dominante n’est pas de demander des subventions, mais plutôt de se financer auprès d’eux par la vente de services du type « analyse de certains de leurs produits » : « Il est donc très important que les conditions soient extrêmement bien cadrées en s'appuyant sur les statuts du CRIIGEN. Il est rappelé que ce dernier a aussi été créé pour apporter des conseils et analyses. »  Des précautions seraient alors prises pour éviter de trop prêter le flanc à la critique : « S'il s'agit d'une étude, il sera toutefois important de bien border le protocole de recherche pour rester indépendant. Le fait d'apporter une analyse à plusieurs enseignes différentes peut aussi être un atout à mettre en avant auprès de nos détracteurs. Une politique de financement équilibré est primordiale ; il est important que la rémunération soit à la hauteur de la recherche faite pour que rien ne soit reproché au CRIIGEN. » Cette politique est mise en application puisque l’on retrouve dans le CR de la réunion du 4 avril 2017 : « Chaîne de grande distribution : contrat de recherche signé par Joël Spiroux et Gilles-Eric Séralini pour une valeur de 20 000 €. Il concerne la recherche de la présence de pesticides, de PCB, dioxines, métaux lourds, OGM, etc, dans 5 produits d’une filière (boulangerie ou produits laitiers) ». Ou bien encore, toujours à la même date : « Un projet est actuellement en discussion avec Joël Spiroux qui a été sollicité par une chaine de restauration rapide pour une étude d’analyse des différents ingrédients (au nombre de 12) d’un de leurs produits finis. Il s’agirait de rechercher pour chacun de ces ingrédients la présence de pesticides dont le glyphosate et l’AMPA, de PCB, dioxines, furanes, métaux lourds, OGM, nitrites/nitrates, sulfites, acide ascorbiques, colorants artificiels, édulcorants, antibiotiques, etc. Ce contrat serait d’environ 50 000 € soit 4 000 €/ingrédient. 40 000 € seront dédiés pour la recherche et 10 000 € pour le fonctionnement. Comme la chaine de grande distribution mentionnée plus haut, cette chaine de restauration, ne souhaite pas apparaitre dans les éventuelles publications et communications du CRIIGEN. Les résultats resteront internes à l’entreprise. »  On peut supposer, qu’étant donnés son « public » et  son autre source de financement majeure, le Criigen ne souhaitait pas en sens inverse trop apparaître non plus dans les publicités des enseignes en question….

En effet, le secteur où le Criigen reste le plus à l’aise pour aller chercher son financement est évidemment celui de l’industrie du bio, où le « sans OGM » est la règle ( enfin, sauf pour quelques semences obtenues par mutagenèse qui sont des OGM ; enfin,  qui sont des anciens nouveaux OGM cachés quand c’est chez les autres mais pas dans le bio. En bref, c’est compliqué). On retrouve ainsi dans le corpus documentaire un séminaire d’octobre 2014 « où étaient conviés les chefs d'entreprises Bio qui soutiennent financièrement le CRIIGEN depuis de nombreuses années », avec la participation de « Cafés Malongo, Ekibio, Biocoop, Un plus Bio, Moulin Marion et Générations Cobayes »[22] ; un projet de création des Amis du Criigen : « Les sociétés suggérées comme soutiens sont déjà en contrat avec le CRIIGEN : Biocoop, Ekibio, Léa Nature, Malongo et d'autres viennent régulièrement à nos séminaires. Ils financent des recherches. » [23]; plus tard : « Un contrat recherche avec Biocoop est en cours de signature pour un montant total de 150 000 euros»[24] ; de son côté, « Léa Nature vient tout juste de lancer une campagne sur les perturbateurs endocriniens pour soutenir, entre autres, le CRIIGEN. »[25], et la même entreprise est présentée comme ayant apporté 25 000 euros pour subvenir au salaire de la secrétaire[26]. Léa Nature est alors très protectrice avec le Criigen, puisqu’en 2018 elle avait également accepté de renoncer au remboursement d’une subvention pour une étude de Gilles-Eric Séralini qui n’avait finalement pas été menée, et de transférer le reliquat au Criigen pour son fonctionnement[27].

 Ces relations avec le monde du bio se font tous azimuts, et les protecteurs de la santé publique ainsi que lanceurs d’alerte face aux maladies d’origine environnementale que sont les acteurs du Criigen ne rechignent pas pour autant à organiser le lancement promotionnel de leur DVD…dans un domaine viticole [28] ! Un programme de recherches en préparation pour montrer que l’alcool bio rend moins ivre et dépendant et provoque moins de cirrhoses ?

Sur ce terrain du financement via l’industrie du bio, l’inquiétude pointe lors de la démission de G.-E. Séralini et de certains de ses amis : « Il est proposé de présenter les vœux du CRIIGEN à nos financeurs (Léa Nature, Biocoop, Malongo, etc) lors d’un petit déjeuner qui pourrait s’organiser au Café Malongo à Paris. L’occasion serait également de leur exposer les nouveaux projets du CRIIGEN, la victoire sur l’annulation de l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 et expliquer les changements au sein des membres du CRIIGEN et la démission de GE Séralini et de Jérôme Douzelet, entre autres, ce dernier étant également membre du CA de Biocoop [souligné par moi, YK]. Il est important qu’ils aient la version du CRIIGEN pour une meilleure transparence[29]»

Au final, on a donc l’impression qu’on est passés d’une quête de  financements pour une recherche précise et de grande ambition, à en sens inverse une quête de « recherches » tous azimuts… pour pouvoir obtenir des financements. Car sur le marché du militantisme anti à ambition savante, les positions du Criigen sont alors menacées par sa propre crise interne, mais aussi, comme nous allons d’abord l’examiner, par l’arrivée de concurrents particulièrement efficaces…

Le Criigen face à la concurrence

Si la thématique du génie génétique est très en vogue au tournant au tournant du siècle, lorsque naît le Criigen, la peur s’est trouvée de nouveaux terrains de jeu vingt ans plus tard, et concerne désormais avant tout la question des pesticides. Le front des OGM semble alors s’être stabilisé en une guerre de position dans laquelle la situation n’évolue plus beaucoup :  d’un côté, le Criigen et ses amis  Faucheurs Volontaires ont réussi à imposer une telle pression que la recherche française sur les PGM a pratiquement disparu et qu’aucun gouvernement n’ose plus tenter d’autoriser leur mise en culture sur le sol hexagonal. Mais, d’un autre côté, le Criigen n’a pas convaincu la communauté scientifique de son discours, et il s’est même au contraire largement discrédité sur ce terrain. Il se lance alors de fait dans d’autres batailles, aiguillonné aussi par l’arrivée d’acteurs envahissants. 

On l’a déjà dit : les activités du Criigen sont de plus en plus consacrées, au-delà de la question identitaire du génie génétique, à tout ce qui concerne les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les « polluants », ou les « facteurs environnementaux » (pour lesquels on brandit le hochet  de l’« épigénétique », afin de maintenir la tradition.). Mais ce terrain est celui sur lequel s’activent avec un vrai succès (médiatique) d’autres associations écologistes, et notamment le  Générations Futures de François Veillerette. Ce mouvement fondé en 1996, quoique plus ancien que le Criigen, a émergé sur la scène médiatique après lui, en appliquant avec méthode une recette de « coups de com » qui fonctionne à merveille : faire analyser un élément du corps (cheveux ou urine) d’enfants ou de vedettes de la télé, afin de provoquer le maximum d’empathie, et annoncer bruyamment dans les médias les résultats de cette étude en pointant le nombre de traces de telle et telle substance retrouvées, sans évidemment donner d’ordres de grandeur en ce qui concerne leur quantité et l’existence ou non de danger réel. Générations Futures s’est ainsi progressivement imposée comme la championne toutes catégories de l’alerte pour rien mais qui fait grand bruit. 

Cette omniprésence médiatique impressionne beaucoup du côté du Criigen, qui a donc tendance à revoir à la baisse ses nobles ambitions de révolution de la science par des publications dans des revues à comité de lecture, pour plutôt s’aligner sur les pratiques sauvages mais tellement plus efficaces de Générations Futures. Ainsi, lors de la réunion du 18 septembre 2017, lorsqu’est évoquée la difficulté de faire paraître dans Plos One l’article de Defarges/Spiroux/Séralini sur « la présence de métaux lourds dans les herbicides à base de glyphosate et autres pesticides. »,  article que la revue, nous l’avons vu, n’a jamais accepté, Christian Vélot fait cette intervention ô combien révélatrice :

« Sur la suggestion de Christian, et avec l‘aval de tous les présents, il est convenu que Joël se rapproche de Gilles-Eric pour lui proposer d’annoncer les résultats de cette étude au public et à la presse, vu l’urgence, sans attendre plus longtemps des nouvelles de l’éditeur. Christian précise que : 1) cela impliquerait que cette étude ne soit pas publiée dans un journal à comité de lecture, mais s’agissant d’analyses, l’absence de publication n’enlèverait rien à la crédibilité (cf. les résultats d’analyse commanditées par Générations Futures et qui font grand bruit dans la presse sans qu’il y ait pour autant publication scientifique à la clé; [souligné par moi YK]»

Et si la revue scientifique s’obstine à refuser l’article du comité de recherche à la réputation entachée, la riposte médiatique est déjà prévue :

Extrait du CR de la réunion du CA et DU CS du Criigen du 18/09/2017

 En résumé : « si l’on ne parvient plus à publier dans des revues un peu prestigieuses, ce n’est pas parce que nous avons fait de la mauvaise science et que l’on se méfie de nous, mais à cause des pressions de Monsanto. Aussi, sur le modèle de Générations Futures, contournons le dispositif de la publication scientifique et adressons-nous directement aux médias pour faire le buzz, et comptons sur un journaliste ami – qui écrit dans le principal quotidien du pays – pour relayer notre campagne de victimisation[30]. » (fin du résumé de la méthode, les guillemets ne correspondaient pas à une citation)

Nous verrons lorsque l’on évoquera la question des procès intentés par le Criigen à ses critiques que l’association a de bonnes et solides raisons de croire à la bienveillance et à l’aide du célèbre journaliste du Monde, même si elle présume sans doute de sa malléabilité : en 2012, lors du déclenchement de l’affaire Séralini, il avait pris ses distances avec l’opération en révélant les conditions incroyables imposées aux journalistes pour accéder à l’étude dont ils étaient censés faire la promotion.

Le succès de Génération Futures offre au Criigen un modèle de reconversion, mais il le gêne également, en occupant le terrain à sa place. Ainsi, Générations Futures se finance plus facilement auprès du lobby du bio, pour une raison très simple : elle en est un relais direct et presque organique, du fait de ses liens avec Synabio, le syndicat professionnel de l’industrie du bio.  Le Criigen, pour sa part, relance régulièrement Léa Nature pour continuer à bénéficier de ses financements, mais il trouve désormais porte close et le contact semble rompu[31].  Lors du lancement de l’opération Coquelicots par François Veillerette et Fabrice Nicolino, réclamant l’interdiction de tous les pesticides sauf ceux utilisés en agriculture biologique, le Criigen se désole de sa marginalisation à travers la voix d’un de ses membres :  « il trouve fort dommage que le CRIIGEN n’ait pas été  informé en amont de cette initiative, d’autant plus que François Veillerette nous connait bien. Ce regret est partagé. Il est proposé que le CRIIGEN écrive à François Veillerette pour lui souligner que celui-ci aurait souhaité être prévenu en amont afin d’être davantage acteur de cette démarche, rappelant néanmoins que le CRIIGEN désire signer l’appel et aura plaisir à le relayer. »[32].

De fait,  le Criigen se « générationfuturise » et cherche de plus en plus à mener des opérations de type « analyses de cheveux », d’autant plus que celles-ci sont facturées et permettent le financement de l’association : « Biocoop : contrat de recherche signé par Gilles-Eric Séralini et Jérôme Douzelet d’un montant de 150 000 € pour une recherche sur la présence ou non de pesticides dans les cheveux d’enfants mangeant bio et non bio, ainsi qu’une action avec les parents auprès du ministère et étude juridique. Cent mille Euros sont dédiés à la recherche et 50 000 € au fonctionnement du CRIIGEN. »[33] ;  « Le Dr Spiroux en a profité pour convaincre le bureau de l’URMLOI[34] présent, de réaliser une étude toxicologique sur des fruits, légumes, oeufs et poissons. La Présidente et 4 autres confrères, membres du bureau de l’URMLOI ont accepté de « servir de cobayes » et ont donné 2 mèches de cheveux afin que nous réalisions des analyses pour rechercher la présence éventuelle de pesticides, PCB, dioxines et métaux lourds. »[35] ;  « Joël a proposé à l’URML OI de faire une recherche sur les cheveux d’enfants de classe de 6ème pour voir si on trouve une corrélation entre l’importance et la nature des PE trouvés et l’augmentation de l’Indice de Masse Corporelle (IMC), car les PE sont parfois aussi des « polluants obésogènes ». L’ARS (agence régionale de santé) est intéressée et prête à co-financer l’étude. »[36] ; « Dominique Merlhès précise que parmi les projets proposés à Léa Nature devront être inclus les deux projets sur les cheveux, Léa Nature ayant déjà précédemment manifesté son intérêt pour ce type d’analyses. »[37] ;  « un autre projet du même type (toujours recherche de xénobiotiques et métaux lourds dans les cheveux) concerne cette fois 1500 médecins en France, dans le but de lancer une grande campagne de sensibilisation du corps médical. Le devis est également à recevoir. »[38] ; « Dans ce cadre [un partenariat avec l’Union Régionale des Médecins Libéraux de l’Océan Indien). Nda], va être mise en place une étude sur la présence de perturbateurs endocriniens et autres xénobiotiques dans le lait des femmes allaitantes. Le projet a été présenté à l’ARS qui financera l’étude à hauteur de 60 000 euros et le colloque à hauteur de 40 000 euros. »[39]. Plus tôt était précisé : « Cette étude sera réalisée par le CRIIGEN et financée par l’ARS ce qui permettra de faire rentrer un peu d’argent au CRIIGEN.»[40] (souligné par moi, YK). 

Parfois, il n’est pas besoin de chercher ainsi des cobayes pour proposer des « études » (qui sont en fait essentiellement des analyses), et le Criigen peut être sollicité par une organisation amie, tel le Collectif Stop OGM 72, «  qui souhaiterait lancer une étude sur des mèches de cheveux d’un certain nombre d’individus volontaires (30-35 pers.) qui paieraient eux-mêmes cette analyse (135 €/pers). L’idée étant de passer par une association (CRIIGEN) qui se chargerait de faire analyser les mèches de cheveux auprès d’un laboratoire, en étudier les résultats, et récupérerait les sommes payées par les individus sous forme de don afin d’émettre un reçu fiscal, et de payer le laboratoire en question. Au 135 € de don, le CRIIGEN pourrait demander 10% de frais de gestion. (…) Après discussion, les membres du CA décident de proposer au Collectif d’ajouter à ce don de 135 €, les 50 € de cotisation au CRIIGEN. »[41].  Il en coûteraît alors à chaque cobaye volontaire 185 euros pour une opération à la Générations Futures qui n’apportera strictement rien à la connaissance de quoi que ce soit (on signale d’ailleurs lors de ce vote 2 abstentions et 1 contre, sans que les raisons n’en soient exprimées).

Air du temps oblige, la question du glyphosate et des Pisseurs Volontaires apparaît beaucoup dans les discussions de l’association au cours des dernières années. Il faut néanmoins souligner que le Criigen ne s’aligne pas complètement sur Générations Futures : lors d’ une intéressante discussion[42], ses membres expriment des doutes sur la validité des tests d’urine réalisés par l’entreprise Biocheck, dont on sait en effet qu’ils ne sont tout simplement pas fiables.

 Le Criigen face à ses critiques : entre communication et intimidation

Après l’affaire de l’étude de 2012 violemment critiquée dans la communauté scientifique pour ses failles méthodologiques et pour le caractère manipulatoire de l’ensemble de l’opération, une partie de l’activité du Criigen consiste à essayer de redorer son blason et à contrer les accusations dont il l’objet.

La question du contenu de la page Wikipédia consacrée à Gilles-Eric Séralini occupe ainsi les discussions à au moins trois reprises en 2015-2016[43]. Cette question n’est, on le comprend, pas prise à la légère : « Le travail fastidieux dans lequel s'investit X[44] sur Wikipédia est très important pour la réhabilitation et la crédibilité du Pr Séralini et du CRIIGEN. Elle en est chaleureusement remerciée. » [45]. On l’a vu : Gilles-Eric Séralini estime alors que le contenu de cette page Wikipédia le gêne pour obtenir des financements[46]. Il s’agit alors d’effectuer un travail de veille quasi quotidien pour intervenir sur la page et y contrer les détracteurs du professeur, notamment l’un d’entre eux qui serait particulièrement acharné. « La stratégie de X est de le pousser à bout, ce qui semble assez facile, afin de le faire déraper et donc l'exclure par le médiateur de Wikipédia. C'est ce qui est arrivé à un des critiques de Christian Vélot, qui voit aujourd'hui sa page bloquée des détracteurs par Wikipédia. Le but serait d'en arriver là pour GE Séralini. »[47]. Une demande est faite aux jeunes activistes de Génération Cobayes pour participer à cet effort de vigilance numérique [48] , car la tâche est décrite comme « chronophage » mais aussi « complexe », « dans la mesure où les changements émis sur le profil de GE Séralini sont immédiatement modifiés par ses détracteurs »[49]. Le communicant Benjamin Sourice[50] est alors proposé pour gérer la stratégie de communication de l’association[51] et aussi attirer plus de dons, sur lesquels il pourrait toucher, en une sorte d’ubérisation du militantisme,  une commission de 10 % .[52]  En 2016, un partenariat est évoqué avec la société de marketing Salesforce – « force de vente », en quelque sorte. Joli nom. Ses modalités assez originales sont expliquées dans le CR par le directeur de cette entreprise : « 1% de leur budget est dédié à des actions philanthropiques mais (…) également, chaque employé peut donner 1 semaine par an de leur temps de travail à des œuvres caritatives. Il est proposé à Joël que ce temps pourrait être consacré à former les membres du CRIIGEN, qui le souhaitent (X, X et X), à la communication et ainsi contribuer à mieux faire connaitre les actions du CRIIGEN à travers son site et les réseaux sociaux. » [53]. Tout cela ne devrait pas poser de problème : si le patron est anti-OGM, les employés le sont sans doute aussi et on les imagine tous volontaires pour donner une semaine de leur temps de travail à une si belle œuvre caritative. En effet, le proverbe ne dit-il pas : « Charité bien ordonnée commence par le Criigen » ?

A l’automne 2018, ce n’est plus la page Wikipédia de G.-E. Séralini qu’il s’agit de corriger, mais un manuel scolaire décrit de la manière suivante : « Il s’agit d’un cahier d’évaluation de compétences en classe de 3ème des éditions Belin, ou l’on enseigne aux étudiants à rédiger une lettre à un éditeur pour dénoncer les carences scientifiques d’une étude et la faire retirer de l’édition scientifique, en prenant pour exemple l’étude de Séralini & al. de 2012. »[54].  Il est envisagé en riposte d’écrire au Ministère et à l’éditeur, mais aussi aux associations de parents d’élèves et syndicats enseignants[55], en suggérant que les Monsanto Papers – encore eux – soient aussi cités en exemple auprès des élèves[56].

Mais surtout, la lecture des compte-rendu de réunions du Criigen a entre 2015 et 2017 des allures de plongée dans une chronique judicaire, celle des procès intentés par le Criigen à ses détracteurs. Ce sont quatre procès pour diffamation intentés par l’association qui l’occupent ces années-là, - j’avais à l’époque  pour le premier d’entre dénoncé une sorte de stratégie d’intimidation pour faire taire les opposants. Il s’agit des procès contre Marc Fellous et l’Association Française des Biotechnologies Végétales (qui avait protesté auprès de France Télévision contre l’omniprésence médiatique de Gilles-Eric Séralini en critiquant les positions de celui-ci), contre le journal Marianne et son journaliste Jean-Claude Jaillette (qui avait eu l’honnêteté mais aussi la maladresse de parler de « fraude scientifique » à propos de l’étude de 2012, en utilisant  pour cela la catégorisation scientifique  anglo-saxonne plus large, là où la justice française constate que si l’on ne peut pas prouver d’intentionnalité, la fraude n’est pas avérée), contre l’ex universitaire caennais Daniel Dubost (qui avait rédigé sur son blog un texte très violent et fleuri contre Gilles-Eric Séralini), et enfin contre le site Contrepoints et mon pote Anton Suwalki (Contrepoints avait republié un texte du blog Imposteurs dans lequel Anton attaquait la défense faite par Christian Vélot de l’action des Faucheurs des vignes de l’INRA à Colmar).

Le Criigen, avec en quelque sorte trois victoires sur quatre dans ces affaires, a pu afficher publiquement un certain triomphalisme, comme dans cet article du 21 septembre 2017 sur son site. Mais, avec le recul, cette stratégie d’intimidation fondée sur la multiplication des procès en diffamation a paradoxalement joué un rôle certain dans le début des ennuis de l’association.

Tout d’abord, il faut rappeler que le dernier de ces procès, celui contre Contrepoints et le blog Imposteurs, s’est soldé par un échec pour le Criigen, comme le raconte Anton lui-même dans ce chouette billet.

Manifestement, la stratégie d’agressivité conseillée au Criigen par le journaliste Stéphane Foucart  n’a dans ce cas pas  été payante, et la bonne humeur de toute l’équipe dans une brasserie après l’audience a sans doute été un peu douchée lorsque le jugement a été prononcé.

Un tweet d’Isabelle Chivilio, homéopathe membre du Criigen, a confirmé que la personne qui regarde de l’autre côté est bien Stéphane Foucart.

En tout cas, la lecture des comptes-rendus montre que, au-delà de l’amertume de la relaxe, le procès en question a conduit à une brouille avec l’avocat historique du Criigen, Monsieur Dartevelle[57], et que cette querelle a pesé dans les relations avec Gilles-Eric Séralini. On constate d’abord que Christian Vélot est fort mécontent de la plaidoirie de Maître Dartevelle dans cette affaire. Mais celui-ci estime que Christian Vélot ne pouvait pas gagner car il avait lui-même tenu à l’égard d’autres personnes, et notamment des journalistes,  le type de propos pour lesquels il avait initié le procès. « Le contrat de confiance entre CV et Mr Dartevelle est donc rompu. »[58], et le Criigen se tourne désormais vers un autre avocat, Mr. Tumerelle, le défenseur légal des Faucheurs Volontaires. Mais, au-delà de cette brouille, c’est la facture financière de l’ensemble qui a commencé à précipiter la chute du Criigen.

Une implosion en deux temps

Si le bilan moral de cette stratégie judiciaire peut alors apparaître favorable aux yeux de l’association, le bilan financier est pour sa part exécrable et ravive des tensions déjà latentes, notamment avec Gilles-Eric Séralini.

L’état des lieux du 19 novembre 2018 est implacable : d’un côté, les dépenses : « La totalité des frais payés par le CRIIGEN pour tous les procès s’élève à un montant de 150 000 € environ, ce qui est une aberration pour une association. » ; de l’autre côté, les recettes liées aux victoires judiciaires : « Me Dartevelle a encaissé toutes les sommes que le CRIIGEN a gagnées lors de ses procès, soit environ 42 000 €. ».  42 000 – 150 000 = une perte de 108 000 euros, voilà qui fait un peu cher le triomphe judiciaire, quand même. Maître Dartevelle ayant déjà effacé dans le passé une ardoise de l’association qui concernait une somme importante[59], le Criigen lui demande de revoir sa facture à la baisse[60], ce que celui-ci refuse désormais de faire. Le 7 novembre 2017, « Il est décidé qu’un versement partiel d’un montant de 8 000 € sera réglé à Me Dartevelle d’ici la fin de l’année. Les finances du CRIIGEN ne pouvant permettre plus. » . Mais, selon le CR de la réunion du 25 septembre 2018, la situation s’envenime, et les rapports avec l’avocat risquent de se déplacer sur un terrain… judiciaire : « Récemment, Me Dartevelle a fait parvenir une lettre au CRIIGEN, lui demandant de signer sous 48 h une reconnaissance de dette 7 055,85 € au titre du dossier Fellous. Joël Spiroux lui a alors fait parvenir immédiatement la fameuse proposition de 5000 €  pour solde de tout compte. Me Dartevelle a refusé cette proposition et fait savoir qu’il saisissait le Bâtonnier afin de faire taxer ses honoraires. Selon Corinne Lepage, Me Dartevelle n’ayant pas fait de convention écrite et demandé des sommes considérables, il n’a aucune justification possible auprès du Bâtonnier, et donc peu de chance de gagner. » . M. Tumerelle inaugure donc son statut de nouvel avocat du Criigen en aidant celui-ci à préparer son dossier devant le Bâtonnier[61] contre… son ancien avocat[62].  L’association apparaît alors prise dans un engrenage qu’elle a elle-même mis en branle avec sa stratégie de poursuites judiciaires. La situation se complique du fait que ces désaccords financiers avec l’avocat s’entremêlent avec des désaccords en partie du même ordre avec Gilles-Eric Séralini. On se souvient que Léa Nature avait accepté de ne pas demander le remboursement d’une subvention pour une étude qui n’avait finalement pas été menée– sur les « pesticides dans les cheveux des enfants », thème pourtant ô combien porteur -, et avait même décidé de laisser au Criigen la somme non encore été dépensée. Mais on voit avec le CR de la réunion du 25 septembre 2018 que tout n’est pas réglé pour autant : « Gilles-Eric ayant déjà utilisé en grande partie la subvention de 2017 (22 200 €), il demandait que les 7 800 € restants lui reviennent, et par ailleurs, que le CRIIGEN lui rembourse des frais de déplacement d’une valeur de 2 600 €. ». Le CA ne tranche toutefois pas dans ce  sens : « Concernant les frais de déplacement de 2600 €, étant donné notamment que 22 200 € (des 30 000 €) ont déjà été dépensés sur un projet qui n’a pas eu lieu, les membres du Bureau ont proposé de ne pas rembourser Gilles-Eric Séralini. Cette proposition a été entérinée par le CA à l’unanimité des présents et des représentés ». Et l’association de continuer à réclamer pour elle les 7 800 euros que Gilles-Eric Séralini réclame pour lui. Là aussi, comme avec Maître Dartevelle, le contrat de confiance semble rompu. Et les deux conflits s’entrecroisent, puisque le CR de réunion du 15 janvier 2019 précise : «  Gilles-Eric Séralini a rédigé le 3 décembre un long courrier à Me Dartevelle pour lui témoigner son soutien et sa gratitude, et pour lui indiquer que le CRIIGEN avait bien obtenu, grâce à lui, des financements pour payer les factures des procès. GE Séralini mentionne également dans ce courrier que le CRIIGEN séquestre ses crédits recherche et fait part de sa future démission du CRIIGEN stipulant que certains membres le suivraient. ». Ainsi, dans le rapport d’activités 2018-2019,  la liste des membres des CA et CS fait apparaître avec des couleurs ceux qui ont démissionné 
en décembre 2018. Pour le CA : Philippe Desbrosses, Frédérick Lemarchand (le secrétaire général, qui travaillait à l’Université de Caen), Jérôme Douzelet, Caroline Amiel  (Université de Caen) et Annette Lexa . Et pour le  CS : Gilles-Eric Séralini et Yves Dupont (Université de Caen). C’est le premier temps de l’implosion du Criigen, avec un départ collectif qui prive l’association et de sa figure la plus connue et plus largement de son bastion de l’université de Caen.

La base arrière était alors cependant déjà sérieusement affaiblie, notamment depuis que la nouvelle directrice du laboratoire avait demandé  à Gilles-Eric Séralini « de vider les lieux au 31/12/2016. »[63]. Cela signifie que le secrétariat et la secrétaire du Criigen devaient déménager de ce laboratoire où se pratiquait donc jusqu’alors un étrange mélange des genres public/privé. Dans le même ordre d’idées confusionnistes, on apprend plus tard que le travail de la secrétaire du Criigen « consistait avant tout à collaborer avec le Pr Séralini et ses étudiants, au sein du laboratoire de recherche Oereca à l’Université de Caen. [64]» Or, désormais, «  Non seulement Gilles-Eric Séralini n’a plus d’étudiants en thèse mais il a quitté son laboratoire de rattachement. ». Malgré tout, ce lien fusionnel avec une partie de l’université de Caen n’était pas complètement rompu et, lorsqu’il est question de l’association Justices-Pesticides de Corinne Lepage et de la main-d’œuvre dont elle aurait besoin pour construire une base de données, « Frédérick Lemarchand précise que cela peut aussi être le travail d’un stagiaire en Master Green à l’Université de Caen. »[65].

 C’est donc un premier gros coup dur que le Criigen a connu en ce début d’année 2019, dans la plus grande discrétion médiatique – ce qui se comprend désormais, au vu de la nature des désaccords qui ont entraîné la scission. En tous cas, la rupture est clairement consommée, et, chat échaudé craignant peut-être l’eau froide, le Criigen prend par avance position à propos de possibles nouvelles frasques judiciaires de son ex Président du Conseil Scientifique : « En cas de sollicitation externe (et notamment par des médias) relatives aux nouveaux procès en diffamation engagés par GES contre des journalistes, la position du CA (validée par tous les présents) est de dire clairement que GES a démissionné et qu’il ne fait donc plus partie du CRIIGEN. »[66].

Faute de documents disponibles, nous ne développerons pas ici de la même manière le deuxième moment de cette implosion, celui qui a eu lieu au cours de l’année dernière et qui s’explique probablement par les remous liés à la campagne contre le vaccin à ARNmessager menée par Christian Vélot, qui a peut-être dépassé les bornes de ce qui était admissible par d’autres figures historiques.

Ou pas.

Pour cela, pour conclure cette petite histoire du déclin du Criigen et décortiquer son deuxième moment fort, il faudra mener d’autres enquêtes, et peut-être directement interroger les intéressés.

 Conclusion

D’une certaine manière, ce sont les méthodes même du Criigen, notamment face à ses critiques, qui ont causé sa propre perte, au-delà de la concurrence d’acteurs comme Générations Futures  - qui apparaissent encore moins  dépourvus de tout scrupule scientifique pour faire le buzz et servir la Cause (et la main bio qui les nourrit).

En effet :

  • Le Criigen a un temps choisi de miser sur une stratégie de poursuites judiciaires contre ses adversaires. Au final, cette question des procès et de leur coût a empoisonné l’atmosphère avec Maitre Dartevelle et Gilles-Eric Séralini, et provoqué en décembre 2018 une première vague de départs collectifs.
  • Le Criigen a tout au long de son existence passé son temps à remettre en cause l’autorité des agences sanitaires et distillé l’idée selon laquelle les experts sont manipulés par Big Monsanto. Le choix  d’alerter sur le vaccin à ARNmessager et de nourrir la méfiance vis-à-vis d’une manipulation de Big Pharma qui ferait de nous tous des cobayes avec la complicité des autorités sanitaires n’avait rien d’extraordinaire, et ne faisait qu’avancer le Criigen un peu plus loin sur le chemin qui a toujours été le sien. L’association a ainsi été propulsée au premier rang des références des antivaxx, aux côté de Réinfocovid, ce qui semble être à l’origine d’une nouvelle vague de départs dans une certaine confusion.

 En tout cas, aujourd’hui le Criigen est privé de toutes ses figures historiques principales et de l’essentiel de ses liens avec la recherche universitaire. Il apparaît plus que jamais comme une organisation militante se réclamant de l‘écologie  parmi d’autres, sans identité propre et sans réelles perspectives.

Yann Kindo

 Ce billet est spécialement dédicacé à deux personnes qui y découvriront sans doute que le procès que le Criigen leur a fait subir aura contribué à la chute de l’association, et ce quel qu’en soit l’issue :

Au journaliste Jean-Claude Jaillette, qui, après avoir été en grande partie responsable du titre « Alerte au soja fou » quand il travaillait à Libération, a eu l’honnêteté intellectuelle de changer d’avis sur la question des OGM en se rendant compte que ses préjugés se heurtaient aux conclusions des scientifiques.  A l’instar de l’ancien dirigeant de Greenpeace Mark Lynas, il fait partie de ces gens éminemment respectables qui ont su admettre leurs erreurs et rectifier le tir. On espère qu’ils seront de plus en plus nombreux à suivre ce chemin, que ce soit sur la question des OGM ou celle du nucléaire.

A l’ami Stéphane, dont le blog Imposteurs avait je crois ouvert la voie à tous les blogs et chaînes youtube « pro-science » qui fleurissent aujourd’hui et constituent la galaxie des « Gardiens de la raison », mais qui avait aussi accueilli mes premiers articles avant que n’existe La Faucille et le labo.

[1] Merci ici aux copains que ce petit travail a intéressé et qui ont participé à la mutualisation des trouvailles.

[2] Compte rendu du colloque PICRI dans CR réunion 12 janvier 2016 ; projet d’article présenté par Christian Vélot à propos des effets du Round Up sur un champignon du sol dans CR réunion 4 avril 2017 ; annonce de l’accord de la revue Environmental Science and Pollution Research  pour publication de l’article et projet de communiqué commun Criigen-Générations Futures dans CR réunion 18 septembre 2017 ; nouvel article sur la même thématique annoncé à la réunion du 14 janvier 2020, où l’on précise que le projet  PICRI (Partenariat Institutions-Citoyens pour la recherche et L’innovation) en question  a été  « initié en 2010 et mené avec Générations Futures et le CRIIGEN ».

[3] CR Réunion 8 novembre 2016 ;  CR Réunion du 13 décembre 2016 ;  CR Réunion du 4 avril  2017 ;

[4] CR Réunion du 12 janvier 2016.

[5] CR Réunion du 25 septembre 2018

[6] CR Réunion du 19 novembre 2018.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] CR Réunion du 7 novembre 2017

[10] CR Réunion du 19 novembre 2018.

[11] Intervention de Christian Vélot à la réunion du 15 janvier 2019. La question du forçage génétique est cependant à nouveau discutée à la réunion du 2 juillet 2019, où il est proposé de mener campagne contre son utilisation contre les espèces invasives, même si elle est recommandée par l’UICN.

[12] CR Réunion du 8 novembre 2016.

[13] CR Réunion du 8 novembre 2016.

[14] CR Réunion du 12 janvier 2016.

[15] Voir par exemple les CR des réunions des 8 juin 2017,  2 juillet 2019 et 14 janvier 2020

[16] CR Réunion 3 juillet 2015.

[17] CR Réunions des 16 mai et 10 septembre 2019.

[18] CR Réunion du 12 janvier 2016.

[19] CR Réunion du 30 juin 2020.

[20] CR Réunion du 30 juillet 2015.

[21] CR Réunion du 8 juin 2017.

[22] CR réunion du 3 novembre 2015

[23] CR Réunion du 10 mai 2016

[24] CR Réunion du 8 juin 2017

[25] CR Réunion du 8 juin 2017

[26] CR réunion du 7 novembre 2017.

[27] CR Réunion du 25 septembre 2018.

[28] CR Réunion du 25 septembre 2018

[29] Réunion du 15 janvier 2019.

[30] Pour l’anecdote : lors de la réunion du 18 septembre 2017, lorsqu’est évoquée le lancement de la campagne autour des « Monsanto Papers », Emilie Gaillard annonce « qu’elle va déposer de son côté un dossier de projet de recherche spontanée sur le thème des violences psychologiques faites aux scientifiques. Cela pourrait être un autre angle d’attaque qui aiderait au dossier. » On se demande si ce nouveau thème de recherche à propos de la « violence » aurait concerné les amis du Criigen victimes, les pauvres,  de critiques de leurs travaux, ou bien plutôt les permanentes menaces de destruction par des fanatiques qui pèsent sur les laboratoires où l’on met au point des OGM. Le conditionnel passé est de rigueur, car il semble que rien n’ait jamais été publié sur le sujet par cette autrice.

[31] Compte rendu des réunions des 16 mai 2019, 4 janvier 2020 et 30 juin 2020.

[32] CR réunion du 25 septembre 2018

[33] CR Réunion du 4 avril 2017

[34] Union Régionale des Médecins Libéraux de l’Océan Indien

[35] Rapport d’activités 2018-2019

[36] CR Réunion du 16 mai 2019. Il est précisé qu’il était prévu que les prélèvements soient faits dans des établissements scolaires, ce qui n’a heureusement pas été autorisé.

[37] CR Réunion du 16 mai 2019

[38] CR Réunion du 16 mai 2019.

[39] CR Réunion du 10 septembre 2019

[40] CR Réunion du 16 mai 2019.

[41] CR Réunion du 15 janvier 2019

[42] CR réunion du 14 janvier 2020

[43] CR des réunions des 3 novembre 2015, 12 janvier 2016 et 10 mai 2016.

[44] Le nom de la personne n’ayant ici aucune importance, il a été supprimé.

[45] CR Réunion du 3 novembre 2015.

[46] CR Réunion du 12 janvier 2016.

[47] CR Réunion du 3 novembre 2015.

[48] CR Réunion du 10 mai 2016

[49] CR Réunion du 10 mai 2016.

[50] Ce « communicant » restera dans la (toute petite) histoire pour être celui qui a bruyamment démasqué un bloggeur pro-OGM… en se trompant sur son identité

[51] CR Réunion du 3 novembre 2015.

[52] CR Réunion du 3 juillet 2015.

[53] CR Réunion du 8 novembre 2016.

[54] CR Réunion du 25 septembre 2018.

[55] Dans les deux compte rendus qui parlent de cette affaire, le singulier est utilisé et le Criigen a l’air de penser qu’il n’existe qu’un seul syndicat chez les enseignants. J’ose simplement espérer que ce n’est pas le mien auprès duquel ils pensent pouvoir trouver une oreille complaisante.

[56] CR Réunion du 19 novembre 2018.

[57] Ni Dieu, ni Maître !

[58] CR Réunion du 8 juin 2017.

[59] 47 584,20 euros, selon le CR de la réunion du 13 décembre 2016.

[60] CR des réunions des 8 juins 2017

[61] « Le bâtonnier est, en France, le coordinateur des avocats inscrits dans un barreau  et leur représentant à l'égard des autres autorités civiles ou judiciaires. Il est aussi investi de certains pouvoirs en matière de contestation d'honoraires et de sanctions professionnelles » Article Wikipédia.

[62] CR réunion du 19 novembre 2018.

[63] CR Réunion du 13 décembre 2016.

[64] CR Réunion du 18 septembre 2017

[65] CR Réunion du 18 septembre 2017

[66] CR Réunion du 16 mai 2019

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