Macron et la loi de paupérisation de la force de travail

Il y a des lignes de conduite de la gouvernance politique qui par leur permanence dans le temps et l’espace s’érigent non pas seulement en dogmes mais aussi en véritables lois économiques. Il en va ainsi de la « loi de paupérisation de la force de travail », chère aux néo-libéraux, et qui constitue l’un des axes centraux de la politique économique du président Macron.

En effet, sans surprise par rapport au programme de la campagne présidentielle de Macron, le gouvernement d’Édouard Philippe n’en a pas fini avec le déploiement des forces armées de l’orthodoxie néo-libérale, si l‘on en juge par le durcissement en perspective du dispositif de contrôle des chômeurs, comme le révèle l’hebdomadaire Le Canard enchaîné dans sa Une du 27 décembre. Entre autres choses sur ce qui se mijote dans les cuisines de Matignon (et du Medef…. reliées avec celles de l’Élysée) : réduction de moitié des indemnités chômage (et même suppression en cas de récidive), sur une durée de deux mois, pour les chômeurs considérés comme ne recherchant pas suffisamment activement un emploi ou refusant une offre de formation, obligation de fournir un rapport mensuel détaillé de leurs activités témoignant de l’effectivité de leur démarche de recherche d‘emploi. Après une accentuation de la dérégulation du marché du travail via la réforme du Code du travail par ordonnances et le renforcement prévu du dispositif d'exonérations des cotisations sociales patronales (via la transformation du Crédit impôt pour l'emploi et la compétitivité en nouvelles baisses de charges sociales….. pour le travail peu qualifié) qui vont appauvrir les travailleurs en développant le précariat, nous voilà entrés dans la phase de la chasse aux supposés faux chômeurs avec le renforcement du contrôle des bénéficiaires de l’indemnisation chômage, ce qui ne manquera pas d'appauvrir, cette fois-ci,...... les chômeurs !

C'est donc bien toute la population active (travailleurs et chômeurs, et plus encore les moins qualifiés) qui va subir, de façon amplifiée, les effets de la terrible "loi de paupérisation de la force de travail", pierre philosophale des néo-libéraux en période de crise structurelle (sur la nature structurelle de la crise, lire Ici), celle qui bien évidemment ne dit pas son nom et qui a pour seul objectif de renforcer la part du gâteau des richesses créées au profit du capital. Et ça fonctionne à merveille depuis plus de quarante ans, si l’on en juge à la fois par le déclin de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises (baisse de dix points de pourcentage depuis le début des années 80 !) et la hausse du taux de chômage officiel (de 3 % au milieu des années 70, il passe à près de 10 % aujourd'hui !!). Car, cette hausse du chômage de masse, en affaiblissant un peu plus le pouvoir de négociation salariale des travailleurs et de leurs syndicats, participe des forces explicatives du déclin de la part des salaires. L'ajustement par la hausse du chômage officiel ayant ses propres limites en termes d'acceptation sociale et de stabilité politique, les libéraux ne renoncent pas pour autant à cette loi diabolique, car le seul chemin qu'ils proposent pour sortir du chômage de masse - en apparence donc - c'est d'accentuer la précarisation de l'emploi (qui augmente le chômage caché dans un modèle libéral-productiviste en fin de course) et la chasse aux hypothétiques faux chômeurs qui n‘existent que dans les manuels de propagande de la doxa libérale. Sur toutes les inepties de l'analyse libérale du marché du travail et les véritables causes du chômage en France, on pourra consulter Ici et .....

Et pour couronner le tout, une loi qui attend avec grande impatience la réalisation de l'un des plus grands fantasmes de tout libéral qui se respecte, à savoir une réforme du Smic dans les prochaines années - entendez sa condamnation à mort -, et pourquoi pas dès 2018 si la contestation sociale ne se fait pas plus entendre que pour la réforme du Code de travail. Sale époque sous les cieux macroniens pour la force de travail la moins qualifiée, en emploi ou au chômage !….           

 

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