Les indépendants plébiscitent la Sécu!

Tandis que la Sécu vole au secours des artisans et commerçants, la loi travail restreint les droits sociaux avec l'Allemagne pour modèle. Tandis que le Gotha s'empiffre sans vergogne, de pauvres gens tentent de survivre en se croyant encore «classe moyenne».

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Le RSI bascule dans le régime général

On va donc réformer le RSI, le régime social des indépendants, qui concerne environ 6 millions d'entre eux, actifs, retraités et ayants-droit. Les affiliés se plaignent depuis longtemps des "bugs" de ce régime : appels erronés à cotisations fantaisistes et astronomiques, non prise en charge de soins (des fichiers URSSAF ont été écrasés par erreur par les fichiers RSI). Cela aurait entraîné des dépôts de bilan. Des artisans ont menacé de se suicider dans les bureaux du RSI. Bref, les indépendants, dont beaucoup d'entre eux ne cessent de critiquer une France administrée, de condamner la notion même de service public, réclament à cor et à cri de pouvoir être affiliés… au régime général de la Sécurité sociale.

Ce sont pourtant les indépendants (comme les paysans) qui lorsqu'après-guerre il leur a été proposé un seul régime social l'ont refusé. Aujourd'hui, ils vont basculer dans le régime général, bénéficiant de ses prises en charge sans qu'il soit certain que leur contribution passée soit à la hauteur de celle des salariés. Le transfert ne se fera sans doute pas sans de nouveaux problèmes. Mais ce qui est cocasse c'est que ce RSI a été voulu par Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand qui aujourd'hui font profil bas. Cet échec est dû à la précipitation de l'ancien président qui voulait faire de la simplification administrative à marche forcée. Les indépendants en ont payé le prix. Certains sont devenus salariés de leur entreprise pour échapper au RSI. Sarkozy n'a jamais fait amende honorable. C'est au moment où les dysfonctionnements s'atténuent que l'État décide enfin de réformer. Quelques irréductibles, se qualifiant "Les Libérés", restent cependant réfractaires à la Sécu et prônent des affiliations à des dispositifs privés concurrents.

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* En novembre 2011, Nicolas Sarkozy lors d'un déplacement dans le Gers, devant un auditoire à guichet fermé lui étant favorable, est interrogé par des agriculteurs se plaignant du faible niveau des retraites paysannes. Au lieu de les caresser dans le sens du poil, il leur répond tout de go qu'en 1945 il fallait accepter d'être intégrés au régime général qui se mettait en place au lieu de vouloir faire cavaliers seuls. Personne n'a moufté. La scène filmée, à l'époque visible sur le site de l’Élysée, est désormais sur Youtube.

Non à la mixité sociale !

Nantes [Photo YF] Nantes [Photo YF]
Le gouvernement envisage d'assouplir les règles de la loi SRU fixant à 20 % de logements sociaux d'ici à 2020 (taux porté par la loi Duflot à 25 % d'ici 2025). Par ailleurs, il veut que les habitants qui ne relèvent plus des HLM (dépassant le plafond de ressources) en soient éjectés : pour ce faire, il envisage des logements "intermédiaires" pour les reloger, entre HLM et logements du privé. Façon de bien cantonner chacun chez soi. Le Droit au Logement (DAL) redoute que ce soit un moyen pour certaines villes d'échapper à la construction de logements sociaux.

Travail précaire

Dominique Méda était l'invitée d'Ali Baddou sur France Inter vendredi 1er septembre, pour parler de la loi travail. C'est une de nos meilleures spécialistes sur les questions de l'emploi, du chômage, des politiques sociales, de l'écologie (rien à voir avec les histrions du PAF, qui encombrent les plateaux de télé et empochent leurs royalties, type Christophe Barbier, FOG ou Yves Thréard, ce dernier ayant affiché longtemps son souhait d'un rapprochement FN-LR, devenu macroniste pur jus). Dominique Méda reproche à la loi travail de ne rien prévoir pour contrebalancer le pouvoir énorme de l'employeur. On prétend que l'on va vers le modèle nordique : il n'en est rien car si celui-ci tente d'allier effectivement flexibilité et sécurité, il le fait en instaurant d'importants contre-pouvoirs, les syndicats étant très présents partout (y compris dans les conseils d'administration, à hauteur de 30 % au Danemark par exemple).

[Ph. AFP sur site France Inter] [Ph. AFP sur site France Inter]
Elle dit qu'on nous révèle enfin que l'Allemagne a un fort taux de pauvreté des salariés (23 % contre 8 en France). D. Méda a mis le doigt sur ce sujet depuis belle lurette, mais nos "experts" ne voulaient rien entendre. Ils nous vendent le fait que 4 millions d'emplois auraient été créés outre-Rhin entre 1994 et 2014, en se gardant bien de préciser que cela a été sans changement du nombre d'heures travaillées : 58 milliards par an. Donc au prix d'un travail précarisé, parcellaire, en fragmentant l'emploi, avec des salaires dérisoires.

J'ajoute et je précise (en consultant la base AMECO de la Commission européenne) que l'Allemagne affichait 57,9 milliards d'heures travaillées en 2000. Sachez que la France avait 39,3 milliards d'heures travaillées en 2000 et 40,3 en 2014 (39,5 en 2006 avant crise financière). Preuve par 1000 qu'il faut impérativement partager le travail. Ceux qui s'y opposent, laissant entendre que cette durée est extensible, se servent simplement du chômage comme prétexte et pression dans leur projet de restreindre les droits sociaux, tirant ainsi profit idéologiquement et économiquement de ce volant quasiment incompressible de sans-emploi.

. Lien avec cette émission : ici.

Pauvre classe moyenne

[Ph. reportage de "C dans l'air", capture d'écran] [Ph. reportage de "C dans l'air", capture d'écran]
Si l'on voulait démontrer le résultat des manipulations des propagandistes du néo-libéralisme, il suffirait d'entendre ce que dit Alain Dumaurier, retraité, interrogé dans son logement misérable par une équipe de C dans l'air (le 1er septembre). Il touche 858€ de pension [à peine au-dessus du minimum vieillesse] et 84€ d'allocation logement. On ne connaît pas le montant de son loyer. Que dit-il, exactement ? Il se plaint "qu'on s'en prenne toujours aux classes moyennes". Il est prêt à se serrer la ceinture, mais il estime qu'il "faudrait en prendre un peu chez les gens aisés". Personne ne rectifie sur le plateau : cet homme est classe moyenne ? Assimilable à ceux qui ont un revenu 5, 6, 10 fois supérieur ? Par dignité, il préfère sans doute se considérer ainsi et cela fait les affaires de ceux qui accréditent l'idée que, finalement, tout le monde est logé à même enseigne. Et son AL va être réduite de 5€ ! De quoi se plaint-il, puisqu'il est "classe moyenne".

Pendant ce temps, le Gotha s'empiffre

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A la veille de la rentrée scolaire, au moment où le RSA augmente de 1,62 % (au 1er septembre) pour atteindre ce montant mirobolant de 545,48 € pour une personne seule (en réalité 480,02 après déduction du forfait logement), alors que tout montre que la reprise en Europe profite d'abord aux actionnaires (Les Échos du 21 août) mais qu'une nouvelle crise financière n'est pas exclue (Slate du 27 août),  M6 a eu le bon goût de proposer le 3 septembre un sujet d'actualité : Grandes fortunes et aristocrates : les secrets de leurs vacances extraordinaires. Une sorte de conte de fée avec des princes charmants, et des princesses, qui batifolent, passent du bon temps, organisent des fêtes, privatisant des plages de Saint-Trop, en invitant tout le gratin du Gotha, 800 invités, caviar à volonté et open bar. Et petites nanas. Ils boivent tellement que M6 se voit obligé de faire défiler un bandeau éducatif incitant à boire avec modération !

Ils sont venus, ils ont bien vécu et, pour le moment, ils ont vaincu [M6, Zone interdite, capture d'écran] Ils sont venus, ils ont bien vécu et, pour le moment, ils ont vaincu [M6, Zone interdite, capture d'écran]
Parfois … ils se rendent en jet privé à Tirana (Albanie) pour le mariage du prince Leka, héritier du roi (tandis que j'en connais d'autres qui font le voyage en sens inverse). Stéphane Bern, habitué de ces agapes, vante leur caractère diplomatique.  On a droit au prince Charles-Henri de Lobkowicz qui n'a pas seulement un palais à Prague (qui se visite : j'y ai vu le magnifique tableau de Peter Brueghel l'Ancien, La Fenaison) mais des châteaux partout y compris en cours de rénovation, en France, grâce à des bénévoles ! Il prend l'Orient-Express pour rejoindre Venise, où on le voit se marrer sur une gondole, tout essoufflé par ce rythme infernal : lui et d'autres milliardaires, pas tous aristos, nous confient qu'ils doivent bosser sans arrêt et se lever tôt, tout en ne connaissant pas le montant de leur fortune, et si même ils en ont une (le luxe, quoi). Le couple princier Bourbon des Deux-Siciles est trop trognon : Charles et Camilla (si, si, authentique), lui effacé, elle exubérante, et leurs deux filles délurées, parlant plusieurs langues, bénéficiant d'une kyrielle de précepteurs. Tout de même, elles sont "héritières d'une dynastie, il faut tenir son rang", nous susurre la mère.

Pourquoi raconter tout ça : parce que M6 est habitué depuis des années à ce genre de déversement obscène, sans regard critique, pour épater la galerie. Je crois, comme pour la publication annuelle des 500 grandes fortunes par Challenges, que l'effet, et sans doute l'objectif, c'est de tétaniser le simple citoyen qui, face à de telles fortunes, une telle suffisance, une telle arrogance, reste désarmé, condamné à rêver de pouvoir glaner quelques miettes tombées des ripailles de ces prétentieux sans pudeur. On termine l'émission sur un pub pour "Handicap International" : ouf, la morale est sauve 

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Ces gens-là, Monsieur, défendent la théorie du ruissellement, ou Trickle-Down-Economics, selon laquelle la richesse de ceux d'en-haut finira bien par ruisseler jusqu'à ceux qui attendent, en bas.

 

Les deux Dupont du talk show 

France 2, ONPC le 2 septembre [capture d'écran] France 2, ONPC le 2 septembre [capture d'écran]
Lors de l'émission de Ruquier diffusée samedi 2 sepembre Yann Angot et Christine Moix (bonjour le casting), ont attaqué d'emblée Jean-Michel Blanquer… sur les neuro-sciences ! Pour le laisser en paix ensuite, ce qui lui a permis de bien s'en sortir et de récuser l'accusation selon laquelle il serait de droite. Un point central du projet éducation du candidat Macron, sinon unique, ayant été les classes à 12 élèves en CP [en réalité dans les seuls REP Plus, Réseaux d'Éducation Prioritaire, c'est-à-dire dans les écoles des quartiers les plus difficiles], on en a causé mais nos deux Dupont du talk show se sont bien gardés d'interroger le ministre sur la façon dont il compte s'y prendre. Or il ne crée pas de postes, il puise parmi les "maîtres plus" (ces enseignants déjà en surnombre dans les quartiers très défavorisés) ou des remplaçants existants. Personne ne sait d'où sort le chiffre 12 sinon pour marquer les esprits lors d'une campagne électorale (mine de rien, 15 aurait été sans doute plus judicieux, c'est ce que pensent des instits qui se retrouvent en classes non complètes à la rentrée… à 9 par exemple ce qui ne favorise pas, pour le coup, une dynamique de classe). Certains n'ont pas craint de dire qu'à deux instits dans une classe de 24 élèves c'était mieux. Évidemment, rien sur les RASED. Rien sur les accusations que Blanquer, pour faire diversion, a portées récemment contre la méthode globale qui n'est utilisée par aucun enseignant. Pas grand-chose sur ses propos condamnables sur l'"égalitarisme", qui est le slogan traditionnel d'une droite dure, anti-sociale. Rien sur la démagogie du recul sur les rythmes scolaires*. Non, Moix préférait avouer sa crainte personnelle envers les mathématiques et surfer, comme à l'ordinaire, sur les comportements communautaristes, tandis qu'Angot regrettait le temps, à la belle époque des "cancres", où l'on glorifiait "Nos ancêtres les Gaulois", car c'est bon pour la Nation, Coco, la prorogation des mythes, même s'ils sont fondés sur rien. C'est mieux de ratiociner ainsi plutôt que de sérieusement étudier les dossiers avant émission.

* Voir l'article de Faïza Zerouala sur Médiapart : L'assouplissement des rythmes scolaires crée une rentrée à deux vitesse

Wauquiez : "À droite toute !"

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Laurent Wauquiez est donc candidat à la présidence de LR et à la succession de l'ancien calife : un article du Monde du 2 septembre* lui taille une nouvelle fois un costard. Il est montré combien il est haï par ses pairs mais adulé par une base, en tout cas celle qui est bien à droite et dont une partie flirte avec le Front national. L'ancien maire du Puy-en-Velay qualifié d'"opportuniste", d'"arriviste" par ceux qui le connaissent bien, sachant soigner sa com', se serait fait teindre à une époque les cheveux en poivre et sel pour paraître moins poupon et aurait appris à parler "peuple" avec l'aide d'un "coach vocal". J'ai eu l'occasion x fois de dénoncer sur Mediapart sa démagogie**, avec sa défense de la "classe moyenne" (ce qui ne veut rien dire : aucun rapport entre une CM supérieure et une CM inférieure, cette dernière étant le plus souvent bien plus proche des classes populaires) et ses agressions contre les assistés (ce qui est insultant et anti-républicain).
Un jour, j'ai voulu l'interroger pour un article que j'écrivais sur lui, mais il n'a pas donné suite. Après la parution de mon texte, qui a fait un tabac au Puy, il m'a écrit de façon doucereuse pour me dire qu'il avait "beaucoup de respect pour les personnes qui s'engagent pour leurs idées" mais qu'il ne partageait pas les miennes (énoncé tactique connu, j'ai déjà eu droit à ce genre de réponse). Il ajoutait qu'il dénonçait "les dérives de l'assistanat" et voulait promouvoir "une vision du social fondée sur les droits et devoirs". Comme s'il oubliait que la formule est déjà inscrite dans la loi sur le RSA voulue par Nicolas Sarkozy. Elle peut paraître de bon sens, sauf qu'elle signifie, et c'était l'intention de l'ancien président Sarkozy clairement affichée (j'ai les discours) : les plus pauvres dans ce pays abusent, ils mettent l'État en faillite, ils doivent se soumettre. En échange d'une aide sociale (ce qu'est le RSA), ils doivent donner des gages.

Non seulement aucune loi n'a la même exigence lorsqu'elle concerne les nantis, mais encore la Constitution donne un droit à tout citoyen d'avoir un emploi : les représentants de l'État, qui ne respecte pas cette règle constitutionnelle, devraient faire profil bas, et ne tenir aucun propos humiliant, indigne à l'encontre de ceux qui font appel à l'assistance, plongés dans cette situation à cause de politiques économiques dont ils ne sont pas responsables. Et un leader politique comme Laurent Wauquiez, qui refusait que les gens au RSA s'inscrivent à l'ANPE pour ne pas gonfler les statistiques du chômage quand il était secrétaire d'État chargé de l'emploi (révélation publique faite par Martin Hirsch) n'a, en matière de moralité civique, aucune leçon à donner à quiconque.

* Le Monde du 2 sept : Wauquiez, adulé par la base, haï par ses pairs
** Voir mon blog sur Mediapart où j'ai souvent traité du cas Wauquiez :

Laurent Wauquiez, sa droite dite sociale en panne

Wauquiez et Proglio aggravent leur cas

Wauquiez radote encore sur l'assistanat
 etc...

. Certains de ces petits billets sont parus au préalable sur mon compte Facebook, parfois de façon plus ramassée.

 

Billet n° 340

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  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, tous les articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200]

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