Pas de vaccin!

Tandis que la situation sur le front du coronavirus est préoccupante, voilà que le gouvernement s’est attaché un nouveau boulet au pied : la pénurie de vaccins contre la grippe saisonnière ! Pourtant, une campagne intensive a eu lieu en faveur du vaccin dans le but de freiner l’entrée à l’hôpital et dans les soins intensifs de malades pour lesquels existe une prévention possible et efficace.

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Le gouvernement dit qu’il fait ce qu’il peut pour juguler une progression de la pandémie particulièrement inquiétante (malgré confinements et couvre-feu, plus de 40 000 morts à l’hôpital et dans les maisons de retraite médicalisées, autour de 400 morts quotidiens, nombreuses hospitalisations en cours, autour de 50 000 nouveaux cas par jour, près de 4000 en réa et soins intensifs, malades dans le coma qu’il faut transférer d’une région à l’autre). Il trainera comme un boulet l’accusation sur le manque de lits d’hôpitaux, le manque de lits en réa, le manque de masques, de blouses, puis l’absence de tests, puis l’incapacité à gérer le processus permettant d’organiser l’isolement des personnes testées positives (tester-tracer-isoler). J’ajouterai l’insuffisance, pendant des mois, de coordination avec les médecins de ville et avec le secteur privé de la santé.

Mais se produit un autre problème dont on parle peu ou pas du tout : alors que la campagne de vaccination contre la grippe a débuté le 13 octobre, on a assisté dès la fin du mois à une pénurie de vaccins ! Sept pharmacies sur dix seraient en rupture de stocks, y compris dans les campagnes les plus reculées. L’ambiance et l'angoisse générales ont fait que nombreux sont ceux qui se sont précipités pour être vaccinés contre la grippe saisonnière (à croire que les anti-vaccins sont moins nombreux qu’on ne le dit et donc moins justifiés à occuper à ce point le terrain médiatique). Résultat : des personnes dites à risque ne peuvent pas se faire vacciner (dont les "vieux" pour lesquels, sans le dire explicitement, le reconfinement est en partie destiné). Certaines pharmacies inscrivent les candidats en (longue) liste d’attente, d’autres s’y refusent, sans que l’on sache quand elles seront réapprovisionnées, sans même savoir si elles le seront (certaines ayant laissé entendre que les stocks étaient épuisés pour longtemps). Des pharmaciens prétendent que des stocks ont été réquisitionnés par l’État (sans doute pour privilégier les soignants), mais apparemment aucune consigne officielle n’a été donnée pour faire en sorte que les personnes prioritaires soient servies avant celles qui ne le sont pas.

Pourtant, les autorités sanitaires souhaitaient atteindre une couverture vaccinale de 75 % chez tous les groupes à risque (alors que le niveau l’an dernier était de 47,8 %). Une campagne de communication de grande envergure a été lancée (15,8 millions de personnes ont reçu un bon de prise en charge). Le but était d’éviter que les services de soins intensifs et de réanimation ne soient assaillis par des malades de la grippe saisonnière alors qu’il existe pour elle un vaccin efficace, à la différence du coronavirus. Selon un communiqué conjoint du ministère de la Santé, de Santé publique France et de l’Assurance maladie (AFP, le 13 octobre), la saison dernière, les ¾ des personnes admises en réanimation pour une grippe grave ne s’étaient pas fait vacciner auparavant alors qu’elles avaient été invitées à le faire (gratuitement) car « personnes à risque » (plus de 65 ans, pathologies chroniques, obésité morbide, femmes enceintes et entourage des personnes immuno-dépressives). Le nombre des vaccinés atteindrait 9 millions, l’État dit qu’il avait prévu 13 millions de doses : ce serait la faute des industriels qui n’auraient pas produit suffisamment. Dans tous les cas, 13 millions c’est inférieur au 15,8 millions de personnes qui avaient reçu une lettre de la Sécu pour se faire vacciner, sans parler des autres, non prioritaires, mais qui souhaitent être protégées et ont le droit de l’être.

EpiCov

Pour ma part, sélectionné « aléatoirement », tiré au sort quoi, je relève de la grande enquête EpiCov (Ipsos, sur commande de l’Inserm et de la Drees, étude autorisée par la Cnil) sur l’épidémie, concernant 135 000 personnes. J’ai fait quelques vérifications pour m’assurer que ce ne soit pas une de ces arnaques que je reçois, nombreuses, chaque jour. Plusieurs médias s’en sont fait l’écho (comme France Inter qui a reçu au Téléphone sonne le 13 octobre la sociologue et le médecin épidémiologue qui en sont chargés). Il s’agirait de dresser le « portrait-robot des personnes les plus touchées en France ».

Sagement, j’ai rempli un premier questionnaire en mai, puis plus rien. Je devais normalement recevoir du matériel pour procéder à un test sérologique par auto-prélèvement. Je viens de recevoir un nouveau questionnaire, assez semblable au premier me semble-t-il : on me pose plein de questions sur ma situation sociale (habitat, revenus, contacts), on me demande, entre autres, si j’ai craint d’être malade du Covid et de mourir, et aussi si j’ai eu l’intention… de me suicider ! Pour dire la vérité, je ne suis pas franchement prêt à mettre fin à mes jours, même s’ils sont comptés, j’attends juste l’auto-prélèvement, et pourquoi pas, l’auto-vaccin contre la grippe.

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Billet n° 580

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