«Les invisibles sont dans la rue»

Ce samedi 12 septembre, les aides et soignants à domicile étaient dans la rue à Saint-Etienne pour exiger de meilleurs salaires et obtenir le versement de la prime Covid, promise mais non attribuée, l’État et le Département de la Loire se renvoyant la balle, comme dans tant d’autres territoires. Les « invisibles » comptent bien obtenir plus qu’une prime.

Devant la mairie de Saint-Etienne, 12 septembre 2020 [Photo YF] Devant la mairie de Saint-Etienne, 12 septembre 2020 [Photo YF]

Environ 80 aides à domicile, les auxiliaires de vie, les personnels administratifs, des personnels de direction, des employées familiales, des assistantes de vie, des aides-soignantes et infirmières ont parcouru les rues de Saint-Etienne, de la rue de la Résistance au siège du Conseil Départemental, au cri « les invisibles sont dans la rue ». Au national, d’autres aides à domicile intervenaient au même moment à la Maison de la Radio. Le mot d’ordre avait été lancé ici par des élues FO, avec le soutien de FO et de la CGT départementales : salaires revalorisés, reconnaissance professionnelle, formation continue, kilomètres reconnus et payés, fin du temps partiel subi, valorisation de la valeur du point, amélioration des conditions de travail, afin de vire et non pas survivre de leur métier.

Rue de la Résistance, au lieu de rendez-vous, devant le siège de AIMV [Ph. YF] Rue de la Résistance, au lieu de rendez-vous, devant le siège de AIMV [Ph. YF]
Ce genre de mobilisation est rare et mérite d’être relevé. Ce qui a fait déborder le vase dans une profession dévouée, jusqu’alors peu habituée à revendiquer c’est la prime Covid, qui a été versée, comme on le sait, à des professionnels mobilisés pensant la crise sanitaire, versée aussi, paradoxalement, à des professionnels qui n’ont pas été actifs pendant le confinement, mais non attribuée aux professionnelles de l’aide à domicile qui ont été sur le pont, longtemps sans masque ni gel, faisant courir des risques aux personnes aidées, à elles-mêmes et à leur propre famille.  Des personnes âgées sont décédées à domicile (les médias se sont très peu penchées sur le problème), des intervenantes à domicile restées au front pendant le confinement sont tombées malades. Dans certains cas, des familles ont assuré, d’autres ont refusé exigeant que les aides à domicile interviennent alors même qu’elles étaient sans protection.

[Ph. YF] [Ph. YF]
La prime Covid serait justifiée mais, dans la Loire comme dans beaucoup de départements, Georges Ziegler, LR, président du Conseil Départemental, estime que c’est à l’État de payer compte tenu de l’ampleur de l’épidémie. L’État refuse, et comme cette aide à domicile est une compétence départementale, exige des départements qu’ils payent. Ce sont les personnels qui font les frais de cette mésentente institutionnelle. Une oratrice, de FO, Martine Gelani, précise cependant que cette prime Covid réclamée n’est que « la cerise sur les épinards ». Car l’objectif est d’obtenir bien plus.

Au mégaphone, il est rappelé le travail accompli par ces métiers : auprès des personnes âgées, handicapées, ou jeunes accidentés, « avec joie, et bonne humeur, amitié et afin de maintenir du lien social ». Ouvrir la porte le matin, lever la personne, lui servir son petit-déjeuner, assurer le change, etc. Cela mérite salaire décent.

Applaudissements nourris sur les terrasses [Ph. YF] Applaudissements nourris sur les terrasses [Ph. YF]
Des signatures ont été collectées dans la Loire et transmises à Monsieur Macron : sans aucune réaction. Alors 2000 nouvelles signatures devraient être recueillies : les professionnelles sont appelées à solliciter les commerçants, leurs voisins, leurs amis, leurs proches, à faire signer les personnes aidées et leurs familles. Martine Gelani, souvent applaudie pour ses propos mobilisateurs au mégaphone, insiste : il faut défendre le maintien à domicile, éviter autant que possible l’Ehpad, et donc mettre le paquet sur l’accompagnement auprès des anciens chez eux : « ils ont travaillé pour nous, ils nous ont transmis des valeurs, nous devons impérativement être à leurs côtés et ne pas les laisser tomber ».  

Devant l'entrée du Conseil Départemental [Ph. YF] Devant l'entrée du Conseil Départemental [Ph. YF]
Dans les rues, après une halte sur les marches de la mairie, la manifestation se dirige vers la Préfecture : la Préfète (Catherine Seguin, qui vient d’arriver en provenance du Gers) est absente, mais elle a promis de recevoir une délégation prochainement. Devant une porte du Conseil Départemental, mêlé à la Préfecture, le cortège s’arrête, bloquant la Grande Rue et les tramways, et scande : « nous voulons du pognon », « nous voulons la prime », « c’est une honte Monsieur Ziegler ». Il est reproché à cet homme politique de mépriser ces professions alors qu’il saura bien faire appel à elles quand ce sera nécessaire, si une deuxième vague advient. Une menace est d’ailleurs prononcée : pour qu’il mesure ce qu’elles font, elles pourraient bien s’arrêter : « vous seriez bien mis à mal ». Promesse est faite de revenir chaque semaine proclamer les revendications.

Un délégué départemental FO exprimait son soutien, situant ce combat dans une bataille plus large au moment où le Plan de relance favorise le patronat. Une déléguée CGT de la Santé relevait que ce Plan de relance ne prévoit rien pour les salariés de ce secteur de l’aide à la personne qui galèrent. Les deux syndicats revendiquent la mise en place d’un grand service public de l’aide à l’autonomie.

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Étaient mobilisés les salariées de l’AIMV (Agir Innover Mieux Vivre), avec le soutien de la Direction générale et le conseil d’administration, ADMR (Aide à domicile en milieu rural), ELEA, Pleiades. Des directions avaient accepté de relayer l’information des syndicats auprès des personnels. Dans le département de la Loire, 4000 personnels (pour l’essentiel féminins) interviennent à domicile : outre les associations citées, la Croix Rouge Française, Âge d’Or, l’ADHAP.   

Grande rue bloquée par la manifestation des aides à domicile [Ph. YF] Grande rue bloquée par la manifestation des aides à domicile [Ph. YF]

Billet n° 572 : Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

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