L'engagement, ou le lien entre militantisme et professionnalisme

Témoignage sur mon parcours, professionnel dans l’action sociale et militant dans le syndicalisme, la vie de quartier et la presse. Être militant et professionnel : quelle complémentarité, quel engagement ?

Dans mon précédent billet (le 500ème), j’ai fait le point sur mon blog débuté en 2011, soit trois ans après m’être abonné à Mediapart, dès sa création, en mars 2008. Dans ce texte, je m’expliquais sur ma démarche et plus particulièrement sur le fait d’écrire en respectant une certaine rigueur tout en prenant position, d’où le titre : Chroniqueur militant. J’annonçais la publication prochaine sur mon blog d’un texte paru, il y a un an, dans la Revue française de service social, dans un numéro consacré au travail social et à l’engagement : je publie ici ce long article qui tente de montrer, à travers mon parcours professionnel et militant comment j’ai articulé les deux. Le prochain billet reprendra le cours normal du blog, c’est-à-dire moins narcissique.

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Résumé : Tout au long de mon parcours professionnel et militant, je ne cloisonne pas : tout en respectant des positionnements propres à chaque fonction, en évitant donc toute confusion, mon implication relève toujours de valeurs éthiques, de notions de transversalité et de territorialité, de solidarité et de coopération, qui ont contribué à donner sens et cohérence à mon engagement, où qu’il soit. Ainsi, à travers mon expérience, je développe l’idée qu’il y a articulation entre militantisme et professionnalisme. Et que pour que l’action sociale soit vraiment libératrice et qu’elle soit portée par le politique, il importe de ne pas se contenter d’actions militantes hors de la pratique professionnelle, mais de faire en sorte que celle-ci soit elle-même engagée.

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 Quand à 18 ans, j'ai choisi de suivre la formation d'assistant social, alors que je ne connaissais pas grand-chose du métier, j'étais motivé par des valeurs humanistes. C'est ce que naïvement dans la promotion, nous donnions comme raison pour être venus suivre une telle formation. Je dis "naïvement" parce que les formatrices nous faisaient comprendre que nous étions idéalistes, mais qu'avec le temps ça nous passerait et que l'on gagnerait en maturité.

 Pour avoir été formateur plus tard et directeur d'une école d'assistants sociaux, je crois avoir conservé le souvenir de cet idéalisme primitif, et n'ai jamais tenu grief envers les jeunes candidats qui voulaient faire le bien, améliorer les choses, rendre service. J'ai toujours préféré ce qui relevait déjà d'une promesse d'engagement à l'attitude qui consistait, pour certains, à venir suivre une formation parce qu'ils avaient vu de la lumière, en se disant : ça ou autre chose…

 Mai 68

Au cours de ma première année d'étude [à Saint-Chamond, dans le département de la Loire], nous sommes frappés de plein fouet par un événement majeur : mai 68. Alors que je sortais d'études secondaires bien sages, dans un milieu modeste mais plutôt protégé, je suis non seulement jeté dans la dure réalité de la vie… et de la mort (un an de stage à mi-temps en secteur hospitalier), mais aussi confronté à une effervescence sociale complètement nouvelle pour moi. J'effectue des stages en service social d'entreprises, dont les Houillères de la Loire, avec une descente au fond, guidé par un délégué sécurité (CGT) et une visite des Aciéries (où mon père, tourneur sur métaux, avait effectué ses premières armes, dès l'apprentissage, à 13 ans). Alors que nous sommes dans une ville non universitaire, que nous n'avons même pas vingt ans, nous suivons attentivement les événements qui se déroulent à Paris et décidons et imposons à la direction de l'école l'arrêt des cours. Grève étrange, puisque nous nous délivrons nous-mêmes désormais les enseignements (chacun à tour de rôle, avec un gros travail de préparation). Tout cela se fait assez naturellement, comme allant presque de soi. D'ailleurs, la direction s'incline et ne fait pas opposition à notre dissidence. Peut-être même se réjouit-elle que nous soyons dans l'air du temps.

 Seul garçon dans cette promotion de 21 élèves (on ne disait pas alors étudiants), je fais partie des délégués de classe qui vont se déplacer en France pour défendre des revendications (qui pour l'essentiel tournent autour du souhait de voir la formation d'assistant social être orientée dès la première année vers le social et non pas rester commune avec les infirmiers, comme c'était encore le cas) : c'est ainsi que je vais plusieurs fois à Lyon (en stop, car il n'y a plus d'essence) pour des réunions inter-écoles, à Brest, à Bordeaux je crois, à Paris (avec la 2 CV d'un camarade de Lyon). Dans la capitale, Michel Taléghani nous sollicite pour le congrès de l'Association nationale des assistants sociaux (ANAS) qui doit avoir lieu à l'automne, invitation que nous déclinons par défiance envers une association qui nous paraît relever du monde ancien (finalement, ce congrès n'aura pas lieu). Nous sommes dans l'école le 31 mai quand De Gaulle prononce son célèbre discours et nous l'écoutons, comme toute la France, sur nos petits transistors.

 J'ai encore un compte-rendu de nos activités de juillet, tapé par moi-même sur la vieille Underwood de mon grand-père. J'y retrouve la liste de mes déplacements de l'été 68. Dont des entrevues avec le directeur régional des affaires sanitaires et sociales (DRASS) de l'époque, M. Arnion, qui avait une certaine notoriété pour avoir présenté un rapport sur les centres sociaux au Conseil économique et social des Nations Unies. Il était par ailleurs l'auteur de diverses réflexions sur l'action sociale.

"Libérez nos camarades !"

 L'année suivante, pour nous permettre d'avoir un lien fort avec l'Université, l'école nous transfère à Saint-Etienne. Ce qui nous met de plain-pied dans l'agitation estudiantine. En janvier 1969, les bourses tardent à venir : nous participons à la grève des étudiants, aux réunions dans les amphis et à la manifestation qui se rend à la Préfecture. Un cordon de policiers nous bloque bien avant, on s'y rend par des rues de traverses : arrivant le premier, je suis aussitôt arrêté, et détenu pendant une heure dans un fourgon, aux côtés de deux étudiants en droit, et le secrétaire général de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), étudiant à l'école des Mines. Dehors, les manifestants ont cessé de réclamer le versement des bourses et hurlent : « Libérez nos camarades ! ». Les négociations avec le Préfet aboutissent à notre libération et nous sommes portés en triomphe tout en regagnant la fac.

 Le lendemain, à la rencontre des délégués avec la directrice, cette dernière raconte l'appel téléphonique, la veille, d'un policier circonspect annonçant qu'un étudiant arrêté prétendait suivre des études d'assistant de service social. Elle a confirmé et semble aujourd'hui tirer une certaine fierté à l'idée qu'un élève de l'école ait pu connaître le même sort que celui d'un étudiant de l'école des Mines. 

 Quand les élèves des deux écoles de Saint-Etienne (la mienne et celle de la Croix-Rouge) se mettent en grève, la CFDT nous prête pendant 15 jours un local spacieux à la Bourse du Travail, sans rien exiger en retour. Des assistantes sociales peu nombreuses, engagées à la CFDT et à la CGT, viennent nous soutenir. Une de nos revendications porte sur le projet de « service civique à caractère social et culturel pour les jeunes filles » qui devrait consister en une sorte de service social gratuit. Nous diffusons l'exposé des motifs et nous dénonçons une mesure destinée à disposer d'une « force d'intervention souple, gratuite » pour pallier le manque de personnel spécialisé. Des assistantes sociales syndiquées nous parlent alors pour la première fois de l'action psychosociale individualisée comme d'une approche moderne du service social. Il s'agit ni plus ni moins du case-work (40 ans après la parution en français du livre de Mary Richmond paru aux Etats-Unis). Comme il nous arrive de manifester dans la rue, les Renseignements Généraux viennent de temps à autre me voir à l'école pour connaître nos itinéraires et si nous serons sur la chaussée ou sur les trottoirs. Notre professeur de sociologie est Jacques Ion, à peine plus âgé que nous, qui n'a pas encore publié mais impressionne par sa hauteur de vue et son intérêt, déjà, pour un travailleur social militant (j'ai alors des échanges avec lui sur le sujet).

 J'assiste aussi à des conférences en ville : de maître Leclerc pour le Parti Socialiste Unifié (futur président de la Ligue des droits de l'homme), de Robert Buron (ancien ministre gaulliste qui vient de publier un ouvrage dans lequel il fait part de ses " réflexions pour une autre société "), de Fredo Krumnov, leader CFDT, chantre de l'autogestion. Mais aussi de Colette Manger qui vient présenter dans une salle de l'Université son livre au titre plusieurs fois imité par la suite : Pourquoi le travail social ?

 Mon choix professionnel n'est pas séparé de l'espoir que j'ai dans une société plus juste, où les pouvoirs d'argent ne tiendront plus le haut du pavé, où la classe possédante n'imposera plus son esprit de concurrence et où chaque citoyen aura réellement droit de cité : le socialisme autogestionnaire est une perspective qui fait doucement son chemin en moi, ni totalitarisme soviétique, ni impérialisme capitaliste, ni Hongrie (1956 : je me souviens de Budapest, alors que je n'avais que 7 ans), ni Prague (qui se produit à l'été 1968), ni Vietnam (je découpe chaque jour dans la presse les articles rendant compte de cette guerre).

 La solidarité interprofessionnelle

Un fois diplômé, je décide de partir voir ailleurs. Je m'expatrie en Franche-Comté. Je débute à 21 ans comme assistant social dans le domaine de la protection de l'enfance. Salarié de droit privé, je travaille dans une association qui aura 8 établissements et services et 250 salariés. Je me souviens du soutien de la CFDT durant mes études et je suis en phase avec son projet de transformation de la société et avec le triptyque qu'elle professe : planification, socialisme autogestionnaire et socialisation des moyens de production. Je suis rapidement élu délégué du personnel, puis délégué du comité d'entreprise (CE), assumant pendant plusieurs années la fonction de secrétaire général du CE. Ces délégations, évidemment, me confrontent à des questions concernant les salaires, le droit du travail, les droits sociaux, les loisirs : si le positionnement n'est pas le même, il n'y a pas de dichotomie avec mon activité professionnelle.

 Dans les années 1970, tous les soirs et parfois les week-ends sont consacrés à des réunions syndicales. Responsable du syndicat santé-sociaux CFDT de Haute-Saône et de la Franche-Comté, cela me conduit à participer à la création de sections syndicales, à me rendre dans les institutions, [à négocier quatre heures durant avec mon employeur un samedi après-midi (alors que j’ai assisté le matin-même à la naissance de mon premier fils, mon employeur ne l’apprenant, stupéfait, que quelques jours plus tard)], à mettre en œuvre des conventions collectives, à défendre des dossiers aux Prud'hommes, ou à préparer des dossiers en défense devant des tribunaux y compris devant la Cour de Cassation, et à participer à de nombreuses actions du secteur mais aussi interprofessionnelles. En effet, c'est bien ce qui est passionnant dans ce syndicalisme-là, à savoir cette rencontre des générations, des professions, des métiers, des champs multiples d'activités, des territoires, et cette camaraderie entre militants et militantes tout aussi engagés. On côtoie les employés de l'Équipement ou les ouvriers de chez Peugeot. Il m'arrive de manifester dans les rues de Saint-Loup-sur-Semouse avec les ouvriers en grève de l'usine Parisot (la fille du PDG sera plus tard présidente du patronat, à la tête du Medef) et d'y retrouver des personnes que je suis dans le cadre de mon travail d'assistant social.

 En 1974, lors de la campagne présidentielle qui suit la mort de Georges Pompidou, je sollicite par téléphone l’équipe de René Dumont sur sa péniche du Pont de l'Alma, le tout premier candidat écologiste. Mon but est juste de pouvoir coller quelques affiches dans ma ville [ce qui nous vaudra une agression en règle des hommes de mains d’un député, futur secrétaire d’État à la Défense de Giscard d’Estaing] : je me retrouve aussitôt propulsé représentant unique du candidat écolo pour mon département et je découvre cette "promotion" en lisant le mensuel underground Actuel, qui publie la liste. Je me vois du coup contraint moralement de créer un comité départemental écologiste, dont je transmets rapidement l’animation à d'autres.

 La vie militante de quartier

Car, parallèlement à ces engagements, je participe activement à la vie du quartier. Encore là, il y a continuité entre mon métier et cet engagement militant. Demeurant au 13ème étage d'une tour de 15, pendant deux ans, deux soirs par semaine, je participe avec d'autres bénévoles à des activités avec des jeunes qui s'ennuient après le travail. Car on est au début des années 70, ils ont tous un job, ont de grosses motos qu'ils font pétarader dans les rues de la cité, ce qui en défrise plus d'un. Nous disposons d'un local au bas d'une tour : télévision, baby-foot, ping-pong, pas grand-chose pour les occuper. La police vient régulièrement pour nous demander, gentiment, de faire moins de bruit car des voisins se plaignent. Je contribuerai à la création d'un club de prévention, géré par l'association qui m'emploie. Un des jeunes, un peu leader des autres, que j'ai reçu à mon domicile, mourra plus tard d'une overdose de trichlo.

 Puis la Caisse d’allocations familiales (CAF) construit un centre social, et je suis représentant des habitants au conseil d'administration (élu par une assemblée générale dense organisée sur ce quartier, où il existe encore à cette époque une relative mixité sociale). Énorme travail de mise en route, avec une direction de la CAF qui freine des quatre fers et qui se méfie de toute approche un peu trop participative. Le jour de l'inauguration, seules des personnalités sont invitées, y compris des employeurs d'entreprises installées à proximité de cette cité. Mais non seulement les habitants ne sont pas conviés à la fête, mais en plus ils n'en sont informés que par le tract que j'ai diffusé au petit matin avec un ami (jeune médecin habitant le quartier). Ce qui me vaut un échange musclé avec le Préfet en uniforme, sous les yeux amusés des habitants accoudés à leur balcon et devant un parterre d'officiels médusés (dont mon employeur en personne ainsi que le directeur départemental des affaires sanitaires et sociales (DDASS), qui exerce une tutelle administrative sur le service social dans lequel je travaille).

 Au demeurant, à cette époque où la droite pompidolienne puis giscardienne est au pouvoir, je ne subirai aucun retour de bâton : le DDASS est un fonctionnaire sourcilleux, qui ne fait pas de vague, mais je ne suis pas certain qu'il désavoue vraiment mon acte de citoyen. Quant à mon employeur, éducateur devenu directeur général, ayant ses entrées au ministère, je crois que secrètement il est d'accord. Il n'empêche que cela suppose de ne jamais déraper, d'être très prudent : je veillerai toujours, dans l'exercice même de mes fonctions, à en respecter les règles et à ne pas donner prise à ce qui pourrait justifier une sanction. [Le risque est d’être licencié mais surtout de ne pas retrouver un poste facilement, car désormais inscrit sur une liste rouge. On prend cependant des risques comme lorsque l’on soutient un homme, veuf, père d’une fillette que le juge des enfants a décidé de placer, considérant que ce motard aux cheveux longs ne donnait pas de garantie suffisante pour élever seul cette enfant. Nous mobilisons Libération qui envoie Béatrice Vallaeys qui publiera sur l’affaire un article d’une page du quotidien (le juge reviendra sur sa décision). Le directeur d’un Institut médico-éducatif de l’Adapei exige que les filles pensionnaires, en âge de procréer soient systématiquement stérilisées : nous menons le combat contre une telle mesure qui a l’assentiment des administrateurs. Là encore, un article de Libération se fait l’écho de notre protestation et l’Adapei recule].

 Un syndicalisme astreignant

Le syndicalisme c'est défiler dans la rue (certains militants préfèrent cette implication plus glorieuse), mais c'est aussi travailler de façon astreignante sur dossier, au quotidien. Je crois que ma formation de travailleur social m'aide (entre autres, en matière de lecture de documents, de compréhension de textes législatifs, de rédaction de rapports ou de tracts, et de prise de parole en public) : je dois connaître presque par cœur la convention collective de l'Enfance inadaptée, diriger la réalisation d'une brochure d'une cinquantaine de pages sur la santé en Franche-Comté (dans les hôpitaux, dans les usines et à l'armée), mener une délégation rencontrant Simone Veil, ministre de la Santé, lors de sa visite d'un  hôpital et lui présenter les revendications du personnel, mener des actions publiques soutenues pour que la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) s'applique correctement. [C’est ainsi que nous allons mener bataille pour que le service de gynécologie cesse de s’appuyer sur un comité, sorte de tribunal, pour décider quelle femme est autorisée à avorter].

 Après la loi de 1975 sur les institutions sociales et médico-sociales, je suis désigné par le Préfet de Région comme travailleur social, unique représentant des personnels dans la commission régionale qui doit statuer sur les extensions d'habilitation ce qui me conduit à approcher les questions liées au développement de ce secteur, la mise en œuvre des politiques sociales, les enjeux financiers et politiques. Cette fonction, que j'occupe durant plusieurs années, m'oblige à préparer les séances en contactant les professionnels éducatifs et sociaux des établissements et services concernés afin de recueillir auprès d'eux des informations sur la situation de l'institut médico-éducatif (IME) ou du foyer éducatif, et les besoins.

 Au-delà des aspects techniques que j'évoque plus haut, ma formation d’assistant social, choisie par intérêt marqué pour la question sociale, m’a ouvert sur des champs variés avec toute la nécessité d’assurer leur articulation : politique, économique, sociale, culturelle, historique, éthique. Cette transversalité sera au cœur de mon parcours professionnel et aussi militant. Tout mon engagement hors du professionnel est syndical, et non politique stricto sensu, mais avec une sorte de politisation du combat syndical (qui fera dire à des amis membres de partis politiques que j'étais " anarcho-syndicaliste ", ce que je prenais finalement pour un compliment mais c’était exagéré).

 Il est vrai que je contribuerai, en tant que secrétaire général du comité d'entreprise, à ce qu'il  se prononce sur des sujets de sociétés ou de politique sociale ou internationale (prises de position, par exemple, en défense des condamnés à mort par Franco en Espagne ou contre la condamnation à mort d'un mineur en 1975 en France). Dans le syndicat, je participerai activement à la défense de Mme d'Escrivan, cette assistante sociale de la Croix-Rouge, détachée auprès de la prison de Fresnes, licenciée pour avoir pris contact avec un consulat pour qu'il vienne en aide à un prisonnier : je serai amené à rencontrer le président national de la Croix-Rouge (il se trouve qu'il habite ma ville) et à diffuser largement le rapport que Mme d'Escrivan a adressé à l'ANAS et que la revue Esprit a publié dans son célèbre numéro [de 1972] sur le travail social (ce qui me vaudra les sarcasmes d'un responsable CFDT qui verra là une attitude bien corporatiste).

Champ social

 Je proposerai plusieurs articles à la revue Champ social, dont l'un sur René Lenoir, le secrétaire d'État à l'action sociale du Président Giscard d'Estaing. Me fondant sur le soutien qu'il affiche en faveur du bénévolat, je critique cette approche attentatoire aux fonctions que doivent avoir les travailleurs sociaux dans notre société, ce qui me conduit, dans cet article, à créer le néologisme "lenoirisme" pour qualifier la philosophie de celui qui a écrit Les Exclus (article repris dans un livre de Champ social paru chez Maspero en 1976).

 [Le Monde publie une tribune que je lui ai adressée en 1976 sur les comités de soldats, Faut-il s’habituer ?, et une autre en 1978, intitulée Solidaire des ouvriers, juste avant les élections législatives que finalement la gauche PS-PC perdra suite à des tensions entre les deux partis sur les modalités d’exercice du pouvoir en cas de victoire. Chaque fois, je signe : « assistant social et militant CFDT ». Libération reproduit un long texte, que je lui ai soumis, Sur la Charte des enfants, qui désavoue l’action menée sur le sujet par Bertrand Boulin, psychologue, fils de ministre, qui proposait dans sa charte tout simplement la suppression des crèches et l’attribution des allocations familiales directement aux enfants.]

 Je lis attentivement les ouvrages de sociologues qui critiquent sévèrement le travail social (ceux de Jeannine Verdès-Leroux, de Jacques Donzelot, de Claude Liscia, de Philippe Meyer). A la fois, ils me bousculent, je les trouve en partie fondés, en théorie, mais excessifs, car ne permettant pas une mise en œuvre : ils conduisent à déchirer le travailleur social, s'il les suit, entre son engagement militant et son engagement professionnel. Je ne cesserai de tenter non pas de confondre les deux mais de ne pas les opposer.

 Je participe à des formations syndicales sur plusieurs jours, chaque année, avec des intervenants compétents, parfois renommés, envoyés par la Confédération. Je suis moi-même intervenant dans des formations au cours desquelles je parle de l'assistance (sociale), je présente des recherches que j’ai effectuées sur l’histoire du social et je développe avec les participants une réflexion sur la question. J’approche des conflits dans le secteur des services sociaux (en Franche-Comté) ou le secteur ouvrier (LIP) qui m’incitent à prendre en compte l’importance de la solidarité (entre les catégories professionnelles, entre les générations, entre les territoires).

 Dans les années 1970, l’exercice de la profession d’assistant social m’a confronté aux réalités sociales, à la législation en vigueur, au jeu entre les pouvoirs, à la question de l’efficacité (ou non) du travail social. Je travaille au sein d’une équipe pluridisciplinaire bien inscrite dans la réflexion sur les pratiques (au quotidien mais aussi par l’élaboration annuelle d’une étude approfondie sur certaines questions sociales présentée aux administrateurs et diffusée aux professionnels sociaux du département : importance des prestations dans les revenus des familles suivies en action éducative en milieu ouvert (AEMO) ; étude sur le logement qui sera à l’origine d’un dispositif d’aide au logement, bien avant le fonds de solidarité pour le logement (FSL), en Haute-Saône ; étude sur les parents ayant été placés enfants et étant conduits à placer leurs propres enfants, étude qui influera fortement nos pratiques, qui sera publiée dans la revue Sauvegarde et que je présenterai au siège de l’UNESCO, à Paris, lors d’un colloque organisé par l’Association française de la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence).

 Bien sûr, ces travaux ne sont pas des approches militantes au sens politique ou syndical du terme, mais ils impliquent de notre part de nous engager fortement, la recherche et sa rédaction ne pouvant être effectuées en totalité sur le temps de travail. Par ailleurs, l'esprit qui nous anime est bien de faire des propositions pour sortir d'un état de fait, pour envisager des changements porteurs de progrès.

 Une revue d'informations générales

Dans les années 80, je suis directeur d'une revue régionale d'informations générales en Franche-Comté, [L’Estocade], diffusée à 2000 exemplaires en kiosque et sur abonnement. Je suis salarié à mi-temps, et par ailleurs assistant social, également à mi-temps. Je suis amené à m’intéresser à la question territoriale, à faire le lien entre des domaines différents (histoire, politique, culture, économie), avec des fonctions multiples que j’assume simultanément (directeur, rédacteur en chef, collecteur de la publicité, journaliste, maquettiste, monteur, chargé du façonnage, de la diffusion, de la  promotion). Si beaucoup de sujets traités sont loin du travail social (nous écrivons sur des sujets politiques, historiques, environnementaux, artistiques, j'interviewe pour ma part Jean-Pierre Chevènement, Edgar Faure, j'écris sur les verreries ou les salines, sur la déportation des Juifs de Franche-Comté), la présence de quelques travailleurs sociaux dans le comité de rédaction explique que nous traiterons avant l'heure du revenu minimum, tel qu'instauré à Belfort et à Besançon, avant la création du revenu minimum d’insertion (RMI) et bien d'autres thèmes sur l'urbanisme, le logement social, les immigrés, le développement social des quartiers… La ligne éditoriale de la revue est à gauche, mais avec une ouverture qui fait qu'elle est lue par des lecteurs de tous bords. Même des administrations sont abonnées. J'assure régulièrement la promotion lors d'interviews sur Radio France et FR3. Lorsque je quitte la région, je passe le relai et la revue subsistera encore quelques années.

 Action sociale de terrain

Dans les années 90, j'accède à un poste de chef de circonscription d’action sociale, en Midi-Pyrénées. Il me confronte à l’animation d’équipes (avec une fonction, pour la première fois pour moi, hiérarchique), il est à l’interface entre terrain et direction centrale, et est au cœur des politiques sociales locales, du travail en réseau, des notions de transversalité (complémentarité entre ces politiques, articulation entre les intervenants), de territoire, de développement social. Cette fonction, je l'exerce en me donnant à fond, persuadé que ma crédibilité reposera sur cet engagement : il y a là encore quelque chose de militant, j'ai la conviction, à tort ou à raison, qu'il n'est pas possible de gérer les affaires courantes, qu'il faut aller au-delà, qu'il importe que le personnel puisse avoir totale confiance en son chef de service et puisse en toute occasion compter sur lui.

 A partir du moment où j'assumais des fonctions hiérarchiques, j'ai cessé d'avoir un engagement syndical militant, pour des raisons que je ne m'explique pas très bien. Je crois que je me souviens du temps où des chefs de service ou même directeurs demandaient à adhérer et à participer à des réunions syndicales ce qui perturbait notre liberté de pensée et d'action. Je ne voulais pas renouveler ce genre de malentendus et, par ailleurs, je ne voulais pas paraître de parti pris face aux différents syndicats représentés dans mon service. J’avais pour préoccupation principale celle d'exercer ces fonctions hiérarchiques le plus possible en phase avec mes idées. C'est ainsi que lorsque des travailleurs sociaux sont poursuivis dans une affaire de maltraitance à enfant qui va défrayer la chronique (jusqu'à être évoquée à l'Assemblée Nationale), je publie une longue prise de position, documentée sur l'affaire et en droit, diffusée à tous les agents de mon service et remise au directeur général. Lorsque, pour occuper ce poste, j'ai obtenu le Diplôme Supérieur en Travail Social, j'ai produit un mémoire à connotation militante puisqu'il traite de la protection de l'enfance en mettant l'accent sur le fait qu'il s'agit d'un intérêt vital pour la société, d' « une nécessité sociale ».

 Formation d'assistants sociaux

Quand j’ai accepté un poste dans un centre de formation de travailleurs sociaux, j’avais pour motivation le désir de transmettre (une expérience, des connaissances, une certaine conception de l’intervention sociale). Mais il y avait aussi le souhait de pouvoir préparer des étudiants à être des agents de développement sur leurs lieux de travail. J’avais un peu tendance à voir l’exercice de la profession essentiellement dans sa déclinaison territoriale, sa présence "en milieu ouvert" auprès des populations, là où elles vivent, avec des partenaires, bénévoles, professionnels, élus (influencé par ce qui m'avait motivé dès le début de ma formation).

 C’est ainsi que j’ai impulsé cette approche, créant un module de formation développement social local, qui n’existait pas jusqu’alors (la traditionnelle étude de milieu ayant un autre objectif). Des intervenants exerçant des fonctions d’agents de développement étaient sollicités pour faire part de leur pratique auprès des étudiants. Des déplacements sur site étaient organisés ce qui permettait de mesurer la diversité des actions, la mobilisation des acteurs, y compris dans des régions les plus reculées, la complémentarité des partenaires. C'était aussi l'occasion de rencontrer des professionnels, développeurs, engagés dans leur mission bien au-delà de leur fiche de poste, dans une approche que je percevais militante et qui impressionnait favorablement les étudiants.

 Les cours donnés sur l'histoire du travail social et les politiques sociales (pas seulement dans l'école mais auprès d'autres institutions, comme le Centre national de la fonction publique territoriale) n'étaient pas pour moi fondamentalement séparés de ce que j'avais pu dire, écrire sur le social lors de sessions de formation syndicale.

J'ai organisé de très nombreuses conférences, avec la venue d’auteurs tels que Jacques Donzelot, François de Singly, Jacques Ion (je retrouvais mon professeur de sociologie),  Brigitte Bouquet, Marie Vermillard (réalisatrice de cinéma et ancienne assistante sociale), et d’autres moins connus, qu’ils soient intervenants sociaux locaux ou sociologues à Montréal, à Anvers ou à Saragosse.

 Quand, à la demande de la DRASS, il a fallu créer une antenne de l'école à Albi, cela s'inscrivait dans une conception, là aussi, de développement local, lourd à mettre en place mais en phase avec des conceptions, déjà abordées plus haut, de valorisation des territoires.

 L'action sociale transversale et territoriale

Enfin, la fonction de directeur de l'action sociale territoriale, au sein d'un Conseil général, me confrontait plus que jamais à une fonction d'encadrement de chefs de service et de professionnels de terrain, recruté à ce poste du fait de mon parcours professionnel. J'avais des fonctions d'autorité, de recrutement, d'organisation, de conseil technique. Dans mes relations avec les militants syndicaux, le fait que je l'avais été moi-même jadis ne me protégeait pas, mais me conduisait à avoir une attitude toujours respectueuse envers eux. Par ailleurs, je crois que ma fonction, qui consistait à être l'interface entre le central et le terrain (le « ciment » m'avait dit le directeur général des services) était perçue elle-même comme étant exercée de façon « militante » : cherchant à donner sens au travail social mis en œuvre, malgré les contradictions permanentes entre un idéal affirmé et une institution lourde, entravant trop souvent les bonnes volontés ; m'engageant dans des actions qui allaient au-delà de ce que l'administration attendait de moi (comme l'organisation de conférences, avec un philosophe sur la précarité sociale, et d’autres sur l'action collective, sur le développement social local, ou, justement, une tentative de mise en place d'une démarche de développement social local au sein des unités territoriales d’action sociale, allant jusqu'à défendre l'idée que le développement social rejoignait le développement durable).

 Social en question

Après avoir quitté ce dernier poste, je n'ai pas tiré un trait sur le social, au contraire, à la différence de certains de mes anciens collègues qui, blasés, ne veulent plus en entendre parler (d'autres, cependant, s'engagent dans l'action caritative). J'ai gardé contact à travers divers activités (enseignement, entraînement de jurys, rédaction pour une encyclopédie de la protection de l'enfance), et j'ai ouvert un blog sur Mediapart intitulé Social en question, avec des prises de position qui rejoignent ce que je pouvais écrire lors de mes engagements militants passés. Il s'agit de points de vue libres, militants donc, mais qui reposent autant que je le peux sur des éléments documentés (les prises de position n'excluent pas le respect de certaines règles éthiques). J'y aborde souvent le travail social, mais même lorsque je suis sur des thématiques qui s'en éloignent quelque peu, je crois être en phase avec des valeurs qui me paraissent consubstantielles à ce que fut ma formation, mon métier et l'exercice de mes fonctions.

 "L'action sociale réellement libératrice"

Encore aujourd'hui, je mesure que ce qui m'anime tourne autour de cette conception de l'action sociale au sens large, non compartimentée : la transversalité est un maître mot pour moi. Non seulement l'action sociale croise différents domaines, en essayant de les imbriquer mais elle est elle-même à la croisée des politiques sociales et du travail social. Cet entrelacement, j'essaye de le provoquer y compris quand j'aborde des sujets qui ne sont pas stricto sensu inscrits dans l'action sociale. Je crois que ma formation initiale imprègne ce souhait constant de mettre les idées, les faits en relation, à les articuler, en privilégiant de ce fait une spécificité qui serait le fait de savoir mettre en lien, et non pas de s'inscrire dans une spécialité, qui, elle, isole.

Dans la même idée, j'ai toujours milité pour la complémentarité entre démarche professionnelle et démarche de recherche (avec une insistance constante sur le fait que les travailleurs sociaux devraient prendre la plume, faire connaître ce qu'ils savent et ce qu'ils font). L'intérêt pour le territoire (qui jalonne mon parcours dans toutes les activités que j'ai eues : professionnelles, mais aussi syndicales et journalistiques) ce n'est pas un culte du local : là encore, c'est l'articulation entre central et local qui me parait essentielle (d'où, entre autres, mon souci constant de veiller à harmoniser les liens entre le travail social et l'administratif, entre professionnels de terrain et encadrement).

 Ainsi, je n'ai jamais senti de dichotomie entre mon engagement professionnel et mon engagement militant. Peut-être parce que j'ai conçu ma pratique professionnelle comme devant être militante et parce que j'ai eu un investissement militant qui était marqué par des valeurs que la profession défendait. Cela ne signifie pas qu'il y ait confusion des engagements.

 Le 3 juillet 2012, le jour même de la déclaration de politique générale du premier ministre de l'époque, dans un article sur mon blog Social en question sur Mediapart, j'en appelais à une « refondation de l'action sociale ». Je citais la circulaire de 1982 de Nicole Questiaux, trente ans plus tôt, qui se prononçait pour « une action sociale réellement libératrice » et dont l’élan qu’elle impulsait avait été rapidement cassé par le gouvernement [sous François Mitterrand]. Je souhaitais que le pouvoir issu des urnes après les élections de juin 2012 saurait refonder l’action sociale, en l’ancrant dans les territoires, en lui conférant une dynamique par une alliance entre l’économique, le social et le culturel. Je faisais un rêve que le politique encourage une approche du travail social qui ne le cantonne pas dans des interventions administratives ou spécialisées, ni dans la seule protection, mais dans la prévention et la prévenance.

 Militantisme professionnel

Cela suppose, écrivais-je, que « les professionnels du social repensent leur professionnalisme ». Si leurs compétences restent nécessaires et doivent être reconnues à la hauteur de leurs responsabilités, si « l’alliance de la technique et de l’éthique doit demeurer le principe de base de leur action, (…) ils ne peuvent plus agir seuls, sans tenir compte des attentes des bénéficiaires de l’action sociale et de l’engagement de tous les acteurs locaux. Ce qui les contraint à une certaine forme de " militantisme professionnel " ». Evidemment, l'élan espéré n'a pas eu lieu (1).

 Ce terme de « militantisme » a surpris certains, il comporte effectivement une ambiguïté s'il suppose un mélange des genres. J'entends effectivement par militantisme professionnel un refus des postures convenues, de l'application sage de consignes ou de la mise en œuvre docile de dispositifs. Cela suppose une implication du professionnel, dans son temps de travail, qui est faite de capacité d'analyses, de propositions, de coopération avec d'autres professionnels, de prise d'initiatives avec le souci de trouver des solutions collectives qui aillent au-delà de la résolution de problèmes personnels. Mais cela ne signifie pas de délaisser les missions dévolues. Il va de soi que je ne cautionne pas l'attitude de certains travailleurs sociaux très investis hors de leur emploi, et qui négligent leur métier, considéré comme moins motivant.

 Ainsi, ce militantisme professionnel, engagement dans la défense constante des valeurs du travail social, doit avoir pour effet de mobiliser le pouvoir politique pour qu'il assure un réel portage de cette fonction centrale dans les politiques sociales qu'est le travail social. Il n'est pas envisageable que le pouvoir en place le fasse de lui-même. Certes, des professionnels en tant que militants politiques et/ou syndicaux peuvent lutter pour se faire entendre sur ce point, mais je pense qu'en tant que travailleur social, chacun, à partir de son poste de travail, dans le cadre même de ses fonctions, doit militer pour qu'il en soit ainsi. Je sais que de jeunes professionnels dans le secteur (mais aussi hors du secteur éducatif et social) observent avec intérêt et une sorte de nostalgie ces périodes anciennes où les engagements se complétaient ; d'autres, sous l'effet de l'individualisme libéral prôné comme une valeur supérieure, sont conduits à exercer leur fonction le plus honnêtement possible, certes, mais sans plus, sans exigence particulière et sans considérer qu'il y a des combats à mener aussi dans la vie de la cité. C'est une évolution qui peut inquiéter, mais personne ne peut dire ce qui couve réellement, et l'on peut très bien imaginer que d'autres formes d'engagement apparaitront et exprimeront à leur manière que la coopération et la solidarité sont incontournables pour faire société.  

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(1) J'ai développé ces éléments dans une longue contribution aux États généraux du travail social, accessible sur le site du Prefas Midi-Pyrénées (http://bit.ly/2vb04pn), mise à jour dans un article paru sous le titre Pour une action sociale réellement libératrice, dans la Revue française de service social, n°263 (2016-4).

 . Je n’ai pas repris pour la période de mai 68 ce que j’avais déjà écrit dans Mon mai 68 à Saint-Chamond, déjà publié sur ce blog le 25 mai 2018.

 . Cet article est paru dans la Revue française de service social, n°270 (2018-3) : seuls les éléments entre crochets ont été rajoutés.

rfss
Ce numéro de la RFSS était intitulé Travail social et engagement(s). Il comportait de nombreux textes, dont celui de Brigitte Bouquet, de formation initiale assistante sociale, première professeure titulaire de la chaire « Travail social » au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Elle insiste sur la notion d’engagement qui n’est pas une éthique fondée seulement sur des paroles mais aussi et surtout sur des actes. Jacques Ion, sociologue, que je cite dans mon texte, note que le processus d’individuation que connaissent nos sociétés conduit le travail social à se refonder par « un surcroît d’engagement personnel ». D’autres auteurs écrivent dans ce numéro, dont plusieurs de mes amis comme Cristina de Robertis à propos de la réédition de son ouvrage Méthodologie de l’intervention en travail social  (que je présenterai dès que possible) ; Didier Dubasque, ancien président de l’ANAS, membre du Haut-conseil du travail social, qui estime que le métier d’assistant social ne peut s’exercer sans engagement (c’est son ADN) ; Laurent Puech, également ancien président de l’ANAS, animateur de www.secretpro.fr qu’il présente dans sa contribution ; Annabelle Quillet, conseillère en économie sociale et familiale, fortement engagée sur Toulouse, membre du Groupement pour la défense du travail social (GPS), que j’ai évoqué plusieurs fois dans des articles de ce blog portant sur la situation des sans-abri dans la Ville pas tout rose, considère qu’il arrive que « la désobéissance s’impose dans le travail social ». D’autres auteurs s’expriment : Alexandrine Laizeau et Catherine Galopin défendent l’idée d’une « utilité des émotions » ; Nathalie Page se fonde sur la formation en recherche-action pour constrire un positionnement professionnel et un engagement ; Colette Duquesne, sur la nouvelle définition légale du travail social ; Anne-Claire Cormery, sur une expérience de formation en master à distance, en ligne, s’appuyant sur l’écriture quotidienne d’un « journal d’intervention » ; Thierry Renaut, délégué au Conseil national des personnes accueillies et/ou accompagnées propose un témoignage personnel (« la précarité n’est pas une maladie, mais un accident de la vie ») ; Manon Magagnosc considère que professionnelle et syndicaliste ce n’est pas contrdactoire : « même valeurs collectives, d’aides, de solidarité et d’humanisme » ; et Erika Yven, étudiante en service social, longtemps réfractaire à ce métier, explique son cheminement vers le social et ce « champ des possibles » qu’est le travail social.

. voir mon billet précédent : Chroniqueur militant.

. mon article paru dans le Monde  du 10 avril 1978 : Solidaires des ouvriers. Le Monde ayant scanné tous ses anciens numéros, je retrouve sur Internet quelques uns des articles publiés, dont celui-ci : Faut-il s'habituer ?

 

Billet n° 501

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

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