Mémoire courte

Il y a une dizaine d’années, le monde hospitalier était vent debout contre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, et ses réformes. Il subissait aussi les dégâts de la tarification à l’acte, mise en place par un certain Jean Castex. Également dans ce billet, les erreurs de Macron sur l’équilibre financier des retraites et la mesquinerie des politico-technos envers les gens au RSA.

Mémoire courte

Cabu, "Le Canard enchaîné" du 31 décembre 2008. Cabu, "Le Canard enchaîné" du 31 décembre 2008.
L’Hôpital souffre depuis longtemps d’une gestion fondée sur la rentabilité, aux mains d’une technocratie voulue par le pouvoir politique, exigeant économies au secteur public (qui doit récupérer les patients les plus coûteux) et profits pour le secteur privé (qui récupère les maladies les plus lucratives). C’est ainsi que les équipes soignantes ont manqué de moyens, de lits de réa, de personnels, de matériel au plus fort de la crise du Covid19.

Qui a une responsabilité écrasante dans cet état de fait ? Nicolas Sarkozy et plus particulièrement sa ministre de la santé Roselyne Bachelot qui a mis en œuvre les lois qui ont conduit à ce que « la qualité de l’hôpital public (soit) mise en accusation » (Le Monde du 31 décembre 2008). La lecture des journaux de l’époque vaut son pesant de cacahuètes : Le Canard enchaîné, le même jour, titrait : « On achève bien les hostos » avec ce dessin de Cabu.

Il a suffi que Mme Bachelot, en pleine épidémie, court les plateaux de télé pour dire qu’en son temps (H1N1) elle avait prévu le matériel nécessaire (ce qui, somme toute, est ce que l’on attend d’un ministre), étalant sa faconde et amusant la galerie, pour qu’Emmanuel Macron la nomme ministre de la culture. Quand on sait que, par ailleurs, Jean Castex, le nouveau 1er ministre, a mis en place en 2006 la tarification T2A (paiement à l’acte) alors qu’il était DHOS (directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, au ministère de la santé), système qui a mis l’hôpital à genoux, on mesure le cynisme du pouvoir en place. Il n’est pas nécessaire de s’étonner de voir Gérald Darmanin ministre de l’intérieur : il aurait même pu se retrouver ministre des droits des femmes. 

Interview d’Emmanuel Macron : erreur et précisions

 © Le Président interviewé à l'Elysée par Léa Salamé et Gilles Bouleau [capture d'écran] © Le Président interviewé à l'Elysée par Léa Salamé et Gilles Bouleau [capture d'écran]
Lors de son interview du 14 juillet, il m’a semblé qu’Emmanuel Macron faisait profil bas sur la réforme des retraites : sa relance du projet serait une façon d’afficher qu’il ne lâche pas et que la question de l’équilibre financier se pose. Mais sans plus. Il s’est vanté que la loi sur le minimum contributif (c’est-à-dire une vraie pension de retraite et non un minimum vieillesse attribué sous condition de ressources) de 1000 euros pour les exploitants agricoles ait été adoptée par le Parlement (le 29 juin, sans préciser qu’elle avait été proposée… par un parti opposant à sa réforme, le PC). Par contre, il ne parle plus de « retraite à points » mais de « retraite universelle », peut-être signe de recul.

Sur l’équilibre financier, il a été plus qu’imprécis : il a dit qu’en 2017, lors de son arrivée au pouvoir, le Conseil d’Orientation des Retraites (le COR) révèle que le budget des retraites est à l’équilibre, mais que six mois plus tard le même COR démontre qu’il y a un gros déficit. Je ne pense pas qu’il se soit trompé par hasard : en effet, la réalité est tout autre. Le COR publie un rapport en juin 2018 (un an après l’élection présidentielle) qui démontre que les comptes sont à l’équilibre jusqu’en 2070 ! In peto (pour reprendre l’expression présidentielle), le Président et le Premier ministre sont Grosjean comme devant : comment faire passer une réforme s’il n’y a pas de déficit ? Alors opportunément, le COR publie un nouveau rapport le 21 novembre 2019 disant que le déficit à l’horizon 2030, soudain, pourrait être entre 8 et 17 milliards, chiffres qui n’étaient que des scenarii prenant en compte les effets négatifs des mesures Macron et qui ont été ramenés à 10 milliards dans le débat public. 10 milliards non prouvés sur un budget retraites total de 330 milliards. On voit actuellement comment le pouvoir jongle avec les milliards (460 Md€ d’engagements publics après la crise sanitaire, au moins la moitié en dépenses réelles). Tout démontre que les 10 milliards étaient agités comme un chiffon rouge pour faire admettre à l’opinion publique qu’il était extrêmement urgent de mettre en place une réforme qui, malgré les projections bidon publiées par le gouvernement, était restrictive des droits sociaux.

Politico-technos mesquins

Manifestation devant une Caisse d'Assurance Maladie, janvier 2020 [Photo YF] Manifestation devant une Caisse d'Assurance Maladie, janvier 2020 [Photo YF]
La pension de retraite Sécu (hors complémentaire) est fixée à 50 % de la moyenne des 25 meilleures années : si le nombre d’années cotisées est insuffisant, non seulement le retraité à une pension au prorata (30/42 si seulement 30 années de cotisations, soit 35 % de son salaire moyen), mais il doit subir une décote de 1,25 % par trimestre manquant dans la limite de 20 trimestres. Dans le cas cité, il perd 25 % de sa pension qui se retrouvent à 26,75 % de son salaire moyen. La perte, on le voit, est énorme.

Les personnes au RSA ne cotisent pas, donc n’ouvre pas de droit à la retraite sur la période au RSA. Jusqu’alors, elles devaient à 65 ans obligatoirement soit liquider leur retraite (si elles en avaient une, si faible soit-elle), soit percevoir l’ASPA (minimum vieillesse, sous réserve de n’avoir pas d’autres ressources, celle d’un conjoint par exemple). Sauf que pour beaucoup cela entraînait une décote (comme indiqué plus haut).

La loi de financement de la Sécu pour 2020 a prévu que le "bénéficiaire" du RSA (rappel : 500 € environ par mois pour une personne seule) peut attendre 67 ans et ne pas subir de décote (dans le jargon, on dit "taux plein" terme malheureux qui laisse entendre, à tort, "pension complète"). Une circulaire de la Caisse nationale de la Sécu est sortie le 13 juillet pour clarifier cette mise en œuvre au 1er juillet. Une vraie mesure sociale, avant d’envisager de rehausser le RSA (alors même que nombreux sont celles et ceux qui basculent actuellement sur ce minima social), aurait été tout simplement de ne pas exiger de décote... à 65 ans. Mais c’était trop demander à nos politico-technos.

. NB : le montant de l’ASS n’est pas plus élevé que le RSA (pour une personne seule) mais comme il s’agit d’une allocation spécifique de solidarité (en fin de droits de chômage), les allocataires valident 1 trimestre de retraite par 50 jours d’admission, dans la limite, évidemment, de 4 trimestres par an.

Reste à charge

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Thierry Beaudet (Pdt de la Mutualité française) et Martin Hirsch (DG de l’AP-HP) ont publié le 11 juillet  une tribune dans Le Monde dans laquelle ils réclament que le reste à charge (RAC) d’une hospitalisation soit pris en charge par l’assurance maladie. Ils notent que le ticket modérateur (TM) est inégal selon les opérations, sans raison, et qu’il a pour but de « modérer » la consommation de soins, ce qui ne se justifie pas pour une intervention chirurgicale. Outre le TM, ils considèrent que la Sécu pourrait payer aussi d’autres éléments du RAC : les dépassements d’honoraires et les chambres particulières. Si tel était le cas, ce serait des économies de frais administratifs, y compris et surtout pour les hôpitaux. Quelle conséquence de cette économie pour les mutuelles : une baisse des tarifs ? Que nenni : elles pourraient proposer d’autres services comme… le sport et la prévention ! Voilà que ces deux experts proposent au Ségur de la santé de prendre tout cela en compte. Mais ils ne disent rien du forfait hospitalier journalier : qui s’élève à 20 euros (par jour donc) et que certains contrats de mutuelles ne prennent en compte que partiellement. Étonnant, non ?

Les mal payés

Les personnels hospitaliers sont mal payés : ils viennent d’obtenir 180 euros mensuels (sur les 300 demandés). Les enseignants sont mal payés : le projet avorté de la réforme des retraites mettait en évidence qu’avec le système par points ils auraient des pensions de  misère. Les travailleurs sociaux sont mal payés (début de carrière à peine au-dessus du Smic, pour trois années d’étude après le Bac) : pour le moment, ils n’ont rien obtenu. Peut-être vont-ils se manifester et insister avec vigueur pour que le secteur de l’action éducative et sociale soit enfin pris en considération ?

[Photo AFP parue dans "L'Union"] [Photo AFP parue dans "L'Union"]

. Ces petites chroniques sont parues sur mon compte Facebook entre le 11 et le 16 juillet.

Billet n° 563 : Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

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