De Gaulle payait son électricité !

Dit-on, mais il pompait tranquillement les fonds secrets. Et petites chroniques sur de Rugy, Woerth, Barre, Tapie : certains réclamaient qu’on leur donne le bon Dieu sans confession !

Depuis des années, et surtout ces derniers jours, on nous bassine avec la probité de De Gaulle : il payait son électricité consommée à l’Elysée, dit-on, et Yvonne réglait elle-même ses dépenses au marché. C’est possible, j’étais tout prêt à le croire, mais on me dit que c’est l’inénarrable Peyrefitte Alain qui colportait cela sous prétexte qu’il avait vu un compteur EDF à l’Élysée. Et aussi un compteur d’eau. D’autres écrivent que c’est justement De Gaulle lui-même qui avait fait installer ces compteurs pour régler ses factures. Son vieux compagnon, Michel Jobert, a confirmé que le chef d’État, alors, payait sa part. C’est possible, mais le fondateur de la Vème République ne craignait pas, par contre, de pomper les fonds secrets, des sommes énormes attribuées aux plus hauts responsables de l’État sans qu’ils aient à en justifier l’utilisation. Du coup, les uns finançaient ainsi leur parti (ce qu’a dû faire De Gaulle), d’autres ne se gênaient pas pour les empocher et ainsi s’enrichir personnellement. On sait que Raymond Barre a raflé la mise en quittant le pouvoir en 1981 (dix millions de francs) : qu’a-t-il fait du fric ? Sans doute la fortune entreposée en Suisse [voir ci-dessous]. Idem pour Balladur, Guéant, et Léotard. 
Lors d’une émission récente de C dans l’air, les invités convenaient tous, avec le sourire, que, sur cette question des fonds secrets, De Gaulle n’était en rien un parangon de vertu. Il demeure une question : les compteurs de l'Elysée existent-ils toujours ?

. Voir cet article ancien de L’Express, qui n’évoque pas De Gaulle sous la Vème, mais fournit pas mal de données : La tirelire des politiques

. On a sans doute oublié que les héritiers du Général De Gaulle ont été exonérés des droits de succession par une loi spécifique n°70-1206 du 23 décembre 1970 "portant exonération des droits de mutation sur la succession du général de Gaulle". Signée Pompidou, Chaban et Giscard, elle ne comportait qu'un article : "la succession du général de Gaulle est exonérée des droits de mutation par décès". Point. Au Journal Officiel : Ici.

Les petits marquis

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Comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation (cf. Fillon), François de Rugy s’est tout au long de la semaine très mal défendu. Déjà, prétendre que Mediapart lui reprocherait sa particule en évoquant "la vie de château", c’est franchement ridicule. Mais le clou a été cette dénégation : Monsieur est allergique aux crustacés et le champagne lui monte à la tête ! Le plus nul en com’ devine que même si c’est vrai il faut surtout pas se justifier ainsi, car cet argument montre qu’il est acculé. Mediapart a enfoncé le clou en révélant qu’il payait ses cotisations à son parti [Europe Écologie Les Verts] avec l’argent des frais de mandat (IRFM). C’est déjà pas bien mais le pire est qu’il aurait déduit de ses revenus de député ces versements ce qui lui permettait de ne pas payer d’impôts. Si cela se confirme (de Rugy devait s’expliquer auprès du média mais a démissionné juste avant) c’est non seulement illégal (fisc abusé) mais c’est petit, vraiment digne d’un Fillon. Bien sûr, il y a plus grave, et il faudra bien un jour que les petits marquis de province rendent aussi des comptes. Mais en attendant certains tremblent : car il y en a plus d’un qui a utilisé l’IRFM pour accroître son patrimoine (comme revendre sa permanence électorale achetée avec cette indemnité, pour ne donner qu’un exemple qui n’est pas marginal).

. Au moment des emplois familiaux fictifs, de Rugy avait voulu faire le malin et montrer sa probité en publiant les fiches de paye de ses assistants parlementaires. Il s’était un peu ridiculisé en laissant transparaître qu’un homme était mieux payé qu’une femme (il avait laissé visibles les numéros de sécurité sociale, donc les 01 et 02). Peut-être n’avaient-ils pas la même fonction (ce qu’il a prétendu), mais, pour ma part, je l’avais alpagué justement sur la question des indemnités de ces personnels : lui, avait décidé de les payer avec une enveloppe que lui fournissait l’Assemblée alors qu’il aurait très bien pu demander à cette dernière de verser les salaires directement aux intéressés, ce qui réduisait les magouilles possibles et aurait été bien plus transparent.

Le courageux de Rugy

François de Rugy, ministre de l’Écologie, qui a tenté de justifier ses agapes fastueuses par nécessité de connaître... le terrain, a viré sa directrice de cabinet qui dispose d’un logement HLM depuis 2001 (qu’elle n’occupe pas). Pourtant, elle a été chargée à une époque de cette question des occupants de logements sociaux disposant de revenus trop élevés. 
De Rugy est accusé d’avoir mené une vie de château, mais quand il y a peu François Ruffin lui a reproché son côté aristocratique [« le château descend pour vous expliquer comment on va faire de l’écologie »], de Rugy, prétendant que Ruffin visait sa particule, l’a traité ni plus ni moins de « fasciste » ! Tiens, il n’a pas osé traiter de la sorte Mediapart : il a préféré faire sauter un fusible. A noter que Ruffin lui reprochait également ses traîtrises, considérant qu’à force de retourner sa veste de Rugy « crée de l’énergie, c’est mieux que les éoliennes ». C’est sûr que ça fait mal. 

Innocent les mains pleines

Éric Woerth, qui fut ministre du budget de François Fillon et trésorier de l’UMP, n’a pas magouillé sur les ventes de terrain de l’hippodrome de Compiègne, n’allait pas chercher des enveloppes auprès de Mme Bettencourt, n’a pas eu des liens douteux avec Cahuzac [qui ont mis la puce à l’oreille aux journalistes d’investigation de Mediapart, avant même d’avoir des preuves du compte en Suisse du ministre de la fraude fiscale]. On lui donnerait le bon dieu sans confession à M. Woerth. Même qu’il est président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale (poste dévolu à un opposant). Il est aujourd’hui sous le coup [Le Monde du 13 juillet] d’une enquête de la Cour de Justice de la République (CJR) pour avoir accordé, en tant que ministre du budget, des ristournes fiscales exceptionnelles à Bernard Tapie après le fameux arbitrage voulu par le pouvoir sarkozyste qui lui octroyait déjà 403 M€ dans l’affaire Adidas, dont 45 pour le seul préjudice moral, le pôvre ! Et de combien est cet avantage fiscal : autour de 60 millions d’euros. Mazette ! Cela signifie-t-il pour autant qu’il a fait ça pour alimenter les caisses du parti de droite en "contrepartie" de ces largesses du fisc ? Mais pas du tout. Rien ne le prouve. On ne peut tout de même pas accuser sans preuves !

Et encore une…
Décidément, la réalité est pire que la fiction : comme l’a révélé Laurent Mauduit sur Mediapart le 11 juillet (repris par Marianne), la fille du procureur de Paris est mariée au fils d’un prévenu dans l’affaire Tapie. Le procureur dit qu’il est resté en marge de la procédure mais on peut tout de même s’étonner que cette information ait été, paraît-il, ignorée des avocats. C’est fou comme tout le monde est lié dans ce dossier : rappelons que le tribunal d’arbitrage [qui a octroyé non seulement 403 millions d’euros à Tapie mais surtout, à l’intérieur de cette somme, 45 millions de "préjudice moral"] est contesté parce qu’un des "juges" était un pote à Tapie. J’ajoute, même si cela n’a pas été dit, qu’un autre "juge" était Jean-Denis Bredin, le père d’une ministre qui a siégé dans un gouvernement de Mitterrand aux côtés... de Bernard Tapie. Laurent Mauduit donne le lien avec les pages Facebook du couple Rocchi-Heitz... qui ont été fermées depuis.

 « BARRE CONFIANCE »

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Et un de plus. Cahuzac fait un peu petit bras, Fillon également. Le « meilleur économiste de France » s’était appliqué à se donner l’image d’un homme intègre. Que nenni ! Certains médias parlent de 7 millions d’euros : mais est-ce seulement le cumul des mandats qui lui aurait permis d’amasser de telles royalties ?
En 1988, on avait donc vu juste. Raymond Barre, ancien premier ministre de Giscard, est alors candidat UDF à l’élection présidentielle. Il mène une campagne d’affiches « BARRE CONFIANCE ». Avec un copain, je prends les mesures des lettres (presque un mètre de haut), un relevé des couleurs (ocre et noir), et nous dessinons de grandes lettres : « MÉ » pour recouvrir le « CON » (de confiance). Ce qui
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donne évidemment « BARRE MÉFIANCE ». Modestement, je dois avouer que c’est assez réussi, de loin on ne voit pas le subterfuge [dommage, on n’a pas pris de photos]. Je me demande même si certains, dans cette ville de l'Est de la France, s’en sont rendus compte. 4 à 5 panneaux sont ainsi détournés et le resteront longtemps, jusqu’à la fin de la campagne d’affiches. A noter que les Français ne lui ont pas fait confiance, il a été battu. Ils se méfient, je crois, de ceux qui se disent dignes de confiance, et qui se prétendent au-dessus de tout soupçon (Balladur a fait pareil 7 ans plus tard). Si cette accusation à l’encontre de Raymond Barre est confirmée, ils s’en méfieront plus que jamais, quitte à donner leurs voix à des escrocs déclarés.

Rafle

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On évoque la rafle du Vel d’Hiv parce que c’est le 77ème anniversaire (16 et 17 juillet 1942, 13000 arrestations). Mais la quasi-totalité des Juifs déportés de France (80000) ont tous, au préalable, été arrêtés par des policiers français (4000 pour la rafle du Vel d’Hiv qui escomptaient en arrêter 25000). Voir ce témoignage que j’avais publié sur mon blog en janvier 2017 (reprise d’un reportage que j’avais réalisé en 1985) : dans une petite ville de l’Est de la France, tous les Juifs ont été déportés et sont morts en camp d’extermination sauf un couple et ses deux enfants qui avaient été prévenus par un policier venant procéder le lendemain avec ses collègues aux arrestations. Même si comparaison n’est pas raison, il n’empêche que des policiers, gendarmes, administratifs qui collaborent aujourd’hui à l’expulsion d’étrangers en situation irrégulière devraient lire ou relire ce genre de texte. Et ce n’est pas parce qu’une minorité de policiers a résisté en prévenant ici ou là des familles que cela change le fait que, contrairement à ce qu’affirmait le ministre Christophe Castaner récemment, démontrant combien il est ignare et démagogue, les policiers dans leur grande majorité ont collaboré.

. Deux enfants sous l’occupation.

. Ces petites chroniques sont parues, avec quelques variantes, sur ma page Facebook ces derniers jours.

 

Billet n° 482

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