L’iFRAP perd son fondateur

Inconnu du grand public, Bernard Zimmern, fondateur de l’iFRAP, est décédé : sous prétexte d’analyser les politiques publiques, il avait donné mission à cette fondation de défendre l’économie ultra-libérale. Chirac est à l’honneur : quelques rappels.

Agnès Verdier-Molinié et Bernard Zimmern Agnès Verdier-Molinié et Bernard Zimmern
Bernard Zimmern, fondateur de l’institut iFRAP, chantre de l’économie ultra-libérale, combattant acharné de l’impôt, n’est plus. Les dirigeants de l’iFRAP ont publié une tribune que Le Figaro s’est empressé de reproduire. Le texte rappelle qu’il a financé le think tank sur ses propres deniers, pour prôner le moins d’État possible et le reste… à charge de la « générosité ». Cet homme était ingénieur et… énarque (il n’est pas rare que l’ENA produise des individus qui finiront par dézinguer le principe même de service public). Il avait choisi lui-même Agnès Verdier-Molinié (AVM), alors qu’elle avait 24 ans, sans aucune compétence en économie et en droit public (mais elle avait eu tout de même Christophe Barbier comme maître de stage à L’Express), pour diriger l’iFRAP et parcourir les plateaux de télés et de radios complaisantes.

Charles-Marie Jottras Charles-Marie Jottras
Parmi les signataires de cet hommage, on relève les noms du président du CA de l’iFRAP, Daniel Arnoux (photo introuvable), patron d’une société de systèmes de sécurité, et des membres du bureau dont Charles-Marie Jottras (président d’un groupe n°1 de l’immobilier), Olivier Tardy (PDG de la Compagnie Industrielle et Financière d’Entreprises) et Jean-Pierre Lagay (patron d’un cabinet d’expertise comptable). On note également, comme signataire, Philippe François, ingénieur, spécialiste à l’iFRAP des questions de télécommunications,… d’agriculture et de santé !

Jean-Pierre Lagay Jean-Pierre Lagay
Le conseil scientifique de l’officine compte parmi ses membres l’économiste Jean-Marc Daniel (qui promène partout sa faconde et son libéralisme ultra en bandoulière) et Bernard Vivier (directeur d’un institut privé du travail à l’activité confidentielle, que je gratifie habituellement d’un Révérend Père tellement il assène son soutien au patronat tout en veillant à ce qu’on lui donne le Bon Dieu sans confession). Ces deux-là, avec AVM, ont été des habitués de C dans l’air (sur France 5), parfois en même temps.

AVM et Jean-Marc Daniel sur le plateau de "C dans l'air" [capture d'écran YF] AVM et Jean-Marc Daniel sur le plateau de "C dans l'air" [capture d'écran YF]

La disparition du "vieux grognard du fiscalisme" (Libération, 2013) ne signifie pas la fin de l'iFRAP : parmi ces hommes, il y aura bien un prétendant prêt à continuer l'œuvre, sans s'afficher, tout en restant dans la coulisse.

Juppé absout Chirac

Ainsi s’exprimait Jacques Chirac le 19 juin 1991, au cours d'un dîner-débat du RPR :

Jacques Chirac lors du discours "bruits et odeurs" Jacques Chirac lors du discours "bruits et odeurs"
« Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. » « Il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. » [Wikipedia]

Le 10 septembre 2020 au matin, sur France inter, Alain Juppé dédouanait Jacques Chirac disant qu’il avait voulu décrire une situation que lui Juppé, député de la circonscription, connaissait bien mais que ses propos étaient nullement racistes. On voit pourtant qu’il y a 29 ans un homme politique de premier plan s’exprimait comme les racistes, xénophobes et islamophobes qui, aujourd’hui, envahissent le débat public. Evidemment, Juppé, n’a pas évoqué ce que son mentor avait dit à l’histrion du PAF (Franz-Olivier Giesbert, le 22 juin 1985, il y a 35 ans !) : « Il y a un type, Le Pen, que je ne connais pas et qui n'est probablement pas aussi méchant qu'on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et mieux que nous, en termes plus populaires. » Rappelons que Le Pen était ouvertement raciste et antisémite. Et lors d’un discours à Marseille (10 mars 1988), Chirac dit à propos des réactions racistes et xénophobes : « Si je ne peux pas l’admettre, je peux le comprendre ».

Alain Juppé excuse donc Jacques Chirac. Il explique que lors de la primaire de 2016 (où il a perdu face à Fillon), il n’avait sans doute pas assez envie de devenir président. S’il y a pire que Juppé, n’oublions pas cependant qu’interrogé le 6 octobre 2016 pendant cette primaire sur le RSA, dont le montant pour une personne seule est inférieur à la moitié du seuil de pauvreté, démagogue, il avait envisagé d’en baisser le montant (entre parenthèse : sans qu’aucun média ne s’en émeuve).

[capture d'écran et texte YF] [capture d'écran et texte YF]

Hier, Jacques Chirac était honoré à l’Assemblée Nationale : Richard Ferrand a cru bon de proclamer que tout le monde a été, est ou sera chiraquien, allusion peut-être d’un ci-devant Président de l’Assemblée mis en examen pour prise illégale d’intérêt à l’ancien maire de Paris mis en examen et condamné à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds et abus de confiance.

. Occasion de se remémorer Chirac et les syndicats de soldats.

Esclavagiste philanthrope

British Museum de Londres British Museum de Londres
Nos bien-pensants qui s’effarouchent face à la Cancel Culture (qui, entre autres, fait la chasse aux statues des anciens généraux massacreurs ou marchands esclavagistes) vont-ils s’étrangler d’indignation en apprenant que le buste du fondateur du British Museum à Londres, Hans Sloane, a été retiré de son piédestal ? Il avait fait fortune grâce au trafic d’esclaves ! Son buste est désormais dans une vitrine avec cette légende cocasse : « médecin, collectionneur, érudit, philanthrope et propriétaire d’esclaves ». Ça a au moins le mérite de nous rappeler ce qu’est la philanthropie.
Buste de Hans Sloane Buste de Hans Sloane
La « fuite blanche »

Tandis que, dans nos contrées, quelques "hôpitaux qui se foutent de la charité" accusent les "minorités visibles" d’être racistes anti-Blancs, voilà qu’aux USA des Blancs paniquent. Jusqu’alors, ils se vantaient d’avoir des enfants qui réussissaient et reprochaient aux Noirs de ne faire aucun effort pour obtenir de tels résultats. Ils cultivaient le séparatisme pour que leurs enfants ne côtoient surtout pas les minorités noire et latino. Sauf qu’actuellement, les enfants des familles d’origine asiatique ont de telles performances scolaires que ces fanas de la "White flight" (fuite blanche) sont excédés. Ils retirent leurs enfants des écoles où celles et ceux qui sont d’origine asiatique bachotent et imposent un rythme d’étude insoutenable. Alors le modèle du brillant élève, cher à l’American way of life, devient un asocial ! Panique dans l’élite chez ceux qui concentrent le pouvoir et craignent de le perdre. Article fort passionnant dans Le Monde diplomatique daté de septembre.

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Ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook, ici dans une version parfois remaniée et complétée.

Billet n° 574

  Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

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